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ÉDITORIAL : RDC – ARMES LOURDES VERSUS IDÉES-FORCES

ÉDITORIAL : RDC – ARMES LOURDES VERSUS IDÉES-FORCES

———- Forwarded message ———- From: Lambert Opula <opulalambert@yahoo.fr> Date: 2011/12/26 Subject: [hinterland1] ÉDITORIAL : RDC – ARMES LOURDES VERSUS IDÉES-FORCES To: Hinterland <hinterland.redaction@yahoo.fr>

La prédation et l’oppression peuvent-elles l’emporter en RDC ?

En RDC, alors que les armes lourdes sortent dans les rues pour imposer l’ordre Kabila, l’idéal libérateur ne s’en trouve pas pour autant réduit. Au contraire, structurée autour des idées-forces de transformation d’une société congolaise qui stagne depuis cinquante ans, cet idéal nouvellement  auréolé d’une légitimité populaire plus grande que jamais, pose les termes de sa marche historique. Hinterland soulève alors une question :

 les armes lourdes des forces de la prédation du régime Kabila peuvent-elles éteindre la flamme libératrice allumée par les idées-forces de réappropriation du Congo par les Congolais dans un État de droit? Le propos qui suit vise à répondre à cette question.

Comme les inventions techniques, les idées-forces découlent du pouvoir d’imagination de l’intelligence humaine. Si les inventions justifient souvent d’une utilité collective certaine, elles sont rarement venues à bout des idées dites progressistes. Ainsi, dans le domaine de l’organisation des sociétés, les armes,  de pointe soient-elles, ne parviennent que rarement à enrailler la détermination d’un peuple dans la mouvance des avancées organisationnelles susceptibles de déboucher, sur des changements économiques et sociaux.

Commençons par l’examen des évolutions vécues dans les sociétés médiévales d’Occident, avant d’en arriver à celles qui ont eu lieu en Afrique. Malgré les puissantes fortifications défendues à l’aide des obélisques dont se servent les armées de diverses cités, les seigneurs aristocratiques n’avaient pu freiner la naissance de l’État bourgeois préconisées par les chevaliers itinérants comme une avancée organisationnelle. Et, il y a quatre siècles, l’État westphalien, qui venait asseoir le pouvoir sur des bases institutionnelles, s’est imposé aux milieux bourgeois, malgré l’acquisition, par ceux-ci, de puissants canons à feu dont la portée était sans cesse en croissance. L’esprit de Westphalie qui apparut comme un progrès supplanta l’État bourgeois initial. Ce sont les nouvelles idées, généralement tournées vers l’avenir, qui supplantent toujours les idées passéistes.

Le pouvoir de ces idées nouvelles débouchant sur les nouveaux modes d’organisation de l’État, ainsi, a-t-on vu les révolutionnaires français et américains, partisans du modèle républicain, renverser violement les monarques d’avant le 19e siècle.

Tout près de nous, la ligne idéologique du glasnost lancée par Mickael Gorbatchev, considérée par les Soviétiques comme un progrès, s’est substituée à la démocratie contrôlée du régime communiste de ce pays qui détenaient le deuxième plus grand arsenal d’armes nucléaires du monde.

Ces dernières années, le passage au nouveau mode d’organisation des espaces économiques emporte même les dirigeants parmi les plus populaires en Afrique comme le frère colonel Mouammar el Khadafi qui ne s’accommodaient pas avec la globalisation des marchés.

N’en déplaise à Nicolas Sarkhozy, le continent africain quant à elle, n’est pas resté en marge de l’histoire.

Sans devoir recenser les situations d’avant l’indépendance, nous retiendrons que le vent libérateur des années 1960, était une réponse directe des peuples africains à l’ampleur de l’oppression coloniale. Les tueries perpétrées par les armées coloniales contre les masses africaines  ou contre les guérilleros des mouvements de libération constituent un combat d’arrière-garde comme celui de l’armée et de la police de Kabila aujourd’hui.

L’histoire des indépendances africaines retint les cas les plus frappants :

·       la guerre coloniale portugaise en Angola, au Mozambique, à Ambuila, à Macao, en Guinée Bissau et  dans les îles du Cap Vert,

·       celle perpétrée par les armées britanniques contre les patriotes Mau Mau au Kenya, celle des soldats Boers en Afrique du Sud et celle des colons blancs rhodésiens au Zimbabwe;

·       les brutalités des forces métropolitaines belges sur les émeutiers congolais sous la mouvance indépendantiste de Patrice Lumumba, à Stanleyville, et sous celle de Joseph Kasavubu à Léopoldville, en RDC.

·       les massacres perpétrés par les soldats coloniaux allemands sur les compatriotes Erero à Kapuma Mulelo en Ovambo-Land (dans la bande de Camprivi, en Namibie).

Dans aucune de ces champs historiques d’affrontements entre les coloniaux et les patriotes africains, c’est le camp du progrès, c’est-à-dire de la liberté, autrement dit celui des indépendantistes, qui l’a emporté partout. Aucune arme, de pointe soit-elle, ne peut étouffer les aspirations pour le progrès.

Contrairement aux attentes, malheureusement, les objectifs de la décolonisation ont été détournés par les épigones des coloniaux. Les nouvelles élites sont vite apparues comme des laquais des foyers néocolonialistes qui se servaient d’elles pour perpétuer la prédation des ressources du continent. Les gouvernants de l’Afrique postindépendance ont transformé le cadre institutionnel en État patrimonial. Celui-ci signifiant qu’aucune distinction ne s’établit entre les biens publics et les poches des dirigeants.

Les politologues parlent plutôt du règne de la kleptocratie en Afrique. Ceci consiste à considérer la détention du pouvoir d’État simplement comme un accès à une somme de moyens coercissifs qui permettent à prédateur interne de réaliser son enrichissement. Sans ignorer l’incidence de la corruption consécutive à la prédation d’origine externe, il convient d’estimer que les élites kleptocratiques de l’État ont contribué à faire déclencher un déclin prononcé des économies et des tissus sociaux sur le continent.                                                                                                                                            

Conscientes de cet état des choses, les élites africaines luttent pour la prise à main de leur destin. La lutte change ainsi d’objectifs. Hier, elle visait directement le colonisateur, puis le néocolonialiste. Aujourd’hui, l’ennemi direct c’est le kleptocrate africain, le bras mécanique des prédateurs globaux en Afrique. Secouée par les ondes de choc consécutives à l’émergence des forces démocratiques, les élites corrompues continuent, malgré elles à résister. Nous sommes encore une fois devant un combat d’arrière-garde. Mais, comme hier, avec le colonialisme, la lutte contre l’État patrimonial instauré par les kleptocrates continue jusqu’à la victoire totale. Les réflexes kleptocratiques cultivés par les États monopartites clients des blocs idéologiques Est-Ouest s’érigent en obstacles à la démocratisation des institutions et à l’émergence de l’État de droit.  

Entre l’État kleptocratique et l’État de droit, l’opposition est totale, le droit ne pouvant s’accommoder de la kleptocratie. Dans la RDC quasi totalement déconstruite au terme des années de prédation, la reconstruction est au prix de la lutte à la corruption, autrement dit à la création d’un cadre de transparence pour une gestion rationnelle des richesses rares.

La crise ayant trop duré, une grande majorité du peuple est aujourd’hui intégralement sortie des circuits de circulation des revenus. Les modes de vie se sont considérablement dégradés à la grandeur du territoire. Mûries ainsi par les dures réalités qu’ils ont vécues dans la durée, les populations congolaises ont aguerri leur promptitude à en découdre avec toutes les formes d’oppression.

La prédation et la brutalité du régime de Joseph Kabila sont antinomiques aux attentes du peuple dont la promptitude à la mobilisation vient d’être démontrée lors de dernières élections.

 Le lien longtemps recherché entre les aspirations et l’action populaire est établi. La vraie vérité des urnes et les avancées en termes d’idées-forces échappent au camp de Joseph Kabila.

Le recours aux mercenaires et aux chars de combat ne suffiront pas à stopper l’élan du peuple pour son objectif ultime : l’État de droit.

En 1998, les Congolais ont montré au monde entier que malgré leurs faiblesses, ils attachent un grand prix à leur territoire. Celui-ci devenant alors la valeur par excellence dans leur existence comme peuple.

La campagne électorale de novembre 2011 vient de mettre de l’avant une deuxième valeur en émergence. Celle-ci consiste à la nouvelle capacité à transcender la diversité ethnique au profit des causes véritablement nationales. Le vote massif des électeurs au profit du candidat Étienne Tshisekedi wa Mulumba montre que les Congolais ne votent plus nécessairement selon les tribus et selon l’argent.

L’évolution ci-haut montre qu’aucun système n’a pu résister à la force des idées nouvelles. Aucune arme, de pointe ou nouvelle soit-elle, n’a réussi à stopper la marche des peuples vers les nouveaux modes d’organisation des sociétés. L’État prédateur et oppresseur incarné par Joseph Kabila est idéologiquement rétrograde. La démocratie dans un État de droit constitue une avancée idéologique et organisationnelle. Comme l’État bourgeois l’avait emporté sur l’État aristocratique, l’État westphalien sur l’État bourgeois initial, la république sur la majeure partie des monarchies, les patriotes nationalistes africains sur le colonialisme, la prédation et l’oppression kabilistes ne peuvent plus s’imposer.

Le système externaliste et d’oppression de Joseph Kabila n’ayant pas réussi à se démarquer de l’État kleptocratique congolais instauré depuis l’indépendance, est appelé à céder sa place à un régime véritablement démocratique, axé sur une économie à visage humain en contexte d’État de droits. Devant une nouvelle légitimité issue du «hold up électoral» de novembre dernier, on s’imagine mal comment les forces démocratiques pourraient baisser les mains. La lutte se poursuivra avec rigueur comme nous l’avons vu, chaque fois qu’apparaît un nouveau paradigme d’organisation de la société. Le combat d’arrière-garde de Kabila qui  aligne des chars de combat dans les rues en RDC ne peut enrailler le besoin légitime de dépassement de l’État kleptocratique pour un mode d’organisation plus pertinent.

Le régime Kabila ayant tacitement collaboré à l’externalisation des centres majeurs de décision économique, son répudièrent devient une condition sine qua non pour réaliser une réappropriation des outils de pouvoir de la RDC. Les politiques inclusionnistes envers les minorités de l’Est doublées concomitamment des politiques exclsionnistes envers la diaspora congolaises font parties aux côtés des décisions économiques, des éléments de ce processus d’externalisation  des centres de décision. Le régime Kabila devrait ainsi de rejoindre le caveau de l’histoire où reposent tous les kleptocrates rejetés  par les peuples d’Afrique.

Le constat sur le caractère anachronique du régime Kabila a déjà suscité des abus excessifs dans la rhétorique du régime, qui recourt à des concepts porteurs, dans le but de masquer la réalité. Ainsi en est-il des concepts de modernisation de l’État,  de marche du Congo vers un État émergeant, appelés à endormir les milieux moins informés, dans le vain espoir de susciter de l’adhésion parmi les Congolais. Ceux-ci, vivant en intelligence avec une diaspora et une jeunesse biens informées, ne sont plus dupes. La prise de conscience aigue qui est apparue à travers leur vote pour le changement carbure les énergies au sein des brains trusts qui travaillent pour la matérialisation du changement.

Comme partout ailleurs, le combat d’arrière-garde  ne  dure pas longtemps. Les réseaux de résistance qui continuent à se resserrer n’accorderont pas leur grâce à projet Kabila qui a échoué lamentablement. Les groupes organisés qui continuent à capitaliser la pression à l’intérieur comme à l’extérieur vont contribuer à affecter les stratégies opérationnelles des équipes kletocratiques de Joseph Kabila.

Au cours de ces deux dernières décennies de la praxis congolaise, leur comportement au moment des événements majeurs a fait ressortir deux valeurs : l’intégrité et le contrôle du territoire congolais. La subordination de Joseph Kabila à des foyers d’influence extérieurs et au détriment de la nation fait de la réappropriation de l’État congolais un objectif impératif des patriotes. Après des années de lutte simplement paradigmatique, l’argument de la légitimité vient enrichir la cause nationale.

Aucune arme, lourde ou de pointe soit-elle, ne peut réduire l’engagement des réseaux en place (au pays et à l’étranger).

L’établissement d’une autorité légitime devant mettre en œuvre des mesures systémiques de lutte contre la corruption, mettre sur pieds une économie à visage humain et stopper une croissance essentiellement extensive. Ces actions constituent des impératifs qui justifient le combat engagés par les patriotes dans plusieurs fronts, face aux conséquences du récent hold up électoral en RDC.

HINTERLAND.

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