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Grands Lacs: la diplomatie parlementaire tente d’éviter le pire /Colette Braeckman

Le carnet de Colette Braeckman

Le Soir, 24 janvier 2013

Grands Lacs:

la diplomatie parlementaire tente d’éviter le pire

Alors qu’à Goma, les rebelles campent aux portes de la ville, qu’à Kampala les pourparlers s’enlisent et ne déboucheront sans doute sur rien, à Kinshasa, la « diplomatie parlementaire » tente encore de jeter des ponts et, sinon de trouver des solutions, de permettre le dialogue.

Depuis deux jours, le Forum des parlementaires de la région des Grands lacs, soit 73 délégués, représentant 12 Parlements, est réuni sous les lustres de l’Assemblée nationale.

Plusieurs crises ont été longuement débattues, le Sud Soudan toujours en litige avec Khartoum à propos des recettes pétrolières, la Centrafrique où le président Bozizé fait face à une rébellion armée et, bien sûr, la situation à l’Est du Congo.

Des réunions de ce type, où des parlementaires débattent en public mais multiplient aussi les entretiens privés, ont le mérite de clarifier les positions, de resserrer les liens personnels.

C’est ainsi que les députés zambiens sont longuement intervenus pour demander ce que voulait au juste le M23, un mouvement qui, au départ réclamait l’application d’accords militaires conclus en 2009 et finit aujourd’hui par réclamer le départ du chef de l’Etat et un nouvel ordre constitutionnel ! Quant à la délégation rwandaise, dirigée par le député Denis Polisi, président de l’Assemblée, elle a officiellement déclaré qu’elle s’en tenait à la position des chefs d’ Etat de la région, qui soutiennent les négociations de Kampala. Soumis à un feu de questions, les Rwandais ont répété qu’ils ne soutenaient en rien le M23 et, alors qu’au départ ils étaient réticents, ils n’ont pu qu’approuver le projet de déploiement d’une « force neutre » africaine au Kivu, afin de surveiller la frontière et aussi de désarmer ceux que l’on appelle les « forces négatives » c’est-à-dire aussi bien des Hutus hostiles à Kigali que le M23 hostile à Kinshasa. Même le déploiement de drônes au dessus de la frontière commune ne suscite plus d’objection majeure.

Dans les coulisses comme en séance plénière, le rôle des 4000 hommes qui composeront la force africaine a été longuement évoqué : on sait déjà que le commandement sera confié à la Tanzanie, qui amène un bataillon de 600 hommes ; le Kenya fournira un bataillon ainsi que des forces spéciales, l’Afrique du Sud compte sur son bataillon qui est déjà intégré au sein de la Mission des Nations unies. Le secrétaire exécutif de la CIRGL le professeur congolais Ntumba Luaba, nous a expliqué le « montage » auquel on devrait bientôt assister : « sur le terrain, la force africaine sera une brigade spéciale d’intervention qui opèrera en coordination avec la Monusco, bénéficiera de sa logistique, mais se montrera beaucoup plus offensive et disposera d’une certaine autonomie. »

Alors qu’au niveau des état majors, le « go » final pourrait être donné lors de la réunion des chefs d’Etat africains à Addis Abeba, le week end prochain, la perspective de ce déploiement militaire fait déjà évoluer la situation sur le terrain.

Le M23, qui, à Kampala, a essuyé une fin de non recevoir lorsqu’il posait des exigences politiques, connaît des défections et s’est déjà divisé : un nouveau groupe, composé cette fois de Hutus congolais, a engagé des combats à Binza au nord du Nord Kivu, une fragmentation qui rend la situation de moins en moins lisible. Mais surtout, l’autre « force négative », la plus ancienne de la région, à savoir les FDLR (Forces démocratiques pour la libération du Rwanda) est un train d’amorcer un virage majeur : selon plusieurs sources, des milliers de combattants, avec leurs familles, sont en train de se rassembler au Nord Kivu, du côté de Tongo et au Sud Kivu, à Burhinyi, afin, en février prochain, d’enfin regagner le Rwanda en abandonnant l’option militaire !

Ces hommes, qui se trouvent au Congo depuis 1994, redouteraient l’action de la force africaine et tout particulièrement l’armée tanzanienne à la quelle ils ont déjà eu affaire alors qu’ils étaient réfugiés dans le pays de feu le président Nyerere.

Informée de ces projets de retours, la délégation parlementaire rwandaise se montre sceptique et le député Polisi préfère mettre l’accent sur une autre revendication des rebelles du M23, le sort des Tutsis congolais, présentés comme victimes de discriminations.

Alors que l’échec de Kampala apparaît comme inéluctable, on a le sentiment que des coups de théâtre, voire des coups de force, pourraient éclater d’un jour à l’autre : attaque des concentrations de réfugiés hutus qui se préparent à rentrer au Rwanda, reprise de la ville de Goma par le M23 qui campe ostensiblement à deux kilomètres du centre ville…

Le ministre congolais de l’Intérieur, Richard Muyej, est plus explicite encore : « nous sommes au courant de plusieurs complots dirigés contre la personne du chef de l’Etat. Barrés sur le terrain par la force africaine, politiquement défaits à Kampala, nos adversaires pourraient prévoir de frapper à la tête »…

Mwalimu Kadari M. Mwene-Kabyana, Ph.D.

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