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Hommage à Mandela : Il faut libérer les « Mandelas » d’aujourd’hui ! /AGORAVOX

Hommage à Mandela : Il faut libérer les « Mandelas » d’aujourd’hui !

Il faut libérer tous les prisonniers politiques d’un bout à l’autre de la planète. C’est sûrement le plus bel hommage qu’on puisse rendre à Nelson Mandela. L’histoire retiendra que de nombreux Chefs d’Etat et de gouvernement se sont rendus mardi 10 décembre en Afrique du Sud pour s’associer à l’hommage planétaire à Nelson Mandela. Le héros sud-africain aura particulièrement marqué la conscience de l’humanité par son sacrifice : 27 ans de prison en raison de son engagement et de ses convictions politiques. Reste que le plus bel hommage qu’on pourrait lui rendre se résume en une phrase : « Libérez tous les prisonniers politiques ! » Et il y en a tellement dans le monde, en commençant par le Continent africain.

Cas du Rwanda et du Congo

Des prisonniers politiques, il y en a tellement dans le monde. Intéressons-nous à deux d’entre eux, dont les noms ne risquent pas d’être entendus dans les grands médias, en dépit de la noblesse de leur lute. Ils restent des anonymes, des criminels, des terroristes. Officiellement. Mais même leurs geôliers savent qu’ils sont détenus en raison de leurs convictions politiques. Quelques années avant eux, Mandela fut, lui aussi, détenu, officiellement, pour des infractions de droit commun. Mais les gens ne sont pas dupes.

La Rwandaise Victoire Ingabire

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Ainsi, au Rwanda, par exemple, Madame Victoire Ingabire, présentée parfois comme la « Aung San Suu Kyi rwandaise », est toujours en prison. Ses ennuis commencent lorsqu’elle se présente à l’élection présidentielle de 2006 avec des revendications qui déplaisent fortement au régime de Paul Kagamé. Victoire Ingabire réclame, entre autre, l’ouverture démocratique, la poursuite en justice des crimes de guerre et crimes contre l’humanité commis par les membres du FPR (parti au pouvoir), la reconnaissance de la souffrance et le droit à la mémoire de toutes les victimes. Elle est assignée à résidence surveillée puis incarcérée le 14 octobre 2010.

Il n’y a pas beaucoup de gens dans le monde qui se bousculent pour réclamer sa libération. Même les Etats-Unis de Barack Obama, représentés en Afrique du Sud pour rendre hommage à Mandela, restent assez discrets sur le cas Ingabire. La prisonnière politique avait pourtant pris la précaution de faire assurer sa défense par un avocat américain, Maitre Peter Erlinder, professeur de droit à l’Université William-Mitchell, dans le Minnesota.

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Mais le 28 mai 2010, l’avocat américain est lui-même arrêté par la police rwandaise, placé en détention et inculpé du crime de « négation du génocide » pour lequel on risque 25 ans de prison au Rwanda. Malgré les protestations internationales, l’homme restera en prison jusqu’au 18 juin 2010 avant de quitter le pays.

Les « démocraties occidentales » restent discrètes sur la répression politique au Rwanda. Parce que, sur le fond, c’est toujours difficile de se mettre à dos un régime politique, même le plus inique. Des raisons diplomatiques…

Mandela en fit l’amère expérience, puisque quasiment tous les pays représentés aux cérémonies des obsèques de Mandela entretenaient de bonnes relations et réalisaient de juteuses affaires avec le régime d’apartheid.

Le Congolais Eugène Diomi Ndongala

De l’autre côté de la frontière rwandaise, en République démocratique du Congo, un homme est en train de devenir un prisonnier politique de la même lignée. Eugène Diomi Ndongala, candidat à l’élection présidentielle de 2006, et élu député en 2011, croupit toujours en prison. Ses ennuis sont liés à la contestation (non violente) du régime actuel de Kabila issu des guerres d’agression et d’élections frauduleuses de 2006 et 2011.

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Il s’attire les foudres du pouvoir en s’engageant derrière l’opposant historique Etienne Tshisekedi qu’il considère comme le « Président élu » aux termes des élections de 2011. Enlevé plusieurs fois et torturé par les agents des services de renseignement, Diomi Ndongala est maintenu en détention, bien évidemment en violation de la Constitution, mais aussi en violation des arrêts de la Cour suprême qui avait tranché en faveur d’un régime plus humain : la résidence surveillée.

Bien évidemment, et c’est le cas de tous les prisonniers politiques, Diomi Ndongala est officiellement poursuivi pour des infractions de droit commun basées sur des faits que journalistes et avocats ont depuis longtemps battus en brèche.

Certains « Mandelas » n’atteignent même pas la case prison. Ils sont enlevés, assassinés, contraints à l’exil. Au Congo, le nom de Floribert Chebeya[1] continue de résonner dans la tête des gens. Au Rwanda, même certains rescapés du génocide y passent. Bien d’autres ont carrément choisi de fuir le pays. L’exil des rescapés. Un comble.

En définitive, si cela parait tellement réconfortant de saluer la mémoire de Mandela, celui-ci apprécierait par-dessus tout, que ses semblables d’alors, les prisonniers politiques d’aujourd’hui, retrouvent la liberté. Que des poursuites fantaisistes s’estompent et que ces hommes et ces femmes retrouvent la liberté de conduire librement leurs peuples vers les idéaux pour lesquels un homme sacrifia 27 ans de sa vie.

Boniface MUSAVULI


[1] Floribert Chebeya fut un militant des droits de l’Homme en République Démocratique du Congo. Il a été assassiné en juin 2010 par la police alors qu’il s’apprêtait à déposer un dossier à la Cour Pénale Internationale concernant les massacres des populations dans la Province littorale du Bas-Congo.

http://www.agoravox.fr/tribune-libre/article/hommage-a-mandela-il-faut-liberer-144924

 

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