Premiers résultats partiels de l’élection présidentielle en RDC
Premiers résultats partiels de l’élection présidentielle en RDC
A Kinshasa, la Céni, la Commission électorale indépendante, a communiqué le vendredi 2 décembre 2011 les premiers résultats de l’élection présidentielle en République démocratique du Congo du 28 novembre dernier. Des résultats très partiels, mais qui montrent que deux hommes se placent nettement devant les autres candidats, le président sortant, Joseph Kabila, et l’opposant historique Etienne Tshisekedi. Les chiffres ne portent que sur 15% des quelque 64 000 bureaux de vote du pays. Un décompte qui ne permet pas de dégager un résultat de manière significative.
La rumeur a envahi toute la capitale : « Tshisekedi a gagné les élections, l’écart est beaucoup trop grand pour que Kabila puisse encore tricher pour renverser la tendance, qu’est il en train de comploter pour rester au pouvoir ». Voilà ce que l’on entend chuchoter à Kinshasa. « C’est de l‘intoxication généralisée », dit Aubin Minaku, leader de la Majorité présidentielle.
Les petits vendeurs de rue qui distribuaient sans se cacher les « feuilles de résultats » sont maintenant pourchassés par la police. Au rond-point Victoire, l’une des places les plus populeuses de Kinshasa, une course poursuite s’est engagée vendredi entre policiers et vendeurs de journaux. Quatre coups de feu ont claqué, heureusement tirés en l’air. Les tableaux de résultats, donnant Tshisekedi vainqueur, se sont éparpillés sur la chaussée boueuse.
C’est dans ce contexte que la Céni a présenté vendredi les premiers résultats partiels, portant sur un petit nombre de bureaux dépouillés. Ils donnent Joseph Kabila gagnant à environ 52%. Dans le Katanga –région d’origine de sa famille paternelle– les scores du président sortant sont les plus impressionnants. Il y récolterait 16 fois plus de voix que son adversaire Etienne Tshisekedi. « Cela n’est pas crédible », rétorque Alain Shabani , secrétaire général de l’UDPS, le parti d’Etienne Tshisekedi. « Ces soi-disant résultats partiels sont de la provocation », ajoute-t-il.
Déjà à l’avant-veille du scrutin, Etienne Tshisekedi avait publiquement traité « d’escroc » le Président de la Céni, le pasteur évangéliste Daniel Ngoy Mulunda. « Et maintenant, comment croire que la Céni va pouvoir nous donner des résultats complets le 6 décembre ? », demande un autre responsable d’opposition. « Vous avez vu le bazar dans les centres de compilation ? ».
La peur d’une déflagration générale lors de l’annonce des résultats mardi prochain s’est emparée de la population. Les plus aisés font des réserves sans regarder à la dépense dans les supermarchés hors de prix. Beaucoup ont passé le fleuve pour la capitale d’en face, Brazzaville, où les hôtels afficheraient complet. Plusieurs institutions internationales comme la Banque Mondiale, la coopération belge, les ambassades occidentales, ont demandé à leur personnel expatrié de prendre des congés et de s’en aller, ou au moins de faire partir femmes et enfants. Vendredi soir le vol de Brussels Airlines n’avait plus que quelques places en classe affaire, obligeant des dizaines de Belges à opter pour un parcours via Casablanca avec Royal Air Maroc. Avant la date fatidique, il ne reste plus qu’un vol d’Air France ce dimanche. La compagnie a déjà annulé celui de mardi prochain.
Selon Human Rights Watch, au moins du dix-huit personnes ont été tuées et plus de cent ont été blessées entre les 26 et 28 novembre. L’incident le plus grave s’est produit le 26 lorsque la Garde républicaine a tiré sur la foule. Témoignage d’Ida Sawyer de HRW.
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Ida Sawyer
Représentante de Human Rights Watch à Kinshasa. Les pires incidents se sont produits à Kinshasa. Au moins quatorze personnes sont mortes les 26 et 28 novembre, la plupart tuées par balle par la Garde républicaine. 03/12/2011 par Cyril Bensimon |
Pour sa part, Lambert Mendé, porte-parole du gouvernement congolais déclare que ni la police, ni la municipalité de Kinshasa ne confirment les informations de HRW.
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Lambert Mende
Porte-parole du gouvernement congolais. l y a bien eu une bousculade, la Garde républicaine a tiré en l’air pour se dégager, mais on n’a enregistré aucun mort lors de cet incident. 03/12/2011 par Cyril Bensimon |
Tout le monde s’attend à un « mardi noir » le 6 décembre, jour de la publication des résultats par la Céni.








