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OPERATION CAMOUFLAGE: LE M23 TENTE-T-IL UNE MUE POUR MASQUER SES LIENS RWANDAIS ET INTEGRER KABILA ?

L’AFC/M23 ne se contente plus d’être perçue comme une rébellion de proxy pro-rwandaise.

Elle semble vouloir changer de peau.

Nouvelle dénomination, fusion affichée avec l’opposition « non armée », intégration progressive de Joseph Kabila et de sa plateforme « Sauvons la RDC » : les signaux se multiplient, dessinant l’hypothèse d’une véritable métamorphose politico-militaire, comme un serpent qui change de peau.

Le but affiché ? Faire oublier ses racines historiques et structurelles avec Kigali et se présenter comme une force nationale, constitutionnelle, presque « libératrice ».

Le discours est déjà rodé au sein de la coalition : l’AFC/M23 déjà serait née – selon le narratif propagandiste rebelle – comme une « structure congolaise » réunissant acteurs politiques et militaires face à un pouvoir jugé autoritaire.

Bertrand Bisimwa, président du M23 et coordonnateur adjoint de l’AFC, évoque ouvertement la « prochaine étape » :

transformer le mouvement en une formation politico-militaire plus structurée, dotée d’administration, de diplomatie et d’une vision nationale.

L’aile armée, historiquement baptisée Armée Révolutionnaire du Congo (ARC), est de plus en plus mise en avant dans les communiqués, comme si l’étiquette terroriste du M23 soit devenu trop encombrante, avec des sanctions probablement à venir, pour crimes de guerre et crimes contre l’humanité.

Quel camouflage plus efficace que celui de changer d’étiquette et de figurants !

L’article 64 de la Constitution est brandi comme un talisman : la rébellion en pleine mutation, se pose en défenseur de la légalité contre la «dictature».

Exit l’image du proxy rwandais, acculée par des nombreux rapports internationaux et de l’ONU. Exit le narratif pro-tutsi, trop lié au Rwanda ou bien l’alibi FDLR…

Place au « front congolais de libération » ou quelque soit le nom que le serpent prendre après sa mue.

Et le coup de projecteur le plus récent vient de Paul Kagame lui-même.

Dans son entretien exclusif à Jeune Afrique publié début avril 2026, le président rwandais a déclaré que le M23 n’est pas un mouvement rwandais, mais « un mouvement congolais désormais appelé AFC/M23, auquel est associé l’ancien président Joseph Kabila ».

Il a ajouté que « tous ceux qui souhaitent prendre part à la lutte pour un Congo stable sont les bienvenus », affichant un peu trop ouvertement son rôle de marionnettiste.

Ces mots, loin d’être anodins, renforcent considérablement l’hypothèse d’une inclusion officielle de Joseph Kabila dans la nouvelle structure : son séjour à Goma en 2025, les ralliements discrets de cadres du PPRD, le lancement de « Sauvons la RDC » à Nairobi et le récent conclave qui se serait tenu à Kigali, pour faciliter les contacts avec le M23, selon certaines sources, s’emboîtent soudain dans un puzzle plus large.

Sur le papier, le scénario tient la route. Une rébellion qui se rebaptise, qui intègre des figures de l’ancien régime, qui invoque la Constitution et qui se drape dans les habits d’une « opposition hybride ».

De quoi, potentiellement, séduire une partie de l’opinion, embarrasser Kinshasa, compliquer les accusations de tutelle rwandaise et faire oublier les crimes de guerre commis, comme les dizaines de fosses communes découvertes à Uvira, conquise le lendemain de la signature de l’accord de Paix de Washington et de laquelle le M23/AFC a été obligé de se retirer.

Sauf que cette mue, aussi habilement préparée soit-elle, ne convaincra probablement personne.

Car ce n’est pas l’étiquette qui compte, c’est la substance.

Et la substance reste limpide : cette rébellion demeure profondément alignée sur les intérêts politico-militaires et économiques de Kigali.

Les flux de coltan vers le Rwanda, le contrôle des zones minières stratégiques, le recrutement et l’encadrement opérés depuis des années… la cobélligerance avec l’armée rwandaise, rien n’a fondamentalement changé.

L’intégration progressive et officielle de Kabila, même si elle se confirme, ne ferait que masquer une réalité plus crue : l’AFC/ARC deviendrait alors le bras armé d’un projet régional où le Rwanda continue de dicter le tempo, de sécuriser ses frontières et ses approvisionnements. Une nouvelle étiquette qui ne change pas la réalité de l’ agression.

Joseph Kabila, même associé publiquement dans la nouvelle structure, ne sauverait pas l’image du mouvement de proxy, vu son association, depuis son accession au pouvoir, au régime de Kagame, dans l’imaginaire d’une grande partie des congolais.

Il l’enfoncerait un peu plus dans l’ambiguïté d’une guerre par procuration habillée en résistance nationale.

La rébellion peut bien changer de nom, fusionner avec l’ancien pouvoir et multiplier les communiqués « constitutionnels », plus au moins invraisemblables, aussi longtemps ils oublient de se référer aussi à l’art 63 de la même Constitution.

Art 63 C. : Tout congolais a le droit et le devoir sacré de défendre le pays et son intégrité territoriale face à une menace où à une agression extérieure.

Tant que la chaîne de commandement, les intérêts miniers et la stratégie sur le terrain restent alignés sur Kigali, ce ne serait pas une métamorphose. Ce serait un simple relooking, un maquillage.

Le Congo profond, lui, ne se laissera pas berner par les logos en préparation.

Une rébellion de proxy pro-rwandaise reste une rébellion instrumentalisée par un pays agresseur, quand elle avance sous la même main cachée.

ARC, AFC ou M23… l’étiquette peut évoluer. La soumission, elle, ne change pas.

Eugène DIOMI NDONGALA,

Démocratie Chrétienne, DC.