RDC : LE SILENCE ASSOURDISSANT DE JUDITH SUMINWA FACE AU CLASH FINANCES-BCC
Kinshasa, 18 mars 2026 – Une simple note technique, postée ce matin sur X par un entrepreneur congolais, Clément Katende Junior, vient de mettre le doigt là où ça fait mal.
Adressée directement à la Première Ministre Judith Suminwa, elle dénonce un « différend marqué » entre le ministre des Finances Doudou Fwamba et le gouverneur de la Banque Centrale du Congo André Wameso.
Et le constat est implacable : depuis plusieurs semaines, les deux piliers de la politique économique de l’État ne se parlent plus… ou du moins ne coordonnent plus rien.
Résultat ? Les fonctionnaires ne sont plus payés à temps depuis le début de l’année.Ce n’est pas une rumeur de couloir. C’est écrit noir sur blanc : baisse des recettes fiscales liée à la chute des cours des matières premières, retards de décaissements, et surtout un manque criant de coordination budgétaire et monétaire.
La note adressée à la PM parle de « tensions macroéconomiques » déjà existantes. Elle a raison. Mais elle dit surtout l’essentiel : l’État congolais, malgré ses milliards de dollars de cuivre et de cobalt, n’arrive plus à honorer sa première dette : payer ses agents.
Le cœur du problème : une coordination en panne totale.
Le ministre des Finances et le gouverneur de la BCC sont censés être les deux roues d’un même vélo. L’un gère les finances, l’autre la monnaie et la stabilité. Quand ces deux-là patinent, tout le système dérape.
Et c’est exactement ce qui se passe. Les recettes fiscales baissent parce que les minerais ne rapportent plus autant qu’espéré. La BCC ne décaisse pas assez vite. Le Trésor public se retrouve à sec. Et pendant ce temps, enseignants, policiers, militaires et médecins attendent leur salaire. Effet immédiat : demande intérieure en berne, commerces qui ralentissent, recettes fiscales qui chutent encore plus.
Un cercle vicieux classique.
Mais le plus grave, c’est la passivité de Judith Suminwa. La note l’interpelle explicitement : « Instaurer un dialogue urgent sous votre autorité ». Elle a été taguée. Elle a été lue. Elle n’a toujours pas réagi officiellement à cette note « technique ».
Pas un communiqué, pas un tweet, pas une réunion convoquée. Alors qu’elle aurait dû prendre le dossier en main il y a des semaines, dès les premiers retards de paie signalés en janvier. Au lieu de cela, silence radio. Une Première Ministre qui laisse deux figures centrales de la gestion des finances publiques s’opposer frontalement sur les priorités des dépenses, c’est plus qu’une négligence : c’est un aveu de faiblesse institutionnelle.
Les faiblesses structurelles que la note met cruellement en lumière.
Cette petite note fait bien plus que dénoncer un conflit de personnes. Elle expose les trois cancers profonds de l’économie congolaise en 2026 :
· La dépendance mortelle aux matières premières : plus de 80 % des recettes viennent du cuivre et du cobalt. Quand les cours baissent (même légèrement), tout s’écroule. La recommandation de « diversifier les sources de revenus » est là depuis 20 ans… et reste lettre morte.
· Une masse salariale qui asphyxie le budget : plus de 50 % des dépenses courantes partent dans les salaires. L’État ne produit presque rien d’autre que des fonctionnaires à payer. Quand les recettes flanchent, il n’y a plus de marge de manœuvre. Et malheureusement les recommandations présidentielles sur l’effacement des entités inutiles et budgétivores ( qui ont engagé du personnel payé d’une manière extravagante) ainsi que le diminution du train de vie des institutions, n’ont jamais été respectées.
Une gouvernance macroéconomique défaillante : absence de mécanismes de suivi des recettes, pas de plans de résilience, et surtout cette incapacité chronique à faire travailler ensemble Finances et Banque Centrale.
Les conséquences sont déjà visibles : risque d’inflation si on monétise la dette, tension sociale grandissante (les fonctionnaires ne resteront plus silencieux), et perte de crédibilité internationale. Les investisseurs regardent. Les partenaires techniques aussi.
Le verdict. C’est un simple entrepreneur qui sonne l’alarme. Sa note est précise, respectueuse et terriblement juste. Elle dit ce que tout le monde sait à Kinshasa : l’État est en train de perdre le contrôle de ses finances parce que ses deux têtes pensantes ne parlent plus la même langue… et parce que la Première Ministre, interpellée publiquement, choisit de ne rien faire.
Judith Suminwa a encore le temps de réagir. Une médiation d’urgence, une réallocation prioritaire des fonds pour les salaires, et un vrai plan de diversification : ce n’est pas sorcier. Mais chaque jour de silence et inaction est un jour de plus où les fonctionnaires attendent, où l’économie s’essouffle, et où la RDC rappelle au monde entier qu’elle reste prisonnière de sa « malédiction des ressources minières ».
Le silence, Madame la Première Ministre, n’est plus une option. Il est devenu dangereux.
Eugène DIOMI NDONGALA,
DEMOCRATIE CHRETIENNE, DC




