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NEHEMIE MWILANYA, LE DERNIER DES MOHICANS KABILISTES, A RESSORTI SON VIEUX DISQUE RAYE: KABILA LE MARTYR, TSHISEKEDI LE TRAITRE

Dans une interview sur TV5 Afrique, l’ancien directeur de cabinet de Joseph Kabila transforme le départ de son patron en sacrifice patriotique et accuse Félix Tshisekedi de « trahison ». Décryptage d’une rhétorique nostalgique, sélective et profondément pathétique.

Néhémie Mwilanya, le dernier des mohicans kabilistes, a ressorti sur TV5 Afrique son vieux disque rayé : Kabila le martyr, Tshisekedi le traître, et lui-même le grand sage qui détient la vérité révélée. Le spectacle est pathétique.

Voici, point par point, pourquoi ses arguments s’effondrent sous le poids de leur propre ridicule.

Commençons par le mythe fondateur : le « sacrifice patriotique » de Joseph Kabila. Mwilanya nous explique, les yeux embués, que son patron a quitté le pouvoir jeune, fort et puissant, uniquement pour éviter un bain de sang et offrir au Congo sa première alternance pacifique. Quelle farce ! Kabila a passé des années à tricher avec la Constitution, à reporter les élections de 2016, à laisser les forces de l’ordre tirer sur des manifestants. Ce n’était pas un sacrifice : c’était un sauvetage de face après avoir épuisé toutes les combines.

Le présenter comme un Lumumba 2.0 qui se jette dans le gouffre pour sauver la nation, c’est de la pure fiction politique. Kabila est parti parce qu’il ne pouvait plus tenir, point final.

Le reste, c’est de l’hagiographie de courtisan.

Ensuite, le Code minier « souverainiste ». Ah, cette révision héroïque qui aurait mis les multinationales occidentales en furie et déclenché les pressions américaines, canadiennes et européennes ! Mwilanya oublie commodément que sous Kabila, le Congo a été le terrain de jeu préféré des deals opaques avec Dan Gertler, des Contrats Chinois léonins, pour ne pas parler des trafics d’uranium et d’une corruption systémique qui a vidé les caisses.

Augmenter un peu les royalties tout en laissant les réseaux de prédation intactes, ce n’est pas de la souveraineté : c’est de la gestion de rente. Et soudain, les mêmes qui ont bradé des pans entiers du sous-sol pendant 18 ans découvrent la vertu quand ils ne sont plus aux commandes. Ridicule.

Les mouvements citoyens ? FILIMBI, LUCHA , Comité laïc de Coordination… selon Mwilanya, pure création américaine pour « ternir l’image » de Kabila, en complicité avec l’UDPS.

Voilà le classicisme du pouvoir paranoïaque : toute contestation est forcément une manipulation étrangère. Jamais l’idée que des jeunes Congolais aient pu être réellement écœurés par 18 ans de gouvernance prédatrice, de violence électorale et d’impunité.

Non : si on critique Kabila, c’est forcément parce qu’on est payé par Washington.

Logique de café du commerce digne d’un régime qui n’a jamais accepté le principe d’une opposition autonome, accumulant d’ailleurs de centaines de prisonniers politiques et tout un « groupe parlementaire d’élus » de l’opposition à la prison de Makala.

Puis vient le clou du spectacle : la « trahison » de Tshisekedi qui aurait cédé les minerais aux Américains sans garanties sécuritaires, alors que Kabila, lui, avait résisté.

Mwilanya ose même le parallèle avec Zelensky. C’est cocasse.

Le même camp qui a multiplié les partenariats chinois et israéliens douteux pendant des années découvre soudain l’horreur d’un rapprochement avec les États-Unis sur les minerais critiques.

La réalité est plus prosaïque : le Congo reste un pays dépendant de ses matières premières, et tous les présidents – Kabila comme Tshisekedi – négocient avec les grandes puissances.

Présenter l’un comme un résistant inflexible et l’autre comme un vendu, c’est de la pure mauvaise foi partisane. Qui d’ailleurs cache mal le problème de fond de sa faiblesse face au Rwanda. Quant aux « stratégies et documents » que le camp Kabila aurait généreusement transmis à Tshisekedi pour « garder les richesses », on aimerait bien les voir.

Pour l’instant, c’est du vent.

Sur l’insécurité à l’Est et le M23, Mwilanya fait comme si tout avait commencé le 24 janvier 2019. Comme si l’est du Congo n’avait pas été un chaos permanent sous Kabila, avec des groupes armés, des massacres et des trafics et un M23 laissé tranquille de se retirer avec armes et bagages, prêt à reprendre du service. Oui, le Congo va mal. Mais prétendre que c’était le paradis avant 2019 relèves de l’amnésie volontaire. Les chiffres de pauvreté extrême n’ont pas attendu un nouveau président pour exister.

Au final, Mwilanya ne défend pas la souveraineté congolaise. Il défend un bilan et un réseau. Il recycle la vieille rhétorique du « nous étions les vrais patriotes, les autres sont des marionnettes ». C’est le discours classique de l’ancien régime qui, une fois dehors, redécouvre subitement les vertus de la résistance. Même si ne nous explique pas pourquoi Kabila céda la mine de Rubaya aux intérêts rwandais…

Pathétique, prévisible, et surtout profondément insultant pour l’intelligence des Congolais, qui n’ont pas besoin d’un ancien directeur de cabinet pour leur expliquer qui a trahi quoi.

La vérité, Mwilanya, ce n’est pas celle que vous déballez sur TV5.

C’est celle que l’histoire des 18 ans kabilistes a déjà écrite en lettres de corruption, de report d’élections toujours trafiquées et de violence d’État, largement documentée.

Eugène Diomi Ndongala,

Démocratie Chrétienne, DC