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TRUMP A KAGAME: « LA RÉPRESSION INTERNE ET LA GUERRE EN RDC SONT LES DEUX VISAGES DE VOTRE RÉGIME »

Exclusion du Rwanda de l’AGOA

J’ai lu attentivement la lettre que le président Donald Trump a adressée le 28 octobre 2026 au président Paul Kagame. Elle notifie à Kigali l’exclusion du Rwanda de l’African Growth and Opportunity Act (AGOA) à compter du 1er janvier 2027.

Le même jour, le Trésor américain sanctionnait le ministère rwandais de la Défense et la Zigama Credit and Savings Society, la banque des forces de sécurité rwandaises. Le 2 novembre, le Représentant américain au commerce rendait la décision publique.

Je veux le dire d’emblée : ce document n’est pas une simple mesure commerciale.

C’est un acte d’accusation politique. Pour la première fois, la première puissance mondiale établit noir sur blanc, dans un texte signé de son président, le lien que nous, Congolais, dénonçons depuis des années : un régime qui étouffe la liberté chez lui est le même qui porte la guerre chez ses voisins.

Une lettre qui marque un tournant

Il faut mesurer le chemin parcouru. En décembre 2025, le président Kagame se tenait à Washington, aux côtés du président Félix Tshisekedi, pour signer les Accords de Washington pour la paix et la prospérité, sous le patronage du président Trump. Kigali pensait avoir obtenu un brevet de respectabilité.

Onze mois plus tard, le même président américain lui écrit que son gouvernement « ne peut être considéré comme un partenaire fiable ».

Entre-temps, Washington a sanctionné en mars 2026 les Forces rwandaises de défense et quatre de leurs plus hauts généraux, dont le chef d’état-major. Il a imposé des restrictions de visa à plusieurs hauts responsables rwandais. En juin, il a frappé la raffinerie Gasabo Gold de Kigali, accusée de blanchir l’or pillé dans nos mines. Et en octobre, il a visé le ministère de la Défense lui-même et sa banque. Nous sommes passés de sanctions contre des individus à des sanctions contre l’État rwandais.

C’EST UNE ESCALADE DE NATURE, PAS SEULEMENT DE DEGRE.

Les mots choisis comptent. La lettre ne parle pas au conditionnel.

Elle affirme que le Rwanda « continue de fournir un soutien militaire, logistique et matériel » au M23, « y compris par le déploiement de forces rwandaises sur le territoire congolais ». Elle qualifie d’« inacceptables » l’occupation de nos territoires, la prise de nos zones minières et les crimes commis contre nos populations civiles. Ce que le Groupe d’experts des Nations unies documente depuis des années est désormais la position officielle de la Maison-Blanche.

Le fil qui relie la répression intérieure à l’agression extérieure

Le cœur de cette lettre, à mes yeux, se trouve dans un rapprochement très significatif.

Le président américain y dénonce, dans un même mouvement, la guerre menée en RDC et « la répression des dirigeants de l’opposition, l’intimidation des journalistes indépendants et des organisations de la société civile, et l’absence d’un environnement démocratique véritablement concurrentiel » au Rwanda.

En d’autres termes, c’est le régime de Paul Kagame qui est en question !

Un pouvoir qui ne rend de comptes ni à un parlement libre, ni à une presse indépendante, ni à une opposition capable de le remplacer, peut engager son armée hors de ses frontières sans débat, sans contrôle et sans sanction. Aucune voix rwandaise ne peut demander publiquement combien de soldats sont déployés au Kivu, combien y sont morts, ni qui profite de l’or et du coltan qui franchissent la frontière. Le silence imposé à Kigali est la condition de la guerre menée à Goma et à Bukavu.

Les faits établis par des sources indépendantes illustrent ce lien :

• Une occupation. Selon Human Rights Watch, le contrôle effectif exercé par le Rwanda sur des parties de l’est du Congo, par ses propres forces et par le M23, répond aux critères juridiques d’une occupation militaire au sens du droit international humanitaire.

• Des transferts forcés de population. La même organisation rapporte qu’en mai 2025 plus de 1500 personnes ont été transférées de force de l’est du Congo vers le Rwanda, ce qu’elle qualifie de crime de guerre, et que des responsables rwandais ont cherché à justifier ces actes. Cela d’ailleurs vient de se répéter à Katagota, près de Bukavu, ces derniers jours.

• Une économie de guerre organisée par l’État. Le Trésor américain établit que la banque Zigama a payé des fournisseurs d’armes et acheminé vers Kigali de l’or extrait de mines contrôlées par le M23 au Sud-Kivu. Ce n’est plus le fait de trafiquants isolés : c’est un circuit financier au service de l’appareil militaire.

Un État qui pratique ces méthodes chez son voisin ne peut pas être un État de droit chez lui. Et un État qui n’est pas un État de droit chez lui n’a aucun frein pour s’en empêcher chez son voisin. Démocratie et paix régionale sont les deux faces d’une même exigence.

C’est pourquoi je salue le fait que Washington conditionne le retour du Rwanda à l’AGOA non seulement au retrait de ses troupes, mais aussi à la protection des droits humains et au rétablissement des libertés démocratiques.

L’argument des FDLR ne peut plus servir d’alibi

Aucune préoccupation sécuritaire ne justifie l’occupation de deux capitales provinciales, l’installation d’administrations parallèles, l’exploitation de nos mines et le transfert de nos populations. Et un fait récent fait tomber le masque : le 12 octobre 2026, l’AFC/M23 s’est transformé en « Front pour la refondation de la nation » FRN/M23, placé sous la direction de Joseph Kabila, avec pour mission déclarée de mettre fin au pouvoir en place à Kinshasa, « par la force ». On ne combat pas des génocidaires au Rutshuru ou au Masisi en installant un ancien président congolais à la tête d’une rébellion de proxy qui veut renverser les institutions de la République. Le projet n’est pas sécuritaire. Il est politique et prédateur.

Les conséquences politiques et diplomatiques

La lettre du 28 octobre ouvre une séquence dont je vois cinq conséquences majeures.

1. Le Rwanda perd son principal bouclier diplomatique. Pendant trois décennies, Kigali a bénéficié d’une indulgence occidentale exceptionnelle, nourrie par la mémoire du génocide de 1994 et par l’image d’un État efficace. Lorsque le président des États-Unis écrit que ce gouvernement n’est pas un partenaire fiable, cette indulgence prend fin. L’image de « Singapour de l’Afrique » se fissure là où elle comptait le plus.

2. La pression sur l’Europe va s’accroître. L’Union européenne a sanctionné des officiers rwandais et la raffinerie Gasabo en mars 2025, et ses États membres ont décidé de ne pas renouveler le financement de la Facilité européenne pour la paix aux troupes rwandaises au Mozambique. Mais elle n’a pas aligné ses sanctions sur celles qui frappent l’armée rwandaise. Ses sanctions liées à la RDC arrivent à échéance le 12 décembre 2026 : ce sera le moment de vérité. Je demande à Bruxelles de suspendre son protocole d’accord sur les matières premières critiques avec le Rwanda tant que des minerais congolais pillés transitent par Kigali et de renouveler les sanctions si tles troupes rwandaises ne se retirent pas de la RDCongo.

3. Le multilatéralisme devient un terrain d’épreuve. L’élection au secrétariat général de la Francophonie, les 15 et 16 novembre à Phnom Penh, où la candidate congolaise Juliana Amato Lumumba affronte notamment la secrétaire générale sortante rwandaise, mesurera le crédit diplomatique qui reste à Kigali. En décembre, le Conseil de sécurité renouvellera le mandat de la MONUSCO. Chacun de ces rendez-vous dira si le monde entend le message envoyé par Washington.

4. Le coût économique dépasse l’AGOA. Les exportations rwandaises vers les États-Unis restent modestes, environ 43 millions de dollars en 2025. Le vrai prix est ailleurs : une armée, un ministère et une banque sous sanctions américaines transforment le Rwanda en juridiction à risque pour les banques, les assureurs et les acheteurs de minerais du monde entier. Le modèle économique de Kigali repose sur la confiance des investisseurs ; c’est précisément elle qui est atteinte.

Ce que la RDC doit faire maintenant

La pression américaine est une opportunité. Pour la saisir, la République démocratique du Congo doit :

• Ôter tout prétexte à l’agresseur en appliquant intégralement ses propres engagements des Accords de Washington, comme elle est déjà en train de faire.

• Rassembler la nation par un dialogue politique transparent, car la division intérieure est l’arme que Kigali exploite, comme le montre l’opération Kabila.

• Montrer l’exemple démocratique. Si nous affirmons que la répression nourrit l’agression, nous devons nous-mêmes respecter les libertés fondamentales des citoyens. C’est la condition de notre crédibilité.

Conclusion

La lettre de Donald Trump à Kagame, du 28 octobre 2026 restera, je le crois, comme le moment où le voile s’est déchiré. Elle dit que l’on ne peut pas être à la fois un régime fermé chez soi et un partenaire respecté à l’étranger, ni prétendre à la paix tout en armant la guerre chez son voisin. Elle laisse au Rwanda une porte ouverte : cesser tout soutien au M23, retirer ses troupes, rendre à son peuple ses libertés.

Le peuple congolais n’attend pas la vengeance. Il attend la justice, la souveraineté et la paix. Le monde commence enfin à nommer l’agresseur de la RDC et un régime liberticide, les deux visage du Janus de Kigali.

À nous, Congolais, d’être à la hauteur de ce moment.

Eugène Diomi Ndongala,

Démocratie Chrétienne, DC

Les Patriotes, LP