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TSHISEKEDI REFERME L’ETAU : BANGUI BASCULE, GOMA TREMBLE, KIGALI S’ISOLE

Deux mémorandums signés avec la Centrafrique, une toile diplomatique tissée de la Tanzanie au Congo-Brazzaville, et désormais une contre-offensive des FARDC et des Wazalendo sur l’axe Minova–Sake, à une cinquantaine de kilomètres de Goma. Le Rwanda n’est plus le pivot de la région. Il en devient l’isolé.

Le 21 août 2026, à l’Hôtel de la Défense de Kinshasa, Félix Tshisekedi n’a pas seulement signé un accord militaire. Il a posé un verrou au nord. Sous les drapeaux congolais et centrafricain, Guy Kabombo Muadiamvita et Rameaux-Claude Bireau ont paraphé deux mémorandums – formation et renseignement – et Bangui a prononcé la phrase que Kigali ne voulait pas entendre : la RCA « ne servira jamais de base arrière » contre la RDC.

Le Rwanda a compris le message. Trop tard. L’encerclement de Paul Kagame n’est plus une hypothèse de cabinet. C’est une carte. Diplomatique d’abord. Militaire ensuite.

Bangui, la pièce qui manquait

Pendant des années, Kigali a joué sur deux tableaux en Centrafrique : un contingent dans la MINUSCA, une force bilatérale aux côtés de Touadéra. Cette présence donnait au Rwanda une profondeur stratégique à plus de 1 600 kilomètres de Goma. Le 21 août, Tshisekedi l’a juridiquement neutralisée. Pas par un discours. Par un texte.

Les mémorandums ne promettent ni tanks ni milliards. Ils font mieux : ils organisent le partage de renseignements en temps réel, la formation croisée des officiers, la coordination sur la frontière Nord-Ubangi–Bas-Uele. Et surtout, ils ferment l’hypothèse d’un usage du sol centrafricain contre Kinshasa. Bireau l’a dit sans détour. Kabombo a tranché : ces papiers ne doivent pas rester « de simples textes », mais « un outil de travail, de suivi et de résultats ».

Les scans intégraux n’ont pas été mis en ligne. Le ministère congolais de la Défense a publié les images officielles de la cérémonie : la signature, la poignée de main, les dossiers reliés sur la table. C’est assez. L’acte est public. L’intention l’est aussi.

La riposte de Kigali trahit l’isolement

La réaction rwandaise n’a pas eu la solennité d’un communiqué largement diffusé. Elle a eu la nervosité d’un camp qui perd un allié.

Selon la presse centrafricaine, Kigali a exigé le retrait immédiat de sa force bilatérale en RCA et envisagé de rompre son partenariat de défense direct avec Bangui, tout en gardant ses casques bleus dans la MINUSCA.

Lire cette réaction à l’envers. Un État sûr de son réseau régional ne menace pas de plier bagage chez un partenaire historique pour deux mémorandums de formation. Il le fait quand le cercle se rétrécit. Quand chaque capitale voisine, une à une, cesse d’être un levier et devient un verrou.

Le Rwanda n’a pas publié, à ce jour, de lettre officielle scannée sur cet épisode. Le silence documentaire en dit autant que le bruit : Kigali a réagi, mais sans oser transformer la colère en doctrine assumée.

L’isolement commence souvent ainsi. Par une riposte courte. Puis par le vide.

Ce n’est pas Bangui. C’est toute la carte.

L’accord RCA-RDC n’est que le chaînon nord d’une architecture plus large. Tshisekedi a passé 2026 à recoudre ce que Kigali croyait durablement défait.

En Tanzanie, le chef de l’État congolais a porté le dossier sécuritaire jusqu’à Zanzibar, auprès de Samia Suluhu Hassan. Dodoma n’est pas un figurant : c’est un poids de la SADC, un partenaire de formation militaire, une voix que Kigali a déjà accusée, via SAMIDRC, d’avoir choisi le camp de Kinshasa.

En Ouganda, Floribert Anzuluni a déposé un message « spécial et confidentiel » chez Museveni. Kampala reste un voisin ambigu. Mais le seul fait que Kinshasa y cherche une assurance suffit à déranger le duopole rwandais-ougandais sur l’Est.

Au Congo-Brazzaville, au Gabon, au Tchad, la même logique : visites, commissions mixtes, soutiens diplomatiques. Tshisekedi ne demande plus à ses voisins de l’aimer. Il leur demande de fermer leurs territoires.

De ne plus servir de coulisse.

Le résultat se lit dans les institutions. Le Rwanda a quitté la CEEAC en dénonçant « l’instrumentalisation » de l’organisation par la RDC et le refus de lui accorder la présidence rotative. Quand on claque la porte d’une communauté régionale, on ne dicte plus l’agenda. On le subit.

Et maintenant, l’axe Minova–Sake

Pendant que Kigali s’agite dans les chancelleries, les FARDC et les Wazalendo ont rouvert le front à l’ouest de Goma.

Selon des sources loyalistes et des comptes rendus locaux de mi-septembre 2026, la contre-offensive a repris dans le Kalehe et le Masisi. Des positions ont été contestées autour de Remeka, Miko, Kasake. Des accrochages ont aussi été signalés dans le Kalehe, sur les approches de l’axe Minova–Sake, à une cinquantaine de kilomètres de la capitale du Nord-Kivu.

Ce n’est pas un détail de carte. Minova et Sake sont la serrure occidentale de Goma :

le lac d’un côté, les collines de l’autre, la route qui nourrit et isole la ville. Les bousculer, même partiellement, revient à menacer le dispositif M23-RDF là où il se croyait installé depuis la chute de Goma en janvier 2025. Le sens politique est net : Tshisekedi n’encercle plus seulement Kagame par Bangui, Dodoma ou Brazzaville.

Il le presse aussi à 50 kilomètres de Goma.

C’est précisément ce que Kigali redoute. Un Rwanda isolé diplomatiquement peut encore tenir un discours sur les FDLR. Un Rwanda isolé diplomatiquement et bousculé sur l’axe Minova–Sake voit son principal levier – Goma occupée – commencer à se fissurer.

Kigali parle encore fort. Il pèse moins.

Sur le fond, le Rwanda répète la même ligne : pas de retrait de l’est congolais tant que les FDLR ne sont pas « neutralisées ». Kinshasa a sorti un protocole de démobilisation. Kigali l’a rejeté comme une manœuvre. Olivier Nduhungirehe l’a écrit sans fard : les FDLR « ne sont pas partie » aux Accords de Washington, « elles en sont l’objet ».

Cette formule fonctionnait tant que le Rwanda pouvait parler au nom d’une région inquiète. Elle s’érode dès que Tshisekedi aligne Bangui, Dodoma, Kampala, Brazzaville et Libreville sur une autre lecture : la menace principale n’est plus une milice des années 1990, c’est l’occupation de facto de Goma et Bukavu.

Les pourparlers de Genève des 16 et 17 septembre 2026 le confirment.

On y discute encore du mécanisme de sécurité. Sur le terrain, les armes n’ont pas cessé.

Mais autour de la table, le rapport de force diplomatique a changé. Kigali n’arrive plus en donneur de leçons régional.

Il arrive en État contesté, sanctionné par Washington en mars 2026 sur ses forces de défense, contraint de menacer Bangui pour sauver la face, et désormais fixé sur une contre-offensive qui se rapproche de Goma.

L’encerclement n’est pas une armée. C’est un réseau qui avance.

Tshisekedi n’a pas encerclé le Rwanda au seul sens militaire. Il l’a encerclé au sens diplomatique, le plus durable, puis il a rouvert le front.

Une frontière nord fermée par Bangui. Un flanc est travaillé avec Kampala et Dodoma. Un flanc ouest tenu par Brazzaville. Une organisation d’Afrique centrale d’où Kigali s’est lui-même retiré. Et, à l’ouest de Goma, des unités FARDC et Wazalendo qui rappellent que l’occupation n’est pas un fait accompli.

Le 21 août n’était donc pas une cérémonie de plus. C’était le moment où l’isolement de Kigali a cessé d’être un slogan congolais pour devenir un fait régional.

Quand un partenaire comme la Centrafrique accepte d’écrire noir sur blanc qu’il ne servira pas de base arrière, le Rwanda n’est plus le pivot de la sécurité centrafricaine. Il en devient l’invité conditionnel.

Et un invité conditionnel, pressé à cinquante kilomètres de Goma, n’est déjà plus un arbitre. C’est un isolé.

Eugène Diomi Ndongala,

Démocratie Chrétienne, DC

Les Patriotes