« FAIRE DISPARAITRE LE M23, C’EST FAIRE DISPARAITRE LE RWANDA » : L’AVEU DE KAGAME
Le 17 juillet 2026, devant le Bureau politique du FPR le président rwandais a lié la survie de son pays à celle d’une rébellion – qui vient d’être sanctionnée par l’Onu- qu’il jurait pourtant congolaise. Une seule phrase, et tout l’édifice du négationnisme rwandais se fissure.

Il y a des phrases qui en disent plus long que des années de démentis. Évoquant les appels à éliminer le M23, il a averti que vouloir faire disparaître le mouvement de proxy M23, c’était vouloir faire disparaître le Rwanda lui-même – et que, le cas échéant, « on les trouverait prêts ».
Le ton se voulait celui de la fermeté souveraine.
Il est, en réalité, celui de l’aveu.
Car on ne peut pas soutenir dans la même bouche que le M23/AFC est une rébellion congolaise autonome et que sa disparition menacerait l’existence du Rwanda. La survie d’un État ne se joue pas dans le sort d’un groupe armé étranger qui lui serait indifférent.
En soudant les deux destins, Kagame a nommé ce que Kigali s’épuisait à nier : l’imbrication organique entre son régime et la rébellion qui occupe l’Est du Congo. Une manière subtile pour définir une agression.
L’EDIFICE DES MENSONGES QUI SE LEZARDE
Pendant des années, la doctrine rwandaise a tenu sur trois piliers. Le déni d’une présence militaire, d’abord : « le Rwanda n’a pas de troupes en RDC », répétait-on à Kigali, quand Kagame lui-même, sur CNN, disait ne pas savoir si ses soldats avaient franchi la frontière.
La congolisation du conflit, ensuite : « un problème congolais », né de l’échec de Kinshasa.
La fiction, enfin, d’un M23 purement interne, simple rébellion fédérée dans l’Alliance Fleuve Congo, avec laquelle Kigali n’aurait qu’une vague « sympathie ». C’est ce dernier pilier qui justifiait toute l’architecture diplomatique en deux voies : Washington pour le contentieux entre États, Doha pour le volet dit « intérieur ». Deux tables, une même fiction.
Le discours du 17 juillet n’est pas un accident : il est le terme d’une longue érosion. En février 2025, Kagame concédait déjà une « affinité » avec le M23 et une implication rwandaise « depuis trente ans». En avril 2026, il affirmait que sa frontière était « sécurisée grâce au M23 » – aveu limpide d’un bénéfice stratégique. En juillet, il scelle la fusion.
À chaque étape, le déni recule d’un cran.
Et pendant que le discours cède, les faits s’accumulent. Le dernier rapport du Groupe d’experts de l’ONU chiffre entre 14.000 et 18.000 soldats rwandais le déploiement dans les deux Kivu fin 2025. Aucun retrait réel depuis, seulement des rotations. Les experts nomment les généraux qui pilotent les opérations depuis le Rwanda, décrivent une rébellion muée en administration parallèle- et balaient l’alibi central de Kigali : rien n’indique que les FDLR constituent aujourd’hui une menace directe pour la sécurité rwandaise. L’épouvantail se dégonfle en même temps que le déni.
UN ALIBI QUI N’ARRETE PAS DE CHANGER
Là est la vraie contradiction : dans la valse même des justifications.
Il fallait d’abord traquer les FDLR – jusqu’à ce que l’ONU en conteste la dangerosité.
Il fallait ensuite protéger les Banyamulenge, victimes transformées en paravent, jusqu’aux sanctions du mouvement militaire Twirwaneho par l’Onu, il y a quelques jours.
Il faut désormais sauver le M23 lui-même, hissé au rang d’énième enjeu existentiel.
Quand la raison invoquée change à ce rythme, c’est que la vraie raison n’a jamais été dite.
CETTE VRAIE RAISON EST UNIQUE, ET ELLE EST HEGEMONIQUE ET ECONOMIQUE.
Le modèle économique rwandais repose, pour une part décisive, sur une rente de prédation: le pillage et le blanchiment des minerais congolais – l’étain, le tantale, le tungstène, les « 3T » – et de l’or. Les faits sont établis. À Kigali, ce minerai de sang est mêlé à la production locale, étiqueté « responsable », puis réexporté comme s’il était rwandais. Les exportations rwandaises d’étain et de coltan ont d’ailleurs bondi au moment précis où le M23 coupait les circuits officiels congolais – sans qu’aucune découverte minière au Rwanda ne l’explique. Washington et Bruxelles ne s’y sont pas trompés en sanctionnant l’unique raffinerie d’or du pays et d’autres entreprises opérant en territoire occupé.
Voilà ce que Kagame n’ose pas dire et qui commande tout le reste.
Sans la rente du pillage, le « miracle » économique rwandais – la légitimité même d’un régime tyranniques – se dérobe.
C’est cette dépendance, et non les FDLR ni les Banyamulenge, qui explique l’injustifiable : le déploiement au Congo de près de la moitié d’une armée qui ne compte qu’environ 33.000 hommes. On n’envoie pas la moitié de ses forces occuper le territoire d’un voisin pour désamorcer une menace fantôme ; on le fait pour tenir un territoire et une frontière économique.
Le 17 juillet, en liant la survie du Rwanda à celle du M23, Kagame a dit vrai malgré lui – mais il a désigné le mauvais coupable.
Ce n’est pas une rébellion congolaise qui garantit l’existence du Rwanda. C’est la rente économique qu’elle draine.
Les masques sont tombés.
Reste à nommer ce qu’ils cachent : la géocriminalité du régime de Paul Kagame.
Eugène Diomi Ndongala,
Démocratie Chrétienne, DC




