Aller au contenu principal

RETRAIT OU DISGRACE : L’ULTIMATUM CONGOLAIS AU RWANDA DEVANT L’ONU

Après un discours jugé trop prudent de la Première ministre Judith Suminwa à l’Assemblée générale, et sous l’effet des prises de position du président de l’Union africaine et du futur ambassadeur américain à Kigali, la diplomatie congolaise a changé de registre.

Le 29 septembre, au Conseil de sécurité, l’ambassadeur Zénon Mukongo Ngay a exigé le gel de toute nouvelle participation rwandaise aux opérations de paix de l’ONU tant que le retrait des troupes rwandaises du territoire congolais n’aura pas été vérifié.

Une analyse d’Eugène Diomi Ndongala

La diplomatie congolaise est enfin passée à l’offensive. Pas à Addis-Abeba, pas dans un énième communiqué, mais à New York. C’est là que le Rwanda a longtemps réussi un tour de force : faire de sa présence militaire dans l’Est du Congo un non-sujet, tout en cultivant, dans les mêmes couloirs de l’ONU, l’image d’un État modèle du maintien de la paix.

Un discours de gestion, pas de rupture

À l’Assemblée générale, Judith Suminwa a rappelé l’essentiel : le protocole du 30 mai sur les FDLR, les rapatriements, la souveraineté violée. Mais elle est restée dans le périmètre de l’acquis : résolution 2773, processus de Washington, mécanismes de Doha. Aucun nouveau front, aucun coût exigé. Pour Kinshasa comme pour de nombreux observateurs, ce texte a sonné comme une gestion de l’existant.

Or, face à une occupation qui s’installe, se contenter de réclamer l’application de ce qui a déjà été décidé, c’est encore parler le langage de la patience. Et dans ce dossier, la patience a toujours profité à celui qui reste sur le terrain.

Quand d’autres parlent plus fort que Kinshasa

Ce sont alors New York et Washington qui ont dit tout haut ce que Kinshasa formulait à demi-mot. Évariste Ndayishimiye, président en exercice de l’Union africaine, a nommé l’impasse sans détour : sans désengagement visible, pas de cessez-le-feu réel. « Si réellement on voudrait la paix au Congo, le Rwanda devrait se montrer positif par rapport au désengagement. »

Devant la commission des Affaires étrangères du Sénat, Nicholas Checker, ambassadeur désigné des États-Unis à Kigali, a enfoncé le clou : les accords de Washington ne vaudront que par une conformité pleine et vérifiable. S’il est confirmé, il pressera Kigali de cesser ses actions déstabilisatrices dans l’Est de la RDC. Washington veut une relation forte avec le Rwanda, mais Kigali doit d’abord honorer ses engagements envers Donald Trump.

Deux voix, deux capitales, un même diagnostic : le verrou, c’est le retrait.

Le 29 septembre, Kinshasa pose un prix

Bousculée par ces interventions, la diplomatie congolaise a compris que répéter le droit ne suffisait plus. Il fallait frapper là où ça fait mal. À l’issue de la 10 232e séance du Conseil de sécurité, Zénon Mukongo Ngay a cessé de plaider pour exiger : tant que le retrait des forces rwandaises n’est pas vérifié, plus de nouvelles participations rwandaises aux opérations de paix, plus de déploiements, plus de rotations.

Son argument est simple et redoutable : un État ne peut pas être à la fois pompier et pyromane.

Il y va de la cohérence du Conseil, de sa crédibilité, de son éthique. Le Rwanda a bâti une part de son prestige international sur ses Casques bleus. Kinshasa lie désormais ce prestige au départ de ses troupes du Congo.

Une montée en puissance sous couverture diplomatique

Ce levier n’a rien d’abstrait. Il répond à un fait que les accords de paix n’ont pas effacé. Selon les évaluations du Groupe d’experts de l’ONU, la présence rwandaise n’a pas suivi la courbe du désengagement promise à Washington, mais la courbe inverse. Il y a un an, on évoquait des contingents de 6 000 à 7 000 hommes. Les dernières estimations parlent de plus de 14 000, voire 18 000 militaires dans les deux Kivus.

Pendant que l’on signait, que l’on vérifiait, que l’on célébrait des « avancées », le dispositif rwandais s’étoffait. Ni gel, ni retraite lente : une montée en puissance à l’abri des négociations.

Le prétexte FDLR ne tient plus

Dans ce contexte, l’argument FDLR apparaît pour ce qu’il est devenu : un écran. Kinshasa a signé le protocole de désarmement, de démobilisation et de cantonnement. Des groupes ont adhéré au dépôt volontaire des armes. Les rapatriements ont commencé avec l’appui de la MONUSCO.

Encore faut-il que ces retours soient définitifs. Les experts de l’ONU ont déjà documenté par le passé le recyclage de combattants : désarmés d’un côté, réapparus de l’autre, parfois sous l’uniforme des RDF, parfois dans les rangs d’une rébellion par procuration. L’offensive congolaise porte aussi cette exigence : que les hommes renvoyés au Rwanda ne reviennent pas déstabiliser le Congo aux côtés du M23.

La résolution 2773 : le droit est déjà écrit

Il faut le rappeler avec force : le retrait des troupes rwandaises n’est pas une revendication congolaise parmi d’autres. C’est une décision du Conseil de sécurité.

Le 21 février 2025, la résolution 2773 a été adoptée à l’unanimité des quinze membres. Elle a condamné l’offensive du M23 menée avec l’appui des Forces de défense rwandaises. Elle a appelé ces dernières à cesser tout soutien au M23 et à se retirer immédiatement du territoire congolais, sans conditions préalables.

Sans conditions préalables. Ni la question FDLR, ni de prétendues « mesures défensives », ni le calendrier de Washington ne peuvent donc conditionner ce retrait. Chaque mois de présence rwandaise supplémentaire au Congo est un mois de défi ouvert à l’autorité du Conseil.

C’est là que la revendication congolaise engage l’ONU elle-même.

L’organisation a adopté une résolution à l’unanimité. Elle continue pourtant de déployer sous son drapeau les soldats de l’État qui l’ignore. Ce faisant, elle se met en contradiction avec ses propres décisions.

En exigeant le gel des participations rwandaises aux opérations de paix, Kinshasa ne demande pas une faveur. Elle demande à l’ONU d’être cohérente et de mobiliser tous les leviers dont elle dispose pour que le Rwanda applique ses résolutions. Une résolution que l’on ne fait pas respecter cesse d’être du droit : elle devient une simple déclaration d’intention.

Le retrait, désormais au centre

La bascule est nette. Après un discours trop fidèle à l’ordre du jour onusien, Kinshasa a ciblé le seul point qui déplace réellement le rapport de force : le contingent rwandais sur son sol, et le statut international de celui qui l’y maintient.

Le Président Evariste Ndayishimiye a nommé l’impasse. Checker a conditionné la relation américaine. Mukongo propose d’en faire payer le prix à l’ONU elle-même.

La diplomatie congolaise n’a pas inventé un nouveau droit. Elle a enfin décidé d’utiliser celui qui existait comme une arme, à commencer par la résolution 2773.

Le retrait des troupes rwandaises n’est plus une clause parmi d’autres : c’est le cœur du dossier, et désormais le test de crédibilité de l’ONU elle-même. C’est précisément là que Kinshasa a choisi de frapper.

Eugène Diomi Ndongala,

Démocratie Chrétienne, DC,

Les Patriotes

New York, 29/09/2026 – Conférence de Presse de l’Ambassadeur Zénon Mukongo Ngay a réclamé le gel de toute nouvelle participation rwandaise aux missions de paix des Nations Unies aussi longtemps que les troupes rwandaises demeurent en RDCongo, en violation de la résolution 2773 du CSNU.