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DERNIER RAPPORT AU CSNU: DES CIVILS SACRIFIES, MONUSCO ENTRAVEE, SON PERSONNEL ARRETE PAR LE M23

Analyse du rapport trimestriel du Secrétaire général de l’ONU, António Guterres, au Conseil de sécurité sur la Mission de l’Organisation des Nations Unies pour la stabilisation en RDC (MONUSCO), établi en application de la résolution 2808 (2025)— S/2026/748 du 21 septembre 2026, période du 20 juin au 18 septembre 2026.

Trois mois de plus, et rien n’a changé pour ceux qui meurent.

Entre le 20 juin et le 18 septembre 2026, 470 civils ont été tués au Nord-Kivu et en Ituri, pendant que les accords de Washington et de Doha s’accumulaient sur les tables de négociation. Le dernier rapport du Secrétaire général sur la MONUSCO dit en termes diplomatiques ce que les populations de l’Est vivent dans leur chair : la paix avance sur le papier, la guerre avance sur le terrain.

Deux constats traversent tout le document. Les civils restent la cible principale d’un conflit qui ne faiblit pas. Et la mission chargée de les protéger se heurte, dans les zones tenues par l’AFC/M23, à des restrictions qui l’empêchent de voir, d’enquêter et d’agir.

Les civils, cible permanente

En trois mois, la MONUSCO a recensé 518 incidents de protection au Nord-Kivu et en Ituri. Bilan : 470 civils tués, dont 61 femmes et 56 enfants (par. 10). Sur un an, d’août 2025 à août 2026, le décompte de la Mission atteint 2 850 civils tués dans ces deux provinces, dont 625 femmes.

À travers le pays, le Bureau conjoint des Nations Unies pour les droits de l’homme a documenté 1 359 violations et atteintes aux droits humains. 86 % ont eu lieu en Ituri, au Nord-Kivu et au Sud-Kivu. L’Est concentre presque toute la violence du pays.

Les enfants paient un tribut terrible. La MONUSCO a confirmé 366 violations graves touchant 276 enfants : 142 cas de recrutement et d’utilisation, 111 enlèvements, 69 meurtres et mutilations . Le Nord-Kivu concentre à lui seul 269 de ces cas.

Derrière les chiffres, des vies déracinées. Plus de 6,1 millions de Congolais sont déplacés. 26,5 millions font face à une insécurité alimentaire extrême, et 4,2 millions d’enfants souffrent de malnutrition aiguë (par. 22). Le plan humanitaire de 2,13 milliards de dollars n’était financé qu’à 49,4 % au 15 septembre.

L’AFC/M23, PREMIER AUTEUR DES VIOLATIONS

Le rapport ne laisse aucun doute sur la hiérarchie des responsabilités.

L’AFC/M23 est le principal auteur des violations des droits humains : 489 violations, 1 279 victimes, dont 391 femmes et 125 enfants (par. 19). C’est plus que les Wazalendo (143), les ADF (98), les FDLR (44) et la CODECO (23) réunis.

Et ces chiffres sont en deçà de la vérité.

Le rapport le reconnaît lui-même : le nombre de victimes est probablement sous-estimé, faute d’accès et de liberté d’enquête au Nord-Kivu (notes des figures I et III, note 1). Autrement dit, les zones où l’ONU recense déjà le plus de violations sont aussi celles où elle peut le moins enquêter. Le bilan réel de l’occupation reste à écrire.UNE GUERRE QUI NE S’ARRETE PAS

Au Nord-Kivu, les combats entre le M23 et les groupes d’autodéfense se sont intensifiés à Masisi et Walikale en août et en septembre. Selon les organisations humanitaires, 70.800 civils ont dû fuir depuis la mi-août.

Le 17 juin, à Masisi, au moins 60 corps ont été découverts après des opérations de l’AFC/M23 contre les FDLR et les Nyatura. Le rapport ajoute un constat accablant : les opérations dites de lutte contre les FDLR continuaient de viser systématiquement des civils, faisant des morts et des déplacés. La justification sécuritaire sert de couverture à des atteintes systématiques contre la population.

Le ciel lui-même est devenu une menace. Le recours aux drones et aux frappes aveugles a sensiblement augmenté à Masisi, Walikale, Kalehe, Walungu, Mwenga, Uvira et Fizi, exposant les civils à des risques considérables.

LA MONUSCO ENTRAVEE

Une mission de paix qui doit demander la permission pour se déplacer n’est plus libre de protéger. C’est pourtant la situation que décrit le rapport dans les zones contrôlées par l’AFC/M23 : notifications et autorisations préalables exigées pour certains mouvements, au mépris du mandat confié par le Conseil de sécurité.

Les partenaires civils qui osent coopérer avec la Mission s’exposent à des risques. Résultat : l’accès de la MONUSCO à ces zones reste limité, et sa capacité à travailler avec la population est entravée. Une mission qu’on empêche de voir ne peut ni prévenir, ni documenter, ni protéger.

Le rapport franchit un cran de plus. Parmi les 139 atteintes à la sécurité du personnel et des locaux de l’ONU, il relève la détention illégale de membres du personnel des Nations Unies par l’AFC/M23.

Des agents de l’ONU détenus par un groupe armé sanctionné : le fait est d’une gravité rare.

Les conséquences sont directes pour les civils. Le rapport souligne qu’au Nord-Kivu, les restrictions de mouvement se combinent à l’épidémie d’Ebola pour couper l’accès aux populations vulnérables.

Ces entraves frappent une mission déjà affaiblie. La MONUSCO ne compte plus que 7 577 soldats sur les 11 500 autorisés, après le retrait des contingents sud-africains de la brigade d’intervention (par. 30). Moins d’hommes, moins d’accès, plus de besoins.

EBOLA, LA DOUBLE PEINE

À la guerre s’ajoute la pire épidémie d’Ebola de l’histoire du pays. Au 15 septembre, 7 258 cas confirmés et 3 510 décès, soit un taux de létalité de 48,4 %, dans sept provinces et 62 zones sanitaires C’est la plus grave des 17 épidémies jamais recensées en RDC.

L’Ituri concentre 78 % des décès, mais le Nord-Kivu en enregistre de plus en plus. Or c’est précisément là que l’insécurité et les restrictions d’accès paralysent la riposte.

Quand une épidémie flambe dans une zone où l’on ne peut pas circuler librement, chaque barrage devient une menace sanitaire.

Le Secrétaire général demande à toutes les parties de garantir un accès rapide, sûr et sans entrave aux équipes de lutte contre Ebola. Il appelle aussi les pays voisins à faciliter le PASSAGE DU PERSONNEL ET DES FOURNITURES.

LES ENGAGEMENTS DE KINSHASA

Sur la question des FDLR, le rapport consigne les gestes de Kinshasa. Le 28 juillet, une faction des FDLR a signé un protocole de désarmement, de démobilisation et de cantonnement. Les 12 et 13 août à Genève, la RDC a présenté un plan de désarmement, démobilisation et réintégration au Mécanisme conjoint de coordination de la sécurité. Le 8 septembre, 120 ex-combattants FDLR et leurs familles ont été rapatriés au Rwanda (par. 25).

Le gouvernement a aussi fait un geste dans le cadre de Doha. Le 7 août, il a libéré et transféré 15 détenus à l’AFC/M23 par l’intermédiaire du CICR. Le Rwanda a rejeté le plan FDLR, y voyant une manœuvre dilatoire et exigeant une neutralisation vérifiable. L’AFC/M23, de son côté, a contesté la liste des détenus libérés.

Le silence du rapport sur le Rwanda

Le rapport décrit un conflit entre « les FARDC et l’AFC/M23 et leurs alliés respectifs ». Nulle part il ne nomme le soutien rwandais au mouvement, ni la présence des Forces de défense rwandaises sur le sol congolais. Le Rwanda n’y apparaît que comme partenaire de négociation.

Ce silence contraste avec les constats d’autres organes de l’ONU. Le rapport final du Groupe d’experts (S/2026/466, juin 2026) estime la présence de la RDF dans l’Est entre 14 000 et 18 000 soldats et décrit une chaîne de commandement reliant Kigali aux commandants du M23.

Le 29 septembre, devant le Conseil de sécurité, le chef de la MONUSCO, James Swan, a lui-même parlé de l’AFC/M23 et de ses alliés « appuyés par le Rwanda ».

CE QUE LE CONSEIL DE SECURITE DOIT FAIRE

Le Secrétaire général l’écrit lui-même : il est urgent de traduire les engagements des processus de paix en avancées concrètes pour la protection des civils. Le renouvellement du mandat de la MONUSCO, en décembre 2026, est le moment de passer des mots aux actes.

1. Exiger la liberté de mouvement totale de la MONUSCO. Le Conseil doit demander la levée immédiate des notifications et autorisations préalables imposées dans les zones de l’AFC/M23, et la libération de tout personnel onusien détenu.

2. Garantir l’accès des enquêteurs. Le Bureau conjoint des Nations Unies pour les droits de l’homme doit pouvoir enquêter sans entrave au Nord-Kivu, pour que le bilan réel des violations soit établi (notes des figures I et III).

3. Multiplier et publier les vérifications du cessez-le-feu. Le Secrétaire général appelle à de nouvelles missions vérification au plus vite, pour un suivi et des enquêtes objectifs sur les violations Leurs conclusions doivent être rendues publiques.

4. Nommer les responsabilités. Les rapports du Secrétaire général et la prochaine résolution doivent intégrer les constats du Groupe d’experts sur le rôle des acteurs extérieurs.

5. Confier à la MONUSCO la vérification du désarmement des FDLR. Un contrôle par un tiers neutre répondrait à l’exigence de vérifiabilité posée par Kigali et lèverait un obstacle majeur au processus de Washington.

6. Ouvrir des corridors sanitaires contre Ebola.L’accès des équipes de riposte doit être garanti partout, y compris dans les zones occupées, et les pays voisins doivent faciliter le passage du personnel et des fournitures (par. 45).

7. Donner à la Mission les moyens de son mandat. Avec 7 577 soldats sur 11 500 autorisés, la MONUSCO ne peut pas protéger une population sous le feu.

Les civils de l’Est n’attendent pas un rapport de plus ; ils attendent que celui-ci soit suivi d’effets.

Eugène Diomi Ndongala,

Démocratie Chrétienne, DC

Les Patriotes