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L’Union Africaine Brandit l’Étiquette Terroriste : Le M23 sur la Sellette Continentale

Dans les couloirs feutrés d’Addis-Abeba, le 6 février 2026, un vent de changement souffle sur la diplomatie africaine. La Commission de l’Union Africaine (UA), souvent accusée de somnoler face aux tourments de l’Afrique centrale, sort enfin de sa torpeur avec une déclaration fracassante.

La déclaration de presse de la Commission de l’Union Africaine (UA), datée du 6 février 2026 et émise depuis Addis-Abeba, marque un tournant significatif dans l’approche de l’organisation continentale vis-à-vis du conflit en République Démocratique du Congo (RDC).

Signée par son président, S.E. Mahamoud Ali Youssouf, elle condamne sans ménagement l’attaque par drone menée par l’Alliance Fleuve Congo/M23 (AFC/M23) contre l’aéroport de Kisangani, en République Démocratique du Congo (RDC). Ce n’est pas une simple réprimande : c’est le signal d’une évolution radicale dans le discours diplomatique, qui propulse le M23 vers les abysses des listes terroristes continentales.

Rappelons le décor : l’est de la RDC, ce chaudron bouillonnant où le M23, un groupe rebelle aux accents rwandais, sème le chaos depuis des années. Des négociations timides, des accords fragiles comme Luanda ou Nairobi, ont jusqu’ici dominé la scène, avec l’UA en rôle de médiateur discret, presque effacé. Mais cette fois, l’attaque indiscriminée sur une infrastructure civile – un aéroport au cœur d’une ville populeuse – brise le statu quo.

Le communiqué de l’UA ne mâche pas ses mots : il dénonce une « violation grave du droit international humanitaire »,invoquant l’absence totale de distinction entre civils et militaires, de proportionnalité et de précaution. C’est un acte « indiscriminé », qui met en danger des vies innocentes et ébranle la stabilité régionale.

Voici où le discours pivote avec force : l’UA ne se contente plus de regrets polissés.

Elle exhume la Convention de l’OUA de 1999 sur la prévention et la lutte contre le terrorisme, et son Protocole de 2004, pour qualifier explicitement cet assaut d’ « acte terroriste ».

En reliant cela à la Convention de l’OUA de 1999 sur la prévention et la lutte contre le terrorisme, ainsi qu’au Protocole de 2004, l’UA pose les bases pour une requalification : ces instruments définissent le terrorisme comme tout acte visant à terroriser des populations ou à déstabiliser des États. Le M23 est implicitement aligné sur cette définition, ce qui préfigure son inclusion potentielle dans les listes terroristes de l’UA.

Les mots claquent comme un verdict : les groupes armés non étatiques, tel le M23, ne peuvent plus se draper dans des justifications politiques ou sécuritaires pour légitimer leurs exactions. C’est une rupture avec le passé, où ces mouvements étaient parfois vus comme des insurgés. Désormais, l’UA les aligne sur la même ligne que les fléaux comme Boko Haram ou Al-Shabaab – des entités à éradiquer, non à courtiser.

Cette évolution n’est pas anodine ; elle préfigure l’inscription formelle du M23 sur la liste des groupes terroristes de l’UA.

Imaginez les retombées : sanctions ciblées, gels d’avoirs et potentiellement des opérations militaires conjointes sous bannière africaine. Le texte met en garde contre l’élargissement du « théâtre des hostilités », critiquant l’usage de drones comme une escalade « inacceptable » qui mine la souveraineté de la RDC. Il vise aussi les « auteurs et commanditaires », un doigt pointé vers les soutiens externes – le Rwanda en filigrane, sans le nommer, pour préserver les fragiles équilibres diplomatiques.

Mais ce réveil diplomatique va plus loin : l’UA réaffirme son attachement à l’intégrité territoriale de la RDC, appelant à une coordination étroite avec les mécanismes régionaux et internationaux. C’est un appel à l’action, un cri pour une « désescalade durable » via l’Accord de Luanda et le Processus de Nairobi.

Fini le temps des condamnations molles ; l’UA se pose en gardienne inflexible, prête à transformer sa rhétorique en actes concrets. Cette trajectoire – du silence complaisant à la stigmatisation terroriste – pourrait redessiner le conflit en RDC, isolant le M23 et forçant une paix imposée plutôt que négociée. Une chose est sûre : ce communiqué marque un tournant percutant, où la diplomatie africaine abandonne sa prudence pour une offensive antiterroriste.

L’avenir du M23 s’annonce sous un jour plus sombre.

Eugène Diomi Ndongala,

Démocratie Chrétienne, DC