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LE GRAND ECART DE LA DIPLOMATIE FRANCAISE EN AFRIQUE CENTRALE

Rumeurs de soldats français aux côtés du M23, démenti de l’ambassade de la France en RDCongo, coopération militaire avec l’armée rwandaises sous sanctions, et soutien à l’accord sur les minerais pillés : le « en même temps » de Macron appliqué à l’Afrique Centrale, qui étonne les français eux-mêmes !

Mi-juin 2026, une rumeur particulièrement explosive circule en RDC : des soldats français seraient déployés dans l’est du pays, à Rubaya, Fizi et Mikenge, et combattraient directement aux côtés des rebelles du M23. Une accusation grave dans un contexte où le M23 est accusé ouvertement par les Nations unies et les Etats Unis d’être soutenu par le Rwanda.

Face à la propagation rapide de ces bruits, l’Ambassade de France à Kinshasa publie le 15 juin 2026 un démenti officiel cinglant : Ce communiqué est ensuite analysé dans une vidéo réalisée par Thomas Dietrich, journaliste d’investigation français et créateur de la série Chroniques de Françafrique (auteur de la vidéo en annexe). Le message est net : Paris nie toute implication militaire directe dans l’est congolais. Pourtant, ce démenti ne fait que masquer des contradictions bien plus profondes.

Au même moment, la France approfondit de manière exponentielle sa coopération militaire avec le Rwanda. Comités conjoints de défense à Kigali fin 2025, rencontres bilatérales en marge d’Eurosatory à Paris en juin 2026… Les échanges se multiplient sur la formation et les capacités opérationnelles.

Le double standard

Si la France augmentait sa coopération avec la Russie, tout en affirmant défendre la souveraineté ukrainienne, ce serait immédiatement qualifié de « trahison et de scandale« .

Pourtant, c’est exactement ce qu’elle fait en RDC : elle dément tout lien avec le M23 (rebelles accusés d’être un proxy rwandais violant la souveraineté congolaise) tout en maintenant une coopération militaire avec le Rwanda ( son soutien militaire, logistique et financier) et en s’accommodant d’accords sur les minerais pillés dans les zones occupées de la RDCongo.

Avec Moscou, on crierait à l’hypocrisie ; avec Kigali, on appelle ça de la « realpolitik ».

Sauf que l’armée rwandaise avec laquelle Paris renforce ainsi ses liens — la Rwanda Defence Force (RDF) — fait l’objet, depuis le 2 mars 2026, de sanctions américaines sans précédent : les États-Unis ont sanctionné l’ensemble de l’armée rwandaise en tant qu’entité, ainsi que plusieurs de ses hauts gradés, pour son soutien direct au M23. C’est la première fois qu’une armée régulière d’un État souverain est visée de cette manière par Washington.

Et ce n’est pas fini. Paris continue également de soutenir, au niveau européen, le « Memorandum of Understanding » signé entre l’UE et le Rwanda sur les chaînes de valeur des minerais stratégiques. Un accord présenté comme « durable ». Pourtant, malgré la résolution adoptée par le Parlement européen en février 2025 (à une très large majorité) demandant sa suspension immédiate tant que le Rwanda n’aura pas cessé d’exporter des minerais provenant de zones contrôlées par le M23, l’accord reste pleinement actif.

Le rapport de Global Witness publié le 10 juin 2026 apporte des preuves accablantes : des centaines de tonnes de coltan de conflit extraites dans des zones tenues par le M23 (notamment à Rubaya) sont introduites en fraude au Rwanda puis réexportées vers les marchés mondiaux. Les exportations officielles rwandaises de coltan ont explosé, reflétant cette réalité de contrebande. On assiste donc à un triple langage :

· La France nie toute présence militaire française aux côtés du M23.

· Elle renforce sa coopération militaire avec une armée rwandaise sous sanctions américaines pour ce même soutien au M23.

· Elle maintient sont soutien à un accord européen sur les minerais stratégiques alors que ces minerais proviennent largement du pillage de la RDC, comme le documente – entre autres – Global Witness.

Cette politique du « en même temps », si tristement célèbre sous la présidence d’Emmanuel Macron, semble être devenue la boussole de la diplomatie française en Afrique.

On condamne l’agression tout en renforçant les capacités de l’agresseur.

On dénonce le pillage tout en facilitant le commerce des minerais volés.

On prétend défendre des valeurs — souveraineté des États, lutte contre le financement des conflits, traçabilité des ressources, condamnation des massacres des populations civiles — tout en les piétinant par des actes contradictoires.

Sans crainte apparente de la contradiction.

Sans crainte apparente du discrédit que cela génère auprès des peuples africains – mais aussi d’une certaine opinion publique française, comme la vidéo du journaliste français Thomas Dietrich témoigne.

Et sans crainte apparente de perdre toute crédibilité dans le plus grand pays francophone du monde : la République Démocratique du Congo.

Le démenti de l’ambassade sur les rumeurs de soldats français était nécessaire. Mais tant que la France continuera à appliquer ce « en même temps » systématique — condamner d’un côté, soutenir l’agresseur de l’autre — les doutes, les rumeurs et la défiance ne feront que s’amplifier.

Et la France continuera de s’éloigner des valeurs qu’elle prétend incarner.

Eugène Diomi Ndongala,

Démocratie Chrétienne, DC