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KABILA, LE VIRTUOSE DU DENI


Joseph Kabila s’est assis face à la journaliste du New York Times avec cette attitude glaçante qu’il cultive depuis vingt-cinq ans. Mais derrière le demi-sourire carnassier sous la moustache, l’interview du 30 mars 2026 n’est pas une confession.

C’est un énième numéro de prestidigitation : l’ancien président sort des aveux à demi-mot, les enveloppe dans du coton rhétorique et les fait disparaître, donnant la faute de ses erreurs « au peuple congolais ».

Comme d’habitude, il refuse d’assumer. Ses erreurs, ses mensonges, ses contradictions : tout reste la faute des autres, du peuple, de Tshisekedi, du destin. Jamais la sienne.

Le premier tour de passe-passe concerne l’élection de 2018, celle qu’il aurait manipulée de main de maître. Il lâche enfin, se justifiant, encore une fois : « Nous, dans notre très sage manière de penser, nous avons estimé qu’il était important pour la stabilité que le président ait la majorité… »

Traduction : nous avons accepté le scrutin pour garder le pouvoir. Sept ans plus tard, il ajoute, l’air presque contrit : « Avec le recul, ce sont des choses que nous aurions pu et dû changer ».

On pourrait applaudir l’autocritique. Sauf que cette « sagesse » aurait ouvert la boîte de Pandore: effondrement de la prétendue alliance avec Tshisekedi, exil, retour dans les rangs de sa créature qui est le M23 et ses cobelligérants rwandais, guerre à l’est, où curieusement les intérêts de Kabila et de Kagame convergent.

Kabila regrette le moyen, jamais la fin.

Il prétend avoir sacrifié ses intérêts au nom de la stabilité, puis s’étonne que la stabilité ait volé en éclats, sans jamais parler de l’agression rwandais qu’il couvre.

Sur la répression, le mensonge devient grotesque. Quand on lui parle des prisonniers politiques de son ère, il hausse les épaules, il nie tout, même les 700 prisonniers politiques – dont votre serviteur – que Tshisekedi a libéré à son entrée en fonction, mettant en applications les engagements dans ce sens que Kabila n’avait pas respecté.

Et, dans mon cas, même le Comité des droits de l’Homme des Nations Unies, avait condamné la RDC et son régime, avec le jugement N°2465/2014 exigeant qu’il me libère immédiatement, me reconnaissant ouvertement en tant que prisonnier politique d’un régime qui instrumentalisait la justice à des fins politiques.

D’ailleurs, mon livre intitulé « Prisonnier Politique en RDC », pourrait être une bonne lecture pour finaliser ses études en la matière…

J’aurai dû mourir en prison – selon son plan- me taire, mais je suis toujours là, pour lui rappeler ses responsabilités face aux peuple congolais et à l’histoire de ce pays.

En effet, Kabila nie la réalité historique – manifestations noyées dans le sang en 2016-2018, des centaines d’opposants emprisonnés – tout en accusant Tshisekedi d’intolérance.

La répression était légitime quand elle venait de lui ; elle devient dictature quand elle vise sa personne et ses protégés rebelles et complices des rebelles du M23/RDF.

Mensonge pur, contradiction flagrante, et toujours ce refus obstiné d’assumer son propre autoritarisme.

Puis vient le chef-d’œuvre de l’esquive : son « principal échec ». On s’attend à une mea culpa sur la kleptocratie, les minerais 3 T pillés, les milliards envolés…

Non. Kabila déclare, avec une humilité de façade : « Mon principal échec a été de ne pas transformer les Congolais en “meilleurs citoyens”. »

Autrement dit : ce n’est pas moi qui ai échoué, c’est vous, peuple congolais ! Quel culot !

Le pays le plus riche en ressources du continent, dirigé dix-huit ans par un homme qui se pose en agriculteur modeste (« Je suis essentiellement un fermier »), finit par rejeter la faute sur un peuple qu’il n’a jamais aimé.

Il fustige Mobutu, Idi Amin et Bokassa qui se prenaient pour des dieux… sans jamais voir qu’il a régné comme un monarque de fait, prolongeant son mandat illégalement et prétendant organiser sa succession en coulisses, pour se maintenir indirectement au pouvoir.

Erreur colossale, assumée par personne.

Et puis il y a Goma. La ville occupée par le M23/RDF, la milice qu’il combattait autrefois et qu’il est accusé de diriger aujourd’hui. Kabila vit là, protégé par ceux qu’il qualifiait de menace existentielle en 2013.

Pourquoi ? « Je suis chez moi. La vraie question est : pourquoi ne suis-je pas à Kinshasa ? » Réponse sidérante, énième esquive…

Il se pose en victime d’un pays ingrat alors qu’il est condamné pour haute trahison et qu’il préfère la protection de rebelles de proxy rwandais à la justice de son propre pays.

Cela rappelle étrangement la dernière sortie médiatique de Kagame, qui a insulté publiquement ses collaborateurs et son premier cercle gouvernemental, les accusant de ne pas le suivre et de rien mériter de plus que l’exil ! Le peuple, selon Kabila et Kagame, serait donc coupable de la mauvaise gouvernance qu’ on lui a imposé : curieuse inversion de responsabilité et curieux parallélisme entre les deux autocrates décadents.

« Essayer de lier la rébellion à M. Kabila est tout simplement stupide », lâche-t-il, parlant de lui à la troisième personne comme d’un tiers innocent qui nie toujours la réalité.

Pourtant, il habite derrière leurs checkpoints, à l’ombre de leurs kalachnikovs, dans une villa gardée par leurs hommes et l’armée rwandaise.

Il nie tout lien. Il nie même avoir lu l’accord de paix Trump, trop occupé par son doctorat en « questions stratégiques », qui lui fait maintenant élaborer cette théorie honteuse où le peuple serait le coupable des fautes de ses dirigeants !

Le pays brûle, il prétend étudier, et avec quels résultats ignominieux en terme de pensée politique….

Contradiction ultime, mensonge éhonté, posture de patriote (« je suis le plus grand patriote du Congo ») qui sonne creux et mégalomaniaque quand on vit sous la botte de ceux qui pillent ce pays et tuent ce peuple.

À la fin de l’interview, les grillons chantent sur le lac Kivu.

Alors, veut-il revenir ? Réponse typique : ni oui ni non.

Le Congo a besoin de patriotes. Lui, bien sûr, en est un, même le « plus patriote de tous » selon sa propre appréciation !

C’est là tout le tragique de Joseph Kabila : un homme calculateur, riche en centaines de millions de dollars, qui continue de fuir la seule chose qu’il n’a jamais su affronter – lui-même et ses contradictions.

Il admet un peu, regrette un peu, nie beaucoup, et n’assume rien.

Le fautif ?

Dans sa pensée aberrante serait le peuple congolais lui-même, que le « grand démiurge Kabila » n’est pas arrivé à changer, en 18 ans de règne liberticide, kleptocratique et sans partage.

Eugène DIOMI NDONGALA,

DEMOCRATIE CHRETIENNE, DC