Aller au contenu principal

L’AVANCEE MILITAIRE EST LA. LE COMMANDEMENT, LA RELEVE ET LES AXES, PAS ENCORE : LE CAS DE NUMBI

Les FARDC et les Wazalendo ont montré qu’ils peuvent reprendre le terrain à l’AFC/M23-RDF. Encore faut-il que la progression cesse d’être une annonce d’un jour et devienne une position gardée : commandement unique, axes verrouillés, relève et stocks en place avant la nuit. Sans ces corrections, chaque avance reste un jojo.

Numbi n’est pas tombée deux fois en vingt-quatre heures par hasard. Le 6 octobre 2026, les FARDC et les Wazalendo annoncent la reprise du centre, après des mois de présence de l’AFC/M23-RDF sur cette cité minière des hauts plateaux de Kalehe. Le 7, des sources locales font état d’un retrait et d’un retour adverse. Le schéma est connu : on entre, on proclame, on ne tient pas. Ce va-et-vient n’est pas une maladresse de section. C’est le produit d’une armée et d’une coalition qui savent chasser et ne savent pas garder.

La localité elle-même explique une partie du piège. Numbi vit de la cassitérite et du coltan, perchée sur des pistes accessibles à pied ou à moto. Les rapports du Groupe d’experts de l’ONU de fin 2025 y situent, avec Lumbishi et Nyabibwe, une part importante de la production de minerais 3T du Sud-Kivu désormais sous influence de l’AFC/M23 -RDF. Qui tient la cité tient une rente. Qui ne tient que le centre, sans les axes vers Byonde, Shanje, Lumbishi ou Ziralo, tient un trophée. L’adversaire, intéressé par la mine et capable de revenir vite, n’a aucune raison de laisser le trophée en place.

Le premier défaut est de confondre la prise avec la tenue de la localité.

Entrer dans Numbi est un raid. Y rester est une autre opération militaire: verrouiller les pistes, poster une observation, amener une relève qui n’a pas déjà marché et combattu, poser des stocks pour deux ou trois jours, désigner un seul responsable de la zone.

Rien de tout cela n’est visible dans le délai d’une nuit. L’unité qui arrive est épuisée ; celle qui devrait tenir n’est pas encore là ; l’annonce, elle, est déjà partie. La première nuit devient le moment où la contre-attaque trouve un dispositif incomplet. Ce n’est pas une surprise. C’est le calendrier habituel des cités re-perdues sur ce front.

Le deuxième défaut est le commandement.

Les Wazalendo connaissent le terrain et savent harceler. Ils restent une addition de factions — anciens Nyatura, Raïa Mutomboki et autres — aux chefs, aux agendas et aux comptes séparés, les actions non coordonnées, parfois avec des frictions avec les FARDC elles-mêmes. Une faction peut prendre le centre. Rien n’oblige une autre à tenir la piste arrière, ni à céder l’ordre à l’armée. En face, l’AFC/M23-RDF agit comme un seul appareil, avec l’appui en effectifs, en feu et en drones que les enquêtes onusiennes et Crisis Group attribuent aux forces rwandaises. L’asymétrie n’est pas seulement celle des armes. Elle est celle d’un ordre unique contre une coalition qui négocie encore qui commande au moment où il faudrait déjà fixer.

Le troisième défaut est la logistique, c’est-à-dire la gestion réelle de l’armée.

Les FARDC ont en théorie l’appui du feu, les transmissions et les services. Sur les plateaux de Kalehe, ces moyens arrivent trop tard, trop peu, ou pas du tout. Paie irrégulière, munitions comptées, mobilité réduite, secteurs opérationnels qui annoncent avant d’avoir ravitaillé : la reprise devient un acte de communication.

On mesure le succès à la localité citée, pas au dispositif qui empêche le retour et cela est une erreur.

Tant que la carrière et le communiqué récompensent l’entrée plutôt que la nuit tenue, les commandants locaux continueront d’avancer plus loin que leur ravitaillement.

Le quatrième défaut est l’économie de la position.

Une cité minière habitée ne se consolide pas seulement avec des fusils. Il faut un ordre minimum — circulation, secours, protection des civils — sinon le récit du « piège » et la réinfiltration se nourrissent l’un l’autre. L’adversaire qui taxe déjà la mine a une raison de revenir avant l’aube.

Le camp qui ne peut ni payer ses troupes ni contrôler le site n’en a aucune de rester une fois le raid terminé.

Ce qui doit être corrigé n’est donc pas une tactique de plus.

C’est la gestion de la logistique qui empêchera le jojo de la prise d’une localité et la perte immédiate.

Un seul commandement de zone, capable d’ordonner la fixation ou le repli, et auquel les factions sont subordonnées le temps de l’opération. Pas d’annonce de reprise tant que les axes ne sont pas surveillés et qu’une réserve n’est pas à portée.

Priorité aux pistes plutôt qu’au centre : Numbi ne se tient pas si Byonde ou Lumbishi restent ouverts.

Stocks et relève prévus avant l’assaut, pas improvisés après le communiqué. Séparation nette des rôles — harcèlement d’un côté, tenue de l’autre — au lieu d’un mélange où chacun avance et personne ne garde.

Et une règle simple de commandement : une position non ravitaillée n’est pas une position prise. Cela est vrai depuis Jules César et ses légions romaines, il n’y a rien à inventer !

Sans ces corrections, le cycle continuera à se répéter. Numbi, le 7 octobre, n’est que le dernier nom de cette mécanique, qu’il faut corriger.

Eugène Diomi Ndongala,

Démocratie Chrétienne, DC,

Les Patriotes