WASHINGTON ET L’UA A L’UNISSON : KIGALI DOIT RETIRER SES TROUPES DE LA RDC
L’Ambassadeur américain nominé à Kigali, Nicholas Checker, exige une « conformité pleine et vérifiable » des Accords de Washington, tandis que le président en exercice de l’Union africaine affirme que les forces rwandaises, toujours en première ligne, rendent le cessez-le-feu impossible.

Washington ne relâche pas la pression. Le message adressé à Kigali, jeudi 24 septembre 2026, n’avait rien d’un exercice diplomatique de routine. Devant la Commission des affaires étrangères du Sénat, Nicholas Checker, nominé de Donald Trump pour l’ambassade des États-Unis au Rwanda, a fixé une condition claire :
les Accords de Washington n’auront de valeur que s’ils sont appliqués pleinement, et de manière vérifiable.
La formule compte. Checker n’a pas parlé d’un « processus fragile » ni d’un « dialogue à poursuivre ». Il a dit que le succès des Accords dépend d’une conformité pleine et vérifiable de toutes les parties.
Puis il a ajouté, sans détour, qu’il pressera le Rwanda de respecter ses engagements,« y compris en mettant fin aux actions qui déstabilisent l’est de la RDC». La phrase a été lâchée.
Et, plus net encore : Washington veut une relation forte avec Kigali, mais le gouvernement rwandais doit d’abord honorer ses engagements envers le président Trump.
Ce n’est pas une nuance. C’est un ordre de priorités.
Un diagnostic continental qui rejoint Washington
Le même jour, presque à l’unisson, le président en exercice de l’Union africaine, Évariste Ndayishimiye, a dit la même chose avec d’autres mots. Dans un entretien à France 24, le chef de l’État burundais a estimé que l’impasse entre Kinshasa et Kigali persistait, plus de six mois après les Accords de Washington.
« Si on veut la paix au Congo, le Rwanda doit se montrer positif sur le désengagement », a-t-il résumé.
Selon lui, le maintien des troupes rwandaises sur les lignes de front compromet le cessez-le-feu ; la séparation des forces est un préalable à toute consolidation. Il a également accusé Kigali de manquer d’honnêteté et de poursuivre « un autre agenda caché » derrière les motifs officiels de sa présence à l’est de la RDC, tout en jugeant que la menace d’une extension régionale du conflit, y compris contre le Burundi, « existe encore».
Le rapprochement est politique, pas cosmétique.
D’un côté, le futur ambassadeur américain à Kigali exige une conformité vérifiable et la fin des actions déstabilisatrices.
De l’autre, le président en exercice de l’UA désigne le désengagement rwandais comme la condition centrale d’une paix qui, sans retrait, reste un texte.
Deux capitales, deux mandats, une même conclusion : tant que les troupes rwandaises restent en première ligne, le cessez-le-feu est une fiction et le risque d’embrasement régional demeure.
Un accord signé à Washington, toujours inachevé sur le terrain
Les Accords de Washington, célébrés le 4 décembre 2025 sous l’égide de Donald Trump, devaient marquer un tournant. Félix Tshisekedi et Paul Kagame s’engageaient, en présence du président américain, à sortir l’est congolais d’une guerre qui dure trop longtemps : retrait des forces rwandaises du territoire congolais, fin du soutien aux groupes armés, neutralisation des FDLR par Kinshasa, et bascule vers une coopération économique autour des minerais critiques.
Sur le papier, l’architecture était simple. Sur le terrain, elle n’a pas tenu.
Des semaines après la cérémonie, les offensives ont repris. Le M23, que Washington et les experts onusiens lient au Rwanda, a continué d’administrer des villes stratégiques.
Kigali, de son côté, nie toute occupation et parle de « mesures défensives» face aux FDLR et continue a rejeter toute action de la RDC pour une neutralisation de ce groupe armée rwandais. L’argument n’est pas nouveau. Il ne suffit plus.
Car l’administration Trump a fait de cet accord un trophée diplomatique. Un engagement pris devant le président des États-Unis – et dernièrement aussi devant l’Assemblée Générale l’Onu par Trump en personne – n’est pas, dans cette logique, un communiqué de plus. C’est une dette politique.
Le choix de Checker n’est pas anodin
Envoyer Nicholas Checker à Kigali n’est pas un geste cosmétique. Ancien de la CIA, passé par le Conseil de sécurité nationale, puis à la tête du Bureau des affaires africaines du Département d’État, il n’arrive pas à Kigali comme un diplomate de développement. Il arrive comme un homme formé à lire les flux de sécurité, les chaînes de commandement et les dénégations officielles.
Le signal est double. D’un côté, Washington maintient le Rwanda dans son jeu stratégique – minerais, renseignement, stabilité régionale. De l’autre, il place à Kigali quelqu’un dont la mission première, telle qu’il l’a lui-même formulée au Sénat, n’est pas de célébrer le partenariat, mais de le conditionner. Les médias rwandais ont eux-mêmes relevé qu’à l’audience, Checker a qualifié la mise en œuvre des Accords de Washington de «défi central». Autrement dit : le dossier n’est pas classé. Il est au centre.
Washington n’a pas détourné le regard
Ceux qui pariaient sur une amnésie américaine se trompent. Depuis la signature, les États-Unis n’ont pas seulement multiplié les déclarations. Ils ont sanctionné des responsables et des structures rwandaises accusés de soutenir opérationnellement le M23. Ils ont imposé des restrictions de visas. Ils ont exigé des retraits concrets, pas des redéploiements de façade. Le Département d’État a déjà qualifié certaines actions rwandaises de violation des Accords signés devant Trump.
La nomination de Checker s’inscrit dans cette continuité. Elle dit que le dossier RDC-Rwanda reste un test de crédibilité pour la diplomatie américaine en Afrique. Si Washington laisse un accord présidentiel se vider de sa substance, il affaiblit sa propre médiation. S’il exige le respect des engagements, il rappelle une règle simple :
on ne peut pas signer la paix à Washington et continuer la guerre à Goma.
La nécessité politique est donc claire.
Le Rwanda doit cesser les actions qui déstabilisent l’est de la République Démocratique du Congo. Cela passe par le respect intégral des Accords : fin du soutien aux groupes armés, retrait vérifiable de ses troupes et de ses dispositifs militaires du territoire congolais, et acceptation d’un contrôle qui ne se limite pas aux communiqués.
Kinshasa a aussi des obligations, notamment contre les FDLR. Mais l’occupation de fait de villes congolaises, la persistance d’une présence militaire rwandaise et le contrôle de zones minières par un mouvement armé lié à Kigali ne relèvent pas d’un malentendu technique. Ils relèvent d’un choix.
Une relation possible, à condition
Checker l’a dit sans fard : les États-Unis veulent une relation forte avec le Rwanda. Pas une rupture théâtrale. Une relation. Mais il a inversé la séquence habituelle de la diplomatie de courtoisie. Ce n’est plus « partenariat d’abord, conformité ensuite ». C’est l’inverse. D’abord les engagements. Ensuite la relation.
Pour Kigali, le calcul devient plus étroit. Le Rwanda a longtemps joué de son image d’État efficace, stable, utile. Cette image ne suffit plus à couvrir l’ agression de l’est congolais. Washington ne parle plus seulement de « préoccupations ». Il parle de conformité vérifiable.
Addis-Abeba, par la voix du président en exercice de l’UA, parle de désengagement et de lignes de front. Deux pressions se rejoignent : celle de la médiation américaine, et celle du continent africain.
La paix dans les Grands Lacs ne se décrète pas dans une salle de cérémonie.
Elle se mesure au retrait des troupes, à la fin des administrations rebelles, au retour de la souveraineté congolaise sur Goma, Bukavu et les sites miniers.
Tant que ces faits n’existent pas, les Accords de Washington resteront un texte.
Pas une paix. Et sur ce point, l’attention américaine, loin de s’éteindre, vient d’être réaffirmée au Sénat – au moment même où l’Union africaine désigne, elle aussi, le désengagement rwandais comme la clé d’un cessez-le-feu enfin réel.
Eugène Diomi Ndongala,
Démocratie Chrétienne, DC
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