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KAMANYOLA 20/01/2026 : LE M23 S’ENTRE-TUE; COMMENCEMENT DE LA FIN ?

Affrontements fratricides sur la Ruzizi : les fissures internes préfigurent l’implosion inéluctable du mouvement de proxy M23, de plus en plus privé de sa colonne vertébrale rwandaise.

Dans l’Est de la République démocratique du Congo, le vent tourne brutalement contre le M23. Après avoir brièvement occupé Uvira fin 2025, le mouvement rebelle, cobelligérant avec le Rwanda, subit une défaite diplomatico-militaire cinglante : sous la pression combinée des FARDC, des milices Wazalendo et d’accords internationaux signés à Washington le 4 décembre 2025, il doit évacuer la ville début janvier 2026. Uvira retombe aux mains des forces gouvernementales. Ce revers n’est pas seulement territorial ; il révèle, en pleine lumière, les fractures profondes qui minent la coalition entre les marionettes congolais du M23 et le cobélligerants rwandais de la RDF (armée rwandaise).

Le retrait d’Uvira est chaotique. Des centaines de familles banyamulenge – la communauté tutsie que le M23 prétend défendre – fuient les représailles et se réfugient à Kamanyola, sur la plaine de la Ruzizi, à la frontière rwando-congolaise. Là, la crise explose.

Dans la nuit du 20 janvier 2026, des tirs nourris déchirent Kamanyola.

Ce ne sont pas les FARDC qui attaquent, ni les Wazalendo, mais les alliés qui s’entre-tuent.

D’un côté, les éléments de la RDF, perçus – à juste titre – comme les vrais décideurs ; de l’autre, les combattants congolais du M23, majoritairement « banyamulenge », attachés à leur terre. Les témoignages convergent : une dispute éclate sur le sort des civils déplacés. Les Rwandais veulent déplacer de force ces familles plus loin, vers des camps au Rwanda, afin de créer une crise humanitaire médiatisée et d’accuser Kinshasa de faire fuir les Tutsis – un vieux scénario pour justifier l’intervention de Kigali.

Les Congolais refusent catégoriquement : ces gens sont leurs frères, ils doivent rester sur le sol congolais, pas servir de monnaie d’échange géopolitique.

La tension monte encore d’un cran après la mort d’un haut commandant rwandais ou proche de la RDF, probablement éliminé par un drone des FARDC lors du repli d’Uvira.

Les Rwandais soupçonnent une trahison interne : un combattant congolais aurait vendu la position. Les accusations volent, les armes parlent. Ce qui commence comme une altercation dégénère en affrontements fratricides.

Ce drame à Kamanyola n’est pas un accident isolé. Il rappelle cruellement la scission de 2012, quand le M23 s’était déchiré entre Sultani Makenga, soutenu par le Rwanda, et Bosco Ntaganda, plus indépendant.

Aujourd’hui, la même faille réapparaît : les Congolais du M23 – y compris les « banyamulenge » veulent défendre leurs droits en RDC, pas servir les intérêts stratégiques – et miniers – de Kigali et servir de prétexte éternel d’une agression, sous fond de prétendue défense d’une minorité, d’ailleurs exposée. Sous la pression militaire croissante des FARDC, cette alliance de circonstance craque de l’intérieur.

Et c’est là que Kamanyola devient un tournant décisif.

En réalité, cet affrontement fratricide préfigure l’éclatement imminent du mouvement rebelle.

Avec l’application progressive des accords de paix signés fin 2025 – qui exigent un cessez-le-feu durable et le désengagement des forces étrangères – le retrait inévitable et proche des troupes rwandaises de la RDF privera le M23 de sa véritable colonne vertébrale. Sans cette armature militaire rwandaise, ce mouvement proxy, conçu pour répondre aux visées hégémoniques de Kigali, risque de s’effondrer de l’intérieur :

les combattants congolais, lassés d’être des pions et qui n’arrivent plus à justifier leur vassalisation à Kigali, pourraient se dissocier, négocier séparément ou simplement déposer les armes.

Dans ce conflit, Kamanyola n’est pas qu’un symptôme ; c’est le signal d’une implosion annoncée.

Eugène DIOMI NDONGALA

DEMOCRATIE CHRETIENNE