WATUM, LE MINISTRE QUI « JETTE L’ENFANT AVEC L’EAU SALE » A INDABA : COUP DE BLUFF MAL CALIBRE
Dans un contexte de rivalité géopolitique pour les minerais critiques congolais, les déclarations imprudentes du ministre des Mines Louis Watum Kabamba à la conférence Mining Indaba 2026 minimisent l’Accord stratégique signé en décembre 2025 avec les États-Unis, risquant de frustrer Washington et d’aliéner un allié clé, tout en répondant maladroitement aux critiques sud-africaines sur un prétendu « bradage » des ressources – une posture opportuniste aggravée par des erreurs passées comme la suspension chaotique de l’exploitation artisanale, ayant provoqué émeutes et morts, et nécessitant un recadrage de la présidence et un rétropédalage urgent…
Dans le tourbillon géopolitique des minerais critiques, où le cobalt et le lithium congolais attisent les appétits mondiaux, les déclarations du ministre des Mines de la RDC, Louis Watum Kabamba, à la conférence Mining Indaba 2026 au Cap, résonnent comme un coup de bluff mal calibré.
Face aux provocations du ministre sud-africain Gwede Mantashe, qui accusait Kinshasa de « brader » ses richesses aux Américains au détriment de l’Afrique, Watum a tenté de riposter en dépeignant l’accord stratégique signé en décembre 2025 avec les États-Unis comme un simple « cadre de discussion » – rien de plus qu’un préambule sans engagement ferme. « Tout ce que nous avons fait avec l’Amérique est un cadre sous lequel nous discuterons de questions d’intérêt mutuel. C’est tout ce que c’est, » a-t-il lancé, comme pour balayer d’un revers de main toute idée de partenariat exclusif. Mais en cherchant à calmer les sud-africains jaloux, Watum jette l’enfant avec l’eau sale : il minimise un accord potentiellement vital pour la RDC, au risque de semer le doute chez les Américains sur la bonne foi congolaise, transformant un allié stratégique en un partenaire frustré et méfiant.
Penchons-nous sur le cœur de ces propos, qui révèlent une diplomatie économique à la fois défensive et imprudente. Watum insiste : « Cela pourrait devenir un bon projet majeur. Cela pourrait aussi devenir un autre projet qui ne les intéresse pas. Nous continuerons car il y a de nombreux autres partenaires avec qui discuter. » Traduction : si les USA ne mordent pas à l’hameçon, on passe à la Chine ou à qui veut bien. C’est une posture qui se veut opportuniste, affirmant que la RDC « joue son propre jeu » sans s’embarrasser de la rivalité sino-américaine : « La rivalité entre la Chine et les États-Unis – nous n’y sommes pas intéressés ».
Louable en théorie, mais percutant comme un uppercut malvenu en pratique.
En réduisant l’accord à un vague « cadre » sans substance – « nous n’avons rien vendu. Et nous ne vendrons rien pour rien » –, Watum répond certes aux accusations du sudafricain Mantashe, mais dans sa hâte à démentir tout « bradage », il érode la crédibilité même de l’accord, le présentant comme un flirt sans lendemain plutôt qu’un engagement sérieux.
C’est là que le bât blesse : les Américains, qui ont investi du temps et des ressources dans ces négociations (y compris une réunion convoquée par le secrétaire d’État Marco Rubio avec 54 pays), pourraient y voir un manque de sincérité, un opportunisme congolais qui flirte avec tous sans s’engager avec personne.
Cette interprétation des propos de Watum est parfaitement illustrée par l’article de Reuters du 11 février 2026, titré en une : « Congo says it would seek other partners if US minerals framework fails » (« Le Congo dit qu’il chercherait d’autres partenaires si le cadre minier avec les USA échoue« ). Dans cet article, Reuters rapporte fidèlement les déclarations du ministre en marge de l’Indaba, en les cadrant comme une menace explicite de pivot vers d’autres partenaires si l’accord ne débouche pas sur des projets concrets – une lecture qui amplifie le ton opportuniste de Watum, le faisant passer pour un négociateur versatile prêt à larguer les USA au profit de la Chine ou d’autres acteurs.
Le contenu met en exergue des citations comme « It may become a good major project. It may also become another project that does not interest them. We will continue because there are many other partners to discuss with« , soulignant comment ces mots, destinés à rassurer certains interlocuteurs, se retournent contre lui en projetant une image d’instabilité diplomatique. Reuters contextualise cela dans la course mondiale pour les minerais critiques, notant que la RDC exploite moins de 10 % de son potentiel et accueille déjà des géants comme Glencore, Ivanhoe Mines et les chinois CMOC et Zijin, renforçant l’idée que Watum joue sur plusieurs tableaux – une stratégie qui, mal interprétée, pourrait refroidir Washington au lieu de l’attirer.
Et ce n’est pas la première fois que Watum sabote ses propres efforts par une gestion hasardeuse, jetant l’eau sale des critiques tout en noyant l’enfant des opportunités.
Prenons l’exemple flagrant de sa « bêtise » sur l’exploitation artisanale, qui a fait éclater des émeutes sanglantes au Katanga et causé des morts, précisément parce qu’il a bafoué le code minier en ignorant les Zones d’Exploitation Artisanale (ZEA) pourtant bien prévues par la loi mais jamais mises en place, pour sa négligence.
En décembre 2025, Watum a signé l’Arrêté n° 00964 suspendant immédiatement les activités minières artisanales dans la filière cupro-cobaltifère, une mesure choc censée assainir le secteur mais qui a plongé des milliers de creuseurs dans la misère sans alternative. Résultat ? Des émeutes à Kolwezi et ailleurs, où les mineurs artisanaux, privés de subsistance, ont affronté les forces de l’ordre, menant à un chaos mortel. Le code minier prévoit explicitement les ZEA pour encadrer et protéger cette exploitation artisanale, vitale pour des communautés entières, mais Watum a préféré la matraque administrative sans viabiliser ces zones au préalable – une négligence qui a transformé une régulation potentielle situation inutile de déstabilisation du secteur, pour un résultat qui a été, tout simplement, le retrait de son arrêt hasardeux de suspension de l’activité minière artisanale.
Cette imprévoyance n’est pas seulement irresponsable ; elle mine la confiance internationale, y compris celle des Américains, qui pourraient se demander si ce ministre est fiable pour des partenariats globaux.
Pire encore, les propos hasardeux de Watum sur ce partenariat stratégique ont nécessité un recadrage en urgence de la part de la présidence elle-même, via sa porte-parole Tina Salama, qui a dû intervenir pour clarifier et raffermir le narratif, évitant ainsi un dérapage diplomatique total. Dans une déclaration ferme, Salama a réfuté toute idée de concession hasardeuse, affirmant catégoriquement que « l’accord ne légitime aucune occupation rwandaise ni ne cède de minerais aux Américains ». Elle a ajouté que le partenariat, structuré en 17 articles, « constitue un catalyseur majeur de transformation » pour la RDC, englobant non seulement les minerais mais aussi des domaines plus larges comme l’énergie et les infrastructures, tout en insistant sur le refus d’un échange « paix contre minerais ».
Ce recadrage présidentiel, intervenu pour tempérer les minimisations de Watum et réaffirmer l’engagement sérieux de Kinshasa, souligne à quel point les déclarations du ministre ont frôlé la gaffe, forçant la présidence à jouer les pompiers pour préserver la crédibilité auprès de Washington – un signe évident que Watum, en voulant trop jouer au malin, met en péril la cohérence même du gouvernement.
Cette analyse critique met en lumière une erreur stratégique flagrante : en jetant l’eau sale des critiques sud-africaines, Watum éjecte aussi l’enfant – cet accord qui pourrait injecter des investissements massifs dans la transformation locale des minerais, booster l’économie congolaise et contrebalancer la domination chinoise (qui contrôle déjà une grande partie du cuivre africain).
Les USA, déjà échaudés par les instabilités régionales en RDC, pourraient interpréter ces propos comme un signal de mauvaise foi : pourquoi s’investir dans un partenaire qui traite un accord stratégique comme une option parmi d’autres, prête à pivoter vers Pékin au premier accroc ? Cela frustre Washington, qui voit dans la RDC un pivot clé pour sécuriser les chaînes d’approvisionnement en minerais critiques, essentiels à la transition énergétique.
Au final, Watum, en voulant apaiser un voisin sudafricain jaloux, risque d’aliéner un allié global, laissant la RDC dans une position vulnérable : isolée des uns, méfiante des autres, et toujours dépendante de ses ressources inexploitées.
Une diplomatie économique gaffeuse qui tire dans le pied de son propre pays, pour rien…
Et, dans un tout autre registre, quoi dire de ces engagements pris – toujours dans le secteur minier – entre la société américaine Ko-Bold et la RDC, concernant la cartographie minière appartenant à l’Africa Museum Belge et que la « RDC » se seraient engagée à remettre aux américains pour numérisation, à leur avantage exclusif?
C’est exactement le cœur du différend : la RDC a conclu cet accord avec KoBold sans que la partie belge (propriétaire légale des archives) soit pleinement associée ou ait donné son accord préalable. Le musée n’est pas partie à l’accord RDC-KoBold. Il y a eu des pressions politiques américaines (y compris de l’administration Trump selon plusieurs médias) sur le musée et les autorités belges pour obtenir l’accès à cette cartographie, mais la Belgique refuse un accès privilégié à une entreprise privée. Des contacts diplomatiques ont eu lieu, mais la position belge reste ferme.
Le problème demeure toujours le même: le secteur minier accumule des gaffes, qui seraient évitables, avec un peu plus de maitrise des sensibilités et une diplomatie économique bien calibrée, indispensable dans ce secteur stratégique.
Eugène DIOMI NDONGALA,
Démocratie Chrétienne, DC




