Ils creusent à mains nues, dans des boyaux creusés comme des tombes ouvertes. Pas de casque, pas de pilier, pas de plan de sécurité. Juste la promesse d’un salaire de misère et la menace des kalachnikovs du M23/RDF.
À Rubaya, le plus grand gisement de coltan du monde – 15 à 30 % de la production mondiale –, les Congolais ne sont plus des hommes : ils sont devenus de la chair à « mines » pour le Rwanda.
Le mardi 3 mars 2026, le site de Gasasa, à cinq kilomètres de Rubaya-Centre, a englouti une fois de plus ses esclaves. Plus de 200 disparus, familles sans nouvelles, témoins interpellés et vidéos confisquées. Silence imposé par les occupants.
C’est le troisième éboulement consécutif en un laps de temps aussi court qu’un mois.
Le 28 janvier, déjà, le même carré minier de Gasasa/Luwowo s’était effondré : plus de 400 morts confirmés, femmes, enfants, petits commerçants emportés avec les creuseurs. Quelques jours plus tôt, un autre glissement avait frappé le même périmètre. Trois catastrophes en chaîne. Trois fois la même cause : des terrains ravagés par des excavations sauvages, fragilisés par les pluies, jamais stabilisés, jamais contrôlés.
Parce que la vie d’un Congolais, ici, ne vaut rien.
Sous contrôle du M23 et de l’armée Rwandaise, depuis avril 2024, Rubaya est devenue une mine à ciel ouvert gérée comme un comptoir colonial. Chaque mois, entre 112 et 125 tonnes de coltan sont extraites illégalement et acheminées directement vers Kigali. Les camions partent vers l’est, les revenus alimentent la machine de guerre du M23, de l’armée rwandaise, et Kinshasa documente tout.
La zone est classée « rouge » depuis 2025. Peu importe. On continue à creuser.
Ces hommes ne sont pas des « creuseurs artisanaux » libres. Ce sont des esclaves du XXIe siècle. Ils descendent parce qu’ils n’ont plus rien d’autre : champs brûlés, villages pillés, familles affamées. Ils descendent parce que le M23 les y oblige, sous peine de représailles. Ils descendent sans protection, sachant que la colline peut s’effondrer à tout moment. Et elle s’effondre. Encore. Et encore.
En un mois à peine, des centaines de Congolais – bientôt le millier si l’on additionne les trois drames récents – ont été sacrifiés sur l’autel du coltan rwandais.
Interdiction de communiquer : les autorités locales (rebelles qui occupent la zone et l’armée rwandaise) interdisent toute communication autour du drame et interpellent/arrêtent les témoins qui ont filmé ou photographié la scène. L’accès à l’information est « verrouillé ».
Le crime économique doit être perpétré à « huis clos », sans alerter l’opinion nationale ou internationale.
Pas un seul engin de soutènement. Pas une seule mesure de prévention. Juste l’ordre de produire, toujours plus vite, pour financer l’occupation.
C’est cela, la réalité de Rubaya aujourd’hui : un génocide économique silencieux.
Des vies congolaises jetées dans les puits des « mines » pour que des smartphones à l’autre bout du monde fonctionnent avec du coltan volé à la RDCongo. Des familles endeuillées à qui on interdit même de pleurer en public. Le message est clair : pour le M23 et ses commanditaires, un Congolais mort dans une mine vaut moins qu’une tonne de coltan livrée à Kigali.
Rubaya ne pleure plus. Rubaya hurle, malgré le silence imposé aux victimes congolaises et aux familles endeuillées.
Et le monde, une fois de plus, regarde ailleurs, comme l’Union Européenne, qui continue d’acheter le coltan au Rwanda, sans se poser trop de questions…