Aller au contenu principal

Archives de

REGIDESO : LA TRAHISON EN BOUTEILLE DE SON OBJECTIF SOCIAL

Imaginez une entreprise publique, gardienne de l’eau vitale pour des millions de Congolais, qui décide soudain de troquer ses tuyaux rouillés contre des chaînes de production de bouteilles en plastique.

C’est l’histoire absurde que nous raconte la REGIDESO, la Régie de Distribution d’Eau de la RDC, en annonçant son virage vers l’eau embouteillée.

Sur le papier, cela colle vaguement à ses statuts, mais cette diversion n’est-elle pas un coup de poignard dans le dos de sa mission sociale sacrée, qui consiste à fournier de l’eau propre aux robinets des congolais, pour tous les usages quotidiens comme se laver, cuisiner, boire, nettoyer ?

Une trahison flagrante qui privilégie le profit éphémère au bien public durable ? Examinons les faits, avec un regard acéré sur pourquoi cette déviation est non seulement malavisée, mais potentiellement destructrice.

D’abord, rappelons l’essence de la REGIDESO : une société anonyme à capitaux publics, sous la tutelle de l’État, chargée de capter, traiter et distribuer l’eau potable à travers des réseaux accessibles à tous. Ses objectifs statutaires, ancrés dans la loi sur l’eau de 2015, insistent sur l’accès équitable, l’utilité publique et l’amélioration de la qualité de vie pour les 100 millions de Congolais.

L’eau au robinet, pour cuisiner, se laver et nettoyer, pas en bouteille en plastique payante !

Pourtant, le directeur général David Tshilumba Mutombo parade dans les médias pour étaler son projet d’ une usine à Kinshasa, avec des extensions prévues dans d’autres villes, arguant que cela boostera les recettes. Conforme ? Techniquement, oui, car « commercialisation d’eau potable » est un terme élastique.

Mais en réalité, c’est une déviation flagrante : au lieu de réparer les 21 centres de traitement d’eau à l’arrêt sur 99, ou de combler les 35-40 % de pertes dues aux fuites et fraudes, on investit dans un marché concurrentiel saturé déjà par des privés. C’est comme si un hôpital public se mettait à vendre des pilules miracles au lieu de soigner les malades – ou la SNEL décidait de vendre des Power Bank à la place du courant électrique – un aveu d’échec cuisant, qui perpétue, en plus, les inégalités sociales.

Des voix sur X, comme celles d’usagers frustrés, crient au scandale : « Pourquoi payer des bouteilles quand nos robinets crachent de l’air ? Comment se laver, cuisiner, nettoyer avec de l’eau en bouteille, à un prix prohibitif ? » Cette initiative risque de diluer les ressources précieuses, détournant des fonds des 9-10 milliards de dollars nécessaires pour une couverture nationale (qu’on se le dise), vers une aventure commerciale qui profite aux plus aisés, laissant les pauvres à leur eau contaminée et non potable. Cet objectif ne cadre non plus avec la politique sociale prônée par le Président Félix Tshisekedi.

Puis, il y a le fléau environnemental, ce monstre de plastique qui engloutit déjà nos villes. Kinshasa, Bukavu, Matadi – partout, les rues et rivières étouffent sous des tonnes de bouteilles et sacs, formant des îlots flottants qui provoquent inondations mortelles et libèrent des polluants persistants comme des microplastiques, contaminant sols, eaux et santé humaine. Dans ce contexte de pollution généralisée, la REGIDESO ose promettre un « recyclage innovant » pour ses nouvelles bouteilles. Balivernes ! Introduire plus de plastique dans un système déjà saturé, c’est allumer un feu dans une poudrière. Sans collecte efficace – et on sait que c’est un mythe en RDC – ces bouteilles finiront dans les caniveaux, aggravant les crises sanitaires et écologiques.

C’est une déviation non seulement sociale, mais planétaire : au lieu de promouvoir des fontaines publiques, on alimente un cycle vicieux qui va à l’encontre des efforts globaux contre le plastique. Les critiques fusent : « Double peine pour les Congolais – payer l’eau des factures de la Regideso (même quand l’eau n’est pas fournie), payer l’eau en bouteille de la Regideso et ramasser la pollution ! »

Regardons ailleurs pour voir si ce mirage tient la route.

Prenez la Murang’a Water and Sanitation Company (MUWASCO) au Kenya, une cocieté publique qui s’est lancée dans l’eau embouteillée sous la marque Fort Aqua en 2018. Objectif : diversifier les revenus pour réparer les réseaux. Résultat ? Une usine qui crache des bouteilles, certes, mais dans un pays où la pollution plastique ronge déjà les villes, et où les critiques soulignent le même piège : déviation des priorités. MUWASCO couvre à peine 50-60 % de sa zone, avec des fuites massives, pourtant elle investit dans l’embouteillage au lieu de colmater les brèches. La critique la plus féroce c’est que les revenus générés par l’embouteillage de l’ eau ne sont pas réutilisés dans les infrastructures de distribution d’eau. En Afrique du Sud ou en Éthiopie, des initiatives similaires via partenariats public-privé montrent les limites : revenus oui, mais au prix d’une mission sociale érodée, où l’eau propre devient un luxe embouteillé plutôt qu’un droit au robinet. Partout c’est le même constat…

Ces exemples ne valident pas l’idée ; ils l’avertissent ! La REGIDESO, avec son taux d’accès pitoyable à 30-36 %, devrait s’inspirer des échecs : prioriser les 650 millions de dollars déjà investis dans des usines comme Lemba-Imbu, pas dilapider dans du plastique jetable.

Au fond, cette déviation est un symptôme d’une gouvernance boiteuse : la REGIDESO, avec ses pannes récurrentes et ses 35 % de non-desservis à Kinshasa, devrait canaliser chaque franc dans la réhabilitation des réseaux, la réduction des fraudes, et l’extension aux provinces oubliées. Imaginez : une RDC où l’eau coule propre et abondante des robinets, alignée sur les objectifs de développement de 2030 (eau propre pour tous les congolais), plutôt qu’un pays noyé sous le plastique et les inégalités. C’est le moment de recentrer : organiser des régies provinciales, par exemple, pour plus d’efficacité, investir dans le durable, pas dans le jetable.

Sinon, cette bouteille n’est qu’un bouchon sur un océan de problèmes non résolus. Les Congolais méritent mieux qu’une diversion – ils méritent l’eau potable et propre comme un droit, pas comme un produit.

Eugène DIOMI NDONGALA,

DEMOCRATIE CHRETIENNE, DC