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SOUDANISATION OU AGRESSION? LA MANŒUVRE RHETORIQUE DE KABILA ET SES PORTE-VOIX POUR OCCULTER KIGALI

Joseph Kabila lâche le mot « Soudanisation » dans son interview depuis Goma. Et aussitôt, deux porte-parole s’élèvent pour en faire une grande théorie géopolitique : Claude Ibalanky et Seth Kikuni.

L’un parle d’« alerte grave », l’autre sort une analyse point par point, numérotée comme un devoir de sciences politiques. Sur le papier, ça sonne savant.

Dans la réalité, c’est une opération de communication vicieuse qui vise un seul objectif : dédouaner le Rwanda et transformer une agression extérieure en simple « crise interne de décomposition ».

Car voilà le tour de passe-passe qui cache l’insistance sur ce concept.

Au lieu de nommer l’évidence – une guerre par procuration pilotée depuis Kigali depuis 1996, avec des rapports de l’ONU qui le prouvent année après année –, ils nous servent un parallèle historique alambiqué avec le Soudan. Marginalisation des périphéries, militarisation des tensions, échec des accords de paix, fragmentation des allégeances… Tout y passe. Kikuni, lui, oppose savamment la « balkanisation » (trop statique, trop ethnique – dit-il-mais en réalité liée à l’ agression extérieure) à la « Soudanisation » (plus dynamique, plus processuelle, en réalité qui masque l’agression).

Beau exercice de style.

Mais c’est du vent. Du vent toxique.

Le Soudan, c’est un conflit entre Soudanais. En RDC, le cancer à l’Est n’est pas une « implosion interne » qui échappe à tout contrôle. C’est une invasion rwandaise sous couvert de rébellion de proxy M23/AFC. Troupes RDF sur le terrain, logistique, commandement, financement : les rapports du Groupe d’experts de l’ONU, les résolutions du Conseil de sécurité, les preuves accumulées depuis trois décennies le disent noir sur blanc. Même Washington a sanctionné Kigali avant de signer, avec lui, un accord de paix que le M23 a aussitôt piétiné en prenant Uvira.

Pourtant, ni Ibalanky ni Kikuni ne prononcent une seule fois le mot « Rwanda ». Pas une allusion à l’agresseur.

Pas un rappel des massacres, des viols systématiques, du pillage organisé du coltan et de l’or. Rien. Ils préfèrent parler de « multiplication des groupes armés avec vagues soutiens régionaux »… sans jamais citer le principal « soutien régional ». C’est comme décrire un braquage en détaillant le comportement des victimes tout en ignorant le braqueur armé jusqu’aux dents. Ce narratif déviant n’est pas une erreur d’analyse.

C’est une stratégie. En internalisant le conflit, en le réduisant à une « mauvaise gestion congolaise », en agitant le spectre d’une « soudanisation » auto-infligée, ils font deux choses en même temps :

  • Ils exonèrent Kigali de sa responsabilité pluri -décennale dans le saignement de la RDC.
  • Ils voudraient préparer le terrain à un « dialogue » qui, une fois de plus, légitimerait les proxies rwandais sur notre sol.

Kabila, sait exactement ce qu’il fait. Ibalanky et Kikuni, en relayant cette fable avec un tel zèle de laqués, ne font que lui tendre le micro.

Leur discours est vide parce qu’il est construit pour être vide : il aspire l’oxygène du débat réel – l’agression extérieure – pour y injecter du brouillard conceptuel.

La vérité est brutale et simple : la RDC ne risque pas une « soudanisation » spontanée. Elle subit une occupation imposée par le Rwanda qui est un voisin agressif avec des visées hégémoniques. Tant qu’on refusera de nommer l’agresseur, on ne fera que prolonger le massacre. Les belles phrases d’Ibalanky et de Kikuni ne servent qu’à occulter cette réalité incontestable.

Elles ne font que couvrir le bruit des bottes rwandaises qui piétinent notre territoire.

Le peuple congolais n’est pas dupe. Et l’histoire, elle, ne peut plus être manipulée par des traitres.

Eugène DIOMI NDONGALA,

DEMOCRATIE CHRETIENNE, DC