Aller au contenu principal

Archives de

«SAUVONS LA RDC»…OU «SAUVONS LE RWANDA»?

Les contradictions assassines d’un communiqué final d’un conclave qui tombe à pic.

Le 8 avril 2026, cinq jours seulement après l’interview explosive accordée par Paul Kagame à François soudan de Jeune Afrique, le Mouvement « Sauvons la RDC » publie son « communiqué final » du 2e conclave.

Signé sous la houlette de Joseph Kabila, le texte est un réquisitoire enflammé contre le pouvoir de Félix Tshisekedi : dérive dictatoriale, répression systématique, bombardements, massacres ADF, horreurs Mobondo, pauvreté, etc.

Le ton est martial. On invoque l’article 64 de la Constitution pour justifier la « lutte jusqu’au bout » contre cette « dictature abjecte ».

Sur le papier, un cri de douleur patriotique. Dans la réalité, un exercice de schizophrénie politique sidérant qui essaye de balayer une actualité gênante (l’admission de Kagame sur le lien entre M23/RDF et Joseph Kabila) avec une diversion médiatique et rhétorique.

Car le timing est diabolique. Le 3 avril, Kagame, interrogé par Jeune Afrique, brise le silence avec une franchise glaciale : l’AFC/M23 est un mouvement « auquel est associé l’ancien président Joseph Kabila ».

Il ajoute, sans ciller, qu’il « accueillerait volontiers » quiconque veut « contribuer à un Congo stable » (opposition armée ou pas) et qu’il ne voit « aucune raison » de refuser le passage à Kabila pour se rendre à Goma – ville tenue par les rebelles mais captive de la RDF de Kagame.

Autrement dit : Kagame désigne publiquement Kabila comme allié objectif du M23. Et cinq jours plus tard, le mouvement piloté par Kabila sort un communiqué qui dénonce… tout le monde sauf le Rwanda et ses proxies.

C’est là que le masque tombe.

« Sauvons la RDC » dénonce les bombardements sur les populations civiles à Minembwe, Masisi, Goma. Parfait. Sauf que ces mêmes zones sont précisément celles où le M23/AFC/RDF, mouvement dont Kagame vient de confirmer l’association avec Kabila, mène sa guerre contre les populations congolaises, soumise à une captivité révoltante.

Le texte pleure les victimes de la « barbarie d’État » tout en se plaçant, par son parrainage, dans le camp de ceux qui alimentent cette barbarie.

On parle de « choix de la guerre contre les populations civiles »… sans jamais nommer le Rwanda ni le M23, le moment où l’armée rwandaise est sous sanctions US pour son implication connue et prouvée dans la déstabilisation de l’Est de la RDC, en violation de l’Accord de Washington.

On dénonce la « mauvaise foi » des initiatives de paix régionales… tout en s’alignant objectivement sur la partie qui sabote ces mêmes initiatives depuis des années.

L’hypocrisie ne s’arrête pas là. Pendant dix-huit ans, Kabila a gouverné la RDC comme l’on sait. Les maux évoqués – répression, corruption, insécurité à l’Est, pillage des ressources – étaient déjà là.

Le communiqué les attribue tous, comme par enchantement, à la période post-2019.

Amnésie sélective ? Non. Stratégie.

Il s’agit de réhabiliter politiquement un homme dont la justice congolaise a prononcé une condamnation à mort et dont Kagame lui-même admet aujourd’hui qu’il a choisi le camp du M23/RDF.

Pire : en invoquant l’article 64 pour justifier une résistance « légitime » contre Tshisekedi, le mouvement légitime une déstabilisation extérieure qui est universellement admise.

Car si Kabila est, selon Kagame, « associé » au M23, alors « Sauvons la RDC » n’est plus un mouvement d’opposition interne. C’est un proxy. Un instrument au service d’une politique pro-rwandaise dans un pays qui subit depuis des années une agression documentée par l’ONU, par les États-Unis et par la communauté internationale.

On accuse Tshisekedi de brader la souveraineté nationale via des accords opaques avec Washington. Soit. Mais on se tait sur le fait que le Rwanda, via le M23/RDF, contrôle déjà une partie des ressources minières de l’Est et impose sa propre « gouvernance » de facto, multipliant par 4, en 2025 par rapport à 2024, ses exportations de minerais 3T (tantale, tungstène et étain), pillés en RDCongo.

On dénonce le tribalisme… tout en s’alliant avec un mouvement qui a ethniquement ciblé des communautés entières et où la prépondérance d’une ethnie (la tutsi) n’est plus à démontrer, au point que les conflits internes entre tutsi et Katangais (proches de Kabila) éclatent au grand jour.

On pleure la souveraineté… tout en offrant à Kigali une caution congolaise de premier plan, dans l’agression de notre pays.

Le contraste est brutal. Au moment où la RDC est agressée, où des millions de civils fuient les combats, où l’intégrité territoriale est en jeu, un mouvement qui se revendique « sauveur » choisit de s’aligner – sciemment ou par aveuglement – sur le camp de l’agresseur.

Et il le fait au lendemain même où Kagame officialise le lien.

Ce n’est plus de la politique. C’est de la trahison rhétorique.

La RDC a besoin d’une opposition sérieuse, capable de dénoncer les vrais dysfonctionnements sans devenir l’outil d’un état qui depuis 30 ans a des visée hégémoniques sur la RDCongo.

« Sauvons la RDC » ne sauve rien.

Il divise, il brouille les cartes, il offre sur un plateau à Kagame un alibi dont il rêvait.

Le communiqué est clair : lutte jusqu’au bout.

Mais contre qui, exactement ? Contre Tshisekedi… ou contre l’intérêt supérieur du Congo?

L’histoire jugera. Et elle n’oubliera pas les trahisons. Ni les mots de Kagame.

Ni le silence assourdissant de « Sauvons la RDC » sur son véritable parrain.

Eugène DIOMI NDONGALA,

DEMOCRATIE CHRETIENNE, DC