EST DU CONGO: UNE GUERRE QUI RONGE L’ÉTAT DE L’INTERIEUR. Pourquoi La Paix Ne Vient-Elle Pas En RDC?
L’EST DU CONGO : UNE GUERRE QUI RONGE L’ÉTAT DE L’INTERIEUR.
Pourquoi La Paix Ne Vient-Elle Pas En RDC ?
Une analyse approfondie du Egmont Institute sur les raisons qui empêchent l’établissement de la paix en RDCongo.
Le 10 décembre 2025, Uvira tombe aux mains de l’AFC/M23, soutenue par le Rwanda, à peine six jours après la signature solennelle d’un accord de paix entre Kinshasa et Kigali, négocié sous les auspices de Donald Trump. Ce fiasco spectaculaire illustre à lui seul l’impasse tragique dans laquelle s’enlise la République démocratique du Congo depuis plus de trente ans.
Dans un commentaire incisif publié le 15 janvier 2026, l’Egmont Institute – think tank belge respecté en relations internationales – pose une question brutale : pourquoi la paix ne vient-elle jamais en RDC ?
Les auteurs, Koen Vlassenroot et Aymar Nyenyezi Bisoka, deux spécialistes reconnus, refusent les explications faciles. Ils ne parlent pas seulement de « complexité » – ce mot-valise que la communauté internationale brandit pour masquer son impuissance – ni d’un simple manque de volonté politique.
Pour eux, le conflit est devenu structurel, presque irréversible sans intervention extérieure massive.
Et surtout, il s’est banalisé : la guerre n’est plus une crise, elle est devenue un état permanent qui mine lentement, mais sûrement, les fondations de l’État congolais.
Trois scénarios s’affrontent sans jamais pouvoir s’imposer. Le premier, défendu par Kinshasa, repose sur la souveraineté pleine et entière : retrait des rebelles et des troupes rwandaises, rétablissement du monopole de l’État sur la force.
Le deuxième prône une autonomie de fait pour les zones sous contrôle M23, ce qui conforterait l’emprise indirecte de Kigali. Le troisième, le plus extrême, envisage une partition de l’Est – une balkanisation qui arrangerait à la fois certains leaders du M23 et le régime rwandais.
Aucun de ces chemins n’est acceptable pour toutes les parties. Chacun représente une défaite existentielle pour l’un des camps. Résultat : paralysie totale et guerre prolongée.
L’Egmont Institute prend clairement position : seule la restauration de la souveraineté congolaise offre une base légale, politique et morale viable.
Les auteurs dénoncent sans détour la doctrine sécuritaire rwandaise, qui justifie l’occupation par la menace supposée des FDLR et par des intérêts économiques évidents. Ils reconnaissent les craintes réelles des communautés tutsies congolaises, mais refusent qu’elles servent de prétexte à une prédation durable. Protéger une minorité ne peut pas légitimer la déstabilisation permanente d’un État voisin.
Le diagnostic le plus glaçant concerne la normalisation de cette violence.
Les accords de paix successifs – Nairobi, Luanda, Washington – ne sont plus que des façades. Ils permettent aux belligérants de consolider leurs positions tout en laissant les civils négocier leur survie au quotidien. La communauté internationale, elle, se contente de communiqués et d’appels au dialogue, sans jamais imposer de conséquences réelles. Le véritable scandale, écrivent les auteurs, n’est pas l’absence de paix, mais l’acceptation tacite d’une guerre « gérable » qui sacrifie des millions de Congolais sur l’autel des intérêts régionaux.
C’est là que réside le danger le plus insidieux : une crise permanente qui érode l’État congolais à petit feu.
Depuis les guerres des années 1990-2000, cette instabilité chronique empêche toute reconstruction durable. L’armée reste faible malgré les réformes, les ressources minières alimentent les groupes armés plutôt que le trésor public. Le développement est bloqué net : routes, écoles, hôpitaux, investissements – tout est suspendu à une sécurité qui ne vient jamais.
L’Est du Congo n’est plus perçu comme une urgence humanitaire mondiale (alors que elle concerne plus de 6 millions de déplacés de guerre congolais) ; il est devenu un horizon de souffrance tolérée, un sacrifice consenti pour préserver la stabilité d’autres régimes.
Les auteurs vont jusqu’à proposer une solution radicale :
le déploiement d’une force extérieure puissante, capable non pas de négocier un compromis boiteux, mais d’imposer un nouvel équilibre des forces en faveur de la souveraineté congolaise. Une force qui protégerait enfin les civils et créerait l’espace pour une réforme profonde de l’État.
Mais ils reconnaissent eux-mêmes l’obstacle : aucun acteur – ni l’UE divisée, ni les États-Unis réticents, ni la SADC sous-équipée – ne semble prêt à payer ce prix.
En refusant les demi-mesures et en pointant l’hypocrisie internationale, l’Egmont Institute livre une analyse courageuse et lucide.
Son message est clair : tant que la guerre restera sans coût réel pour ceux qui la mènent, elle continuera de ronger la RDC de l’intérieur. Trente ans de crise ont déjà transformé un géant potentiel en État fragile. Si rien ne change, la prochaine décennie achèvera peut-être ce lent effondrement.
Je me permets d’ajouter, à cette analyse de l’Egmont Institute, ma conclusion et proposition :
les congolais doivent être eux-mêmes conscients du danger qui les guette ; cette prise de conscience, pour ne pas banaliser la guerre et/où ne pas la « normaliser », consiste à proclamer l’Etat d’urgence nationale, ex art. 85 de la Constitution, qui tout en préservant les institutions démocratiques civiles en place, donnerait aux pays plus de conscience nationale du danger qui le menace et aussi plus de pouvoir centralisé pour une mobilisation efficace des ressources et des priorités, toute en évitant une banalisation de la guerre, mais la mettant au centre de l’attention du pouvoir exécutif.
C’ est justement le futur de la RDCongo qui est en jeu ; comment mobiliser la communauté internationale sur l’urgence d’imposer la paix au Congo si le Congo lui-même sous-estime et/ou « normalise » cette urgence nationale ?
Eugène Diomi Ndongala,
Démocratie Chrétienne
__________________________________________
Lien à l’analyse du Egmont Institute:
Why Does Peace Not Come to the DRC?




