Aller au contenu principal

Articles de la catégorie ‘LUTTE CORRUPTION’

L’HYPOCRISIE D’UN FUGITIF : MATATA PONYO, L’ÉCONOMISTE AMNESIQUE DONNEUR DE LEÇON

Matata Ponyo sort de sa Cachette : Du Muselage Judiciaire sous Son Règne au Culot d’un Moraliste et donneur de Leçon d’une Bonne Gouvernance et une Justice qu’il n’a Jamais Incarnées.

Imaginez un homme qui, du haut de son exil doré, brandit un livre sur la « politique économique dans un pays en développement » comme un bouclier contre ses propres turpitudes.

Matata Ponyo Mapon, ancien Premier ministre de la RDC sous Joseph Kabila de 2012 à 2016, s’invite sur TV5 Monde le 28 janvier 2026 pour un exercice de réhabilitation personnelle déguisé en analyse politique.

Condamné en mai 2025 à dix ans de travaux forcés pour le détournement massif de 245 millions de dollars dans le fiasco agro-industriel de Bukanga-Lonzo, Ponyo, en fuite à l’étranger, transforme cette interview en tribune pour fustiger la « mauvaise gouvernance » de Félix Tshisekedi.

Mais derrière ce discours policé se cache un tissu de contradictions criantes, un manque abyssal d’autocritique et une crédibilité pulvérisée par ses propres scandales.

C’est l’histoire d’un économiste qui prône la vertu tout en ignorant les cadavres dans son placard – une leçon de cynisme politique pur.

Ponyo ouvre le bal en diagnostiquant la crise sécuritaire à l’Est de la RDC comme un simple « problème de gouvernance et de leadership« , alors que les efforts diplomatiques prônés ces dernières années ont permis de bien éclairer aussi bien l’opinion publique nationale qu’internationale que – depuis des décennies – la RDC est bien victime d’un agression extérieure, d’ailleurs récemment assumée même par des notes diplomatiques rwandaises, ce qu’il n’est pas censé ignorer…

Un an après la chute de Goma aux mains du M23, il peint un tableau apocalyptique : économie en lambeaux, et un régime Tshisekedi accusé d’avoir laissé la situation pourrir. « Jamais la RDC n’a été aussi mal gérée qu’aujourd’hui », assène-t-il, nostalgique de son ère où, jure-t-il, tout était sous contrôle – citant le retrait temporaire en Ouganda ( avec armes et bagages) du M23 en 2013 comme preuve irréfutable de son génie. Pourtant, cette rhétorique sonne creux. Sous son mandat, l’Est bouillonnait déjà de milices, d’attaques ADF et de la faiblesse irrésolue de l’armée. Le M23 n’a pas été vaincu (d’ailleurs par une coalition internationale et la Monusco), mais mis en veille, jamais neutralisé, prêt à resurgir grâce à des dynamiques régionales – avec le Rwanda en toile de fond comme éternel cobelligérant – que Ponyo élude commodément de mentionner.

Pire, il ignore les tentatives actuelles de dialogue régional sous Tshisekedi et ses succès diplomatiques remarquables qui ont obligé le Rwanda et le M23 à se retirer d’Uvira.

Ici émerge la première contradiction flagrante : Ponyo, qui vante un « leadership fort » pour financer la sécurité via des réformes fiscales, omet que son propre projet phare, Bukanga-Lonzo, n’était qu’un gouffre financier – des centaines de millions évaporés en paiements fictifs, sans un grain de maïs produit.

Sans oublier les faux programmes des CINQ CHANTIERS, jamais achevés, ou bien le scandale des CONTRAT CHINOIS qui ont produit des détournements colossaux ( au niveau de milliards de dollars) de fonds et une absence totale d’infrastructures stratégiques, les fonds dédiés s’étant évaporés dans la nature !

Comment un économiste condamné pour corruption massive et une gestion économique caractérisé par une sous-estimation chronique et voulue des recettes publiques pour réduire le bilan de l’ état à sa plus simple expression (4 milliards de dollars), avec des détournements à la source, au niveau des régies financières, peut-il s’ériger en donneur de leçon de bonne gouvernance ?

Peut-il encore se poser en sauveur budgétaire, quand des nombreux rapports parlementaires de son époque dénonçaient explicitement la sous-estimation des recettes publiques pour arriver à donner un budget publique risible pour ce grand pays, avec un cout social incommensurable ? Pas des services sociaux, pas de gratuité de l’enseignement primaire, pas de gratuité des frais de maternité et néonatales pour les plus démunis, ce que Tshisekedi a bien fait.

La crédibilité de Matata Ponyo s’effondre comme un château de cartes : hier chantre d’une fantomatique stabilité macroéconomique, aujourd’hui fugitif traînant un boulet judiciaire qui expose son incompétence – ou pire, sa malhonnêteté – en matière de gestion publique, alors qu’ aujourd hui la RDC vient d’améliorer sa Note Souveraine auprès des bailleurs de fonds internationaux et, pour la première fois depuis des décennies, la monnaie nationale a pris de la valeur par rapport au dollar américain, avec une maitrise de l’inflation, un phénomène jamais constaté pendant l’exercice de son pouvoir au sein de l’ exécutif.

Et en ce qui concerne la lutte contre la corruption, il sied de souligner que pendant qu’ il était à la tête de l’exécutif, aucune affaire de corruption n’a jamais été traitée ou jugée par la justice, car les caciques du pouvoir pouvaient se vanter d’un impunité politique assurée par Matata et le régime Kabila à ceux qui lui prêtaient allégeance, ce qui n’est plus le cas aujourd’ hui, avec des ministres en fonction qui ont été jugés et condamnés pour des faits de corruption.

Comment peut-il denoncer une corruption qui lui-même n’a jamais combattu?

Mais le summum de l’hypocrisie survient quand Ponyo s’attaque à sa propre condamnation, dénonçant un procès tribaliste orchestré par des juges prétendument « appartenant à la tribu du Président ». Il hurle à l’instrumentalisation politique de la justice pour l’écarter de la scène, invoquant un biais ethnique sans preuves tangibles, sans jamais se défendre sur le fond du dossier de détournement de centaines de millions de dollars.

C’est audacieux, venant d’un homme qui, sous Kabila, a fermé les yeux – voire participé – à un système judiciaire transformé en arme contre les opposants.

Prenez l’exemple d’Eugène Diomi Ndongala, fer de lance de l’opposition qui osait revendiquer la victoire d’Étienne Tshisekedi aux élections frauduleuses de 2011. Arrêté en 2012, Diomi fut accusé de charges montées de toutes pièces, selon Human Rights Watch et le Comité des droits de l’homme de l’ONU, qui ont condamné la RDC toute entière – donc aussi son gouvernement – pour arrestation arbitraire et violation du droit à un procès équitable.

Pire, des allégations fantaisistes de complot pour assassiner Kabila et « Matata Ponyo » lui-même, via une soi-disant « rébellion de l’Imperium », ont servi de prétexte pour le museler encore plus et l’empêcher de se défendre, ignorant même les ordonnances de la Cour suprême- équivalente à l’époque de la Cour Constitutionnelle à l’époque – qui ordonnait sa libération, en tant que député en fonction.

Ponyo, alors au cœur du pouvoir, n’a pipé mot sur cette mauvaise gestion de la justice qui a fait condamner la RDCongo par les Nations Unies pour une instrumentalisation flagrante de la justice à des fins politiques, avec le jugement CDH 2465/16, que son gouvernement n’ a pas voulu exécuter, se posant en violation de deux traités internationaux signés par la RDCongo.

Sans oublier le « groupe parlementaire » des opposants qui s’était formé dans la prison de Makala, où étaient embastillés tous ceux qui osaient critiquer la gouvernance de Kabila et Matata : comme Diomi, Muyambo, Yangambi, Mulumba, Diongo, Kikunda, Mokia, Kuthino, pour un total de 700 prisonniers politiques libérés par Félix Tshisekedi, à sa prise de pouvoir.

Où sont-ils les exemples de bonne gouvernance qu’il voudrait représenter, dans ce passé connu et incontestable qui concerne son bilan en matière de gouvernance ?

Aujourd’hui, il pleure d’ être victime des mêmes méthodes qu’il avait lui-même utilisées ?

C’est le comble du deux poids, deux mesures : un manque total d’autocritique sur une gestion marquée par des abus de pouvoir, où la corruption n’était pas une exception, mais la norme, à commencer par les alliances troubles avec Kabila ( gestion des contrat chinois) aux échecs patents comme Bukanga-Lonzo ou l’achat de dizaines de locomotives inadaptées au rail congolais, par son gouvernement…

Cette interview qu’il a donnée, un plaidoyer auto-promotionnel pour son livre et son parti, se mue en miroir déformant de la politique congolaise.

Ponyo appelle à un « changement de paradigme » oubliant que ses propres années au pouvoir ont semé les graines de l’instabilité actuelle, en matière sécuritaire, avec une corruption jamais combattue par son gouvernement, qui a sapé les fondations de l’État.

Son discours glisse comme une anguille, devant une journaliste étrangère qui ne connait pas le passé politique de ce pays,lui permettant d’éviter tout regard introspectif sur ses échecs. Mais nous ne sommes pas tous amnésiques.

Politiquement, cela frise l’indécence : un ex-Premier ministre recyclé en opposant, mais dont le passé corrompu le discrédite irrémédiablement comme économiste ou leader.

En fin de compte, l’interview de Ponyo n’est pas une critique éclairée, mais un cri d’hypocrisie.

Elle révèle un homme piégé par ses contradictions : proclamant la nature « exceptionnelle » mais en réalité « minimaliste » (comme ses budgets) de la gouvernance qu’il a incarnée, niant une justice qu’il a laissé pervertir et prônant une intégrité qu’il a lui-même bafouée.

Pour la RDC, engluée dans des cycles de violence et d’agressions extérieurs – bien oubliées par M. Matata – de tels discours ne font qu’attiser les flammes sans offrir de lumière.

Si Matata Ponyo rêve d’un retour paisible, il devra d’abord affronter ses démons – ou risquer de n’être qu’un fantôme du passé, hanté par ses propres mensonges.

Eugène Diomi Ndongala,

Démocratie Chrétienne