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LE SCANDALE QUI FAIT TREMBLER KAMPALA : LE MAIRE D’ENTEBBE BLANCHISSAIT L’OR PILLE PAR LE M23/RDF

L’Or du sang : le maire d’Entebbe condamné pour avoir blanchi l’argent sale du M23/RDF

Alors que l’Ouganda se pose depuis des années en pays « neutre », médiateur, selon son ambition surtout au sein de la Communauté de l’Afrique de l’Est (EAC) du conflit qui endeuille l’est de la République démocratique du Congo, un verdict explosif vient de pulvériser cette posture.

Le 16 mars 2026, la Haute Cour commerciale de Kampala a officiellement cloué au pilori Fabrice Brad Rulinda, maire d’Entebbe : dans un jugement civil sans appel, le juge Stephen Mubiru a qualifié sa conduite de blanchiment d’argent criminel lié au mouvement rebelle de proxy M23/RDF.

Tout remonte à août 2017. Soudain, plus de 496.000 dollars atterrissent sur le compte dollars personnel de Rulinda chez Stanbic Bank. Une somme astronomique, sans aucun rapport avec ses opérations habituelles. En quelques jours, le maire retire plus de 155.000 dollars en cash. Alertée, la banque signale l’opération suspecte à la Financial Intelligence Authority, gèle le compte et finit par reverser 73.262,50 dollars (environ 273 millions de shillings ougandais) à l’expéditeur, la société Green Global Corporation.

Devant le tribunal, Rulinda n’a pas nié l’essentiel.

Il a même reconnu avoir servi d’intermédiaire : « Ils transfèrent l’argent sur mon compte, je le retire et je le donne au M23… ».

Ses explications ont varié au gré du vent – or, pétrole, transport, construction – sans le moindre document à l’appui. Le juge Mubiru n’a pas été tendre : « La transaction porte les marques caractéristiques du blanchiment d’argent criminel déguisé en activité commerciale normale. » Il a invoqué la « cécité volontaire » du maire – ignorer sciemment l’origine suspecte équivaut à la connaître – et le principe implacable ex turpi causa non oritur actio : on ne peut pas réclamer en justice le fruit d’une activité illégale.

Résultat ? Rulinda perd définitivement les fonds et doit payer les dépens de la banque. Le tribunal a tranché : cet argent provenait du commerce illicite de minerais dans l’est de la RDC, cet « or du sang » qui finance directement la machine de guerre du M23/RDF.

Et c’est là que le scandale prend toute sa dimension. Le M23/RDF ne se bat nullement pour « libérer » les congolais : il contrôle des zones minières regorgeant d’or, de coltan et de cassitérite. Ces ressources, pillées dans des conditions inhumaines, comme à Rubaya, sont exportées via des réseaux régionaux pour acheter armes, munitions et loyautés.

Les rapports des experts de l’ONU sont clairs depuis des années : l’armée rwandaise (RDF) joue un rôle central en tant que co-belligérant – assistance logistique, soutien militaire, protection des filières d’exportation. Les preuves s’accumulent : le pillage systématique des richesses congolaises alimente la guerre, prolonge le chaos et enrichit ceux qui acceptent de fermer les yeux.

L’affaire Rulinda révèle l’existence de ces « boîtes aux lettres » discrètes – hommes politiques, intermédiaires – prêts à mettre leur compte bancaire au service du recyclage de cet argent sale.

Un mécanisme vital qui permet au M23/RDF et à ses soutiens de transformer le sang congolais en dollars propres et utilisables sur la scène internationale.

L’Ouganda, qui se veut officiellement « médiateur » et en dehors du conflit, se retrouve aujourd’hui éclaboussé jusqu’au plus haut niveau local.

Un élu du National Resistance Movement (NRM) – le parti politique au pouvoir en Ouganda, dirigé par le président Yoweri Museveni- réélu en janvier 2026, a été jugé coupable, dans un tribunal de son propre pays, d’avoir facilité le blanchiment de l’or pillé à ses portes.

Rulinda annonce faire appel. Mais le jugement est limpide : l’argent du M23 ne lui appartiendra jamais. Normalement, plus que faire appel, il devrait présenter sa démission!

Ce n’est pas une simple affaire ougandaise.

C’est le symbole cru de la tragédie des Grands Lacs : derrière les sommets de paix et les discours diplomatiques- surtout au sein de la Communauté d’Afrique de l’Est (EAC) – se cache un vaste réseau criminel transnational où le pillage de la RDC finance une guerre sans fin.

L’or du sang continue de couler… et certains comptes bancaires, même en Ouganda, continuent de l’accueillir.

Eugène DIOMI NDONGALA,

DEMOCRATIE CHRETIENNE, DC