Kagame assume cyniquement l’occupation illégale de l’Est du Congo et associe Kabila au M23
Dans un entretien exclusif accordé le 26 mars 2026 à François Soudan à Kigali et publié ce 3 avril par Jeune Afrique, Paul Kagame n’a plus aucune retenue. Quatre mois seulement après l’accord de paix signé à Washington le 4 décembre 2025, censé mettre fin à la crise dans l’est de la RDC, le président rwandais choisit non pas la désescalade, mais l’affirmation brutale d’un contrôle total et illégal sur des territoires souverains congolais.
Son message est d’une arrogance glaçante : « N’attendez pas de moi que je lève nos mesures de défense alors que vous laissez Félix Tshisekedi faire ce qu’il veut», oubliant allégrement qu’ il est en train de parler du territoire de la RDCongo…
Autrement dit, les troupes rwandaises resteront sur le sol congolais, aux côtés du M23/AFC qui occupe Goma, Bukavu et une large partie du Nord-Kivu.
Sanctions américaines ? Pressions internationales ? Kagame balaie tout avec mépris : « Les sanctions et les menaces ne sont que des insultes jetées à la face de mon pays. »
Au lieu de retirer ses forces pour apaiser la région, il revendique le droit de maintenir une occupation de fait, accusant Kinshasa et Washington de double standard. Le Rwanda, dit-il, respecte les accords ; la RDC, non.
Alors que l’occupation d’Uvira après la signature de l ‘Accord de Washington et les fosses communes y retrouvées disent le contraire.
C’est le jusqu’au-boutisme dans toute sa brutalité : Kagame préfère consolider son emprise militaire illégale plutôt que de choisir la paix.
Le passage le plus scandaleux concerne Joseph Kabila.
À peine quelques jours après que l’ancien président congolais ait déclaré dans une interview au New York Times (30 mars 2026) que « lier Kabila au M23 est tout simplement stupide », Kagame vient publiquement le contredire avec une assurance provocatrice :
« Le M23 n’est pas un mouvement rwandais, mais un mouvement congolais désormais appelé AFC/M23, auquel est associé l’ancien président Joseph Kabila. ». Et quand François Soudan lui demande s’il a donné son feu vert à la présence de Kabila à Goma, la réponse claque comme une déclaration de souveraineté de facto : « Tous ceux qui souhaitent prendre part à la lutte pour un Congo stable sont les bienvenus. […] Je ne vois pas pourquoi je lui refuserais le passage. Cela n’aurait pas de sens ».
Traduction limpide : Kagame non seulement associe explicitement Kabila au M23, mais il assume avoir facilité son installation dans une ville congolaise occupée par ses alliés.
Mieux : il ouvre grand la porte à tous les insurgés qui s’opposent à Tshisekedi. Goma n’est plus congolaise dans son discours ; elle serait devenue une zone sous tutelle rwandaise où Kigali décide qui entre et qui participe à la « lutte ».
La contradiction est abyssale et difficile à comprendre. Kagame exige que Kinshasa neutralise la menace qu’il présente comme « existentielle » des FDLR – ces opposants rwandais qu’il qualifie de danger permanent, alors que depuis des décennies ils n’ont effectué aucune incursion contre le Rwanda. Pourtant, lui-même assiste ouvertement des insurgés congolais qui menacent très concrètement l’intégrité territoriale de la RDC. D’un côté, une menace « abstraite » justifie une occupation militaire illégale et permanente. De l’autre, le soutien actif à un mouvement armé (le M23) qui contrôle des villes entières et déstabilise tout un pays est présenté comme une simple affaire interne congolaise.
C’est le comble du deux poids, deux mesures.
En adoptant un ton glacial, Kagame ne se défend même plus : il accuse, il redéfinit les faits, il voudrait imposer sa lecture biaisée. Il transforme une guerre d’agression et de pillage des minerais 3T en « problème politique congolais » et fait de Kabila, condamné à mort par Kinshasa pour trahison (justement pour s’être associé au M23), un acteur qui a son plein soutien!
Cet entretien n’est pas une simple prise de parole. C’est une provocation calculée qui voudrait enterrer l’accord de Washington et révèle le vrai visage de la stratégie rwandaise : maintenir le contrôle de l’Est de la RDC par la force, quel qu’en soit le prix humain et diplomatique.
Kagame ne veut plus négocier. Il veut dominer, piller, comme il a fait avec son complice Kabila depuis 30 ans et, en passant, il se permet un doigt d’honneur à l’administration de Donald Trump.
Eugène DIOMI NDONGALA,
DEMOCRATIE CHRETIENNE, DC




