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Articles de la catégorie ‘RDF’

DE LA BRAVADE A LA PANIQUE: KAGAME INSULTE EN DIRECT SON PREMIER CERCLE-LE CREPUSCULE D’UN AUTOCRATE

Le discours de Kagame, ou plutôt l’explosion de colère filmée lors de la réunion annuelle «Central and Local Government Meeting » à l’Académie militaire de Gako, au Rwanda, ce 23/06/26) marque un moment rare et révélateur.

Pour la première fois depuis longtemps, on voit Kagame perdre publiquement son sang-froid face à son propre appareil d’État.

Le ton, le vocabulaire et la mise en scène (faire lever toute la salle, y compris le Premier ministre, comme des écoliers punis) tranchent radicalement avec l’image habituelle : celle d’un autocrate calculateur, presque impassible.

1. Le manque d’équilibre et la perte évidente de contrôle de soi.

Le langage : « Vous dormez ? Levez-vous ! », « C’est quoi ça ? Jusqu’à quand, franchement ? », « Vous êtes des gens de quelle nature ? », « Je vais vous mettre dehors pour des exercices physiques militaires…».

Ce n’est plus le discours structuré et stratégique qu’on attend de Kagame. C’est une crise de nerfs en direct, une humiliation collective gratuite qui vise non pas un problème précis, mais l’ensemble de l’élite qu’il a lui-même nommée et formée pendant 30 ans de règne sans partage.

La mise en scène : Chasser deux jeunes au début de la cérémonie, puis forcer 200 cadres (ministres, gouverneurs, maires) à rester debout pendant qu’il les insulte, montre une perte totale de proportion. Un leader en pleine maîtrise n’a pas besoin d’humilier publiquement son premier cercle pour obtenir l’attention. Il le fait parce qu’il sent qu’il ne contrôle plus la situation.

Le fond : Il leur reproche de ne rien faire, d’être « endormis », de ne pas « entendre ». Pourtant, ces mêmes dirigeants exécutent depuis des années une politique ultra-centralisée qu’il a conçue sans trop se soucier du point de vue de ses conseillers. Le message implicite est clair : même mes meilleurs éléments ne me servent plus à rien face à la pression extérieure.

C’est exactement ce qu’on observe chez un dirigeant qui commence à craquer sous le stress.

2. Le timing : le lien direct avec les sanctions américaines et l’ultimatum du 1er avril 2026

Le 2 mars 2026, les États-Unis ont sanctionné l’armée rwandaise tout entière (RDF) et individuellement quatre généraux de haut rang pour « soutien direct et opérationnel » au M23 et violation des Accords de Washington (signés en décembre 2025 sous médiation américaine).

Les sanctions incluent un délai de grâce (wind-down period) qui expire le 1er avril 2026 : date à laquelle les mesures deviennent pleinement effectives (gel d’actifs, interdictions bancaires, restrictions sur les transactions avec l’armée rwandaise).

Kagame avait passé les mois précédents à fanfaronner : « Go to hell » répété à plusieurs reprises aux menaces de sanctions (novembre 2025, février 2026). Il raillait même Trump en disant « sanctionnez, sanctionnez… vous êtes juste stupides ».

Le discours de Gako intervient exactement 21 jours après les sanctions et 9 jours avant l’ultimatum du 1er avril.

Le timing n’est pas une coïncidence. On est en pleine phase où Kigali est sous pression maximale pour retirer ses troupes du Kivu (ce qui est d’ailleurs en train de se produire partiellement, selon les sources sur le terrain).

Le « go to hell » bravache d’hier se transforme aujourd’hui en colère qu’il déverse sur ses propres ministres.

C’est classique : quand on ne peut plus défier l’extérieur, on retourne la violence contre l’intérieur.

3. Ce que cela révèle sur le régime.

Kagame a toujours gouverné par la peur et la violence. Mais cette fois, l’exigence vire à la panique. Il sait que les sanctions américaines frappent là où ça fait mal : le financement, la mobilité et le prestige de l’armée, pilier du régime.

En humiliant publiquement son Premier ministre et tout le gouvernement, il montre qu’il n’a plus confiance en personne. C’est le signe d’un pouvoir qui se sent assiégé, pas d’un pouvoir en pleine maîtrise et, disons-le, d’un régime décadent, à son crépuscule !

Ironie suprême : celui qui a passé sa vie à reprocher aux Congolais leur « mauvaise gouvernance » et leur « manque de sérieux et de contrôle » se retrouve à tenir exactement le même discours à ses propres cadres… au moment précis où sa propre stratégie régionale basée sur les anti-valeurs du pillage et la violence, s’effondre sous les sanctions.

Conclusion

Ce n’est plus un simple « discours de motivation ». C’est la première fissure visible dans le mur d’autocontrôle que Kagame a construit pendant trois décennies.

Le « go to hell » lancé à la communauté internationaleil y a quelques mois se retourne aujourd’hui contre lui : face à la réalité des sanctions et de l’ultimatum du 1er avril, le dictateur de Kigali perd littéralement les pédales.

Et il le fait devant les caméras, devant son propre appareil d’État, devant son peuple.

Un leader qui commence à insulter et humilier publiquement ses plus proches collaborateurs n’est plus en position de force. Il est en position de faiblesse.

Et tout le Rwanda, comme le reste de la région, ont assisté à cette scène pathétique.

Eugène DIOMI NDONGALA,

DEMOCRATIE CHRETIENNE, DC