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LA LETTRE OUVERTE DE THOMAS LUHAKA SOUS LE MICROSCOPE D’EUGENE DIOMI NDONGALA

Dans une missive adressée à la Ministre des Affaires étrangères de la République Démocratique du Congo, Thomas Luhaka Losendjola, cadre du FCC et proche de Kabila, se lance dans une prétendue analyse de l’Accord de paix de Washington, signé le 27 juin 2025.

Présentée comme une analyse critique, cette lettre ouverte se mue rapidement en un réquisitoire partial, où l’objectivité cède le pas à une posture unilatérale. Loin d’éclairer les enjeux complexes de la paix dans l’est du pays, elle trahit un biais manifeste, occultant des acteurs clés comme le M23, le Rwanda et Joseph Kabila, tout en s’attaquant au gouvernement congolais avec une rhétorique accusatoire, qui cache mal ses positions politiques personnelles.

LE SILENCE ASSOURDISSANT SUR LE M23 ET LE RWANDA

Dès les premières lignes, un constat saute aux yeux : Thomas Luhaka esquive toute critique sérieuse du M23 et du Rwanda, pourtant au cœur de la tourmente dans l’est de la RDC. Le M23, ce groupe armé dont le soutien rwandais est étayé par des preuves solides – notamment le rapport S/2024/432 du Groupe d’experts de l’ONU et le plus récent de 2025 en cours de publication – est relégué à une mention furtive, dépourvue de condamnation.

Les violences, les occupations territoriales et les exactions contre les civils dans le Nord et le Sud-Kivu, largement imputées à ce mouvement, sont passées sous silence. Quant au Rwanda, son rôle déstabilisateur, dénoncé par la résolution 2773 du Conseil de sécurité, bénéficie d’une indulgence troublante. Luhaka ne s’interroge ni sur les incursions militaires rwandaises ni sur leur justification officielle – la menace des FDLR. Ce mutisme et amnésie sélective ne sont pas anodins : il suggère une volonté de ménager certains protagonistes – dont son propre chef – sapant toute prétention à une analyse équilibrée.

JOSEPH KABILA : L’ELEPHANT DANS LA PIECE

Un autre oubli frappant concerne l’ancien président Joseph Kabila. Son ombre plane sur les dynamiques politiques et militaires congolaises, avec des soupçons persistants – relayés notamment par le dernier rapport des Experts de l’Onu sur la RDCongo – de liens avec des réseaux de déstabilisation dans l’est. Pourtant, Luhaka n’en dit mot. En éludant de citer son « mentor », il prive son propos d’une profondeur historique et contextuelle essentielle, préférant focaliser ses attaques sur le gouvernement actuel et l’Accord de Washington. Cette omission renforce l’impression d’un parti pris, qui sacrifie la complexité du conflit sur l’autel d’une critique ciblée et partisane.

UNE LECTURE MANICHEENNE DE L’ACCORD DE WASHINGTON

Luhaka n’épargne pas l’Accord de Washington, qu’il qualifie de « bradage » de la résolution 2773. Mais son analyse, tranchante en apparence, manque cruellement de nuance. Il déplore que le retrait des troupes rwandaises soit conditionné à la neutralisation des FDLR, y voyant un recul diplomatique. Ce faisant, il semble ignorer une réalité fondamentale : la diplomatie internationale, surtout dans un conflit régional aussi enchevêtré, repose sur des compromis.

La résolution 2773, bien que ferme dans ses exigences, n’a jamais été pleinement appliquée par le Rwanda, rendant son invocation plus théorique que pratique. Plutôt que de reconnaître ces contraintes géopolitiques, Luhaka s’enferme dans une posture de rejet, sans jamais esquisser une alternative crédible.

Cette absence de proposition constructive fragilise son argumentation et la réduit à une diatribe stérile.

UN TON ACCUSATOIRE QUI FRISE LA CARICATURE

Sous une apparente fibre patriotique, la lettre adopte un ton résolument accusateur, visant à discréditer la Ministre des Affaires Etrangères de la RDC et, par extension, le gouvernement congolais. Luhaka parle de « revirement » diplomatique et de « légitimation » de la position rwandaise, mais ses allégations reposent davantage sur des insinuations que sur des faits tangibles. Il néglige les pressions internationales – notamment celles des États-Unis, architectes de l’Accord – et les réalités d’une négociation où la RDC a dû consentir à des concessions. Pire, il interprète l’engagement de Kinshasa à cesser tout soutien aux FDLR comme une capitulation, alimentant la défiance envers les autorités sans enrichir concrètement le débat. Ce parti pris anti-gouvernemental, qui flirte avec la diffamation, dessert la cause qu’il prétend défendre, celle du rétablissement de la paix.

UNE CRITIQUE INCOHERENTE DES ÉTATS-UNIS

Thomas Luhaka reproche aux États-Unis, parrains de l’Accord, leur manque d’« obligation morale » pour en garantir l’application. Mais cette indignation sonne creux lorsqu’on considère son silence sur le rôle historique de Washington dans la région. En se focalisant sur une clause spécifique de l’Accord, il évite de questionner l’influence plus large des États-Unis dans les négociations et leur capacité à imposer la paix, les USA ayant aussi apposé leur signature sur l’accord de Washington.

UNE VISION ETRIQUEE DU CONFLIT

La lettre pèche aussi par son manque de perspective. En se limitant à l’Accord de Washington et à la résolution 2773, M. Thomas Luhaka fait l’impasse sur les dynamiques régionales plus vastes – l’implication de l’Ouganda, du Burundi, ou encore les réseaux d’exploitation des ressources naturelles qui alimentent le chaos, dans un contexte de géocriminalité. En réduisant les FDLR à un simple « prétexte » rwandais, il simplifie à outrance une crise aux racines multiples. Et d’ailleurs, si la question des FDLR est un simple prétexte, elle sera encore plus facile à balayer sur le terrain…

UN POPULISME MANIPULATEUR

Enfin, le style de Luhaka trahit une intention plus émotionnelle que rationnelle.

En invoquant la « sagesse ancestrale africaine » et en exaltant le patriotisme, il cherche à flatter les sentiments nationalistes plutôt qu’à convaincre par la rigueur. Ce positionnement populiste, qui se drape dans une posture de défenseur de la vérité, manque de substance : il attise les frustrations sans jamais dessiner de voie vers la paix.

Une telle approche, plus théâtrale qu’analytique, dessert la cause qu’il prétend servir : celle de la PAIX !

EN GUISE DE CONCLUSION

La lettre ouverte de Thomas Luhaka Losendjola, loin d’être une contribution éclairée, s’apparente à un exercice de partialité masqué sous des atours patriotiques.

En occultant les responsabilités du M23, du Rwanda et de Joseph Kabila, tout en fustigeant l’Accord de Washington sans proposer de solutions, elle rate le coche d’une critique véritablement constructive.

Une analyse sérieuse aurait reconnu les compromis de l’Accord, tout en tenant tous les acteurs pour responsables et en traçant des perspectives réalistes.

Au lieu de cela, Luhaka livre un texte déséquilibré, manifestement partiel et manipulateur, visant à semer la discorde plutôt qu’à éclairer l’opinion et viser le rétablissement de la paix dans l’est de la RDC.

Eugène Diomi Ndongala,

PN de la Démocratie Chrétienne, DC