Quand Joseph Kabila promet la mort aux opposants politiques
Quand Joseph Kabila promet la mort aux opposants politiques : une déclaration de Kikaya Bin Karubi
Kikaya Bin Karubi : «… l’Afrique n’est pas mûre pour « la démocratie… la non-violence ne fonctionne pas ici. Ce n’est pas les Etats-Unis, la Grande-Bretagne ou la France» !
Telles sont les lignes fortes que fait ressortir Jean Pierre Mbelu dans son analyse du câble diplomatique révélé par le site WikiLeaks et portant sur un échange entre Bin Karubi et un diplomate américain accrédité en Rd CONGO.
Selon les propos de ce proche collaborateur du président Joseph Kabila, tout congolais qui s’opposerait au maintien en place de ce régime politique décrié pourtant par tous rejoindrait purement et simplement la voie du cimentière.
Le peuple congolais doit enfin comprendre que si le régime politique de Joseph Kabila procède à des assassinats de journalistes, des opposants politiques, des défenseurs des droits de l’homme, des hommes d’église… ce n’est par simple accident. Mais plutôt une option politique intelligemment conçue par les officines politiques inféodées à Joseph Kabila pour son maintien en place.
Quelle est l’option prise par « la clique au pouvoir » à Kinshasa pour sa réussite en politique ? Croit-elle en la démocratie et dans le pouvoir des urnes ? La discussion de Kikaya Bin Karubi avec un ambassadeur américain donne des bribes de réponses à ces questions. Elle permet de questionner notre devenir commun en cette année dite électorale.
Cette discussion repose la question de ce que nous avions cru être «une dérive autoritaire » chez nous après les élections de 2006. Loin d’être une « dérive », le recours à la violence pour accéder au pouvoir et pour régner est, à en croire l’ex-conseiller du « Raïs », un choix, une option. Comment ? Pourquoi ? « De manière déconcertante, note « Jeune Afrique »,
il (Kikaya) a affirmé que les personnalités et les partis politiques en Afrique ont besoin de la force militaire pour réussir, soulignant que lors des élections présidentielles précédentes, le pouvoir est revenu aux deux camps qui avaient des milices. »
L’alliance faite par le pouvoir en place avec le CNDP est à replacer dans ce contexte où la force l’emporte sur le droit et sur les urnes.
Quand, dans leur échange, Kikaya aborde le problème ayant « opposé » Kamerhe à Kabila, il prouve qu’il partage, en tout et pour tout, l’option du recours à la violence prise par « la clique au pouvoir » à Kinshasa. « Kamerhe est actuellement en Afrique du Sud et va bientôt partir en Grande-Bretagne, peut-être pour préparer sa prochaine étape politique. Cependant, si Kamerhe pense vouloir prendre la place de Kabila par la force, il a intérêt à être préparé à l’exil permanent. Sinon, soutient Kikaya, le cimetière de Gombe n’est pas loin. »
L’option pour la force semble compenser l’impopularité de la clique au pouvoir à Kinshasa. Elle fonctionne sur fond des alliances avec le PALU et les bruits faits autour des « cinq chantiers ».
« La clique au pouvoir n’est pas populaire à Kinshasa, a admis Karubi ; pour cette raison, il aurait été préférable de trouver un Premier ministre originaire de la capitale. Mais, puisque personne ne remplit cette fonction, Kabila essaie de convaincre les populations locales par d’autres moyens – l’argent provenant de contrats chinois, par exemple, sera en partie consacré à la construction de routes à Kinshasa. »
Si en 2006, « la clique au pouvoir » n’était pas populaire à Kinshasa et jouissait du soutien de nos provinces de l’Est ; provinces auxquelles elle avait fait des promesses de paix et de sécurité, leur non-réalisation (comme en témoigne Modeste Bahati sur Congoone) l’a aussi rendue impopulaire dans cette partie de notre pays. Au Sud (Est), la dernière sortie médiatique de Moïse Katumbi (lire Lubumbashi dans le noir : Moïse Katumbi prend Kinshasa pour responsable, dans Le Potentiel du 20 septembre 2011), ses multiples plaintes sur la non-rétrocession par Kinshasa des 40% de l’argent produit par le Katanga, etc. sont des signes pouvant, à coup sûr, rendre le pouvoir de Kinshasa davantage impopulaire au Katanga. Au centre les deux Kasaï affirment qu’ils sont les plus oubliés dans la réalisation des « cinq chantiers ».
Ce contexte d’une impopularité généralisée pourrait pousser « la clique au pouvoir » à Kinshasa à persévérer dans son option pour la force et la violence à la place du recours au droit et au débat démocratique au cours du processus électoral de 2011.
Le contraire aurait étonné. « La clique au pouvoir » à Kinshasa a accédé au pouvoir par les armes, engagée dans une guerre de prédation et d’extermination de nos populations dénommée malencontreusement « guerre de libération ». Si elle change le fusil d’épaule, elle risque de mettre à nu sa véritable nature et de signer sa fin. Est-elle disposée à s’engager sur cette voie ?
Habituée au double discours, elle prône des élections transparentes, libres, démocratiques et apaisées tout en préparant la guerre et en versant dans les actes de violence.
Un membre de la société civile congolaise, André-Marie Mwila (de Toges Noires) a proposé l’idée d’une rencontre préalable entre tous les acteurs majeurs des forces politiques et sociales engagées dans le processus électoral en cours. Son appel ne semble pas avoir été entendu. (Du moins jusqu’à ce jour.)
Bien des compatriotes comptent sur la signature du code de bonne conduite proposé par la CENI pour que les élections se passent dans un climat apaisé. Mais que peut un code de bonne conduite dans un pays où la Constitution est constamment foulée au pied ? Dans un pays où les institutions officielles sont court-circuitées par d’autres parallèles et où la justice est aux ordres de « la clique au pouvoir » ?
Les discours des bonnes intentions ne sont pas suffisants pour infléchir l’option de « la clique au pouvoir » qui, comme Kikaya Bin Karubi, croit que la réussite en politique en Afrique passe par l’usage de la force militaire et la mort.J.-P. Mbelu








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