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Les conflits ne sont pas seuls à tuer en RDCongo

02 11 12  agencetropiques – Les conflits ne sont pas seuls à tuer en RDCongo

La République démocratique du Congo (RDC) est un pays immense, grand comme l’Europe de l’Ouest, possédant en son sol les plus importantes richesses minières du continent. Ancienne colonie belge, la langue nationale est le français. Thierry Brigaud, président de Médecins du Monde et Pascale Barnich-Mungwa, coordinatrice de l’ONG en RDC, dressent un bilan désastreux de la situation sanitaire.

Un pays fragilisé par le conflit armé

Aujourd’hui, les ressources du pays sont  pillées et aucun bénéfice ne profite à ses 66 millions d’habitants, de  plus en plus pauvres, avec un accès réduit à la santé et à l’éducation.  Au cours de ces huit dernières années, quatre millions de Congolais sont morts des conséquences directes du conflit et de massacres, et pour 85% d’entre eux, de maladies banales tels le paludisme et la diarrhée  associés à la malnutrition(1).

 

La RDC est devenue depuis quelques années un laboratoire pour les institutions et bailleurs internationaux.

Elle  fait partie avec l’Afghanistan, Haïti et le Darfour de ces « états  fragiles » qui ont reçu le plus de fonds pour l’aide au développement. 

Malgré cela, ce pays est classé dernier pour l’indice de développement  humain. ..

Un climat tendu règne en RDC et l’inquiétude est de mise face à la situation actuelle des droits de l’Homme: un gouvernement fragile  qui n’exerce pas un contrôle sur tout son territoire, la poursuite des  conflits et des violences, des mouvements massifs de réfugiés et de  déplacés internes, des arrestations arbitraires de journalistes et de  militants des droits de l’Homme, la détérioration ou l’absence des  services publics les plus fondamentaux, la généralisation de la  corruption, l’impunité, une crise économique endémique, la dépendance  totale vis-à-vis de l’aide extérieure…

Les ONG se sentent impuissantes face à la situation sanitaire

Depuis avril 2012, les conflits à l’est  de la RDC ont à nouveau dramatiquement repris en intensité. Les combats  entre groupes armés, en particulier dans la province du Nord-Kivu, ont  suscité de nouvelles vagues de déplacés dans toute la province. Depuis  avril 2012, les organisations d’aide humanitaire estiment que 220.000  personnes sont déplacées dans le Nord-Kivu, portant ainsi le nombre de  déplacés internes dans la province à plus de 650.000 personnes. L’accès à ces populations vulnérables pour nous, acteurs humanitaires nationaux  comme internationaux, est extrêmement limité. Au-delà de la réponse aux  crises, des actions de long terme doivent être menées pour soutenir les  communautés.

Les chiffres de violences sexuelles sont effroyables: en 15 ans, on estime à 300.000 personnes le nombre de victimes de violences  sexuelles liées au conflit. Ces indicateurs deviennent inaudibles  lorsqu’on y ajoute ceux des violences liées au genre: mariages forcés et précoces, lévirat, sororat, viols de jeunes filles pour se prémunir ou  guérir de certaines maladies, etc.

Dans ces sociétés, la capacité de  résilience semble augmenter, malgré la déstructuration des liens sociaux à laquelle conduit les conflits. C’est pourquoi la santé mentale des  communautés doit faire l’objet de l’attention de tous les acteurs,  au-delà des cadres strictement humanitaires. Au Nord-Kivu, le nombre de  personnes souffrant de maladies mentales a connu une augmentation de 5%  en 2009, passant de 7 à 12% selon la Division Provinciale de la Santé du Nord-Kivu. Elle représente un enjeu majeur pour le développement à  venir des populations et doit être considérée comme telle.

Un manque cruel de soins pour lutter contre le sida

En RDC, les conflits ne sont pas seuls à tuer. Le sida est, à lui seul, la cause de 80.000 morts par an. Moins de 15% des personnes qui en ont besoin  ont accès aux traitements ARV traitements ARV, et à peine 5% des femmes  enceintes séropositives sont intégrées dans les programmes Prévention de la transmission mère-enfant (PTME). Il est urgent que la communauté  internationale, comme les autorités nationales, mobilise des fonds  conséquents pour répondre à cette situation de crise sanitaire et ainsi  espérer diminuer l’impact de l’épidémie. Chaque jour, deux bébés  naissent dans les rues de Kinshasa. 62% des mères sont d’ailleurs âgées  de moins de 18 ans. Entre 2006 et 2011, le nombre d’enfants vivant dans  les rues de Kinshasa a augmenté de 45%. Aujourd’hui, on considère qu’il y a plus de 20.000 enfants dans les rues, dont près de la moitié (44%)  sont des filles. La plupart vivent de la prostitution et sont exposées à tous les risques d’ordre sexuel : infections sexuellement  transmissibles (IST) dont le VIH, hépatites virales, grossesses précoces et à risque, etc.

L’Etat doit consacrer plus de budget à la santé pour stabiliser la situation

En RDC, le droit de vivre dignement, en  bonne santé et en sécurité n’existe pas.

Il est indispensable et urgent  que la communauté internationale et le gouvernement congolais se  mobilisent pour un soutien plus important des bailleurs de fond aux  programmes de développement menés dans les zones de « conflits  chroniques », notamment sur les questions de santé. La RDC doit  respecter son enaggement pris en 2001 à Abuja  de consacrer 15% du  budget de l’Etat à la santé. Depuis 10 ans, les crédits votés pour la  santé n’ont jamais atteint 6% (moyenne: 4,5%). L’accès à des soins de santé  de qualité et la lutte contre les discriminations doivent constituer la  base d’un plan de reconstruction, aussi bien au niveau de la santé que  de l’éducation et de l’économie, établi par tous les acteurs de la  reconstruction, Etat congolais, société civile, institutions  internationales, ONG, diaspora. Face à l’instabilité qui menace le  Congo, il est urgent d’inventer un nouveau mode de coopération qui  permettrait enfin de stabiliser le pays.

 

(1)Plus de 40 % des enfants de  moins de cinq ans sont victimes de malnutrition chronique en République  démocratique du Congo (RDC), soit le taux le prévalence le plus élevé en Afrique centrale et de l’Ouest, selon des estimations du Fonds des  Nations unies pour l’enfance (Unicef).

En Afrique centrale, « certains pays ont des taux de prévalence de malnutrition chronique  encore alarmants: la RDC, avec 43%, est le pays d’Afrique de l’Ouest et  du Centre le plus affecté », a déclaré mardi Marianne Flach,  représentante de l’Unicef au Congo, à l’ouverture d’un atelier régional  consacré à la réduction de ce fléau à Brazzaville. Quelque 75 experts venus de différents pays africains prennent part à cette réunion qui se clôture jeudi. La RDC, pays affecté par des guerres, est suivie par la République  centrafricaine (40,7%) et le Cameroun (32,5%), a indiqué Mme Flach. « La malnutrition chronique est un fléau qui frappe plusieurs pays dans  le monde et en Afrique. Elle est la cause sous-jacente de 35% de décès  dans le monde et peut se présenter sous différentes formes », a expliqué Marianne Flach, appelant à une « réponse multisectorielle coordonnée » pour éradiquer le problème. Selon l’Unicef, la malnutrition  chronique se manifeste chez les enfants par un retard de croissance, qui a « un impact très négatif sur la santé de l’enfant, car celui-ci court un risque plus élevé d’être affecté par des maladies chroniques non  transmissibles ».