Expulsions du Congo voisin, déraillement de train au Katanga, bousculade à Kikwit… Et au milieu de ces catastrophes, le gouvernement de la République démocratique du Congo brille par son absence

Expulsions, déraillement, bousculade en RDC : l’État invisible
Publié le : 1 mai 2014 – 10:49am | Par Rédaction Afrique (Photo : Junior D. Kannah/AFP)
Expulsions du Congo voisin, déraillement de train au Katanga, bousculade à Kikwit… Et au milieu de ces catastrophes, le gouvernement de la République démocratique du Congo brille par son absence.
Le coup de gueule d’un de nos correspondants congolais, Yves Zihindula.
Cette fois-ci, le doute n’est plus permis, il y a bel et bien une nouvelle technique de gouverner à la congolaise : se foutre du peuple qui élit et pour lequel on fait de la politique. C’est clair, le gouvernement de la République démocratique du Congo fait son « coming out », comme s’il en avait marre de cette cachotterie imposée par le bon sens politique. Il a décidé, enfin, d’être libre, naturel et d’exercer le pouvoir à sa sauce.
Le processus a été un peu accéléré et violent. Avouons que les circonstances n’ont pas joué en faveur du pouvoir en place : expulsion de Congolais en situation irrégulière du Congo voisin, déraillement d’un train dans le Katanga (plus de 70 morts), bousculade à Kikwit (plus de 20 morts)… Osons penser que la succession de ces drames et crises n’est qu’un hasard, qui, malheureusement marquera ce « dévoilement ».
« Si les ONG peuvent prendre en charge… »
Dans le premier cas, dépassé, le gouvernement local de Kinshasa s’est tourné vers les organisations non gouvernementales pour gérer la crise. « Beaucoup de nos mamans expulsées arrivent avec des bébés [âgés] d’un jour, deux jours, des petits enfants. Donc si les ONG peuvent prendre en charge [ces personnes], nous ne trouvons aucun inconvénient », a déclaré le ministre kinois Emmanuel Akweti. Impressionnant, pour un pays indépendant et souverain. Comme toujours, une enquête, pour le coup, parlementaire, a été ouverte. Les députés ou « honorables » – comme ils aiment s’autocélébrer – vont traverser le fleuve pour comprendre « le caractère inhumain des expulsions de leurs compatriotes. » Hallucinant !
Il y a eu aussi cette bousculade lors de l’ouverture d’un festival en hommage au chanteur King Kester Emeneya, le 25 avril, à Kikwit, dans la province du Bandundu. Plus de 23 Congolais ont perdus la vie. De nouveau, le gouvernement local a diligenté une enquête et promis de prendre des « mesures appropriées ». Sacré gouvernement !
Vidéo : Kikwit pleure ses morts suite à la bousculade
Martin Kobler, le chef de la Mission des nations unies pour la stabilisation du Congo (Monusco), lui, a envoyé une mission de son personnel policier (Unpol) pour identifier les besoins des autorités locales afin d’apporter une aide et réconforter les populations victimes de ce drame.
Pendant ce temps, un silence monstrueux est observé au gouvernement central. Sont-ils très occupés à négocier les postes ministériels du prochain gouvernement, annoncé depuis octobre 2013 ?
Est-t-il devenu honteux de travailler pour le peuple ?
Des Congolais rescapés du déraillement d’un train dans le Katanga étaient toujours sans assistance humanitaire trois jours après l’accident. Des blessés, environ une dizaine, attendaient toujours des secours. Cette fois-ci, les ONG étaient absentes – ou attendaient-elles un appel officiel de la part du gouvernement ?
Est-t-il devenu honteux de travailler pour le peuple quand on fait de la politique au Congo ? Là où le bât blesse, c’est lorsque qu’on entend certains hommes politiques déployer une sordide arrogance sur les antennes des médias pour défendre leurs positions quand ils sont menacés de les perdre.
Maintenant, c’est fait, chers gouvernants, vous êtes démasqués. Les congolais savent désormais que vous vous foutez complètement de leur sort.
http://www.rnw.nl/afrique/node/906322





