RD CONGO: jusqu’où iront les rebelles ? (Le Pays 21/11/2012)
RD CONGO: jusqu’où iront les rebelles ?
(Le Pays 21/11/2012)
A l’Est de la RD Congo, la rébellion avance. Les soldats de Kabila fils sont en déroute. Comme toujours, ils pillent, violent et volent avant de disparaître. Goma, la capitale régionale, est prise. Mais le pouvoir de Kabila se montre incapable de réagir. Tout pourrait donc arriver.
La crise en RD Congo est à un tournant majeur. En effet, adoptant une nouvelle tactique, les rebelles ont subitement changé de nom et d’orientation. Jadis porteurs de revendications corporatistes, ils sont aujourd’hui un mouvement politique. Les combattants du M23 ont choisi de prendre fait et cause pour les populations désemparées et la société civile. Ils attendent d’elles une adhésion forte face aux inconduites d’une armée en déroute et à l’incurie d’un régime qui éprouve du mal à gérer le destin du peuple congolais. Aucune réaction sérieuse de la part de Kinshasa dont on est pourtant en droit d’attendre un sursaut d’orgueil face à cette rébellion qui préparait depuis longtemps la prise de la capitale régionale Goma. En attendant, c’est la débandade : des milliers de gens s’en vont face à la furie non pas des rebelles, mais des soldats de l’armée nationale chargée d’assurer leur protection.
Comme toujours, l’armée de Kabila, en déroute, fait des populations civiles désarmées sa cible de choix. Et, ô ironie du sort, pour éviter d’être continuellement victimes de pillages et de viols, des masses de réfugiés potentiels se ruent à la frontière du Rwanda de Kagamé, accusé de tous les maux par Kinshasa. La communauté internationale demeure, quant à elle, impassable devant les évènements. Elle est dans l’attente d’une résolution des Nations unies orchestrée par la France. Mais avant toute sanction contre le Rwanda, les Etats-unis exigent que des preuves formelles soient établies. En attendant, Kigali pourrait se trouver bientôt débordé, la question humanitaire se faisant de plus en plus préoccupante. Les images désolantes qui proviennent de la région rappellent celles d’une autre époque qu’on voudrait pouvoir oublier.
Certes, de millions d’Africains sont perpétuellement dans l’attente, les élites politiques, financières et militaires ayant choisi de capituler face à leurs obligations. Ils ne désespèrent point de voir émerger un groupe de messies, lesquels viendront alors les arracher des griffes de ceux qui les asservissent d’un point à un autre du continent. Toutefois, l’Afrique doit travailler à donner d’elle-même des images positives. Surtout que d’autres s’évertuent, depuis longtemps, à peindre ce continent sous des aspects lugubres. On peut deviner la détresse, l’immensité de la déception et l’intensité de la douleur chez les citoyens de la RDC, face à la peur panique qui gagne chaque fois les rangs de l’armée nationale. L’ampleur de la honte de voir l’uniforme et le drapeau congolais souillés par des inconduites aussi flagrantes est tout aussi démesurée. Mais, à ce qu’il semble, la fierté du général-président Joseph Kabila et de son entourage ne semble pas avoir encore été atteinte.
Reste que la débandade de l’armée de la RDC rappelle étrangement celle de l’armée d’un autre Général Joseph : Mobutu. Un chant du cygne ? Autrement dit, la prise de Goma présagerait-elle une fin de règne ? Toujours est-il qu’on est face aux mêmes prises de position désinvoltes : la rébellion gagne du terrain, l’armée nationale s’enfuit tout en dépouillant et agressant des populations aux mains nues. Et dans la capitale, rien ne semble bouger. Cette fois, contrairement au passé, l’argument consistant à indexer le Rwanda a du mal à passer : le disque est rayé. Mal élu, Kabila a aussi du mal à convaincre. Le régime en place à Kinshasa n’arrive même pas à négocier la solidarité de ses compatriotes face à la rébellion.
On le sait déjà : cet homme agit très peu pour faire avancer la démocratie et préserver les droits humains en RD Congo. D’où, sans doute, la tiédeur de la mobilisation populaire et la froideur de la communauté internationale. Mais, à qui la faute si Joseph Kabila ne parvient ni à négocier la paix avec ses adversaires politiques, ni à sécuriser ses propres populations, encore moins à développer les régions ? De plus en plus isolé diplomatiquement après le sommet de la Francophonie, le régime semble courir à sa perte. Il apparaît même atterré, comme s’il savait que le sort en était jeté. La RDCongo traîne de l’arrière sur beaucoup de plans en Afrique. Ce grand pays donne aujourd’hui l’image d’un condensé de tous les maux qui minent le continent. Une mosaïque des problèmes africains qui interpelle l’Union africaine (UA), et les pays de la région des Grands Lacs. Parce que ce pays ne fait pas honneur à l’Afrique avec ses mésententes à n’en plus finir, son armée qui ne parvient pas à discipliner ses troupes et son peuple à l’abandon.
Il suffit pourtant de peu pour que ce pays, doté d’énormes ressources, s’en sorte : un vrai dialogue, une paix définitive et une voie consensuelle de développement et de partage des richesses nationales. Mais les leaders politiques, toutes tendances confondues, semblent bien prendre plaisir à gérer les choses à l’envers : ils aiment le pouvoir et ce qui va avec, mais pas le peuple congolais. L’appétit venant en mangeant, c’est à se demander si après Goma, le M23 ne va pas tenter d’aller plus loin ? En cherchant à se rallier aux populations désemparées, et à la société civile mécontente, les rebelles pourraient bien trouver échos ailleurs. Une coalition des mouvements de résistance et des diverses forces dissidentes pourrait alors émerger du Congo profond.
D’autant que le mécontentement est à son comble. L’éventualité de voir un front se constituer et une rébellion armée aller à l’assaut de Kinshasa, n’est donc pas à écarter. En tout cas, l’armée en déroute de Joseph Kabila semble faciliter les choses. Un scénario classique dans ce genre de situation. Le piège pourrait donc se refermer un jour sur le président Joseph Kabila. Comme enfermé dans une bulle, l’homme tarde à se décider.
Il risque fort de se faire prendre un jour en tenailles par tous les déçus de la république. Cruel destin alors que celui de Joseph Kabila, contraint de devoir prendre un jour la fuite face à la détermination de ses adversaires. Comme l’avait fait feu le Général-président Mobutu, harcelé alors par les forces rebelles d’un certain Laurent Kabila, défunt père de celui-là même qui trône aujourd’hui au palais de Kinshasa. Finira-t-il lui aussi par s’enfuir avec les fonds publics comme Hissène Habré ?
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