Aller au contenu principal

Articles de la catégorie ‘WASHINGTON’

HYPOCRISIE REBELLE: QUAND LE M23 SE PLAINT DES SANCTIONS SUR SES « ALLIES/MAITRES QUI N’EXISTENT PAS »

Dans une missive rendue publique par le Washington Post le 9 mai 2026, Corneille Nangaa reproche à l’administration américaine de sanctionner Joseph Kabila et l’armée rwandaise… ceux-là mêmes dont le M23 niait farouchement l’existence de tout soutien…

Dans cette lettre datée du 7 mai 2026 adressée directement au secrétaire d’État américain Marco Rubio, Corneille Nangaa, coordinateur de l’Alliance du Fleuve Congo (AFC) qui chapeaute le M23, a franchi un nouveau palier dans le grand théâtre de l’hypocrisie régionale.

Ce n’est pas une simple protestation diplomatique. C’est un chef-d’œuvre de contorsions logiques qui expose, mieux qu’un long réquisitoire, l’absurdité crasse des positions rebelles.

Que reproche-t-on à Washington dans cette missive venimeuse ?

Première absurdité, et non des moindres : les rebelles se lamentent des sanctions contre Joseph Kabila et l’armée rwandaise (RDF), tout en se montrant trop « tolérants » envers Kinshasa.

L’« asymétrie » de la médiation américaine. Autrement dit : les États-Unis osent sanctionner Joseph Kabila et l’armée rwandaise (RDF), tout en se montrant trop « tolérants » envers Kinshasa. On croit rêver.

Première absurdité, et non des moindres : les rebelles se lamentent des sanctions contre Joseph Kabila.

Or, Kabila n’a cessé de clamer, haut et fort, qu’il n’a rien à voir avec le M23. Condamné à mort par contumace en septembre 2025 par un tribunal militaire congolais pour « haute trahison » et soutien aux rebelles, l’ancien président a toujours nié en bloc ces accusations, les qualifiant d’ « arbitraires ». Les rebelles, eux, se plaignent aujourd’hui que Washington ait osé le sanctionner pour… précisément ce qu’ils jurent qu’il n’a pas fait.

On imagine la scène : « Comment osez-vous punir quelqu’un qui n’est pas des nôtres ? ».

Le comique involontaire est total.

Soit Kabila n’est pas impliqué (et les sanctions sont injustes et donc indifférentes pour la rébellion de proxy du M23), soit il l’est leur associé, comme d’ailleurs déclaré publiquement par Paul Kagame, soit il n’ a rien à avoir avec eux, donc ses sanctions ne devraient pas le concerner! . Dans les deux cas, leur plainte devient un aveu de mauvaise foi.

Deuxième absurdité, encore plus contradictoire : ils se plaignent aussi des sanctions américaines contre l’armée rwandaise.

Rappel des faits : en mars 2026, les États-Unis ont frappé la RDF et quatre de ses hauts gradés pour « soutien opérationnel direct » au M23. Pendant des années, Kigali et les rebelles ont juré la main sur le cœur qu’il n’y avait aucune co-belligérance, aucun soldat rwandais sur le sol congolais, aucune aide militaire. « Pure propagande de Kinshasa », martelaient-ils en chœur. Aujourd’hui, les mêmes se lamentent que Washington ait osé sanctionner… ces « innocents » rwandais qui n’ont, juré craché, jamais levé le petit doigt pour eux.

En effet, les rebelles du M23, soutenus par le Rwanda, sont indignés que l’administration Trump les sanctionne, eux et l’armée rwandaise, au lieu d’accepter leur invasion de l’Est de la République démocratique du Congo et de les laisser librement exploiter et vendre les précieux minéraux du Kivu, au prix d’innombrables exécutions de civils et de millions de déplacés congolais.

C’est le pompon : on nie l’alliance, on nie l’invasion, puis on pleure quand l’allié et l’invasion sont sanctionnés !

On ne sait plus si on doit en rire ou en pleurer.

Mais le plus sidérant reste encore à venir.

Qui est Corneille Nangaa pour s’adresser ainsi, en toute décontraction, au chef de la diplomatie de la première puissance mondiale ?

Un chef rebelle à la tête d’un groupe armé non-étatique, classé comme mouvement illégal par les Nations unies et par les États-Unis eux-mêmes. Washington traite avec des États souverains, pas avec des proxies armés.

Le M23 et l’AFC n’ont aucun statut diplomatique reconnu. Ils sont des acteurs illégaux d’un conflit qu’ils contribuent à entretenir. Qu’ils se permettent de dicter leur agenda à Marco Rubio relève non seulement de l’outrecuidance, mais d’une méconnaissance totale (ou feinte) des règles du jeu international.

Cette lettre n’est pas une erreur de communication.

C’est le symptôme d’un calcul cynique : tenter de retourner contre Kinshasa la médiation américaine avec des arguments qui frisent le ridicule.

Mais en se plaignant des sanctions contre des acteurs qui ne devraient avoir rien à partager avec eux, les rebelles ne font que creuser leur propre tombe morale. Ils révèlent, en direct, le double discours qui pourrit la région (et la médiation du conflit) depuis des années : nier, nier encore, devant toute évidence et quand la réalité les rattrape, hurler à l’injustice.

Pendant ce temps, à l’Est de la RDCongo, les civils continuent de payer le prix fort d’un conflit qui cache mal la volonté hégémonique d’un petit état agressif envers son voisin.

L’absurdité n’est pas seulement comique. Elle est tragique. Et elle porte un nom :

hypocrisie rebelle.

Eugène Diomi Ndongala,

Démocratie Chrétienne, DC