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Le pasteur Philippe Kabongo Mbaya répond, explique, réfute et exhorte !

Le pasteur Philippe Kabongo Mbaya répond, explique, réfute et exhorte !

Par Freddy Mulongo, dimanche 12 août 2012 à 20:06 :: radio :: #2761      :: rss

Contrairement à la cigale qui chante tout l’été, notre présence le Gard dans le Sud de la France peut en témoigner, le pasteur Philippe Kabongo Mbaya est plutôt      dans la catégorie de la fourmi qui travaille sans relâche, dans une constance sans faille. En bon protestant, il applique la recommandation de l’apôtre Paul à Timothée (Deuxième épître de Paul      à Timothée, chap 4 ; v 1 – 5): « Je t’adjure devant Dieu et le Christ Jésus, qui doit juger les vivants et les morts, et par son apparition et par son règne : prêche la parole, insiste à temps      et à contretemps, reprends, censure, exhorte, avec une entière patience et (souci d’) instruction. Car un temps viendra où (les hommes) ne supporteront pas la saine doctrine, mais au gré de      leurs désirs se donneront une foule de maîtres, l’oreille leur démangeant, et ils détourneront l’oreille de la vérité pour se tourner vers les fables. Pour toi, sois sobre en toutes choses,      endure la souffrance, fais œuvre de prédicateur de l’Évangile, remplis pleinement ton ministère ». Ils sont à compter sur le bout des doigts, les pasteurs congolais      résistants-patriotes-combattant. Le pasteur Philippe Kabongo Mbaya est l’un d’eux. Ce docteur en théologie qui fait partie de l’intelligentsia congolaise en France ne se cache pas et ne cache      pas non plus sa désapprobation de la dictature totalitaire qui sévit en République démocratique du Congo. Mon souffle, c’est pour le Congo a-t-il clamé devant témoins après la manifestation des      Congolais contre le sommet de la Francophonie à Kinshasa devant le siège de l’OIF à Paris. :Philippe Kabongo Mbaya, théologien-pasteur, aumônier des résistants-patriotes-combattants à Paris

1. Réveil FM International: Pasteur Philippe Kabongo Mbaya, vous avez accordé fin juin dernier un entretien au Congo-Number1 qui a frappé l’esprit de        beaucoup de nos compatriotes et, une fois encore, ceux qui vous connaissent ont retrouvé cette détermination qui vous anime concernant le changement politique au Congo. J’aimerais, avant de        revenir sur le Congo, savoir ce que vous pensez de l’actualité en ce moment, de l’actualité dans le monde.

Pasteur Philippe Kabongo Mbaya : L’actualité mondiale est si riche que je ne sais pas par où commencer. Les jeux olympiques ? La Syrie ? La        campagne électorale aux USA ? Le Mali, la Côte d’Ivoire, le dernier sommet des présidents de la Région des Grands Lacs à Kampala ? Chaque sujet mériterait par lui-même une interview entière !        Peu de sujet dans cette actualité donne de la joie. Comme disait Michel Serre dans un de ses ouvrages, généralement les infos ne sont qu’une suite de mauvaises nouvelles !

Mais je voudrais évoquer malgré tout trois sujets. Je suis très impressionné par les performances inimaginables d’Usain Boll à Londres ! La présence des        athlètes africains et leurs résultats n’étonnent plus personne. La délégation camerounaise s’est distinguée en un autre sport, qui n’était prévu…Celui de l’évasion pour tenter de rester        compte que compte en Europe. Quant au Congo-Kinshasa, l’humiliation est venue dès le premier jour. Les survêtements des athlètes de Kinshasa et de leurs accompagnateurs étaient d’un        misérabilisme outrageant, complètement indécent et décalé dans le contexte de ce qui se passait…

J’évoquerais aussi la guerre qui fait rage en Syrie. Voilà comment une population, une nation, peut être cyniquement sacrifiée à cause des rivalités des        puissances qui nous dominent et des contradictions tragiques de la communauté internationale. Le souvenir très vif encore des interventions de l’OTAN en Libye pèse lourdement. Mais, l’hideuse        dictature finira par tomber. Et ce n’est pas sûr que ceux qui soutiennent les insurgés ramassent automatiquement toute la mise. Cette situation est comme une parabole pour ce que mon pays        endure depuis bientôt vingt ans !

Il y a enfin le Mali. J’ai été profondément affecté en voyant l’effondrement du Mali. Comment est-ce possible que cela ait arrivé aussi facilement ?        L’écrasement de Kadhafi, la dispersion de ses guerriers et de ses armements auront été une aubaine pour tous les mafieux et de nombreux truands dans le Sahel. Un islamisme sanglant a infecté        tout le champ politique dans le Nord du Mali. Mais le plus surprenant, qui fait vraiment froid dans le dos, c’est l’affaissement spectaculaire des institutions politiques à Bamako. Comment        quelqu’un comme Aminata Traoré, cette intellectuelle brillante dont la lucidité sur les grands problèmes de l’Afrique n’a jamais fait défaut, comment a-t-elle pu justifier le coup d’Etat des        jeunes officiers, considérant ce qui est arrivé comme une chance pour un vrai changement au Mali ? Cette position n’est pas solitaire. Il est vrai, ma connaissance des réalités politiques        maliennes est limitée. Je n’en reste pas moins sidéré ! La crise dans le Nord du Mali et cet emballement de la barbarie islamiste est, là aussi, comme une allégorie quant au Nigéria.

Pour ce qui est de la Côte d’Ivoire, tout semble montrer que les trois moments majeurs que ce pays vient de connaître : les élections, la crise post-électorale,        le projet de réconciliation nationale, paraissent voués à la même négativité. Du moins aux mêmes impasses. On a éludé et masqué quantité de problèmes, en faisant croire à leur solution par        les élections… De manière terrifiante, on a recouru à la force des armes, avec l’espoir qu’elle résoudrait la crise électorale…Après que les armes aient imposé leur logique de silence,        c’est-à-dire une forme de terreur, toujours les mêmes ont pensé qu’il était temps de promouvoir la réconciliation nationale…En pleine festivités du cinquantenaire de l’indépendance de ce        pays, jour symbolique s’il en est, une contre-violence s’est invitée aux réjouissances, y compris dans une grande caserne d’Abidjan ! Pathétique. Ce n’est pas un simple sentiment de        désillusion, mais de la peine, une forme de désolation proche de l’expérience du vieil Fama dans Les Soleils d’indépendance d’Ahmadou Akourouma. C’est une souffrance pour tous les        africains.

2. Réveil FM International : Et l’actualité de la République démocratique du Congo Congo ?

Pasteur Philippe Kabongo Mbaya : Il y a plusieurs sujets et là également, je ne sais pas par où commencer. Je vais m’en tenir à ces trois        préoccupations. La tenue ou non du sommet de la francophonie à Kinshasa ; la disparition, ou plus exactement l’enlèvement d’Eugène Diomi Ndongala ; la guerre au Nord-Kivu et la situation très        dangereuse de Joseph Kabila-Kanambe dans l’ensemble de de contexte.

3. Réveil FM International : Commençons par la francophonie…

Pasteur Philippe Kabongo Mbaya : J’aurais voulu parler d’abord d’Eugène Diomi Ndongala. Soit. A propos de la francophonie, je crois que les        choses sont assez claires. L’Organisation Internationale de la Francophonie (OIF), qui est l’institution intergouvernementale qui responsable de la francophonie est fondée sur une charte et        des procédures internes déjà rodées. En plus de cela, l’OIF s’est dotée d’un autre texte de base en novembre 2000 à Bamako qui présente son attachement à la démocratie, la bonne gouvernance        et l’organisation des élections et le respect de leur résultat.

C’est en vertu de ces principes que l’OIF n’a pas voulu que son XIIIe sommet de 2010 se tienne à Tananarive, où un coup politique venait d’y avoir lieu contre        le pouvoir légitime, contre la légalité constitutionnelle. Le sommet a dû être transféré à Montreux en Suisse. Cette décision n’était pas seulement juste, mais encore nécessaire pour la        crédibilité de l’OIF elle-même.

4. Réveil FM International: Et pour Kinshasa ?

Pasteur Philippe Kabongo Mbaya : Tout le monde sait ce qui s’est passé au Congo entre novembre 2011 et janvier 2012. De l’avis unanime des        observateurs tant nationaux qu’internationaux, l’élection présidentielle intervenue en RDC a été une fraude à vaste échelle, une grossière tricherie, mais également un moment terrible de        violence et de terreur répressive. L’Union européenne a bien déclaré que cette élection n’avait aucune crédibilité. A l’investiture du prétendu élu, aucun chef d’Etat ni de gouvernement ne        s’est déplacé, excepté Robert Mugabe. Joseph Kabila s’est maintenu à la tête de l’Etat par cette mascarade. Un hold-up électoral le plus grossier et le plus cauchemardesque que l’Afrique ait        connu. Le voilà qui gouverne le pays par défi ! Comment, dans ces conditions, tenir le XIVe sommet de l’OIF à Kinshasa ? Pourquoi deux poids et deux mesures, quand on se souvient de        l’attitude correcte qui avait été gardée vis-à-vis d’Andry Rajoelina, le président auto-proclamé de Madagascar ?

5. Réveil FM International : Mais n’avez-vous pas l’impression que la crise politique congolaise prend la francophonie en otage, quelle que soit la        décision que prendrait l’OIF on lui reprocherait d’être partisane ?

Pasteur Philippe Kabongo Mbaya : Que l’OIF se montre respectueuse de ses propres principes et valeurs ; qu’elle soit aussi cohérente dans ses        positions. Ce tout ce que l’on peut lui réclamer. C’est du simple bon sens. Viendrait-il aux responsables de l’OIF d’aller tenir un sommet au Mali dans la conjoncture actuelle ? Cette        hypothèse est à peine exagérée. Applaudirait-on à l’OIF de tenir quand même son sommet dans ce pays afin d’éviter d’être taxée pro-ceci ou anti-cela ? En ajoutant même que ce pourrait être        une bonne occasion de manifester notre solidarité au peuple malien, de soutenir ses efforts pour la démocratie et pour la paix? Vous voyez comment cela est non seulement grotesque, mais d’une        hypocrisie insoutenable !

6. Réveil FM International : Revenons au Congo…

Pasteur Philippe Kabongo Mbaya : Nous ne l’avions pas quitté. Non, je crois sincèrement qu’il faut éviter que cette affaire tourne en        face-à-face Kinshasa /Paris. Le France a le poids que l’on imagine dans l’OIF, mais elle ne résume ni ne dirige elle-même l’OIF. Le gouvernement congolais semblait remonté du fait de la        conditionnalité émise par le président français, F. Hollande. De retour de Kinshasa où elle avait été en mission sur dossier, Mme Yamine Benguigui a donné l’impression de considérer que la        tenue du sommet pouvait avoir lieu. Raison ? Peu de partis d’opposition n’y étaient hostiles. Rien sur le procès de Floribert Chebeya ! Rien sur la réforme de la CENI, les garanties dans        l’organisation et la tenue des élections locales et provinciales !

De Londres, François Hollande a dit qu’il n’avait pas encore pris connaissance du rapport de Mme Benguigui. Bien que tout reste flou, on n’a pas le sentiment        que Monsieur Hollande soit disposé à fermer les yeux sur les agissements du régime en place.

Les pays africains paraissent divisés vis-à-vis de Kabila. L’argent a dû circuler et pas seulement en Afrique. En tête des délégations favorables à Joseph        Kabila, Monsieur Abdou Diouf est devenu protagoniste dans ces tractations.

Les propos du président guinéen Alpha Condé permettent de conclure qu’il en est ainsi. Et la France peut jouer ainsi le rôle d’arbitre. La seule façon qu’a F.        Hollande de rompre avec la françafricaine d’une manière crédible, c’est de se montrer ferme sur les violations des droits humains, les pratiques anti-démocratiques, les putschs électoraux,        bref sortir des arrangements habituels qui ne n’honorent ni la France et les principes de la francophonie. C’est la seule manière aussi de respecter enfin les peuples africains.

7. Réveil FM International : Vous aviez un deuxième sujet…

Pasteur Philippe Kabongo Mbaya : En juin 2010, Albert II, roi des belges, s’est rendu à Kinshasa pour les festivités du cinquantenaire de        l’indépendance. Un déplacement qui en a choqué plus d’un, car c’était une semaine après que l’assassiné Floribert Chebeya dans un commissariat. Nous nous trouvons exactement dans une        situation comparable. Le 26 juin dernier, M. Eugène Diomi Ndongala, président de Démocratie Chrétienne, élu député à l’Assemblée nationale du Congo, a été enlevé et tenu au secret par la même        police ! Sa famille, ses proches et ses alliés politiques s’inquiètent et s’interrogent s’il est toujours vivant. Le pouvoir affirme qu’il a fui… Un avocat défenseur des droits de l’homme et        correspondant de la CPI en RDC a déclaré dernièrement que Diomi Ndongala avait été enfermé au siège des Renseignements généraux à Kinshasa. Qu’il était sur le point d’être transféré à un        autre endroit obscur au Katanga ! Vous avez fait, vous-même, dans les colonnes de ce journal un parallèle effrayant entre cette nouvelle affaire et l’assassinat de Chebeya. Il ne s’agit pas        d’une fatalité ésotérique, mais bel et bien la preuve que Kabila-Kanambe gouverne le Congo par défi. C’est pourquoi, je reviens encore là-dessus, F. Hollande et les autres chefs d’Etat et de        gouvernement ne devraient pas se rendre à Kinshasa.

8. Réveil FM International: Vous revenez à la francophonie ?

Pasteur Philippe Kabongo Mbaya : Oui, non pas pour demander que l’OIF se respecte, qu’elle respecte les principes qu’elle est censée promouvoir        dans le monde, mais dans une préoccupation liée à mon pays. Nous ne voulons pas que la tenue de ce sommet soit une célébration de l’impunité politique, une sorte de prime accordée aux crimes        et aux pratiques anti-démocratiques. Vous savez que beaucoup d’africains fonctionnent avec une hyper-valorisation de l’occulte. Pour bien de nôtres, tous ces assassinats, tous ces        débordements de l’impunité macabre ne sont pas l’expression du chaos politique, la folie d’un pouvoir qui n’a pour toute légitimité que ses moyens de violence, mais des sacrifices sorciers,        la démonstration d’une malédiction qui reposerait sur le Congo. Si malgré tout le sang et toutes les larmes qui coulent au Congo, on y organise la grande retrouvailles de puissants de ce        monde, ce serait pour l’entendement de gens simples la confirmation que ces pratiques ne sont pas que des crimes politiques et mafieux, mais des actes des « messes noires », sacrificielles,        au dépend des congolais ! Nous devons dès lors combattre ces exactions et abus de pouvoir sur tous les fronts : les contrer sans relâche dans le champ, mais également considérer et anticiper        leurs ravages au plan de la conscience sociale et historique de notre peuple. Nous ne voulons pas qu’il soit doublement victime. Lésé par les gestes d’incurie et de cynisme de la communauté        internationale, mais victime de lui-même à cause de sa propension à la superstition. Comment voulez-vous que les congolais se battent pour leurs droits, pour un Etat de droit, la souveraineté        et l’intégrité de leur pays si certains événements les enfoncent dans une désorientation totale, chamboulent tout rapport logique à la vie et à la mort, en figeant l’imaginaire collectif dans        un obscurantisme opaque, sans lisibilité historique ?

9. Réveil FM International : Revenons à Eugène Diomi Ndongala, que lui reproche-t-on ?

Pasteur Philippe Kabongo Mbaya : Le viol de deux mineures…Un témoin d’accusation, présenté comme le père de deux fillettes n’est géniteur        d’aucune d’elles! Mais la propagande a vite lancé la rumeur selon laquelle E.Diomi Ndongala se serait enfui. Bizarre ! Du début jusqu’à la fin, vous avez un récit qui ne tient pas debout. Un        montage complètement insensé, qui rappelle étrangement les éléments de la version officielle propagée en juin 2010, par les mêmes services, visant à masquer leur crime sur Floribert Chebeya.        On nous l’avait présenté comme terrassé par une sordide crise cardiaque au cours des ébats…mèches de cheveux de femme, préservatifs, viagra…Or, Ndongala incarnait et animait le combat contre        le hold-up électoral avec une détermination farouche. Il était le plus proche collaborateur de Monsieur Etienne Tshisekedi, le président élu en novembre dernier contre J.Kabila.

L’arrestation de Ndongala est intervenue le jour même où les forces politiques réclamant la vérité des urnes devaient signer un document de base de leur        plate-forme dénommée Majorité populaire présidentielle, favorable à M. Tshisekedi. Ndongala en était l’initiateur. Il était aussi très investi contre la tenue du sommet de la francophonie à        Kinshasa. L’épouse de Ndongala, de nationalité italienne, a tenu une percutante conférence de presse au cours de laquelle les allégations minables des policiers sont ramenées à leur vraie        nature, c’est-à-dire l’indigence d’imagination.

Au fond, le pouvoir doit être embêté par ce dossier. Il ne pouvait pas laisser trop longtemps de liberté à Ndongala. Mais en procédant comme il l’a fait, c’est        le crane de Chebeya, comme dirait Achille Mbembe, qui réapparaît dans l’espace public…En refusant l’entrée au Congo du cinéaste belge, Thierry Michel, auteur d’un documentaire sur Chebeya, le        pouvoir montre et sa fragilité et son impasse. Tout cela est en miroitement avec l’actuel dossier d’Eugène Diomi Ndongala.

10. Réveil FM International: Souhaitez-vous un autre point à évoquer ?

Pasteur Philippe Kabongo Mbaya : J’observe avec écœurement et indignation l’usage politique que J.Kabila et les siens font de la guerre au        Nord-Kivu. J’aime toujours rappeler que la crise au Congo a trois dimensions, interne, régionale et internationale. Sur ce sujet, ces trois plans sont très nettement identifiables dans leur        imbrication mortifère. Il faut avoir présent à l’esprit la chronologie de ce qui se passe.

La CPI avait pu obtenir du gouvernement de Kanambe l’arrestation de Bosco Tangada, dissident de CNDP de Nkunda, et lui-même Général intégré dans les FARDC. A        partir de là, Tangada s’est mutiné et a commencé une nouvelle carrière de rebelle. Le M23 était né ! Soutenu par la Monusco, le gouvernement congolais a voulu montrer sa détermination        vis-à-vis du cas Tangada.

Voulait-il donner des gages ? Fidèle à lui-même, le Rwanda n’a plus caché son soutien à Tangada. Après une première phase où les forces congolaises et les        unités de la Monusco semblaient avoir l’initiative, tout s’est effondré. Les troupes rwandaises et ougandaises sont venues à rescousse du mutin-rebelle. Un rapport de l’ONU l’a établi. Les        différentes puissances occidentales ont durci le ton à l’égard de Kigali. Goma était menacé.

L’UA a préconisé une conférence régionale pour arbitrer le conflit. Sur le terrain, les soldats tutsis coalisés avaient toujours le vent en poupe ! Kabila et        ses amis se sont mis à dénoncer le Rwanda, à crier à la balkanisation du Congo, dans un but à peine voilé de créer une sorte d’union sacrée de tous les congolais dans l’adversité.

Dans ce sens, une campagne a eu lieu à Kinshasa, que les forces de changement ont cru instrumentaliser…On vu les images scandaleuses de la conférence        internationale sur la Région de Grands Lacs à Kampala. Joseph Kabila y était tout sourire devant ses pairs que d’aucuns appellent ses « frères ».

11. Réveil FM International : Là vous avez fait le rappel des faits ; quelles leçons peut-on en tirer ?

Pasteur Philippe Kabongo Mbaya : Premièrement, on voit bien comment les problèmes internes non-résolus placent le pays devant        des pires dangers. Tous les programmes de paix et de démilitarisation du Nord-est et de l’Est du pays ont lamentablement échoué les uns après les autres. L’épisode actuel n’est qu’un avatar        de la déstabilisation enracinée dans cette région. Je n’ai pas besoin de préciser en quoi cette situation d’anomie profite aux prédateurs de toutes origines, à commencer par les rwandais,        mais également les ougandais.

Deuxièmement, l’administration normale de ces territoires implique l’impossibilité pour les extrémistes tutsis d’exporter leur insécurité        chez-nous. C’est comme une nécessité pour eux que l’ensemble du Congo et, plus particulièrement les deux Kivu, soient ingouvernables ! Mais c’est une logique terrifiante. Car la        conflictualité meurtrière dont nous parlons n’est pas uniquement l’enlisement de ces provinces dans l’insécurité et la guerre, mais l’enracinement des haines dans les esprits et        l’accumulation d’obstacles à la paix et au bon voisinage entre, par exemple le Rwanda et nous. Du coup, les stratèges de Kigali font tout pour retarder le jour où cette contradiction devra        éclater. Il n’est pas sûr que J. Kabila soit toujours leur meilleur outil compte tenu de l’évolution de la situation au Congo même. Pour amadouer l’opinion interne et apaiser les critiques        extérieures, J.Kabila est oblgé de faire un grand écart avec ses parrains tutsis. Pourtant, il est plus que jamais rejeté par la population ; on ne peut pas dire qu’il soit l’enfant chéri        Kabila de la communauté internationale non plus. On le voit, sa posture et légitimité ne semblent pas enviables. Le voilà devenu suspect et encombrant pour les Kigali et Kampala.

Troisièmement, la dénonciation de la balkanisation ne suffit absolument pas pour redorer une légitimité aussi entamée. L’incapacité du «        bonhomme » à relancer l’Etat, mais pire, le fiasco des opérations de la CENI aux dernières élections montrent en fait qu’une forme de balkanisation a déjà fait voler en éclat tout espoir de        reconstruction de l’Etat depuis 2006. Si l’affairisme et le laisser-faire dont profitent certains opérateurs occidentaux prolongent le sursis de cet régime à la fois nuisible et inutile, tout        le monde se prépare, et prépare, secrètement sa succession y compris par les voies radicales. La montée en puissance des mécontentements, la conscience très forte des congolais sur        l’injustice qui les frappe, font néanmoins louvoyer les puissances étrangères concernées. Mais c’est cette radicalisation de la volonté des congolais qui reste déterminante dans le processus.        Il faut sans délais rebâtir l’Etat au Congo afin de reconquérir notre initiative historique, notre souveraineté et défendre l’intégrité du territoire national.

12. Réveil FM International : Comment analysez-vous l’engagement des Eglises devant ces défis ?

Pasteur Philippe Kabongo Mbaya : Je salue les positions de la Conférence nationale des évêques du Congo. Positions qui dénotent une cohérence        et une vigilance maintenues dans longue durée sur les grands problèmes du Congo. Généralement sans opportunisme. L’attitude et la clairvoyance du Cardinal Monsengwo m’émeuvent et me        réconfortent dans mon propre engagement.

En revanche, je suis assiégé par une grande souffrance et un sentiment profond de trahison à l’égard des représentants du protestantisme congolais, en        particulier les dirigeants de l’ECC. Qu’ils soient corrompus et se vautrent dans l’abjection morale au détriment des plus faibles, bafouant quotidiennement la Parole de Dieu, cela passe        encore…je ne peux pas être juge. Mais qu’ils deviennent à ce point des agents de Joseph Kabila, non pas par nécessité alimentaire ou corruption, mais délibérément dans sa volonté de détruire        le Congo, ceci est impardonnable.

Je dis « détruire le Congo » à la suite des propos du Général Mukobo dans Congo-Indépendant. Ses révélations ne paraissent pas exagérées, encore moins        fantasmés. C’est pour moi le péché contre le Saint-Esprit (Matthieu 12.32) !

A quoi sert la « prélature » protestante ? A être des transmetteurs des messages de Kanambe et des porteurs de ses valises dans les réseaux opaques de        diplomatie parallèle, de contacts d’influences négatives et souvent de corruption !

Quelle honte pour ce protestantisme d’en haut ? Quant aux Eglises de réveil, les choses sont assez contrastées parmi ses pasteurs. Il y en a qui sont « en        mission » pour le pouvoir, vivent de sa mangeoire et « plument » les masses; il y en a d’autres qui combattent le système, et dont je me sens objectivement assez proche.

13. Réveil FM International : Un dernier mot, un appel ?

Pasteur Philippe Kabongo Mbaya : Ce n’est pas très encourageant ce que je pourrais dire. Mais je le dis quand même car c’est le sens vers        lequel me semblent aller les événements en cours. Les moments difficiles sont devant nous. Pas derrière. Il faut que nos populations le sachent et si possible y soient préparées. Chacun/e        dans sa compétence et avec ses moyens devra se lever et accepter des sacrifices. Quand Dieu vous place sur l’horizon d’une bénédiction, Il vous aide aussi à affronter et à endurer des        terribles épreuves qui la précèdent et l’accompagnent. Tous les malheurs africains sont concentrés au Congo, mais leurs solutions aussi. Se lever pour lutter contre ces malheurs ou s’engager        en vue de construire les solutions qui s’imposent, il s’agit au final d’une même vocation qui nous honore et nous anoblit.

Que Dieu nous bénisse.
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