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GÉNOCOST 2026 : CONTRE L’IMPUNITÉ, LE DEVOIR DE MÉMOIRE ET L’ARME DU DROIT

Il y a des chiffres qui devraient faire trembler le monde tout entier et qui, pourtant, glissent sur lui comme la pluie sur une tôle.

Plus de six millions de morts (IRC, Genocide Watch et World Without Genocide).

C’est le bilan que les Nations unies attribuent aux guerres qui saignent la République démocratique du Congo depuis 1996 – le conflit le plus meurtrier que la planète ait connu depuis la Seconde Guerre mondiale.

Six millions de vies. Des villages entiers rayés de la carte, des familles décimées, des enfants nés du viol, des générations amputées de leur avenir. Et, en face, un silence assourdissant…

Le 2 août, la nation congolaise se lève pour dire : nous n’oublierons pas.

Cette date n’est pas un caprice du calendrier. Elle marque le déclenchement, en 1998, de la deuxième guerre du Congo, quand la rébellion du RCD, portée à bout de bras par le Rwanda, a ouvert un cycle de violences dont nous ne sommes toujours pas sortis.

Nous l’avons nommé le Génocost : le génocide congolais perpétré pour des gains économiques. Un mot-valise qui dit l’essentiel en une syllabe de trop – au Congo, on ne meurt pas par accident de l’Histoire. On meurt parce que la terre sous nos pieds vaut de l’argent.

Le véritable moteur de la guerre

Il faut avoir le courage de nommer la mécanique. Ce que nous affrontons n’est pas une « crise humanitaire » tombée du ciel, ni un obscur conflit « intercommunautaire ». C’est de la géocriminalité : l’organisation méthodique du crime de masse au service du pillage des ressources. Coltan, cobalt, or, cassitérite — les minerais 3T qui font vibrer les téléphones du monde entier sont extraits, ici, dans le sang.

Ce sont des minerais de sang, et le narratif « défensif » brandi par Kigali n’est qu’un paravent.

Les faits sont documentés, et pas seulement par nous. Le rapport des experts des Nations unies S/2026/466 décrit un tandem dévastateur – armée rwandaise et AFC/M23 – et fait état de la présence de quelque 18.000 soldats rwandais sur le sol congolais, adossés à de véritables institutions financière pirates pour blanchir le produit du pillage, comme à Rubaya, au cœur du coltan volé. Ceux qui doutaient du mobile n’ont plus d’excuse : Kigali lui-même a fini par avouer que la survie de sa mainmise sur l’Est se confond avec celle du M23. L’aveu de cynisme est total.

Une comptabilité de l’insoutenable

Refuser de commémorer, ce serait accepter l’oubli. Or l’oubli, au Congo, tue une deuxième fois. Regardons les chiffres en face, sans détourner les yeux.

Près de 7,8 millions de personnes déplacées à l’intérieur de leur propre pays. Des millions de compatriotes pris en otage dans les territoires sous occupation, chosifiés, rançonnés, privés de tout – une part entière de notre peuple retranchée du reste de la nation.

Et cette arme que l’on ose à peine nommer : le viol, utilisé méthodiquement comme instrument de guerre. Rien qu’en 2023, l’ONU a recensé plus de 113.000 cas de violences sexuelles liées au conflit ((Physician for Human Right, UNFPA, ONU) ; le Nord-Kivu, le Sud-Kivu et l’Ituri concentrent près de 75 % des victimes documentées. Il y a ces civils tombés dernièrement à Fizi sous les drones et les avions venus d’ailleurs. Il y a ces milliers de familles broyées dans les camps du M23/RDF, où « la mort était partout », comme rappelle Human Right Wacht, dans son dernier rapport sur la RDC. Il y a le docteur Denis Mukwege et l’hôpital de Panzi, qui réparent depuis un quart de siècle ce que la barbarie s’acharne à détruire.

Ce ne sont pas des dommages collatéraux. C’est une stratégie. On terrorise pour vider les terres, on vide les terres pour piller les mines, on pille les mines pour financer la guerre qui terrorise. Le cercle est parfait, et il est cynique.

L’impunité est le carburant ; la justice, la seule issue

Depuis trois décennies, nous sommes prisonniers d’un cycle infernal. Et savez-vous ce qui l’alimente ? L’impunité.

Trop souvent, ce sont les mêmes visages qui reviennent : des seigneurs de guerre au sang encore frais sur les mains, réintégrés dans les structures de pouvoir, promus plutôt que jugés. Chaque criminel recyclé envoie le même message glaçant : chez-nous, le crime paie, malheureusement. Tant que ce message tiendra, aucune diplomatie ne produira qu’une paix de papier.

C’est pourquoi la commémoration du Génocost ne peut se réduire à des gerbes et à des bougies. Se souvenir, c’est exiger. Et ce que nous exigeons, c’est la justice :

– un Tribunal spécial pour la RDCongo, chargé de juger les crimes de guerre et les crimes contre l’humanité commis chez nous depuis 1996 ;

l’exclusion définitive des criminels de guerre de toute sphère de pouvoir – armée comme politique ;

la réparation due aux victimes. Sans justice, pas de réconciliation. Sans justice, pas de paix durable.

Nommer l’agression pour ne plus la subir

La chute de Goma en janvier 2025, celle d’Uvira à la fin de la même année, l’occupation persistante de pans entiers de l’Est : l’agression rwandaise n’est pas une opinion congolaise, c’est un fait établi. Washington l’a reconnu en sanctionnant des responsables de l’armée rwandaise et l’armée rwandaise elle même comme entité globale, et surtout, la RDC a porté le combat sur le terrain du droit.

Car ce Génocost a désormais un dossier judiciaire.

Le 26 juin 2026, à La Haye, la République démocratique du Congo a déposé devant la Cour internationale de justice une requête introductive d’instance contre la République du Rwanda. En première ligne des textes invoqués figure la Convention de 1948 pour la prévention et la répression du crime de génocide, aux côtés des conventions sur l’élimination de la discrimination raciale (1965), sur l’élimination des discriminations à l’égard des femmes (1979) et contre la torture (1984). Kinshasa y vise des exactions étalées de 1996 à aujourd’hui, contre des communautés congolaises entières : Nyindu, Bembe, Lega, Nande, Hunde, Bashi…

En 2006, une requête voisine avait été écartée pour incompétence, Kigali s’étant abrité derrière sa réserve à l’article IX de la Convention sur le génocide. Mais la démarche de 2026 s’appuie sur le retrait de cette réserve de compétence de la CIJ, le 15/08/2008 par le Rwanda.

Porter le nom de « génocide » devant la plus haute juridiction des Nations unies, ce n’est pas une rhétorique – c’est un acte de conscience et résistance. Le devoir de mémoire que nous honorons le 2 août et la bataille juridique engagée à La Haye sont les deux faces d’un même combat :

arracher nos morts à l’oubli et l’agresseur à l’impunité.

Reste l’inertie coupable de ceux qui préfèrent regarder ailleurs – le silence complice de l’Union européenne, empêtrée dans son accord sur les minerais critiques avec le Rwanda, et l’aphonie de l’Union africaine face à l’agression d’un de ses membres.

À tous ceux-là, le 2 août adresse un rappel simple : la souveraineté d’un peuple ne se négocie pas au poids du minerai. Les frontières héritées de l’Histoire ne s’effacent pas à coups de drones et de milices de proxy interposées.

Se souvenir, c’est déjà résister

Cette année, pour la première fois, la commémoration se déploie dans les vingt-six provinces et jusque dans nos ambassades. Ce n’est pas un détail protocolaire : c’est la preuve qu’une mémoire nationale est en train de naître, portée d’abord par la jeunesse – car c’est bien une plateforme de jeunes Congolais qui, la première, a arraché cette date au silence.

Le Congo ne demande pas la pitié. Il demande la justice, la reconnaissance, la réparation.

Le 2 août, souvenons-nous. Non pour pleurer seulement, mais pour exiger.

Pour que la vie des congolais cesse, enfin, d’avoir un prix.

Eugène Diomi Ndongala,

Démocratie Chrétienne, DC