UNE INGERENCE OUGANDAISE QUI PUE L’ARROGANCE ET L’HYPOCRISIE
Un général ougandais, Felix Kulayigye, porte-parole de l’armée ougandaise, ose publiquement dicter à la RDC comment elle doit se gouverner.
Dans un podcast, The East African Perspective, il affirme froidement que « la nature abhorre le vide » et que Kinshasa devrait instaurer des « gouvernements fédéraux dans les provinces » pour combler le soi-disant « vide institutionnel » créé par plusieurs groupes armés.
C’est une ingérence brute, inacceptable et scandaleuse.
Un officier supérieur d’un pays étranger, de surcroît porte-parole d’une armée, n’a strictement aucune légitimité pour s’immiscer dans les affaires institutionnelles d’un État souverain.
Aucun.
Surtout quand ce pays, l’Ouganda, a passé les trente dernières années à entretenir le chaos qu’il prétend aujourd’hui déplorer.
Car voilà le comble : le général ne se contente pas de donner son avis. Il propose une réforme qui contredit ouvertement la Constitution congolaise en vigueur. L’article 220 est clair comme du cristal : la forme unitaire et indivisible de l’État est intouchable. Aucune révision constitutionnelle ne peut y toucher. Passer au fédéralisme ne serait pas une simple « décentralisation poussée » ; elle implique un changement de Constitution. Le mythe du fédéralisme comme solution miracle s’effondre dans le chef de ceux qui, tout en s’opposant au changement de l’ actuelle constitution, proposent des changements institutionnels qui sont inapplicables sans changement de Constitution. Il faudra savoir exactement ce qu’ on veut … et les congolais devraient suivre ces fanfaronnades dépourvues de lucidité et logique?
Mais le plus révoltant reste l’inversion totale de la réalité.
Kulayigye présente la multitude de milices comme un problème interne congolais, une simple question de gouvernance que le fédéralisme résoudrait.
Mensonge grossier.
La déstabilisation de l’Est de la RDC n’est pas un « problème institutionnel » congolais : c’est le fruit d’une agression extérieure systématique et répétée depuis 1996.
Et l’Ouganda ? Il n’était pas spectateur.
Il a été un acteur principal.
Invasion de 1996-1997 avec le Rwanda. Occupation massive pendant la deuxième guerre du Congo. Création et armement de rébellions. Pillage organisé des ressources – or, coltan, diamants – documenté par l’ONU et la Cour internationale de Justice, qui d’ailleurs a condamné l’Ouganda à indemniser la RDC.
Des millions de morts, des régions entières transformées en zones de prédation.
Aujourd’hui encore, alors que l’UPDF opère sur le sol congolais sous prétexte de combattre l’ADF (une rébellion ougandaise), ce même pays se permet de faire la leçon, alors qu’il est incapable de neutraliser cette rébellion ougandaise qui curieusement tue exclusivement en RDCongo et qui massacre les congolais, sous les yeux de l’UDPF.
Que fait l’UPDF en RDC ?
Non. La RDC n’a pas besoin des conseils constitutionnels d’une armée qui a contribué à la déstabiliser. Elle n’a pas besoin qu’on lui explique comment « combler le vide » quand ce vide a été creusé par des bottes étrangères pendant trois décennies.
Le message du général Kulayigye n’est pas une analyse : c’est une provocation.
Et derrière les grands mots sur le fédéralisme, beaucoup de Congolais y voient la même vieille logique : affaiblir l’État unitaire pour mieux contrôler les richesses de l’Est, avec des états fédéraux qui soient des territoires satellites des pays voisins.
Les congolais décideront aussi bien de la forme de leur état que de tout changement de leur Constitution, en toute souveraineté.
La souveraineté congolaise n’est pas négociable.
Ni à Kampala, ni ailleurs. Point final.
Eugène DIOMI NDONGALA,
DEMOCRATIE CHRETIENNE




