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Kabila en train de perdre le Katanga /Dominic Johnson

06.01.2015, 18:01 Uhr

Kabila en train de perdre le Katanga

Version originale du papier TAZ à paraître dans l’édition du 7 janvier 2015

Francois Misser, Bruxelles

Le Président Joseph Kabila est en train de perdre le soutien du Katanga, terre de son père et jusqu’alors son principal fief électoral, dont le gouverneur, le très populaire Moïse Katumbi Chapwe apparait aujourd’hui comme l’un de ses principaux rivaux. Selon l’Agence congolaise de presse, Katumbi a reçu un « accueil délirant », à son retour à Lubumbashi, le 23 décembre, d’un séjour de trois mois et demi à Londres pour raison de santé. Il a mis trois heures et demi pour parcourir les 12 km entre l’aéroport de Luano et le centre de la ville, applaudi par une foule nombreuse et enthousiaste en liesse.

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Katumbi a été soigné, disent ses proches pour un empoisonnement. Ce n’est pas la première tentative de l’éliminer : en 2007, le train d’atterrissage de son jet privé avait été saboté sur le tarmac de l’aéroport de Kinshasa, avait confié le gouverneur au TAZ en 2009 . Aujourd’hui, d’autres mobiles plausibles à son élimination apparaissent : Katumbi ne cache plus son opposition aux tentatives du camp Kabila de modifier la constitution afin de permettre au Président de briguer un troisième mandat.

De plus, le gouverneur s’inscrit dans un courant général au Katanga : plusieurs personnalités, dont son ancien adversaire, l’avocat Jean-Claude Muyambo, président du parti de la Solidarité congolaise pour le développement et Georges Mawine Kahindo, vice-président national de la ligue des jeunes du parti de Kabila , le Parti du Peuple pour la Reconstruction et le Développement (PPRD), ont annoncé ces dernières semaines leur départ de la majorité présidentielle.

A son arrivée à Lubumbashi, Katumbi a été accueilli par Gabriel Kyungu, président de l’Assemblée provinciale qui a pressé la Commission électorale nationale indépendante (CENI) de publier immédiatement le calendrier des élections. Objectif : contrecarrer les projets kabilistes de postposer les élections pour permettre à Joseph Kabila de rester deux ans de plus en poste. Même l’ancien patron de la police, John Numbi parrain de Kabila jouerait la carte Katumbi, confie au TAZ, le conseiller d’un homme politique de Kinshasa.

Autre indice de la perte de popularité de Kabila auprès des Katangais, Lors d’une réunion à l’hôtel Safari Beach de Kinshasa les 9 et 10 décembre, la sœur du Président, Jaynet Kabila n’a pas réussi à convaincre les dignitaires katangais présents qu’il faut soutenir un 3e mandat pour son frèr. Et lors de son retour, Katumbi, par ailleurs président du club de football de TP Mazembe, a été très applaudi quand il a employé une métaphore footballistique pour mettre en garde Kabila s’il s’obstine. Il a déclaré, qu’en 2006, un premier pénalty avait été refusé (quand les Occidentaux ont favorisé son élection), puis un autre en 2011 (quand il s’est maintenu au pouvoir malgré des élections frauduleuses). Katumbi a prédit qu’en 2016, « la foule va envahir le terrain » pour empêcher une 3e penalty, tout en saluant le courage des Burkinabè.

Fait remarquable, confie un témoin oculaire au TAZ, pas un seul drapeau du PPRD n’était visible lors de cette manifestation. Sentant le danger, le Président de l’Assemblée nationale, Aubin Minaku entend modifier la loi électorale pour empêcher Katumbi, de père italien de se présenter à la présidentielle.

La désaffection des Katangais envers Kabila tient au fait que même dans son ethnie des Balubakat, on a le sentiment, eu égard l’état d’abandon du nord du pays, qu’il n’a rien fait pour ses « frères ». L’épidémie de choléra qui a refait surface avant Noël dans plusieurs zones de santé du district du Tanganyika, au Katanga, a renforcé ce sentiment. La région est sinistrée, comptant la plus grosse partie des quelque 580 000 déplacés de la province. Ces déplacements sont dus aux actions des Maï-Maï Gédéon et Makabé, recrutés par Kabila père en 1999 dans les Forces d’autodéfense populaire et jamais démobilisés, rebaptisées « Baka Katanga » qui protestent contre le projet des kabilistes de scinder en quatre la province du cuivre, au risque de priver encore plus le nord du Katange de ressources.

Le sentiment que Kinshasa ne fait rien pour délivrer les Katangais de leurs exactions nourrit la frustration contre le chef de l’État. En outre, la population du Nord-Katanga se plaint que l’armée les contraigne à des travaux forcés et incendie des cases. Elle est particulièrement lasse de la guerre de basse intensité qui sévit dans cette région entre milices luba et pygmées Twa depuis juillet dernier.

Au Katanga, les conflits ont tendance à s’exacerber depuis l’exode en 2012 de quelque 50 000 Pygmées de la forêt vers les grands axes routiers où habitent les Luba. Le commandant d’une milice twa, Mubone Mbuyu a incendié entre le 10 et le 12 août dernier plusieurs villages luba des territoires de Manono et de Kabalo, en représailles à des atrocités antérieures des milices Baka Katanga contre les Twa. Ces combats ont fait plusieurs milliers de déplacés selon des sources humanitaires.

Les Pygmées ne sont pas la seules cible des Maï Maï. L’Agence congolaise de presse signalait le 23 septembre dernier l’assassinat par ces milices dans la chefferie de Kayumba du chef de la police et de son épouse. Les Maï Maï se sont par ailleurs à la même époque livrés à des incendies d’écoles et des villages dans la chefferie voisine de Museka. A la fin 2014, la situation n’était pas encore totalement stabilisée, incitant à Kalemie, sur les bords du lac Tanganyika, les églises à organiser dans les paroisses des ateliers sur la résolution des conflits.

Une des grosses frustrations des Katangais est aussi le refus de Kabila d’appliquer les dispositions de la constitution de 2006 qui prévoient que 40% des recettes fiscales doivent aller dans les provinces. L’avocat Jean-Claude Muyambo, président du parti « Solidarité congolaise pour le développement » qui vient de quitter avec fracas la majorité présidentielle, a posé la question qui fait mal lors d’une conférence de presse à Bruxelles, le 16 décembre : « comment se fait-il qu’avec une production de cuivre double en volume et sextuple en valeur par rapport à l’époque Mobutu, les mines contribuent en proportion quatre fois moins au budget national ? », a-t-il demandé.

Ces préoccupations rejoignent celles de la « base » du principal parti d’opposition, l’Union pour la démocratie et le progrès social (UDPS) dans sa réaction au discours de Kabila sur l’État de la nation prononcé le 15 décembre 2014. « Il n’est pas acceptable qu’un million de tonnes de cuivres produit en 2013 et dont la valeur marchande était d’environ 8 milliards de dollars n’aient drainé dans les caisses de l’État que 350 millions de dollars », écrivent les militants de l’UDPS

Conscient de la perte de popularité de son chef, le camp kabiliste cherche désespérément à contrer la contestation au Katanga. Le ministre de la santé, Félix Kabange Numbi, originaire de la province et membre de l’ethnie balubakat de Laurent et Joseph Kabila séjourne depuis le 20 décembre dans la province où il a prononcé plusieurs discours pour défendre la nécessité de réformer la constitution sous prétexte qu’elle n’est plus adaptée aux réalités du pays.

Il a notamment exhorté les politiciens katangais à se mettre autour d’une table pour chercher les moyens de préserver l’unité du Katanga. Dans le district de Malemba Nkulu qui avait voté à plus de 100% pour Kabila en 2011, Félix Kabange a exhorté le 29 décembre les Maï-Maï locaux à déposer les armes et « à regagner la patrie ».

Kabila son côté a tenté de redorer sa popularité en offrant le 2 janvier un banquet à 2500 personnes dont un millier d’enfants mais aussi à des représentants d’associations socio culturelles, à des professeurs d’université, à des étudiants et à des représentants des différentes associations ethniques de la province sous une tente géante installée dans sa ferme présidentielle « Espoir » située dans le village Kashamata, à la périphérie de Lubumbashi. De son côté, le ministre de l’Intérieur Evariste Boshab, a débarqué le même jour à Lubumbashi pour s’entretenir avec les cadres du Parti du Peuple pour la Reconstruction et le Développement (PPRD) et des responsables provinciaux des services de sécurité.

Le 5 janvier, Kabila a invité dans sa ferme toute une série de responsables dont des députés, des sénateurs et des ministres, nationaux et katangais, des responsables des partis de la majorité présidentielle, des maires des grandes villes du Katanga, des représentants des organisations de jeunesse, ainsi que des services de sécurité. Les gens étaient triés sur le volet. « Pour prendre place à bord des bus, il fallait être muni d’une carte d’accès établie selon des listes préalablement dressées », relate le correspondant sur place de Radio Okapi, subventionnée par l’ONU.

Selon Georges Kimba, intellectuel exilé à Bruxelles et partisan de l’autonomie du Katanga, en fait Kabila cherche à projeter sur la télévision officielle RTNC l’image qu’il reste populaire. D’autres pensent que le Président a cherché à mobiliser des soutiens lors de cette rencontre, où, officiellement il a été question de l’avenir du Katanga et de mener une concertation à propos du troisième mandat

En tout cas, le divorce semble consommé entre Kabila et Katumbi. Avant la réunion de lundi, le gouverneur a fait savoir qu’il n’y participerait pas, officiellement pour raison de santé. Prudent, Katumbi aurait décidé de se mettre à l’abri. Il avait l’intention de retourner à Londres dès mercredi, a confié lundi au TAZ un des ses proches.

De son côté, un membre de l’entourage du gouverneur nous a dit espérer que Kabila ne commettra pas l’erreur de toucher à un cheveu de Katumbi. « S’il le fait, une explosion est à craindre », prédit-il.

En attendant, le pouvoir rend la vie difficile aux alliés du gouverneur. L’ancien député katangais du PPRD, Vano Kalembe Kiboko, lui aussi opposé à une révision de la Constitution, a été empêché le 28 décembre par la Direction générale des Migrations de quitter le Congo pour Paris. Le lendemain, l’ex-député a été inculpé le d’incitation à la haine tribale et incarcéré. Selon l’Action congolaise pour l’accès à la justice, le parquet reproche à Vano Kalembe de s’être déclaré favorable à la candidature de Katumbi à la présidentielle de 2016.

http://blogs.taz.de/kongo-echo/2015/01/06/kabila-en-train-de-perdre-le-katanga/

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