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« CA SUFFIT » – lettre ouverte d’Eugène DIOMI NDONGALA aux congolais: toujours prophétique

«Ça suffit!»

LETTRE OUVERTE AU PEUPLE CONGOLAIS, 2008

Nous assistons depuis plusieurs mois à la déliquescence de l’Etat et à plusieurs reprises nous avons dénoncé les dérives de l’actuel  régime  au pouvoir au Congo-Kinshasa et son incapacité à promouvoir la paix et le progrès social.

La coalition au pouvoir assiste passivement à la grave crise humanitaire et sécuritaire qui frappe durement les populations de l’ Est de la RDC, condamnées à l’errance par une politique aveugle et criminelle, alors qu’ à l’Ouest la répression politique et la crise économique sont en train de détruire le tissu économique du Congo productif.

Que des choix malheureux et des faiblesses systémiques dues à un grave déficit démocratique dans le fonctionnement des institutions dites « Elues » !

Ça suffit, Monsieur le Président !

Ça suffit,  Messieurs les députés et sénateurs !

Ça suffit, Messieurs les généraux !

Le gouvernement actuel, comme le précédent démissionnaire, se sont distingués par  leurs choix ingrats en matière économique et diplomatique ainsi que par leur incapacité à faire entendre la voix du Congo face à une énième guerre de « proxy » imposée au peuple congolais ; personne ne parle au nom des millions de déplacés congolais qui sont en train de mourir dans la brousse car abandonnés à la faim, à la maladie et aux intempéries.

C’est un constat malheureux mais objectif:

 L’actuelle coalition au pouvoir ne se souci guère de leur sort.

Comment ça se fait que face au général mutin Nkunda – armé et potentiellement dangereux- aucune action sérieuse n’ait été  entreprise pour sécuriser la population, alors que  la menace perdurait depuis des années?

Ce  n’est pas la MONUC qui doit assurer la sécurité des citoyens congolais.

Pourquoi ce régime, si actif dans la répression des opposants politiques et de la population civile désarmée, est incapable de rendre opérationnelles  au moins quelques brigades capables de défendre notre population et nos  frontières  à  l’Est ? Personne ne semble se soucier de répondre à cette question plus que légitime que les congolais se posent sans cesse….

Que dire, en parallèle, de la gravissime situation d’insécurité qui règne à KINSHASA, au Kongo Central et dans les autres provinces de la République Démocratique du Congo prétendument en paix ?

Sans liberté et respect des droits humains, peut-il y avoir de  paix dans un état ? Je ne le crois pas.

La liberté d’expression est un luxe pour les congolais et les journalistes de ce pays sont en train de payer un lourd tribut en vie humaines pour défendre ce droit fondamental qui est le socle de toutes les libertés.

Cela est la « Guerre Intérieure » que les Congolais combattent tous les jours.

Le gouvernement essaye de nier le bien fondé du récent rapport que Human Right Watch a publié il y a seulement quelques jours sous les titre révélateur « ON VA VOUS ECRASER ! » et dont tous les media internationaux ont largement parlé, à cause de la gravité des dénonciations  qu’ y sont contenues :  selon ce Rapport, très détaillé, en deux ans de « Démocrature » post électorale, plus de 500 opposants auraient été éliminés et plus de 1000 emprisonnés par le régime Kabila…

Il ne suffit pas d’assumer éternellement des postures « négationnistes »  comme certains zélés du pouvoir  ont l’habitude de faire, pour cacher derrière un écran de fumée des contre-vérités,  l’existence  des victimes de la guerre interne qui se déroule en RDC:

les congolais à l’ intérieur du pays  sont les témoins  de cette guerre sournoise contre les citoyens  qui est combattue tous les jours et  ils savent que ceux qui dérangent sont éliminés, qu’ils existent bel et bien nombreux  lieux de détention et de torture où les droits constitutionnels fondamentaux des citoyens  sont quotidiennement violés.  Tous les Kinois ont vécu sur leur chair les conséquences du bombardement à l’arme lourde de mars/avril 2007 et nous tous savons que les morts se comptaient par  centaines, souvent des innocents, nos enfants qui n’ont pas eu le temps de rentrer de l’école ou bien raflés même dans les salles de classe par des balles perdues.

Qu’on nous dise pas qui il serait  faux que des centaines de civils ont été abattu au Kongo Central ; le  mukongo qui vous parle  sait que son peuple a été massacré pour réprimer la protestation  contre des magouilles électorales et les achats de votes au niveau provincial.

Que ne nous disent pas qu’à Kinshasa des assassinats ciblés n’ont pas eu lieu, que les menaces de mort ou bien les interpellations ne  sont pas le pain quotidien des opposants politique et des défenseurs de droits de l’homme.

Ça suffit ! Trop c’est trop et le moment est venu pour les responsables  de la majorité au pouvoir et du régime de rendre des comptes…Car cela aussi fait partie de la Démocratie.

Et face à cette situation catastrophique qui menace l’existence – même du Congo-Kinshasa, à quoi assistons –nous ?

Aux gesticulations contradictoires d’un parlement qui est objectivement incapable de jouer son rôle institutionnel, métamorphosé jour après jour en une simple caisse de résonance du bon vouloir du gouvernement « parallèle » de la RDC, qui, d’ailleurs , a mis carrément ses pénates dans le siège de l’Assemblée Nationale, sans susciter que des timides protestations de la part des « élus ».

Le  gouvernement Institutionnel, au contraire,  est paralysé par une léthargie chronique et pour le manque de souci concernant le sort des citoyens congolais.  Il demeure incapable de gérer et  défendre les intérêts supérieurs de la nation congolaise.

Que dire de notre  armée abandonnée à elle-même, trahie et meurtrie par des logiques aberrantes de compromission politique, par des jonglages d’alliances militaires et par les trahisons à tous les niveaux de sa hiérarchie…

Il  faut le dénoncer clairement et sans détours :

ce système politique    n’  engendre  que des échecs, des désillusions ainsi que l’humiliation de toute une nation.

Personne n’assume la responsabilité de l’entropie avancée que caractérise le Congo d’ aujour d’  hui.

Personne ne se sent redevable de la déconfiture de toute une armée, personne n’assume ses responsabilités constitutionnelles  face au peuple congolais.

Les services de base ne sont plus assurés au Congo Démocratique, même pas dans la capitale.

Pas d’eau, pas d’électricité et surtout pas de sécurité.

La crise économique internationale érode dangereusement le pouvoir d’achat des couches les plus démunie de la population, sans qu’aucun amortisseur social ne soit envisagé.

Les étudiants doivent continuer à « se prendre en charge », les fonctionnaires à travailler sans salaire et les soldats à combattre sans solde, nourriture et munitions…

Ou est l’Etat ? Que font les fameuses  institutions élues,  à part  se complaire dans les privilèges et les augmentations des indemnités de fonction et autres avantages qu’ils auto-octroient ?

La gestion des matières précieuses et des ressources minières est catastrophique, alors qu’aucune politique cohérente et intelligente de promotion des investissements  n’est prônée dans un pays qui doit encore se doter d’infrastructures de base.

La propagande des cinq chantiers est devenue une tragique plaisanterie, alors que les tristement célèbres Accords avec la Chine, restent lettre morte et  – incroyable mais vrai – malgré leur originaire caractère léonin, ils sont  discrètement  négociés encore plus à la baisse, après la chute du prix des matières premières.

Les Congolais sont–ils incapables de se donner des institutions efficaces et démocratiques ?

Non, la vérité est que ce pays continue de fonctionner dans l’apparence d’ une démocratie, alors que les contre-pouvoirs sont inexistants, alors que l’opposition est réprimée et muselée, alors que rien n’ est fait pour promouvoir un libre débat politique sur la direction à prendre pour sauver notre nation.

En réalité, des structures parallèles  régentent ce pays dans la plus totale opacité.

Les vrais centres de décision ne sont pas institutionnels et les mécanismes démocratiques de fonctionnement d’un état de droit son court-circuités par de cercles de pouvoir parallèles qui fonctionnement autour de la présidence et qui  détiennent l’effectivité du pouvoir.

Nous vivons dans une « Démocrature », c.à.d. un système politique qui à seulement  l’apparence d’une démocratie mais la substance d’une dictature.

Face à cette situation, le premier responsable  à interpeller est le Président de la République.

Monsieur le Président, le pays se meurt, que faites- vous ?

Le chef de la Rébellion de «  proxy » pro-rwandaise vous demande de négocier en tête à tête la reddition du Congo, à l’étranger, telle une nouvelle «  Outenika », alors que  les énergies politiques,  diplomatiques et sécuritaires de ce pays n’ont pas été mobilisées  à cause de votre incapacité à les rassembler.

L’Ouest du Congo a été traité jusqu’à présent comme un ennemi  à dompter alors qu’ici, depuis toujours,  bat le cœur de ce pays.

Ce ne sont pas les troupes étrangères, que malheureusement vous chérissez en lieu et place des hommes de troupes congolais,  qui sauveront le Congo.

Ce régime a besoin d’un « aggiornamento » immédiat car, tel qu’il est devenu, il n’est  plus représentatif de la volonté des congolais.

 Il vous incombe dans le meilleur délai – car il y a urgence –  de ressembler les véritables forces vives de ce pays, mobiliser les énergies diplomatiques et sécuritaires qui lui restent  pour vous présenter  à la table de négociations, au nom et dans l’intérêt du  Congo.

Il faut reconnaitre que l’esprit et la lettre du Dialogue Intercongolais n’ont pas été respectés ;

 que des « élections de façade » ont engendré des « institutions de façade ».

A cet effet, la Démocratie Chrétienne vous invite à consulter dans le meilleur délai les signataires de l’Accord Global et Inclusif de Pretoria qui, en contact avec les pays témoins du CIAT, Comité International d’Accompagnement, constitueront  dans le meilleur délai un comité de délégués associés aux négociations de paix avec la frange dissidente  du RCD/Goma constituée par le groupe politico-militaire dirigé par M. Nkunda.

Ne commettez pas l’erreur de consulter et entendre seulement les puissances  signataires du Traité de Lusaka, en oubliant les forces internes qui ont jeté les fondations du processus de démocratisation.

Le déficit démocratique post électoral est bien la preuve que l’accord cadre de politique intérieure qui aurait du assurer la paix et la démocratie au Congo Kinshasa  a été violé.

Le rétablissement de la paix au Congo Kinshasa               implique, aussi, la solution des problèmes politiques qui ont fait de   la RDC à un pays privé de  défense  intérieure  et sans  soutiens extérieurs  solides, à cause d’une gestion hasardeuse des relations  internationales.

Certes, quoi qu’il arrive, le régime Kabila ne pourra jamais imposer à tout le peuple congolais les choix de compromission et les jeux d’intérêts  élaborés dans l’opacité par son gouvernement parallèle.

Le moment est venu de rendre le Congo aux Congolais.

 Kinshasa, le 01/12/2008

Eugène DIOMI NDONGALA

D.C.

http://dc-kin.net/dcnews2.html

 

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