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KINSHASA: 470 MILLIONS $ ENCAISSES-LA VILLE RESTE UN DEPOTOIR CHAOTIQUE! OU VA L’ARGENT DES KINOIS?

Analyse: Malgré des recettes provinciales massives, la salubrité et la circulation à Kinshasa restent inchangées – et les audits lancés restent sans suite.

En ce mois d’avril 2026, le Gouvernorat de la Ville-Province de Kinshasa a mobilisé des sommes considérables grâce aux campagnes agressives de recouvrement lancées depuis janvier. Rien que sur la vignette (70 USD) et le contrôle technique (80 USD), soit environ 150 USD par véhicule encaissés directement par la DGRK et la RFCK, l’estimation conservatrice (sur 1,5 million de véhicules) atteint 225 à 350 millions USD. En y ajoutant les autres taxes locales (impôt foncier, revenus locatifs, marchés, stationnement, etc.), le total des recettes propres « dernièrement encaissées » entre janvier et avril 2026 oscille entre 300 et 470 millions USD (environ 870 à 1 360 milliards FC).

Tout cet argent reste à 100 % dans les caisses du Gouvernorat : aucune rétrocession n’est prévue ni au Ministère des Transports ni au Trésor central. Il s’agit de recettes provinciales pures, destinées au budget de la Ville-Province (objectif annuel 2026 : environ 420 millions USD de recettes propres sur un budget total de 1,11 milliard USD).

Pourtant, sur le terrain, rien de concret n’est visible.

La capitale demeure sale, insalubre, chaotique, sans feux de signalisation fonctionnels et surtout submergée par les immondices, même en plein centre-ville où aucun ramassage sérieux n’est organisé. Les quartiers périphériques subissent de graves résurgences de choléra, paludisme et fièvre typhoïde liées directement à cette insalubrité persistante.

Les kinois perdent des heures et des litres de carburant dans les embouteillages toujours plus chaotiques.

Le ministre des Finances, Doudou Fwamba Likunde, a d’ailleurs rappelé avec précision le 7 avril 2026 devant l’Assemblée nationale : « Toutes les routes à Kinshasa sont financées par le Gouvernement central ». Aucun kilomètre de voirie urbaine et caniveaux n’est pris en charge par le budget provincial. La construction et la réhabilitation des routes relèvent donc exclusivement du centre.

Dès lors, la responsabilité provinciale se limite à :

  • la gestion quotidienne de la circulation (feux, panneaux, régulation du trafic) → compétence exclusive de la Province (Art. 204 Constitution + communiqué officiel du Gouvernorat n°0006/GPK/MINITP/PLK/06/2025) ;
  • la salubrité et l’assainissement sont des priorités affichée du Gouverneur Daniel Bumba. Mais aucun rapport ni redevabilité n’est disponible sur les activités concrètes, dans ces domaines, de la part du gouvernorat de la ville de Kinshasa.

Face à cette situation désastreuse, la Présidence de la République et le Ministère de l’Intérieur avaient déjà lancé, dès novembre 2025, une double mission d’audit sur la gestion du Gouvernorat, notamment sur le Fonds d’Assainissement de Kinshasa (FONAK) et les comptes suspects de la Ville. Ces audits visaient explicitement la gestion de Daniel Bumba et les malversations présumées. Pourtant, plus de cinq mois plus tard, aucun résultat n’a été divulgué publiquement.

Aucune conclusion, aucun rapport, aucune sanction n’a filtré, alors que les Kinois continuent de payer massivement et de vivre dans une ville qui se dégrade à vue d’œil.

Le constat est implacable : le Gouvernorat perçoit des recettes record grâce à une pression fiscale inédite sur les véhicules et les contribuables locaux, mais ces ressources ne produisent aucun impact visible ni sur la propreté de la ville ni sur la fluidité de la circulation.

Pendant que le Gouvernement central finance les grands axes routiers, la Province semble incapable (ou peu encline) d’utiliser ses propres moyens pour remplir ses compétences exclusives de proximité. Les audits lancés par la Présidence et l’Intérieur restent lettre morte, et l’insalubrité continue de faire des ravages sanitaires dans les quartiers populaires.

Où va l’argent des Kinois ?

C’est la question que tout le monde se pose aujourd’hui à Kinshasa. Des centaines de millions de dollars ont été encaissés, des audits ont été ordonnés au plus haut niveau… et la ville reste sale, embouteillée et défigurée.

Cette déconnexion totale entre encaissements massifs et résultats inexistants soulève une question légitime de gouvernance et de transparence.

Les Kinois paient plus que jamais, mais ne voient rien changer.

C’est le vrai scandale de la gestion urbaine à Kinshasa en 2026.

Eugène Diomi Ndongala,

Démocratie Chrétienne, DC

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