INSECURITE A KINSHASA : DE LA PEUR A L’ACTION, UN PLAN CONCRET POUR SAUVER LA CAPITALE
Kinshasa, mégapole de plus de 18 millions d’habitants, est en train de basculer.
Alors que les discours officiels vantent une accalmie sécuritaire, la réalité quotidienne raconte une tout autre histoire :
braquages à répétition en plein jour, rafales de coups de feu qui rythment les après-midi, résurgence incontrôlée du phénomène Kuluna. Les machettes et les armes à feu sont de retour dans les rues, transformant une ville déjà épuisée par la débrouille en un théâtre permanent d’angoisse. À Kitambo comme à Limete, à Matete ou sur la route Forgeron, les habitants ne se contentent plus de survivre à la pauvreté : ils survivent désormais à la peur.
Le décalage est devenu insupportable. Des changeurs de monnaie à témoignent d’attaques quotidiennes, parfois à quelques mètres des postes de police. À Limete-Funa, des vendeuses anonymes pointent du doigt les exactions des « Tshikata », ces éléments de la Garde républicaine accusés de semer le désordre au lieu de le contenir.
À Matete, les étudiants de l’Université de Kinshasa avouent ne même plus savoir qui est le ministre provincial de l’Intérieur ni ce qu’il fait. Le vice-Premier ministre Jacquemain Shabani, en charge de la Sécurité, voit sa stratégie critiquée de toutes parts.
L’État, dans son ensemble, donne l’image d’une chaîne de commandement diluée, où responsabilités nationales et provinciales se renvoient la balle sans jamais produire de résultats visibles.
Cette insécurité n’est pas un accident conjoncturel. Elle est le symptôme d’un mal plus profond. Pauvreté extrême, chômage massif des jeunes, urbanisation chaotique, prolifération des armes légères et, surtout, une défiance grandissante envers des institutions perçues comme impuissantes. Les opérations comme « Ndobo », lancées avec tambours et trompettes, ont certes permis quelques arrestations, mais elles n’ont pas brisé le cycle. Les bandits reviennent, plus organisés, parfois protégés par ceux-là mêmes qui devraient les combattre.
Kinshasa glisse doucement vers une banalisation de la violence urbaine. Et si rien ne change, la capitale risque de perdre ce qui lui reste d’autorité étatique.
Pourtant, il n’est pas trop tard.
Une impulsion politique forte, assortie de mesures concrètes, visibles et coordonnées, peut inverser la tendance.
L’insécurité n’est pas seulement un problème de « bandits » isolés, mais un symptôme structurel de problèmes profondes de notre société :
Socio-économiques : Pauvreté extrême, chômage massif des jeunes (plus de 70 % des moins de 30 ans dans l’informel ou sans emploi), urbanisation anarchique (Kinshasa croît de ~4 % par an). La « débrouille » devient survie; beaucoup de Kuluna sont des jeunes désœuvrés manipulés par des bandes criminelles.
Institutionnelles : Faible coordination PNC/province/État, corruption et implication présumée d’éléments en uniforme dans les braquages (armes illégales, visites domiciliaires). La prolifération des armes légères et la porosité des frontières aggravent le tout.
Politiques et culturelles : Dilution des responsabilités (nationales vs provinciales), absence de communication transparente, et une justice perçue comme lente ou laxiste. Le sentiment d’abandon renforce les systèmes informels de « protection » (vigilance communautaire), parfois source de nouveaux abus.
Conjoncturelles : Libérations massives de prisonniers.
Voici ce qui doit être fait, à notre avis, sans détour et sans délai, pour améliorer la sécurité dans la capitale :

- D’abord, réinventer la police de proximité.
- Déployer immédiatement 5000 agents supplémentaires, spécialement formés à la médiation et au renseignement de terrain, dans les communes les plus touchées.
- Installer des postes avancés dans les marchés et avenues sensibles, équiper chaque patrouille de caméras corporelles et créer une ligne verte anonyme pour signaler les exactions. L’objectif : faire baisser de moitié les plaintes contre les forces de l’ordre en un an.
- Ensuite, s’attaquer à la racine du mal : les jeunes. Lancer un vaste programme national de réinsertion, financé en partenariat avec la Banque mondiale et le PNUD, qui offrira 10.000 places de formation professionnelle et 5.000 micro-crédits aux jeunes des rues, via le service national, par exemple. Conditionner les libérations de prison à un suivi obligatoire de formation professionnelle. Des expériences locales, comme à Mont-Ngafula, ont déjà prouvé qu’en combinant répression ciblée et inclusion sociale, on peut faire chuter la criminalité de plus de 80 %.
- Parallèlement, moderniser la ville. Installer des caméras de surveillance intelligentes sur les grands axes, généraliser l’application « Kinshasa Alert » pour des signalements en temps réel et interdire définitivement les cartes SIM anonymes.
Une campagne massive de collecte d’armes illégales, assortie de récompenses substantielles, doit être lancée sans tarder.
- Au niveau local, chaque bourgmestre devra présenter un « Plan communal de sécurité » avec un budget dédié, incluant l’éclairage public LED dans les zones les plus sombres et le renforcement des comités de vigilance citoyenne, formés et coordonnés avec la police.
- Enfin, créer une Task Force interinstitutionnelle – Intérieur, Justice, Jeunesse, Provinces – qui rendra des comptes publics chaque semaine. Les responsables doivent se rendre dans les quartiers les plus touchés, écouter: nombre de braquages, arrestations, plaintes des citoyens.
Ces mesures, appliquées avec rigueur et transparence, peuvent réduire la criminalité de 40 à 60 % en dix-huit mois, comme cela a été observé dans d’autres capitales africaines qui ont osé combiner fermeté et intelligence sociale.
Kinshasa ne mérite pas de devenir une ville où l’on vit au rythme des détonations.
La sécurité n’est pas un luxe : c’est la condition première d’une vie digne, du développement économique et de la légitimité de l’État.
Le moment est venu de passer des discours à l’action.
Eugène Diomi Ndongala,
Démocratie Chrétienne, DC




