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SANCTIONS AMERICAINES : KABILA, LE FAUX MARTYR QUI SE VICTIMISE POUR SE DEFENDRE

L’ancien président se drape – une fois de plus – dans la posture de victime tout en vivant à l’ombre des kalashnikovs rwandais et en oubliant ses propres crimes, dans une tentative maladroite de se défendre des graves accusations portées par l’OFAC des Etats Unis contre sa personne.

Joseph Kabila joue une fois de plus la carte du martyr outragé.

Dans un communiqué non signé du 30/04/2026 , l’ancien président feint la surprise face aux sanctions américaines, qu’il qualifie d’« injustifiées », « politiquement motivées » et fondées sur des « accusations non étayées ».

Traduction : il se pose en victime innocente d’un complot de Kinshasa relayé par Washington. Mais qui veut-il endormir ? Les Congolais ont une mémoire, et elle est longue.

Les accusations portées par le Département d’État et le Trésor américain sont claires, objectives et largement prouvées : soutien matériel, financier, politique et logistique à l’AFC/M23, incitation à des défections au sein des FARDC et stratégie délibérée de déstabilisation du gouvernement en place.

Ces faits ne sortent pas de nulle part. Ils sont corroborés par les rapports successifs du Groupe d’experts des Nations unies sur la RDC, qui documentent année après année les liens étroits entre Kabila, ses réseaux et les groupes armés qui saignent l’Est du pays.

Kabila vit tranquillement à l’ombre des kalashnikovs rwandais et du M23, derrière leurs barrages de protection, et voudrait nous faire croire que tout cela n’est qu’un ramassis d’accusations gratuites.

Il oublie, avec une facilité déconcertante, les toutes dernières déclarations de Paul Kagame lui-même dans Jeune Afrique début avril 2026 : le président rwandais y associe explicitement l’ancien chef d’État congolais à l’AFC/M23, qu’il qualifie comme un mouvement auquel Kabila est directement lié. Mais dans le récit kabiliste, rien de tout cela n’existe. Seule compte la complainte d’un homme qui se drape dans le manteau du patriote persécuté.

Depuis 2001 jusqu’en 2019, affirme-t-il, il n’a fait que « réunifier le territoire», « pacifier le pays » et offrir « le premier transfert pacifique du pouvoir ». Belle fable. La réalité est autrement plus sombre : dix-huit ans durant lesquels il a érigé l’instrumentalisation de la justice en arme de destruction massive de l’opposition. Plus de 700 prisonniers politiques ont croupi dans ses geôles, dont des dizaines de parlementaires en fonction, jetés derrière les barreaux sur des accusations fabriquées de toutes pièces pour faire taire la moindre dissidence. Entre 2016 et 2018, des centaines de Congolais sont tombés sous les balles des forces de l’ordre lors des manifestations contre la prolongation inconstitutionnelle de son mandat. Ces morts, ces vies brisées, ces libertés confisquées n’ont droit à aucune mention dans son plaidoyer larmoyant. Zéro auto-critique.

Zéro remords. Juste un bilan enjolivé qui insulte la mémoire collective.

Le plus grotesque reste son invocation sélective de l’article 64 de la Constitution, ce « devoir impérieux » de s’opposer à tout pouvoir violant la loi fondamentale. Il brandit cet article comme un talisman pour se présenter en défenseur de la démocratie.

Mais il y a un petit problème de lecture : avant l’article 64 existe l’article 63, dont le contenu exact est sans équivoque :« Tout Congolais a le droit et le devoir sacré de défendre le pays et son intégrité territoriale face à une menace ou à une agression extérieure. Toute autorité nationale, provinciale, locale et coutumière a le devoir de sauvegarder l’unité de la République et l’intégrité de son territoire, sous peine de haute trahison. »

Invoquer l’article 64 pour justifier une éventuelle contestation musclée tout en piétinant l’article 63, c’est de la schizophrénie constitutionnelle.

C’est choisir la clause qui arrange et jeter celle qui condamne fermement toute forme d’insurrection armée ou d’agression contre le pays. Kabila, qui a passé dix-huit ans à confisquer l’État au profit d’un clan, ose aujourd’hui parler de « bonne gouvernance » et de « réconciliation nationale ».

L’hypocrisie est totale.

Cette posture victimiste n’est pas seulement ridicule ; elle est dangereuse.

Elle voudrait criminalise ceux qui osent exiger des comptes tout en refusant d’assumer les siens.

Kabila n’appelle pas à la paix : il appelle à l’amnésie.

Or la paix durable ne se construira pas sur le déni et les faux-semblants. Elle exigera la vérité, la justice et la responsabilité de tous les acteurs – y compris de celui qui, pendant dix-huit ans, a substitué un clan à l’État, confondu justice et règlement de comptes, et fait taire par la force ou par la prison ceux qui réclamaient simplement le respect de la Constitution.

Joseph Kabila n’est pas une victime. Il est un acteur central de la crise qu’il prétend aujourd’hui dénoncer. Et les Congolais – mais aussi les américains en tant que témoins du processus de paix de Washington – ne sont pas dupes.

Eugène DIOMI NDONGALA,

Démocratie Chrétienne, DC