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Articles de la catégorie ‘kimbanguisme’

UNE SEULE VILLE SAINTE ? LE DERAPAGE INTOLERANT DE MGR MUTEBA QUI OUBLIE VATICAN II.

Tolérance catholique bafouée : quand Mgr Fulgence Muteba refuse Nkamba comme ville sainte.

Le débat a éclaté comme une étincelle dans un baril de poudre.

D’un côté, Mgr Fulgence Muteba, archevêque de Lubumbashi et président de la CENCO, lâche une phrase lourde de sens : « La Terre sainte et unique, c’est là où Jésus est né. J’apprends qu’il y a de nouvelles Terres saintes qui naissent de gauche à droite. »

De l’autre, les voix kimbanguistes montent au créneau avec une indignation tranchante. Sur X,

@justicier16

réplique avec clarté : « Chaque religion peut avoir sa ville sainte : l’islam a d’ailleurs La Mecque, le kimbanguisme peut avoir Nkamba. Pas d’intolérance ! » Tandis que

@KieseEddy1921

, photos à l’appui, accuse un double jeu : « Ils viennent en coulisse à Nkamba pour leurs protections, ils utilisent l’eau bénite de Nkamba… mais ils nous mentent dans la vie réelle. »

Le contraste est saisissant. Et il pose une question qui dépasse les querelles locales : existe-t-il vraiment une seule ville sainte dans le monde? La réponse, évidente pour quiconque connaît l’histoire des religions, est un non retentissant.

La Mecque et Médine pour l’islam. Jérusalem, pour juifs, chrétiens et musulmans. Varanasi pour les hindous. Lourdes, Fatima ou le Vatican pour les catholiques eux-mêmes.

Nkamba, pour les millions de kimbanguistes, n’est pas une « nouvelle Terre sainte » sortie de nulle part : c’est la Nouvelle Jérusalem d’une Église née sur le sol congolais, fondée par Simon Kimbangu, sanctuaire de guérison et de renaissance spirituelle.

Pourtant, Mgr Muteba affirme le contraire avec une assurance qui sonne comme un coup de tonnerre. Et c’est là que le bât blesse.

Car cette déclaration n’est pas seulement une maladresse : elle apparaît comme un lapsus linguae d’autant plus inexplicable qu’elle contredit frontalement l’un des piliers les plus solides de la religion catholique elle-même : la tolérance.

Depuis le Concile Vatican II, l’Église catholique a fait de la liberté religieuse et du respect des autres confessions un fondement non négociable. Nostra Aetate et Dignitatis Humanae l’ont martelé : la dignité de l’homme exige que chaque croyant puisse vivre sa foi sans crainte ni mépris. L’Église n’a plus le monopole du sacré ; elle reconnaît que l’Esprit souffle où il veut, y compris hors de ses murs. C’est cette tolérance qui a permis au catholicisme de dialoguer avec l’islam, le judaïsme, le bouddhisme, et même avec les Églises issues de la Réforme ou des réveils africains.

C’est cette même tolérance qui devrait pousser tout évêque à saluer Nkamba comme un lieu saint pour ceux qui y puisent leur espérance, sans y voir une menace pour Bethléem ou Jérusalem.

Le lapsus de Mgr Muteba ne s’explique donc pas. Il ne s’explique ni par la théologie catholique, ni par l’histoire de son Église, ni par la réalité pluriconfessionnelle de la RDC. Il trahit plutôt une tentation ancienne : celle de l’exclusivisme qui transforme une conviction personnelle en vérité universelle imposée aux autres.

Dire qu’il n’existe qu’une seule Terre sainte, c’est nier la pluralité des chemins vers le divin. C’est réduire des millions de kimbanguistes à des fidèles de seconde zone. C’est, surtout, faire preuve d’une intolérance que le catholicisme d’aujourd’hui a officiellement répudiée.

La RDC, terre de mille et une spiritualités, n’a pas besoin de ce genre de fractures.

Les kimbanguistes ne demandent pas que Nkamba devienne la capitale spirituelle du monde : ils demandent simplement que leur sanctuaire soit respecté, comme La Mecque l’est pour les musulmans ou Lourdes pour les catholiques. L’État, en reconnaissant son statut, n’a fait que consacrer une évidence républicaine : dans une démocratie laïque, chaque communauté a droit à ses symboles.

Mgr Muteba a le droit – et même le devoir – de défendre sa foi. Mais quand un pilier de l’Église catholique oublie le pilier de la tolérance qu’elle a elle-même érigé, le silence n’est plus une option.

Ce lapsus n’est pas anodin. Il révèle une faille. Et dans un pays où la coexistence pacifique est un trésor fragile, il rappelle à tous que la vraie sainteté ne se mesure pas à l’exclusion des autres, mais à la grandeur de cœur avec laquelle on les accueille dans leur différence.

Eugène DIOMI NDONGALA,

DEMOCRATIE CHRETIENNE, DC