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Questions directes à Tharcisse Loseke

 

Questions directes à Tharcisse Loseke Tharcisse Loseke Nembalemba. Photo CIC

    Docteur en médecine, spécialiste en neurologie, Tharcisse Loseke Nembalemba est également un acteur politique. Ancien ministre de l’Environnement et tourisme du gouvernement du Premier ministre Etienne Tshisekedi wa Mulumba (1992), Loseke est membre co-fondateur du parti ECIDé (Engagement pour la citoyenneté et le développement). Il a bien voulu répondre à quelques questions brûlantes d’actualité. C’est le cas notamment de : la situation de l’opposition, la présence de François Hollande au sommet de la Francophonie à Kinshasa, l’affaire Diomi, la situation d’Etienne Tshisekedi wa Mulumba et la décision du MR-Ixelles de battre campagne aux prochaines communales contre l’organisation des manifestations au Quartier Matonge.

Comment expliquez-vous le silence et le manque de combativité qui caractérise les forces de l’opposition après les élections chahutées du 28 novembre dernier?
L’opposition n’est pas silencieuse. Elle a connu des moments difficiles découlant des divergences de vue apparues en son sein en ce qui concerne l’attitude à adopter à l’égard de Monsieur Joseph Kabila qui a commis un « hold-up électoral ». Ces divergences se sont cristallisées par la décision d’une importante partie des membres de l’opposition pro-Tshisekedi de siéger à l’Assemblée nationale. Il a fallu du temps pour expliquer à l’opinion les raisons ayant poussé Monsieur Tshisekedi à ne pas reconnaître les résultats des élections législatives et partant, l’Assemblée nationale. Je peux vous avouer que ces divergences ont commis beaucoup de «dégâts» entre les membres de l’opposition. Nous espérons qu’à la lumière du bilan chaotique de la session parlementaire, les membres de l’opposition qui siègent à l’Assemblée nationale donneront raison à Monsieur Tshisekedi.
Vous n’avez pas vraiment répondu à ma question. Il s’agit de savoir pourquoi l’opposition congolaise est si peu combattive et muette alors que les matières qui inclinent «à s’opposer» ne manquent pas…
En fait, l’opposition se trouve devant un dilemme. Elle se refuse de prendre position à l’égard d’un gouvernement ou d’un pouvoir qu’elle ne reconnaît pas.
N’est-ce pas une aberration dans la mesure où l’opposition n’existe que lorsqu’elle s’exprime…
Il me semble que l’utilisation du vocable «opposition» pose problème dans le cas d’espèce dès lors que nous affirmons haut et fort que c’est Monsieur Tshisekedi qui a été élu Président de la République. Cela veut dire que M. Tshisekedi dont l’imperium tarde à venir devrait avoir sa majorité parlementaire.
Comment comptez-vous faire «venir» cet «imperium» ?
L’imperium viendra par le changement de rapports de force.
Comment ?
Vous pouvez convenir que ce n’est pas le lieu de divulguer le modus operandi. Je peux vous assurer que tout est mis en œuvre pour parvenir à une inversion de rapports de force…
Qui incarne l’opposition congolaise aujourd’hui ?
La seule personne qui incarne l’opposition c’est M. Etienne Tshisekedi wa Mulumba.
N’avez-vous pas le sentiment qu’Etienne Tshisekedi ressemble aujourd’hui à un «général» sans troupe ? Il se trouve en résidence surveillée de facto depuis plusieurs mois et rien n’est fait pour le sortir de cette situation. Que répondez-vous à ceux qui soutiennent que le leader de l’UDPS devient finalement une «victime» au lieu d’être un héros?
Le leader de l’UDPS n’est nullement une victime. Dire que c’est un général sans troupe n’est qu’une vue de l’esprit. En déoit du fait qu’il ne dispose pas de moyens de l’Etat pour entretenir ses troupes, M. Tshisekedi a toujours ses partisans avec lui. D’ailleurs, cette « résidence surveillée » ne pose aucun problème à Monsieur Tshisekedi. Dès qu’il donnera un mot d’ordre, les «Combattants» procéderont à sa libération immédiatement.
Avez-vous des nouvelles du président de la Démocratie chrétienne Eugène Diomi Ndongala ?
Selon des informations il est détenu par les «forces de sécurité». Les informations laissent entendre qu’Eugène Diomi a été torturé et qu’il se trouve dans un «état précaire».
Qu’entendez-vous par «état précaire» ?
On peut dire qu’il est mourrant. Et ce faute d’avoir reçu des soins auxquels a droit tout détenu. Il serait gardé secrètement dans une villa. Cette affaire constitue une grave violation des droits de l’Homme. Je vous signale que Monsieur Tshisekedi avait reçu Mme Diomi en promettant de faire son mieux pour obtenir sa libération… Ne fallait-il pas recourir à des pressions diplomatiques ?
La preuve est faite que les droits de l’Homme sont de plus en plus battus en brèche par ce que j’appelle la «diplomatie économique» … Le président François Hollande a annoncé le lundi 27 août sa participation au sommet de la Francophonie à Kinshasa. Devrait-on parler d’échec de la part de tous ceux quoi avaient milité pour la délocalisation de cette manifestation dont les forces de l’opposition ? 
Je voudrais avant toute chose faire remarquer que la France est un Etat souverain. A ce titre, aucun Congolais ne peut empêcher le président français de se rendre à Kinshasa ou ailleurs. D’autre part, la Francophonie est avant tout une affaire de l’Etat français. C’est la continuité de la fameuse «Françafrique» chère au général Charles de Gaule. La décision prise par M. Hollande privilégie plus la «diplomatie économique» que les droits de l’Homme. Cette diplomatie économique va à l’encontre des valeurs humanistes et démocratiques qu’un socialiste comme M. Hollande devrait être le défenseur au travers de l’International socialiste. Nous prenons acte de cette décision et nous verrons comment les choses vont se passer…
Devrait-on parler d’«échec» pour l’opposition ?
Nullement ! D’ailleurs, le sommet de la Francophonie est le dernier souci de la population congolaise. Une population qui attend désespérément une amélioration de son quotidien. Ce sommet est, en revanche, une occasion pour M. Kabila d’obtenir la «légitimation» de son pouvoir. Je le dis sans ambages que M. Hollande ne vient à Kinshasa que pour donner au pouvoir de M. Kabila la « reconnaissance internationale » qui lui fait défaut.
Que pensez-vous de la gestion de la guerre au Nord Kivu par le gouvernement en place ?
M. Tshisekedi et tous ceux qui le soutiennent ne veulent pas se mêler de la situation à l’Est. Nous avons la conviction que dans sa quête de légitimité, M. Kabila a créé une «guerre factice» à l’Est afin que les Congolais soient mobilisés derrière sa personne.
Etes-vous entrain de dire que le M-23 est une «créature» de «Joseph Kabila» ?
C’est une évidence ! Les éléments de preuve sont nombreux. D’abord, les membres du M-23 sont issus du même moule en l’occurrence l’AFDL, laquelle a engendré par la suite le RCD et le CNDP. Le M-23 n’est en réalité qu’un «CNDP bis». Vous le savez autant que moi que M. Kabila est un pur produit de l’AFDL. Il ne peut, au regard de son passé, qu’être en intelligence avec le M-23. L’homme entretient un grand mystère autour de lui. La guerre à l’Est constitue pour M. Kabila  une occasion inespérée pour rouler les Congolais dans la farine. Le discours sur la «balkanisation» claironné ici et là n’a pour but que de détourner l’attention des Congolais des vrais problèmes existentiels. J’ai la conviction que nous n’aurons aucune solution à cette guerre aussi longtemps que Monsieur Kabila sera à la tête de l’Etat.
La Monusco a annoncé le maintien des ses soldats dans les localités passées sous le contrôle des combattants du M-23 «pour protéger la population». Quel est votre commentaire?
Cela me réconforte dans ce que j’affirmais haut et fort que la guerre à l’Est est une «affaire» montée par M. Kabila. Il me semble que la Monusco est au courant de cette «stratégie». C’est pour cette raison que les forces onusiennes restent dans les territoires occupés par le M-23. Comment peut-on assurer la protection de la population dans un environnement contrôlé par des éléments hostiles qui y imposent leur «loi» ?
Un colonel des FARDC du nom de John Tshibangu a fait défection le 12 août dernier. Avez-vous entendu parlé de lui ?
J’ai effectivement entendu parlé de cet officier. J’ose espérer qu’il avait bien préparé son action. Pour le moment, il me semble que son acte est isolé. On ne gagne jamais seul. Dispose-t-il des moyens humains et matériels ? Je n’en sais rien. J’espère que sa démarche ne va pas se limiter à un effet d’annonce. Je tiens cependant à l’encourager lorsqu’il dit que son mouvement a pour but de rétablir la «vérité des urnes». Mais, cela ne suffit pas.
Que pensez-vous du voyage que vient d’effectuer le ministre belge des Affaires étrangères Didier Reynders au Congo et au Rwanda dans le cadre de la crise au Nord Kivu ?
Ce voyage ne produira aucun résultat. D’abord, parce que M. Reynders est un libéral. Ce sont les libéraux qui soutiennent à cor et à cri le régime de Paul Kagame. Ensuite, les libéraux savent très bien que pour se maintenir au pouvoir au Congo, M. Kabila a besoin d’entretenir quelques «poches» d’instabilité. Cette guerre n’est en fait qu’une vaste opération de diversion du peuple congolais.
Voulez-vous dire que la crise au Nord Kivu arrangent les affaires de Paul Kagame et celles de «Joseph Kabila» ?
C’est une «rébellion» qui arrange non seulement Messieurs Kagame et Kabila mais aussi les humanitaires et la Monusco.
Dans une récente interview au quotidien «Le Soir», le Premier ministre Augustin Matata Ponyo a implicitement accusé le Rwanda de piller son voisin congolais. Quel est votre commentaire ?
C’est un aveu d’impuissance. Il est impensable qu’un Etat qui se respecte fasse une telle déclaration. C’est un aveu que le pays dont question est incapable d’assurer la défense de ses frontières. C’est tout simplement un aveu d’incompétence.
Le 14 octobre prochain, les Belges iront aux urnes pour désigner leurs conseillers communaux. La section ixelloise du parti libéral francophone (MR) a retenu, parmi ses thèmes de campagne, «l’interdiction de toute manifestation au quartier Matonge». Qu’en pensez-vous ?
Je ressens une grande déception d’autant plus que l’idée émane d’un parti démocratique. Un parti dit traditionnel. Cette prise de position n’a rien à envier au discours populiste de l’extrême droite. On assiste donc à une «droitisation» de la politique sécuritaire du MR à l’encontre des Congolais. Je vous signale qu’il y a eu plusieurs cas de déportation des citoyens congolais en séjour en Belgique dans les camps fermés. Là où le bat blesse est que personne n’est épargnée y compris les détenteurs de titre de séjour en règle. La position prise par la section ixelloise du MR porte atteinte aux droits et libertés. Cette position ne manquera pas de susciter de remous dans un proche avenir. Les Congolais ne se laisseront pas faire…
Les libéraux ixellois invoquent, à leur décharge, les émeutes qui ont émaillé les manifestations organisées par la communauté congolaise au lendemain des élections du 28 novembre …
C’était des manifestations de colère contre les fraudes et les tricheries constatées lors de ces consultations politiques. Il n’y a pas que la communauté congolaise qui organise des manifestations qui se terminent par des regrettables actes de vandalisme. On a vu des cas similaires en France ou en Grande Bretagne et dans d’autres pays européens. Ces pays ont-ils pour autant décidé de restreindre les libertés démocratiques ? Je ne le pense pas!
Dans son prospectus électoral, l’échevin ixellois sortant Yves de Jonghe d’Ardoye (MR) invite les Congolais à aller résoudre les problèmes politiques congolais au Congo…
Dans cette logique, je me pose la question de savoir ce qu’est allé faire le ministre Didier Reynders au Congo. Les Belges n’ont qu’à laisser les Congolais résoudre leurs problèmes entre eux…

    Propos recueillis par Baudouin Amba Wetshi     © Congoindépendant

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