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Les sept péchés capitaux de Joseph Kabila /DESC WONDO

Les sept péchés capitaux de Joseph Kabila (Partie I)

Par Jean-Jacques Wondo Omanyundu

Le président Kabila et le cardinal Monsengwo

A la tête de la RDC depuis 2001 et à deux ans du terme de son mandat constitutionnel, au moment où l’actualité sociopolitique de la RDC tourne autour de l’avenir politique du président Kabila, DESC tente de relever les ratés de ce personnage politique incompris des Congolais et dont l’arrivée au pouvoir avait pourtant suscité un certain espoir en termes d’instauration d’un nouvel ordre politique fondé sur la démocratie et l’Etat de droit.

1. Kabila est incapable de sécuriser la RDC en créant une armée républicaine et dissuasive

Depuis qu’il a accédé au pouvoir en 2001 et son maintien à la tête du pays par la suite, soit treize ans déjà, Joseph Kabila s’est donné huit principales priorités : 1) Réunifier le territoire national morcelé ; 2) Rétablir la paix dans le pays et avec les Etats voisins ; 3) Réconcilier la nation ; 4) Réhabiliter l’Etat et restaurer l’autorité de l’Etat ; 5) Former une Armée nationale, républicaine et performante ; 6) Instaurer la démocratie et l’Etat de droit ; 7) Stabiliser le cadre macroéconomique et de relancer la croissance ; 8) Amorcer la reconstruction du pays et s’occuper du social des congolais.

S’il a réussi avec brio la tâche de réunification du pays et parvient à maîtriser relativement le cadre macroéconomique tout en assurant au pays une croissance économique respectable et en amorçant un début de reconstruction sur fonds de corruption, il peine cependant à stabiliser le pays ni à rétablir l’autorité de l’Etat.

Là où Kabila semble avoir lamentablement échoué c’est son incapacité de sécuriser totalement le pays, malgré son discours en trompe-l’œil du 29 juin 2014 qui a éludé la descente sécuritaire aux enfers au Katanga, la persistance de plusieurs zones d’instabilité dans la partie orientale de la RDC. Il faut également noter son manque de volonté politique de doter la RDC d’une armée républicaine et performante. Les conditions de vie des militaires congolais en témoignent. A ce jour, la loi de programmation militaire censée améliorer le vécu social du militaire peine à être voté, malgré son discours effet d’annonce de décembre 2012 consacrant ce domaine priorité des priorités. On ne peu constater que 20 mois après, rien n’a bougé et il continue à être distrait! A la place, Kabila a préféré s’aligner sur le modèle de Mobutu en faisant coexister une armée prétorienne, ethnique, sur-militarisée et mieux lotie aux côtés d’une armée évoluant encore de manière féodale, mal entretenue et mal payée avec le moral à zéro. Résultat de la course, cette armée, au moral à zéro, est incapable, sans l’appui de la MONUSCO, de réussir seul le défi sécuritaire en RDC. Ce sont plus de 30 groupes armés qui continuent à faire la loi dans l’est du pays. Les attaques des Bakata Katanga pourraient même emporter le régime tant elle est la résultante des contradictions du régime.

2. Kabila échoue à créer la cohésion nationale autour de sa fonction présidentielle

Si entre 2001 et 2006 Kabila, en réunifiant la RDC, est parvenu bon an mal an à réconcilier la nation, depuis qu’il a modifié le mode de scrutin électoral en 2011, il s’est tiré lui-même la balle sur le pied. Par l’instauration d’un scrutin présidentiel à tour unique, Kabila, préoccupé davantage par son pouvoir personnel que par la réconciliation de la société post-conflit qu’est la RDC a réimplanté les germes de la division du pays.

En effet, l’élection d’un président à tour unique peut permettre à un candidat qui n’a pas obtenu la majorité absolue des urnes d’accéder quand même à la magistrature suprême. Les études ont démontré qu’un scrutin à tour unique dans un contexte des sociétés africaines à la fois post-conflit et dominées par le phénomène ethnique, présente l’inconvénient d’entraîner l’élection d’un président de la République par une minorité de ses composantes. C’est ce qui s’est déroulé en 2011, malgré les fraudes orchestrées par le Pasteur Mulunda pour relever le score électoral de Kabila élu dans certains coins à plus de 100 % du corps électoral (Mathématiques Congolaises). Les constitutionnalistes et politologues africanistes sont unanimes pour dire que ce mode de scrutin est vivement déconseillé car il est conflictogène,  particulièrement dans un pays où le clivage ethnique et géopolitique Ouest-Est semble marqué.

Comme on l’a vu en RDC, le passage en force dès le premier tour de Kabila a visiblement posé un problème de légitimité qui plombe son action politique actuelle malgré une certaine performance réalisée par Augustin Matata. Cela a engendré des frustrations que les concertations convoquées en septembre 2013 ne sont pas parvenues à apaiser.On le voit avec la difficulté que Kabila éprouve à mettre en place son fameux gouvernement de cohésion nationale, annoncée imminent depuis octobre 2013.

Lorsqu’on exige dans les États en quête de stabilité politique qu’un pouvoir soit légitime, on demande que celui qui le détient ait un juste titre pour le détenir ; lorsqu’on invoque la légalité d’un pouvoir, on demande qu’il soit exercé justement, c’est-à-dire d’après les lois établies. Or dans un cas ou l’autre, le pouvoir actuel au Congo jouit de très peu de légitimité et est devenu champion d’illégalité en violant constamment ses propres dispositions constitutionnelles et légales. Pour un peuple, la légitimité du pouvoir d’une autorité est le fondement de son devoir d’obéissance à l’autorité alors que la légalité du pouvoir est la garantie principale de son droit de ne pas être opprimé.

De la sorte, en présence d’un pouvoir déficitaire sur le plan de la légitimité, c’est la crise de confiance qui s’installe.  Celle-ci est en général analysée comme le résultat de l’individualisme, du repli sur la sphère privée, de la césure du peuple et des élites accusées de renoncement. Le désenchantement vient de la perte de confiance dans la volonté en politique.

Ainsi donc, l’absence de légitimité pousse le pouvoir à recourir à un mode de gouvernance répressif en faisant de la RDC un État de non droit, réputé pour ses fréquentes violations des droits fondamentaux humains. Ce qui creuse davantage la fracture sociale et le pacte républicain entre le pouvoir autocratique et ses gouvernés.

3. Kabila n’a pas été au rendez-vous du social et poursuit l’œuvre kleptocratique de Mobutu

A la tête d’un pays potentiellement riche, Kabila n’est pas parvenu à améliorer les conditions de vie de ses concitoyens. Aujourd’hui, tous les indicateurs du bien-être humain, de la gouvernance et autres indiquent la RDC au zéro pointé. Alors qu’il a placé son mandat de 2006 sous le signe de mettre fin à la récréation, on constate que le grand festin des vautours bat son plein au sein de son entourage et de ses alliés internationaux qui ne cessent de s’enrichir considérablement. La paupérisation des populations vivant sous le seuil de la pauvreté et leur sentiment d’abandon par les pouvoirs publics est une autre crise sociale qui pourrait, comme à l’époque des pillages en 1991 et 1992, emporter d’un trait son régime.

Dans son ouvrage : Congo, la mascarade de l’aide au développement, le chercheur belge Théodore Trefon constate qu’ »il y a eu une certaine reprise macroéconomique depuis l’accession de Joseph Kabila au pouvoir en 2001 et depuis la fin de la guerre. Mais l’augmentation de la production du chiffre d’affaires n’a pas donné lieu à une distribution socialement équitable. (pp.61-62) (…) Le climat des affaires est peu attrayant. (p.63)… La plupart des activités économiques en RDC se produisent en dehors de l’économie officielle (p.64). Il ne fait aucun doute que l’octroi du statut de point d’achèvement du Congo était beaucoup plus fondé sur des considérations politiques que des résultats macroéconomiques. Il y avait une motivation politique pour stabiliser Kabila (candidat du blanc) en vue des élections présidentielles de 2011… Les clichés sur la corruption du Zaïre sous Mobutu sont encore d’actualité. »(p.146). La corruption est monnaie courante dans les transactions commerciales publiques et privées, en dépit de la législation. La corruption et la prédation vont de pair et constituent l’un des points communs de l’histoire du Congo de Léopold II, à Joseph Kabila.(p.149).

Le triple péché politique de la corruption, de la prédation et du patrimonialisme est mis à nu par un accord troublant négocié entre le Congo et deux compagnies britanniques (SOCO International et Dominion Petroleum)… (p.49).

En bref, ce que le professeur Trefond qualifie de « changement sans amélioration » et de conclure : « Malgré les arguments convaincants de la légendaire joie de vivre congolaise, la pauvreté est vraiment omniprésente. » (p.178). Ainsi, avec « la (dés)information et la propagande comme éléments clés de la mascarade et de la culture politique congolaise, Lambert Mende, ministres des médias et de la Communication, est le tsar de la (dés)information de Joseph Kabila.

Son rôle est de donner l’impression, dans le pays et à l’étranger, que tout va bien au Congo, grâce à la détermination et à la bonne gouvernance du président Joseph Kabila. » (p.140). « Cultiver la confusion et l’incompréhension, reformuler des explications officielles avec des mise à jour et envoyer des messages contradictoires sont des tendances clairement identifiables dans la politique de communication congolaise. »(p.141).

La politique clientéliste et ethnorégionaliste de Kabila ne cesse de laisser jour après jour des masses congolaises sur le bord de la route. Etant conscient de cet échec, le gourou de Kingakati-Buene – où coule le champagne et le lait pour les honorables dignitaires du régime – sait que pour se maintenir au pouvoir, il faut éviter de croiser le fer électoral avec le souverain primaire. Tous les stratagèmes sont désormais bons pour contourner le peuple via une sorte de centralisme démocratique à la soviétique. Une démocratie où les décisions prises à Kingakati-Buene doivent s’appliquer via une parodie d’élections ou de référendum pour en donner un caractère démocratique.

Le désordre politique clientéliste trouve généralement son écho dans le secteur financier et économique. En clonant le style et les méthodes de gouvernance de Mobutu, le régime Kabila reconstruit au Congo un nouveau système patrimonial de type autocratique et féodal qui n’a absolument plus besoin du Peuple congolais pour fonder son pouvoir mais bien du fusil pour le mâter et l’embastiller. C’est le péché capital de la « colère«  qui s’exprime par la répression, la violence politique et les meurtres caractéristiques de son régime. Le pouvoir de Kabila, qui n’a que faire des Congolais, est également fondé sur l’exploitation illicite des minerais, du pétrole et sur des business sales en ouvrant les frontières congolaises grandement à qui veut venir s’y servir et piller tant qu’il contribue à renforcer son régime répressif et non à nourrir le peuple Congolais. Le Congolais qui n’est pas heureux en RDC n’a qu’à s’en aller. Il y aura bien des rwandais et autres qui viendront manger grassement dans leur assiette. Le délestage alimentaire est d’ailleurs une réalité quotidienne au Congo où l’on mange en alternance un jour sur deux dans plusieurs ménages.

La gouvernance effondrée de Kabila est aujourd’hui le facteur principal de la rupture du consensus démocratique et social. Il s’agit là du péché capital appelé « avarice » qui consiste en accumulation démesurée des richesses pour son plaisir personnel et non l’intérêt général. Avec un taux de chômage qui atteint plus de 80% de la population, les faibles revenus des ménages, l’insatisfaction croissante des besoins sociaux de base, l’insalubrité des villes, les conditions de vie miséreuses dans les villages et une justice sociale inégalitaire ; c’est tout le social et le vécu quotidien du Congolais qui subit l’échec de la politique sociale de Kabila.

Fin de la Première partie. A suivre

Jean-Jacques Wondo / Exclusivité DESC

http://desc-wondo.org/joseph-kabila-ses-sept-peches-capitaux-partie-i-jean-jacques-wondo/

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Les sept péchés capitaux de Joseph Kabila (suite et fin)

Par Jean-Jacques Wondo Omanyundu


http://desc-wondo.org/les-sept-peches-capitaux-de-joseph-kabila-suite-et-fin-jj-wondo-o/

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Le président Kabila et le cardinal Monsengwo

Par Jean-Jacques Wondo Omanyundu

A  la tête de la RDC depuis 2001 et à deux ans du terme de son mandat constitutionnel, au moment où l’actualité sociopolitique de la RDC tourne autour de l’avenir politique du président Kabila, DESC tente de relever les ratés de ce personnage politique incompris des Congolais et dont l’arrivée au pouvoir avait pourtant suscité un certain espoir en termes d’instauration d’un nouvel ordre politique fondé sur la démocratie et l’Etat de droit.

Pour rappel, dans la première partie (http://desc-wondo.org/joseph-kabila-ses-sept-peches-capitaux-partie-i-jean-jacques-wondo/), nous avons énuméré trois péchés capitaux de Joseph Kabila, le présidenr de la RDC :

1. Kabila est incapable de sécuriser la RDC en créant une armée républicaine et dissuasive

2. Kabila échoue à créer la cohésion nationale autour de sa fonction présidentielle

3. Kabila n’a pas été au rendez-vous du social et poursuit l’œuvre kleptocratique de Mobutu

4. Kabila prisonnier de ses alliés Rwandais et ougandais

Les actes politiques (nomination et élévation disproportionnée d’une élite Tutsi pro rwandaise (Bisengimana, Obedi, Masunzu, etc.) dans les domaines clés des institutions congolaises et ses fréquentes prises de position en faveur des rebelles soutenus par le Rwanda et l’Ouganda – notamment en voulant à tout prix et contre l’opinion publique nationale (mêmes ses propres ‘concertateurs’) amnistier le M23 – le présentent plus comme un proconsul de ces pays en RDC qu’un défenseur de la nation congolaise en péril. Il s’agit là d’un autre signe de désamour entre Joseph Kabila et le peuple qui le prive aujourd’hui d’une base populaire nécessaire pour asseoir son pouvoir. Lâché depuis par les Kivu, malgré la débâcle du M23 qu’il a ressuscité politiquement par la suite à Nairobi et même en amnistiant des combattants du M23 identifiés par un document de l’ANR comme étant rwandais, Kabila est en passe de perdre son autre fief électoral à valeur psychologique incommensurable, le Katanga. Le Maniema ne suffira sans doute pas à faire remonter la cote de popularité d’un président de plus en plus détesté au Congo et apprécié par les agresseurs du Congo. Le dernier acte de l’allégeance de Kbila au Rwanda concerne le blanchiment du Général ex-RCD, Gabriel Amisi Tango Four, impliqué dans plusieurs crimes de guerre, viols, massacres des populations civiles en 2002 à Kisangani, et des trahisons des FARDC en 2007 à Mushake au profit du CNDP et en 2012 à Goma au profit du M23, des rébellions pro-rwandaises. Des experts internationaux du Congo qualifient Amisi de la « cinquième colonne » de l’armée rwandaise en RDC. Nous reviendrons sur ce personnage dans un portrait qi sera publié prochainement sur DESC.

5. Kabila, incapable de maintenir la cohésion interne dans ses rangs, implose la MP

C’est la grande leçon que l’on peut retirer de ses deux grandes actions politiques de ces derniers six mois : les concertations pour la cohésion et la grande messe politique de la majorité de Kingakati-Buene. Alors qu’il s’est confectionné des concertations sur mesure pour lui permettre d’élargir sa base populaire et politique, c’est avec un réquisitoire sévère remettant en cause TOUS les domaines de gouvernance de Kabila que ses ouailles ont émis plus de 600 recommandations lui suggérant de revoir fondamentalement sa gouvernance du pays ( et libérer les prisonniers politiques, ndlr). L’on croyait relire le rapport des consultations politiques menées il y a 15 ans par MM. Kema Liloo et Mokolo wa Pombo qui sonnèrent le glas du régime Mobutu. Comme au Congo les mêmes causes produisent souvent les mêmes effets, la tentation est grande pour les analystes de lire dans les résolutions de ces concertations un signe de désaveu public de l’autorité morale de la MP.

Autre chose qui met à jour la fracture qui plombe la cohésion interne au sein de la majorité présidentielle, est que cette dernière sort de Kingakati-Buene plus désunie que soudée. Certains cadres de la MP se sont même sentis trahis, voire humiliés. On a assisté aux invectives publiques de Kabila contre le sénateur Modeste Mutinga du MSR, le fer de lance de la lutte contre la balkanisation du Congo à travers son groupe de presse Le Potentiel. Par la suite, ce sont les Mende, Minaku et Matata qui ont eu pour leurs comptes par la meute de griots de la MP lâchée dans les chaînes publiques et autres financées par le régime pour critiquer soit leur prise de position en faveur de la fin du mandat présidentiel en 2011 ou l’action gouvernementale de l’homme à la cravate rouge. Mais depuis que le MSR de son conseiller spécial en matière de sécurité, Pierre Lumbi, rejoint par le « non » d’un autre enfant terrible du Katanga, Jean-Claude Muyambo, président de la SCODE (Solidarité congolaise pour la démocratie et le parlement) ont affiché leur opposition publique à toute procédure de modification/changement de la constitution visant à permettre à Joseph Kabila de rempiler en 2016, une position qu’un journal en ligne du Katanga dit être « celle des Katangais qui ne se reconnaissent plus en Kabila… , le Katanga a été la province la plus oubliée par le régime en place » et invitant « Kabila à céder le pouvoir à quelqu’un d’autre en 2016 » d’autant que « plusieurs personnalités de la MP murmuraient tout bas » ce que Muyambo a dit tout haut, la cohésion interne de la MP semble sérieusement mise à l’épreuve et se lézardera davantage à mesure que l’on s’approche de 2016.

Le journaliste du quotidien Le Phare, Kambale Mutogherwa, ne s’est pas trompé lorsqu’à la suite de la première réunion de crise de la MP du 20 mars 2014, il écrit : « la réunion de la Majorité présidentielle tenue à Kingakati a été à la limite une véritable pétaudière au point de ne pas être en mesure de réunir l’unanimité autour des options levées à la sauvette par les participants! »

6. Kabila se met à dos la ‘communauté occidentale’ qui l’a fait roitelet du Congo

En se mettant à dos la population congolaise avec laquelle il semble entretenir une sorte de relation je t’aime moi non plus, en s’isolant dans son camp politique car replié sur lui-même et un cercle restreint des Tutsi et quelques opportunistes Katangais, Kabila veut s’émanciper de la tutelle internationale qui l’a fait roitelet.

En analysant la manière dont cette communauté internationale n’a cessé de légitimer son accession au pouvoir, d’abord en 2001, puis en 2006 contre un Jean-Pierre Bemba neutralisé par le bras politico-judiciaire de cette communauté internationale, la CPI. En constatant le fait que frappé d’une illégitimité interne, Kabila dut son maintien au pouvoir en 2011, par une légitimation a minima de la communauté internationale qui s’est empressée de « prendre note » sans enthousiasme ni fanfare de sa réélection contestée de toutes parts. En considérant que Kabila est à la tête d’une armée qui a connu son premier succès militaire depuis son avènement au pouvoir grâce à l’action musclée de la brigade d’intervention de la MONUSCO. En interprétant les incessantes mises en garde lui adressées par l’administration américaine et ses alliés occidentaux sur sa tentative de violer la Constitution pour briguer un troisième mandat. Kabila a sans doute compris que ses alliés n’ont plus la même lecture de 2016 que lui.

Conséquence, il déclare vouloir mettre fin à la présence de la MONUSCO en RDC, il fustige le comportement de la communauté internationale en invoquant subitement la souveraineté du Congo, comme Mobutu à son époque. Bref, Kabila va-t-en guerre contre ses maîtres à qui il doit sa fulgurante ascension politico-militaire au Congo de Lumumba.

7. Un mandat de trop pour un président en sursis auprès de la diaspora congolaise

Lorsque l’on analyse la difficulté qu’éprouve Kabila à agir durant l’actuel mandat, un président clandestin dans son pays, l’on se pose la question de savoir comment compte-t-il affronter la population et les politiciens contestataires dont la liste s’allonge à ses partisans s’il opérait un coup de force visant à se maintenir au pouvoir au-delà de 2016 ? Celui qu’une certaine presse belge congolaise titrait fièrement comme étant l’espoir du Congo se transforme peu à peu à un petit Mobutu.

Un autre péché mortel (politique) de Kabila est son désamour complet avec la diaspora qui depuis son coup de force électorale de 2011, est restée mobilisée contre lui et son régime. L’action des mouvements patriotiques de la diaspora congolaise auprès des gouvernants de leurs pays d’accueil respectifs tendent à produire l’effet de la parabole du « juge inique » (Luc 18, 1-8) Lequel juge face à la persévérance de la veuve a fini par déclarer ce qui suit : « Quoique … je n’aie d’égard pour personne, néanmoins, parce que cette veuve m’importune, je lui ferai justice, afin qu’elle ne vienne pas sans cesse me rompre la tête. » C’est vraisemblablement vers cette attitude de résignation que la ‘communauté internationale’ compte adopter en 2016. Ce, pour ne pas voir se multiplier sur leurs sols les actes de violence, similaires à ceux de 2011 (http://desc-wondo.org/il-y-a-deux-ans-londe-de-choc-electorale-congolaise-secouait-la-belgique-victoire-des-combattants-a-paris/) pouvant même déboucher en actes terroristes si la communauté internationale permet à Kabila et à son régime de survivre au-delà de 2016. Les services de renseignement de l’Occident en sont conscients et en ont fait rapport à leurs autorités respectives.

D’ailleurs, c’est sur base de ces rapports qu’ils ont  permis à Kabila de se déplacer avec une compagnie (environ 120 soldats) du régiment sécurité et honneur (RSH) de la Garde républicaine (GR pour renforcer sa sécurité lors de sa visite à Paris le 21 mai 2014. La GR est venue en renfort d’un dispositif sécuritaire français déjà impressionnant et composé du SPHP (Service de protection de hautes personnalités), du redoutable GIGN (Groupe d’intervention de la Gendarmerie nationale) et du GIPN (Groupe d’intervention de la Police nationale). Un dispositif de sécurité et d’ordre qui coûte extrêmement cher aux pays hôtes en cette période de morosité financière. En effet, il a été fait mention dans un rapport classé secret que certains manifestants dits « combattants » allaient détenir des armes à feu dont ils pouvaient faire usage.

Comme si cela ne suffisait pas alors qu’il souffle le chaud et le froid dans ses rapports tumultueux  avec la diaspora, Kabila pousse le bouchon plus loin en allant provoquer davantage cette diaspora avec le passage à tabac d’un manifestant congolais à Washington par ses gardes du corps lors du sommet Etat-Unis – Afrique. Des sources présidentielles nous ont informé qu’il s’était fait accompagner de deux équipes de protection rapprochée, composée de zimbabwéens et des congolais, soit un total de 45 éléments. Les responsables de cette agression sont le Colonel Pierre Bahati (Un Mushi, directeur de la sécurité rapprochée) et son adjoint  le major Dieudonné Kisula. Contrairement à une rumeur qui a circulé faisant croire que les gardes du corps responsables de ce lynchage avaient été tués dans un accident de circulation à Kinshasa pour les soustraire de la justice américaine, DESC confirme qu’ils sont bien tous vivants et bien portants, mais tout de même sérieusement inquiets de la pression de la justice américaine qui tient a ouvert un dossier à leur charge et à les faire extrader. 

La diaspora congolaise devenue la vraie classe moyenne congolaise faiseuse de l’opinion publique en RDC, d’autant que le régime de Kinshasa semble museler toute contestation intérieure, devient une véritable peau de banane sur le chemin politique de Kabila. Après avoir tour à tour déclaré au ministre belge qu’il ne viendrait pas au 4ème sommet Europe-Afrique du 2 au 3 avril 2014 à Bruxelles car sa sécurité était menacée par « les combattants » et réservé une part importante de ces récentes sorties diplomatiques et politiques à la diaspora, les analystes sont d’avis que c’est de cette diaspora déterminée, refusant catégoriquement une quelconque compromission politique avec Kabila dont il souhaite le départ inconditionnel en 2016, que l’on conjuguera le règne des Kabila au passé. D’où le comportement politique bipolaire et d’anxiété que le régime manifeste à l’égard de cette diaspora.

La gourmandise est l’un des sept péchés capitaux qu’interdit l’église catholique. La soif aveugle et effrénée du pouvoir pour le pouvoir en est une illustration en politique. Un pouvoir gourmand et aveugle ne recule plus devant rien et se croit tout permis et ne voit plus le danger de son auto effondrement, pourtant visible car le régime va certainement droit au mur.

Ayant actionné tous les leviers et les subterfuges politico-juridiques possibles pour se maintenir au pouvoir, la marge de manœuvre de  Joseph Kabila pour se maintenir aisément au pouvoir au-delà de 2016 s’aménuise. Il en est conscient et le sait très bien car la majorité de ses stratèges éminences-grises ainsi que ses proches conseillers les plus influents dans son dispositif actuel le lui ont signifié noir sur blanc. De plus, ils l’ont supplié de tout faire pour assurer une alternance démocratique et pacifique au pouvoir en 2016. C’est la solution du moindre mal, lui ont-ils rapporté, l’unique d’ailleurs, après avoir simulé tous les scenarii possibles, s’il veut s’assurer une survie physique et/ou politique au delà de 2016. S’y opposer ne sera que faire preuve d’une vanité qui correspond au péché capital de l’orgueil. Les écoutera-t-il après les avoir publiquement humiliés à Kingakati-Buene?

Pour conclure, il semble que la Bible dit que le salaire du péché c’est la mort. D’où viendra le salut du petit soldat Kabila englué dans ses sept péchés capitaux du pouvoir ? Mobutu pourrait peut-être intercéder en faveur de son clone dans l’au-delà où il se trouve. Ainsi soit- il!

Jean-Jacques Wondo Omanyundu / Exclusivité DESC

http://desc-wondo.org/les-sept-peches-capitaux-de-joseph-kabila-suite-et-fin-jj-wondo-o/

 

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