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La Garde Républicaine a menacé de renverser Joseph Kabila /Jean-Jacques Wondo Omanyundu – Exclusivité DESC

La Garde Républicaine a menacé de renverser Joseph Kabila s’il ne réhabilite pas John Numbi

Par Jean-Jacques Wondo Omanyundu

GR-Joseph-Kabila-25

La situation de frustration qui règne au sein de l’armée que nous avions signalée dans nos précédentes publications ne se limite plus entre le reste de l’armée contre la Garde républicaine (GR), chargée d’assurer la protection présidentielle. La même tension est également ressentie au sein de plusieurs éléments de la GR, selon nos sources.

Entre Amisi et Numbi, deux poids deux mesures disent les officiers de la GR

En cause, le blanchiment du général Gabriel Amisi Tango four, ancien chef d’état-major de la force terrestre, de tous les soupçons qui pesaient contre lui lors de la chute de Goma en novembre 2012. D’après plusieurs sources de l’état-major général des FARDC, de la Démiap (renseignement militaire) et de la maison militaire du chef de l’Etat, Kabila s’apprête à réhabiliter le général Amisi de ses fonctions de chef d’état-major de la force terrestre. Une suite logique du fait qu’aucun indice de culpabilité n’a été trouvé contre lui, suivant les résultats d’enquête menée par l’inspection générale de l’armée.

Cette information n’a pas été du goût de plusieurs (jeunes) officiers de la GR. Ces derniers ont tenu récemment des réunions secrètes à Mbanza-Ngungu, Kinshasa et Lubumbashi au terme desquels ils ont élaboré un mémorandum contenant plusieurs revendications qu’ils ont fait parvenir au président Kabila par la voie hiérarchique, c’est-à-dire le général Dieudonné Banze Lubunji.

Dans ce mémo, parvenu à DESC par un vent favorable, on peut lire qu’ils menacent de « faire un coup d’état si le président de la république, le commandant suprême des forces armées ose réinstaller le général Amisi Kumba (Tango Four) comme chef d’état-major de l’armée de terre »… « Une telle réhabilitation ne passera pas chez nous et parait injuste à nos yeux »… « Si le commandant suprême veut réhabiliter le général Amisi, il doit alors signer et publier deux décrets : un pour le général Amisi et le second pour le général John Numbi mettant fin à suspension et le réhabilitant à la tête de de la Police nationale congolaise. »

« Il n’est pas normal que le Général Numbi qui est suspendu depuis le 05/06/2010 à la suite du double assassinat de Floribert Chebeya et Fidel Bazana alors que la haute cour militaire l’a blanchi depuis juin 2012, ne soit pas réhabilité dans ses fonctions. Et pourtant, pouvait-on encore lire, « le général Gabriel Amisi, qui est responsable de la mort de près d’un millier de militaires congolais dont plusieurs de nos braves frères d’armes de la garde républicaine à Mushake[1], Kibumba, Tongo, Pont Mabenga et Kibati lors des guerres contre le CNDP en 2007 contre le M23 entre 2012 et 2013, soit blanchi sans aucune enquête judiciaire ne soit réalisée« .

Dans la note adressé à Kabila, les protestataires qualifient d’  « injurieux » cette politique de deux poids deux mesures et menacent le chef de l’Etat en ces mots « si le commandant suprême persiste et confirme Numbi en le réhabilitant dans ses anciennes fonctions, ils prendront nous n’hésiterons pas à prendre notre responsabilité », préviennent-ils. Ils recommandent ce qui suit à Kabila : « si le chef aime beaucoup Amisi Tango Four, il n’a qu’à le garder auprès de lui comme étant son chef état-major particulier, mais pour nous, il n’est question qu’il lui donne à nouveau un poste de commandement au sein des structures des FARDC. »

Pourquoi la GR défend-elle à ce point John Numbi qui n’en fait pas partie ?

Dans notre constante logique de recherche et d’investigation, nous avons voulu comprendre pourquoi ces jeunes officiers de la GR se sont permis de prendre le risque de défier le chef de l’état en prenant la défense de général-major John Numbi, actuellement sous suspension de ses fonctions à la tête de la Police nationale congolaise (PNC).

L’Article 114 de la Loi organique numéro 11/012 portant organisation et fonctionnement des FARDC stipule que : « La Garde Républicaine est une unité des Forces armées ayant pour mission d’assurer : – la garde, la protection du Président de la République et les hôtes de marque de la République ; – la sécurité des installations présidentielles ; – les escortes et les honneurs à l’échelon de la Présidence de la République. »

En réalité, la GR échappe à l’autorité du chef d’Etat-major général des FARDC et relève de l’autorité directe du chef de l’Etat. Elle évolue en toute impunité et échappe de ce fait à tout contrôle étatique du ministère de la Défense, comme une milice autonome. Ce, au mépris de l’article 140 de la loi organique sur l’organisation et le fonctionnement des FARDC. Elle n’a pas subi l’épreuve de brassage[2]. La garde républicaine est commandée par le général Dieudonné Banze Lubunji, un Mulubakat et comprend entre 10.000 à 15.00 hommes[3]. Elle dispose d’une task force d’appui composée de 6.000 hommes.

Pour rappel, lorsqu’en 2001, Joseph Kabila devint président, ne faisant pas confiance aux troupes des FAC, il s’appuya sur la garde présidentielle, GSSP (Groupe Spécial de Sécurité Présidentielle), de son défunt prédécesseur, qui sera rebaptisée plus tard Garde Républicaine (GR). Cette nouvelle garde prétorienne va mimer la DSP tribale de Mobutu en étant consolidée avec des soldats provenant principalement de la tribu des Lubakat à laquelle appartenait LD Kabila.

La puissance militaire et l’influence de John Numbi sur la GR s’expliquent sur deux aspects :

1°) Il faut remonter en 1998 lors de la création d’abord de la police d’intervention rapide (PIR) par des Angolais, devenue entre-temps la LENI (Légion Nationale d’Intervention). Souvent considérée comme un «bastion» de l’ethnie Lunda, la P.I.R. a été longtemps dirigée par un cousin du président L.D. Kabila, le général Célestin Kifwa, qui exerçait également la fonction d’Inspecteur général de la Police nationale jusqu’en juin 1998, lorsqu’il sera nommé chef d’état-major des FAC, fonctions qu’il assuma jusqu’à l’assassinat de L.D. Kabila. En même temps, son fils, Jean-Claude Kifwa, sera nommé commandant de la G.S.S.P. au mois de février 2002. JC Kifwa est l’actuel commandant de la 9ème région militaire couvrant la Province Orientale.

Le général Numbi a joué un très grand rôle dans la création de la garde républicaine qui devrait succéder à la GSSP. L’actuel noyau des (jeunes) officiers qui composent le fer de lance de la GR sont tous pour la plupart des anciens du défunt Service National[4], dirigé à l’époque par le général Denis Kalume Numbi (Kusu du Maniema, ERM). C’est le général John Numbi qui est allé en 1999 réquisitionner des jeunes désœuvrés envoyés au centre de Service National de Kanyama Kasese (Katanga) en vue de suivre notamment « une formation paramilitaire et d’autodéfense ». Car les instructeurs Nord-coréens qui sont venus pour former les troupes de la GSSP à l’époque à Mura (Katanga) avait exigé que les officiers et sous-officiers devraient être au-moins détenteur d’un diplôme d’état. C’est ainsi que LD Kabila va instruire John Numbi de se rendre au camps du service national de Kanyama Kasese pour y recruter tous les jeunes diplômés et instruits valides. Il va en ramener 3000 jeunes qui seront envoyés à Mura pour suivre une formation commando chez les Nord-Coréens. Depuis, c’est ce noyau d’officiers et sous-officiers qui est aux commandes des troupes de la GR. La plupart de ces jeunes sont des Balubakat. C’était aussi un moyen de contrer l’influence des Lunda (du sud Katanga) qui formaient les éléments d’élite de la PIR. C’est ainsi que la plupart des officiers de la garde républicaine sont redevables à et reconnaissants à Numbi. Ces éléments n’ont d’égard qu’à Numbi à qui ils doivent « leur salut » et leur insertion socioprofessionnelle.

2°) Lubakat de Malemba-Nkulu dans le Haut-Lomami au nord du Katanga, où sévit actuellement la milice Maï-Maï Kata Katanga, l’ex- « bras armé », homme de confiance et des missions délicates du président Kabila, le général Numbi, malgré sa mise à l’écart à la suite de l’Affaire Chebeya-Bazana, reste l’un des militaires les plus puissants du pays. A l’époque de son grand amour avec Kabila, pour Numbi, il n’y avait pas d’équivoque, « les ennemis de Kabila sont ses ennemis » (Jeune Afrique, 9/03/2009). Lire aussi l’article référence 2014 : (http://desc-wondo.org/dossier-special-les-personnalites-congolaises-a-tenir-a-loeil-en-2014-jj-wondo/). Et l’homme est décrit très ambitieux[5]par les chancelleries occidentales.

John Numbi, en plus d’être fils du terroir Katangais, a aussi un autre atout militaire, outre la confiance dont il bénéficie de la part de la GR, c’est celui d’avoir été le commandant de la 6ème région militaire correspondant au Katanga en 1999 et 2000 (sous LDK) lors de la chute surprise de Pweto par le RCD. Il connait très bien les militaires de la province.

Une menace prise au sérieux par Kabila qui a chargée Olenga pour jouer au démineur.

Ayant pris la décision de blanchiment du général Amisi en Conseil supérieur de la défense du 30 juillet 2014, juste avant de s’envoler pour le sommet Etats-Unis – Afrique du 5 au 6 août 2014 à Washington, le renseignement militaire (Démiap) avait transmis à Joseph Kabila des réactions de grogne suscitée par cette décision surprise au sein de la GR. C’est ainsi qu’à son retour de Washington, pris de panique, l’avion présidentielle n’est pas rentré directement à Kinshasa et a évité d’atterrir à l’aéroport de Loano à Lubumbashi.  L’avion ramenant le président Joseph Kabila est allé se poser sur le nouvel aérodrome construit par la firme Tenke Fungurume Mining – qui a bénéficié d’une exonération et d’un redressement fiscaux de l’ordre des centaines de millions de dollars (effacés à son profit) au détriment du trésor public congolais – près de Kambove, un territoire situé à environ 20 Km de Likasi et Shinkolobwe, dans le sud du Katanga. De là, Kabila s’est directement rendu dans sa ferme de Kambove, où il a passé 26 jours des vacances vu qu’il y avait un risque très élevé pour sa sécurité à Kinshasa et à Lubumbashi, deux villes quadrillées par la GR du fait de sa décision de réhabiliter Tango Four, quatre jours avant de s’envoler pour les Etats-Unis.

Très préoccupé par cette menace qu’il prend au sérieux en plus des pressions politiques internes et diplomatiques, Joseph Kabila s’offre le service de son bras droit et homme de confiance dans le business du trafic d’armes notamment, l’omniprésent général Olenga, son bon berger depuis la mise à la touche de John Numbi. Le général Olenga est alors chargé de prendre la langue auprès des jeunes officiers frondeurs et en colère en vue de les rassurer en leur transmettant le message suivant : « le chef est très sensible à vos préoccupations et requêtes auxquelles il va accorder une suite favorable et vous demande de vous calmer et de continuer à travailler dans la discipline. »

Olenga est très respecté et écouté par les éléments de la GR. Mais pour réussir cette délicate mission de sensibilisation et d’apaisement des officiers, on lui a adjoint le coordonnateur des task-force[6] de la GR et commandant de la brigade blindé de la GR, le général de Brigade Hughe Constant Ilunga Kampete, un Katangais et ancien commandant de l’escadron blindé (chars T59) au sein du bataillon blindé de la DSP sous les FAZ. Ce dernier actuellement un des officiers très apprécié et respecté par les soldats de la GR. Parviendront-t-ils à leur mission ? Kabila finira-t-il d’opposer Numbi et Ilunga Kampete ou ces deux finiront par entrer en collusion pour élargir le front anti-Kabila ? Que fait alors le général bedonnant Banze Lubunji, commandant de la GR ? Voici des questions qui intéressent encore DESC.

C’est ainsi qu’absent durant le CSM du 30 juillet pour cause de mission sécrète en Russie (Lire http://desc-wondo.org/desc-investigation-loffensive-diplomatique-discrete-gagnante-de-kabila-aux-usa/), Joseph Kabila va demander à Olenga, au retour de ce dernier de Kremlin, de prendre les mesures de sécurité suivantes : La 32ème brigade des forces de réaction rapide, composée d’un effectif d’environ 4.000 hommes à ainsi que les 41ème et 43ème bataillons commandos, des unités autrefois commandés par le feu colonel Mamadou Ndala, seront désormais basés à Kinshasa alors que ces unités s’y étaient rendues dans le cadre du défilé militaire du 30 juin 2014. Depuis, ce sont ces unités qui s’occupent de la protection des différents sites stratégiques de Kinshasa à la place des unités de la GR : Etat-major général des FARDC au Mont-Ngaliema, la base logistique à Lingwala près de la RTNC, l’aérodrome militaire de Ndolo, le Palais de la nation, (le bureau officiel de Kabila), etc.

« Le colonel Ephraim Ramazani est le nouveau coordonnateur des forces de réaction rapide (FRR). Il a succédé au colonel Mamadou Ndala. Nos sources le décrivent comme un bon chef de guerre tacticien, aussi brave que charismatique, à l’instar de son prédécesseur Ndala, auprès de ses troupes. Ce sont ses troupes qui ont délogé la coalition M23/RDF de leurs derniers retranchements dans les collines de Tshanzu et Runyonyi où ils s’étaient retirés pour concentrer leur effort principal en y déployant leur matériel d’artillerie. Le Col Ramazani était également à la tête des soldats qui ont récemment contenu les assauts de l’armée rwandaise (RDF) sur la colline Kanyejesha 2 en les repoussant vers le Rwanda lors des combats qui se sont déroulés du 11 au 13 juin 2014. C’est un ‘petit’ du general Olenga qui le coache depuis longtemps. Il a reçu une base de formation en Chine et c’est lui que Olenga et Kabila ont désigné pour commander les forces de réaction rapide transférées à Kinshasa actuellement. Il est très respecté et écouté par ses troupes. Etant donné qu’il bénéficie de l’entière confiance de Olenga, il jouit également de l’entière confiance du boss. Même si les revendications de la GR semblent avoir été entendues par le boss et que la situation s’est calmée pour l’instant, mais le boss reste très méfiant et n’exclut aucune confrontation avec la GR. Ainsi, par mesure de prudence, le boss a ordonné à ce que les FRR restent à Kinshasa jusqu’à nouvel ordre pour parer à toute éventualité. Elles ont établi leur QG à Maluku et mises à disposition du chef d’état -major de l’armée de terre (Olenga). Ces troupes sont lourdement armées et très combatives, cher J.J Whisky« .

« Les FRR se considèrent comme étant les soldats de la marque déposée exclusive (made in) Joseph Kabila,  contrairement aux éléments de GR que les FRR qualifient de soldats de Mzee Laurent Désiré Kabila. Les soldats des FRR se vantent aussi d’être les pionniers et le symbole de la nouvelle armée et se nomment ‘les soldats de la réforme’, car issus des recrutements de 2008-2009/2012-2013. »

Toutefois, à propos de l’option choisie par Olenga et Kabila de recourir aux FRR, l’on se demande s’il s’agit d’une bonne solution. Il ne faut pas perdre de vue que plusieurs jeunes éléments de ces unités vouaient à Ndala une loyauté eu une soumission viscérale au point que beaucoup d’entre eux attendent le moment idéal pour venger leur ‘afande’ (chef) charismatique dont ils n’ont jamais digéré l’élimination. L’étouffement ou sinon la lenteur de l’enquête judiciaire pour rechercher ses assassins, la grogne grandissante qui gagne progressivement la majorité des troupes des FARDC ainsi que d’autres facteurs politiques et diplomatiques du moment pourraient constituer un cocktail détonateur susceptible de les pousser au passage à l’acte en neutralisant le régime Kabila dans la capitale stratégique congolaise, Kinshasa, siège des institutions républicaines et haut lieu diplomatique du pays.

Quelle(s) issue(s) possible(s) dans ce bras  de fer opposant à distance Numbi et la GR  à Kabila ?

 

Trois scenarii possibles envisagés par les analystes spécialisés de DESC :

kabila avec 2 monsieursDe g à Dr: John Numbi, Joseph Kabila et Gabriel Amisi

a) Soit Le général Olenga réussit sa mission de déminage et tout rentre dans l’ordre : Kabila rencontre totalement les préoccupations de la GR : pas de poste de commandement pour Amisi Tango Four, si ce n’est dans l’état-major particulier de Kabila en même temps qu’il réhabilite John Numbi dans ses fonctions à la tête de la Police nationale congolaise car blanchi sur le plan judiciaire. Une solution de façade certes apaisante pour Kabila, mais risquée dans la mesure où par ces actes de grogne, la rupture entre Kabila et Numbi ne fait que s’accentuer. Ainsi dans une logique d’une pareille dialectique militaire, la solution du plus fort (militairement) non seulement ce sera la meilleure mais aussi la seule efficace pour les deux camps opposés. C’est ici que les analystes de DESC estiment que les officiers de la GR auraient commis une grave erreur stratégique d’annoncer leurs intentions. Non seulement ils dévoilent leur plan de manœuvre à l’égard d’un ennemi (potentiel), ce qui ôtera à leurs actions futures tout caractère de surprise (l’effet de surprise étant une composante stratégique capitale dans toute confrontation (armée ou non). Ils oublient que Joseph Kabila est un fervent lecteur de l’art de la guerre de Sun Tzu, un de ses livres de chevet préféré, selon une source de la maison civile du président. Les GR vont certainement regretter cela dans les tout prochains mois...

Pour Tzu : « Tout l’art de la guerre est basé sur la surprise et la duperie. »« La victoire est acquise par la combinaison de l’emploi de moyens ordinaires (non-créatifs), le chen’g, et de moyens extraordinaires (créatifs), le chi’ ».« Si tu connais tes adversaires, le terrain sur lequel tu te bats et tes forces, sur mille batailles tu remporteras mille victoires… » « Attaquez là où l’ennemi ne vous attend pas ; surgissez toujours à l’improviste« . Or en dévoilant à ce point leurs intentons, ils permettent à Kabila de mieux les cerner et les connaitre. D’où les mesures qu’il a demandées à Olenga de prendre : décharger la GR de la protection des sites stratégiques à Kinshasa. Ainsi, petit-à-petit, Kabila finira par neutraliser subtilement tous les officiers frondeurs de la GR ainsi que les unités et éléments sous leur commandement de la même façon qu’il a dissout les escadrons de la mort des bataillons « Simba » et « Cobra« . Deux unités redoutables d’élite de la PNC qui n’obéissaient qu’exclusivement à John Numbi. Elles s’étaient tristement illustrées lors des massacres des adeptes de Bundu dia Kongo (Bundu dia Mayala actuellement) dans le Bas-Congo et impliquées dans l’affaire Chebeya et Bazana, dont les éléments d’analyse politiques et stratégiques de DESC n’excluent pas que ce soit une sorte de crime parfait visant à neutraliser subtilement John Numbi, décrit par les chancelleries occidentales et les câbles wikileaks de très ambitieux (lire plus haut). L’affaire Chebeya a amené Kabila à dissoudre ces unités spéciales e mutant tous leurs chefs et en dispersant leurs éléments vers la PIR (LENI) ou la police territoriale. C’est exactement vers un schéma similaire que Kabila et Olenga vont neutraliser les officiers de la GR et noyer la puissance de feu de leurs troupes. Ainsi, un officier GR averti par DESC en vaut deux! L’avenir confirmera certainement une fois de plus la prospective de DESC.

b) Soit la mission du général Olenga échoue et la GR passe à l’action en perpétrant un coup d’Etat en faveur de Numbi. Une solution plausible mais inappropriée au contexte politique actuel d’accession au pouvoir par la voie des urnes. Aussi longtemps de Kabila ne se sera pas officiellement et publiquement prononcé sur son avenir politique ou en faveur de la modification/changement de la constitution, il continuera à bénéficier « du bénéfice du doute ». De la sorte, toute tentative de prise de pouvoir par la force, quoique souhaitée par une majorité de l’opinion publique nationale et certaines chancelleries occidentales, sera anticonstitutionnelle et difficile à justifier politiquement. Sauf, si Kabila se prononce officiellement en faveur d’un troisième mandat consécutif. Dans ce cas, le renversement de Kabila par la force entrerait dans la logique de ‘article 64 de la constitution et aura le soutien de tous.

c) Soit la mission de Olenga échoue et Kabila confirme Amisi Tango Four à un poste de commandement stratégique au sein des FARDC. Il s’agit d’une hypothèse plausible lorsqu’on analyse les relations très fusionnelles que Kabila entretient avec Amisi qui est un de ses piliers militaires stratégiques au sein des FARDC dans l’exécution de certaines missions sensibles en RDC. Cependant, selon notre source et analyste de DESC évoluant au sein de la Démiap : « Je ne pense pas que le président peut avoir la maladresse de réhabiliter Tango four. C’est une bombe qui peut lui péter à la figure. Le boss a besoin de toutes ces troupes d’élite pour 2016. Il n’a aucun avantage à tirer au stade actuel d’une réhabilitation du général Amisi, sinon de s’attirer le foudre et le couroux des Katangais de la GR qui ont même deja tiré sur l’escorte du général Amisi à Goma en 2012 lors de la prise de la ville par le M23. »

Kabila sortira-t-il victorieux de cette conjonction de défis qu’il doit confronter?

Lorsque qu’on pense que le grand bastion régional sur lequel compte Joseph Kabila aujourd’hui n’est plus que le Katanga, le Maniema étant géopolitiquement et démographiquement insignifiant. En faisant la sommation des signaux émis au Katanga depuis la réélection frauduleuse de Kabila en 2011, avec tous les risques pris pour le maintenir au pouvoir, l’on se rend compte que si Kabila ne gère pas bien le « dossier Katanga », cette province pourra bien être une pierre d’achoppement pour lui car il perdra tous les appuis stratégiques qu’il faut en vue de se maintenir au pouvoir dans son schéma de coup de force constitutionnel de 2016. Parmi ces signaux, l’on peut citer les attaques à répétition des Bakata-Katanga depuis mars 2012, le mécontentement politique des katangais et leur refus de voir Kabila rempiler en 2016, exprimés clairement par le bâtonnier Jean-Claude Muyambo. Last but not least, la déclaration agressive de la société civile katangaise du 10 septembre 2014, faisant l’effet d’une bombe et allant dans le sens de Muyambo.

En effet, la société civile du Katanga recommande à la Cour suprême de justice d’inculper pour haute trahison tout initiateur d’une proposition de révision de la constitution. Le porte-parole de la plate-forme des organisations et associations membres de la concertation nationale pour la bonne gouvernance en RDC, Timothée Mbuya, estime qu’« il est du devoir patriotique pour chaque citoyen de défendre et protéger la constitution de la République contre toute forme de sa violation ». La société civile du Katanga exige donc que le président de la République respecte son serment constitutionnel. «Nous invitons le président de la République à respecter scrupuleusement les termes de l’engagement contenu dans le serment fait à la nation, de respecter la constitution et de ne rien poser comme acte qui aille à son encontre». Il appelle aussi le chef de l’Etat à «user de ses prérogatives de garant de la constitution et de la préservation des valeurs et acquis démocratiques, en décourageant toute initiative de révision partielle ou totale de la constitution visant à prolonger indéfiniment la durée ou le mandat du président de la République». Joseph Kabila doit aussi poursuivre pour «haute trahison quiconque proposerait la révision totale ou partielle de la constitution visant les articles 219 et 220», a-t-il recommandé.

A propos des Bakata Katanga, DESC se pose des questions sur l’absence de réaction de la GR lors de l’attaque surprise ( ?) et facile de 400 Maï-Maï « Bakata Katanga », le 23 mars 2013 à Lubumbashi. Etait-ce un acte délibéré d’omission de la part de la GR car un rapport de l’ONU a fait état de la collusion entre John Numbi et les Bakata-Katanga ? La Garde républicaine est principalement déployée aux points stratégiques de Kinshasa et de Lubumbashi, seconde ville et poumon économique de la RDC. Comment se fait-il que lorsqu’il s’agit des attaques d’autres groupes (de Mukungubila ou de Brazza) à Lubumbashi et à Kinshasa, la GR est la seule unité à riposter mais quand il s’agit des attaques des natifs du Katanga, les Bakata-Katanga, personne ne bouge ?

Par ailleurs, plusieurs sources signalent que le camp des opposants à toute prolongation du mandat de Kabila au-delà de 2016 au sein de la MP ne ferait que s’étendre et plusieurs partis n’attendent que le moment opportun pour se prononcer.

Ainsi comme on le voit, les jours à venir risquent d’être décisifs. DESC est curieux de voir comment Kabila, fervent lecteur de Sun Tzu, va s’amuser avec le puzzle des FARDC depuis que celles-ci sont secouées par une série d’événements qui illustrent la nervosité grandissante qui règne dans ses rangs. Toutefois, il faut reconnaitre que depuis qu’il a été désigné par l’Occident à la tête de la RDC en janvier 2001, Kabila a remporté toutes les confrontations auxquelles il était opposé avec ses adversaires militaires et politiques (Bemba, Kamerhe, Tshisekedi…). Il s’agit là d’un atout que ses adversaires ne doivent pas l’ignorer car c’est son apparence faible qui fait sa force (une belle illustration de la duperie de Tzu).

Jean-Jacques Wondo Omanyundu – Exclusivité DESC

[1] En 2007, lors de la débandade des FARDC face aux combattants du CNDP de Laurent Nkunda, sur les 6.000 éléments des FARDC engagés dans la bataille de Mushake, 2.600 militaires ont été tués dont 2.000 policiers en tenue militaire et 600 éléments de la garde républicaine.

[2] En effet, l’ex-GSSP, comme toutes les unités de l’armée, devrait subir le procédé d’intégration. En janvier 2007, seul un bataillon de 800 hommes avait été annoncé comme brassé. Formé dans un centre de brassage dans une banlieue de Kinshasa à Kibomango, ce bataillon brassé de la GR était composé d’une moitié des hommes issus de l’ancien GSSP et l’autre moitié des militaires issus du MLC et du RCD Goma. Elle est dirigée par un katangais apparenté au président, le Général BANZE et comprend en son sein une majorité de ressortissants du Katanga.

[3] ICG, 2007; Wondo JJ, 2013; Berghezan G, 2014.

[4] Le 15 octobre 1997, L.D. Kabila a promulgué un décret présidentiel créant un Service national (SN). Un autre décret du même jour nomme, à la tête du SN, avec le titre de commandant, Denis Kalume Numbi, ancien général Ex-FAZ diplômé de l’ERM, chargé sous Mobutu et Gouvernement Kengo de la défense de Kisangani et de la contre-offensive foudroyante contre l’AFDL qui se réduisit à une tempête dans un vers d’eau. Selon le décret qui le constitue (ACP, 17/10/1997), le Service national « est un organe paramilitaire d’éducation, d’encadrement et de mobilisation des actions ». Le Service national était organisé en trois départements : le « département de la conscience » ; le « département de la vigilance » ; le département de la défense civile. Il a en particulier pour objet de : « organiser sur l’ensemble du territoire national des centres d’encadrement des jeunes filles et garçons désœuvrés, de jeunes finalistes d’enseignement primaire ou secondaire, en vue de leur inculquer une éducation civique et patriotique, de les inciter aux travaux de production agricole, suivis d’une professionnalisation éventuelle, et de leur donner une formation paramilitaire et d’autodéfense ».

[5] Selon les câbles wikileaks citant William J. Garvelink,l’ambassadeur américain à Kinshasa :We continue to engage with Numbi, who could come to assume even greater responsibilities during the latter half of Kabila term as president” in https://www.wikileaks.org/plusd/cables/09KINSHASA314_a.html.

[6] Une des unités spéciales de cette task force est le 32ème bataillon commandé par le général Mohindo Akili, soupçonné dans l’assassinat du Col Mamadou Ndala. Suite à la pression populaire suscitée par la débâcle des FARDC à Goma et aux mécontentements au sein de l’armée, le président Kabila a nommé le 20 avril 2013 le général de BrigadeHughe Constant Ilunga Kampetecomme coordonnateur de la task force pour seconder le général Moundos (Mohindo Akili).

 

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