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L’Afrique des autocrates

L’Afrique des autocrates

François Brousseau

3 octobre 2016 | François BrousseauFrançois Brousseau est chroniqueur d’information internationale à Radio-Canada. | Actualités internationales | Chroniques

Semaine ordinaire en Afrique… Au Gabon, après les émeutes qui avaient suivi la proclamation des résultats de l’élection présidentielle volée par le président Ali Bongo, on compte par dizaines les personnes disparues depuis un mois. La capitale du Gabon, Libreville, vit de facto en état de siège, et l’opposant Jean Ping, probable vrai vainqueur de la présidentielle du 27 août, a appelé à une « journée de deuil » le 6 octobre.

Vendredi dernier, le Conseil des droits de l’homme de l’ONU a placé « en observation » la République démocratique du Congo (RDC), immense territoire semi-déliquescent de 68 millions d’habitants, en plein centre du continent, en réaction aux violences anti-opposition des dernières semaines. Le président Joseph Kabila veut prolonger son mandat au-delà de la légalité et s’accroche au pouvoir, faisant valoir l’incapacité du pays à organiser des élections dans les temps.

Le Conseil de l’ONU parle de « restrictions croissantes aux libertés fondamentales » (détentions arbitraires, menaces contre la société civile, les journalistes, les membres de l’opposition). Mercredi dernier, le ministre français des Affaires étrangères, Jean-Marc Ayrault, a parlé d’un pays « au bord de la guerre civile ».

Au Burundi, 15 mois après le maintien au pouvoir, pour un troisième mandat, d’un président, Pierre Nkurunziza, qui devait en principe n’en exécuter que deux, le même Conseil onusien a instauré la semaine dernière une commission d’enquête sur les violences dans le pays. Depuis plus d’un an, Amnistie internationale et Human Rights Watch, preuves à l’appui, accusent le régime de Bujumbura de réprimer brutalement une opposition qui voulait, depuis le printemps 2015, empêcher le président de se représenter. Même s’il y a eu des violences croisées (avec des opposants parfois soutenus par le Rwanda), le régime Nkurunziza serait responsable de la grande majorité des quelque 500 morts et 270 000 déplacés, depuis le putsch avorté et les manifestations réprimées d’avril 2015.

Au Rwanda justement, pays voisin et pays frère, les rapports se multiplient pour accabler le régime du dictateur Paul Kagame, au pouvoir depuis 22 ans, accusé de terroriser l’opposition embryonnaire et d’étouffer toute parole critique, dans un pays parfois vanté pour sa « réussite économique ». Human Rights Watch a rendu publiques, la semaine dernière, ses démarches récentes au sujet de nombreux opposants harcelés, arrêtés, parfois carrément disparus, au cours des derniers mois à Kigali.

À moins d’un an de la présidentielle d’août 2017 — à laquelle, « à la demande populaire », Kagame entend se présenter —, on assiste à une recrudescence des répressions, exactement comme en 2010 à la veille de « l’élection » de 2010… remportée à plus de 93 % par l’homme fort de Kigali.

 

On pourrait poursuivre cette triste énumération, même en s’en tenant à l’actualité immédiate… Par exemple, ces manifestations réprimées, hier au centre de l’Éthiopie : plusieurs dizaines de morts en une journée parmi des opposants nationalistes oromos ; plusieurs centaines depuis le début de 2016. Voilà un pays qui passait, encore récemment, pour une relative « réussite africaine », à la fois démocratique et pro-occidentale.

On pourrait évoquer tous ces autocrates africains champions du monde de la durée, Paul Biya au Cameroun (41 ans au pouvoir), Teodoro Obiang en Guinée équatoriale (37 ans), José Eduardo dos Santos en Angola (37 ans), Robert Mugabe au Zimbabwe (36 ans), Yoweri Museveni en Ouganda (30 ans), sans oublier le « duo père et fils » des Bongo au Gabon : 49 ans au pouvoir, depuis l’année de l’Expo !

L’espoir démocratique des années 1990, alors que plusieurs pays d’Afrique, lointain écho de la chute du mur de Berlin, se mettaient au pluripartisme et voyaient des opposants concourir pour le pouvoir, cet espoir est bien loin aujourd’hui. C’était l’époque où un nom comme celui de Laurent Gbagbo (Côte d’Ivoire) était synonyme d’opposition courageuse, où la disparition d’un Mobutu Sese Seko au Zaïre (devenu RDC) semblait permettre tous les espoirs.

Aujourd’hui, dans ce continent économiquement investi par la Chine, l’idéal qui liait démocratie et développement économique n’a plus cours : certains régimes autoritaires ont de meilleurs résultats que les rares États ayant favorisé l’alternance au pouvoir (Bénin, Mali). La doctrine (soutenu par Pékin et Moscou) de la souveraineté absolue des États sert de paravent à la dictature, avec ou sans cache-sexe pluripartite. Avec à la clé : manips électorales et manifs réprimées, désespérément banales.

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