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PAR TOUS LES MOYENS / RFI

PAR TOUS LES MOYENS / RFI

Jean-Baptiste Placca. RFI

C’est ainsi qu’un régime contesté et incapable de faire la preuve de liens indéfectibles avec le plus grand nombre, conclut, pour perpétuer sa présence au pouvoir, un accord avec une opposition réduite à sa plus simple expression.

François Mazet : Et le dialogue politique national accoucha d’une… petite rallonge ! En République démocratique du Congo, Joseph Kabila compte demeurer au pouvoir, au minimum, seize mois après son dernier mandat, qui prend fin le 19 décembre prochain. C’est ce que dit l’accord conclu, en fin de semaine dernière, entre le pouvoir et une frange de l’opposition, que d’aucuns ne cessent de qualifier d’insignifiante. Que comprendre, que retenir d’un tel accord ?
Jean-Baptiste Placca: Il subsiste un troublant quiproquo entre la perception qu’en ont, d’une part, les protagonistes et, de l’autre, ceux qui s’y opposent et rejettent avec véhémence cet accord. Les premiers tentent de se convaincre qu’ils ont résolu un problème insoluble qui se posait à la nation, tandis que les seconds clament que ce dialogue laborieux a abouti exactement au résultat que subodoraient tous ceux pour qui les réelles motivations de la manœuvre n’étaient que le maintien de Joseph Kabila au pouvoir, au-delà de son dernier mandat.

L’horizon d’avril 2018, choisi nul ne sait trop sur quelles bases, laisse la désagréable impression d’un terrain vague, sur lequel l’on voudrait entraîner les Congolais, avant de leur jeter à la figure une ultime surprise, qui pourrait être une révision constitutionnelle, entérinant le maintien au pouvoir du président Kabila, ad vitam æternam.

Ne peut-on pas lui faire confiance, et espérer qu’il s’en ira bien en avril 2018 ?

Et pourquoi donc avril 2018 et pas mars ou décembre 2018 ? Ou même, plus simplement, avril 2017 ? Un pouvoir qui veut inspirer confiance ne choisit ni n’impose des dates aussi lointaines pour rattraper ses propres erreurs. Hélas ! Lorsqu’un chef d’État, en place depuis quinze ans, éprouve le besoin de grignoter quinze mois de plus, il faut s’attendre à ce que cela ne lui suffise pas.

Il savait, en se faisant élire puis réélire, que la présidentielle suivante devait être organisée à une échéance précise, afin qu’il puisse, le 19 décembre prochain, passer la main à son successeur. Au regard de la Constitution, le pouvoir est seul en faute, ici. Et, en démocratie, une faute aussi grave, dont on est soi-même le bénéficiaire, s’apparente à ce que l’on appelle, dans certains pays, la haute trahison. Barack Obama n’aurait pas pu, aux États-Unis, créer les conditions pour que les élections ne se tiennent pas en novembre 2016, et convoquer ensuite un dialogue national, pour entériner tout cela, dans le but évident de rester au pouvoir au-delà de janvier 2017. Il finirait, au minimum, devant un grand jury.

François Hollande ne pourrait pas se permettre, en France, de différer sensiblement, pour quelque raison que ce soit, la présidentielle de 2017. Il s’exposerait à une condamnation pour haute trahison. Le Premier ministre britannique, pas plus que la chancelière allemande Angela Merkel, ne s’autoriserait ce genre de manquement intéressé.

L’on vous objecter qu’il s’agit, là, de développés, de pays occidentaux… Qu’en serait-il de l’Afrique ?

Le Premier ministre de Sao Tomé & Principe ou celui du Cap Vert n’oserait pas cela non plus. Pareil pour les présidents du Botswana, de la Tanzanie. L’ex-président Boni Yayi du Bénin en a été soupçonné, mais ne l’a pas osé ! Alors, oui, il ne sert à rien de crier urbi et orbi que la RDC est une démocratie, si quelques individus peuvent s’y cramponner au pouvoir et s’autoriser d’interminables prolongations, sous couvert d’un dialogue avec une opposition réduite à sa plus simple expression.

Il ne suffit pas, pour ses promoteurs, de dresser des colonnes d’apothéoses en l’honneur de ce dialogue national pour en faire un grand moment de démocratie. Et Vital Kamhere doit être bien mal dans sa peau d’unique rallié, car certains le percevront forcément comme l’enfant prodigue du « kabilisme », qui revient au bercail pour de décrocher, à bon marché, un poste de Premier ministre. Le fait qu’il ait appartenu à cette famille politique dans un passé pas si lointain affaiblit encore un peu plus l’accord auquel il est parvenu avec le pouvoir. Il est une bien maigre prise, comme opposant, et est probablement la meilleure illustration de l’échec de ce dialogue, boudé par les « vrais » opposants, par l’Église catholique, par la société civile et qui n’est soutenue, au fond, que par la seule Union africaine.

Edem Kodjo, lui, devra attendre avril 2018 pour savoir si son honneur est sauf, ou s’il s’est rendu complice d’une manœuvre dont le but, dès le départ, était de contourner la Constitution, pour perpétuer un régime pour le moins contesté, et même rejeté par nombre de Congolais.

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