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NEGOCIATIONS EN SUISSE : LE STATU QUO QUI ENRICHIT LE M23 ET LE RWANDA SUR LE DOS DES MINES DU KIVU

Tandis que Kinshasa et le M23 signent des protocoles, les camions de minerais continuent de rouler vers le Rwanda, sous l’œil vigilant de l’armée rwandaise, toujours présente massivement sur le sol congolais.

En plein mois d’avril 2026, près de Montreux, la Suisse accueille le neuvième round de pourparlers directs entre le gouvernement congolais et les rebelles de l’AFC/M23. Sous médiation qatarie et américaine, ces discussions – délocalisées de Doha pour des raisons logistiques – devaient enfin sceller un cessez-le-feu durable.

Résultat ? Un mince mémorandum sur la vérification du cessez-le-feu, l’acheminement de l’aide humanitaire et un échange de prisonniers.

Des avancées « techniques », certes, mais rien sur le fond.

Car pendant que les délégations débattent dans les salons suisses, le statu quo sur le terrain profite outrageusement à un camp : les rebelles du M23, qui tiennent – grace à l’armée rwandaise – d’une main de fer les zones minières du Nord et du Sud-Kivu, et notamment la mine de Rubaya, l’une des plus riches en coltan (tantale) au monde.

Les revendications : deux visions irréconciliables

Du côté de Kinshasa, le message est clair : retrait immédiat et inconditionnel des rebelles, désarmement, restauration de l’autorité de l’État. Pas question de fédéralisme, de statut spécial ou d’amnistie totale, comme demandé par le M23/Afc/RDF.

Le gouvernement exige surtout le départ vérifiable des troupes rwandaises ( RDF) qui opèrent aux côtés du M23/AFC.

Sans ce retrait, toute négociation est faussée : on ne dialogue pas d’égal à égal avec un groupe qui bénéficie d’un appui extérieur massif en artillerie, renseignement et logistique.

En face, l’AFC/M23 pose ses conditions : intégration dans l’armée avec grades intacts, amnistie large, retour sécurisé des réfugiés tutsis (lesquels ?), et surtout un « statut spécial » pour les territoires conquis – en clair, une forme d’autonomie qui leur permettrait de garder la main sur les zones riches en ressources.

Ils refusent tout retrait tant que Kinshasa n’offre pas de garanties béton de leur « survie ». Résultat : impasse totale sur les points politiques et sécuritaires. Les Accords Cadre signés à Doha restent lettre morte sur le terrain, et les accusations mutuelles de violations du cessez-le-feu fusent quotidiennement.

Le vrai moteur du blocage : le business minier qui finance la guerre

Et pendant que les négociations patinent, le statu quo s’avère juteux pour les rebelles.

Depuis leur prise de contrôle de Rubaya en avril 2024, le M23/AFC impose une taxation systématique sur l’extraction artisanale de coltan, cassitérite et wolframite – les fameux minerais 3T.

Selon les experts de l’ONU, le groupe empoche plus de 800.000 dollars par mois rien que sur cette mine. Les minerais sont ensuite convoyés de nuit vers Goma et Bukavu, puis acheminés au Rwanda – sous l’œil vigilant des RDF – où ils sont mélangés à la production locale pour masquer leur origine congolaise. Un système rodé, ultra-efficace, qui transforme les camions en flux continu vers Kigali.

Conséquence directe ? Les exportations rwandaises de minerais 3T ont explosé : +46,2 % entre 2024 et 2025 selon les chiffres officiels du ministère rwandais des Finances.

Une hausse spectaculaire qui a permis de réduire le déficit commercial du pays de 8,4 %.

Les Nations unies parlent même de « la plus grande contamination des chaînes d’approvisionnement en minerais 3T » jamais enregistrée dans la région des Grands Lacs.

( Source le Rapport du 27 décembre 2024 du Groupe d’experts sur la République démocratique du Congo adressée au Président du Conseil de sécurité, S/2024/969).

En clair : le conflit finance le développement rwandais pendant que la RDC saigne sous l’occupation.

Ce n’est pas un détail. C’est le cœur du problème. La « vraie » cause profonde du conflit !

Tant que le M23/RDF contrôle Rubaya et les routes d’exportation, il n’a aucun intérêt à déposer les armes ou à accepter un retrait.

Pourquoi lâcher un business qui rapporte des centaines de milliers de dollars chaque mois et qui renforce son allié rwandais ?

Kinshasa le sait pertinemment : sans solution sur le volet minier et sur le retrait des troupes étrangères, tout accord restera un chiffon de papier.

Les médiateurs qataris et américains ont beau pousser, le rapport de force sur le terrain – et surtout le rapport de force économique – penche clairement en faveur des rebelles.

Un cessez-le-feu fragile et un avenir incertain

Les négociations suisses ont au moins permis de débloquer un mécanisme de vérification paritaire et un peu d’aide humanitaire. C’est mieux que rien.

Mais tant que les camions chargés de coltan continueront de rouler vers le Rwanda, tant que les troupes étrangères contrôleront les lignes de front du M23, le cycle de la violence et de l’exploitation illégale perdurera.

Le statu quo n’est pas neutre : il enrichit un camp, affaiblit l’autre, et condamne des millions de Congolais à la misère, à l’insécurité et aux violations massives de leurs droits humains. Le processus reste ouvert, mais le temps joue contre Kinshasa. Si rien ne change sur le terrain minier et militaire, les pourparlers suisses risquent de n’être qu’une énième photo de famille diplomatique.

La paix réelle passera forcément par le démantèlement de ce système économique de guerre qui profite si bien à ceux qui ont lancé cette guerre contre la RDCongo.

Eugène DIOMI NDONGALA,

Démocratie Chrétienne, DC.