STABILITE MONETAIRE OU MIRAGE ? LA GRANDE FRACTURE ENTRE LA BCC ET LA RUE CONGOLAISE
Auditionné au Sénat, sur sa politique monétaire qui commence à inquiéter les élus, le gouverneur Wameso vante des indicateurs flatteurs qui occultent chômage, pauvreté extrême et économie informelle. Au lieu d’interdire les devises par décret, lançons une dédollarisation intelligente et progressive qui ne broie pas la population la plus vulnérable.
Après son audition devant la commission économique du Sénat, le gouverneur de la Banque Centrale du Congo, André Wameso, a déroulé des chiffres qui, à première vue, sonnent comme une victoire : inflation contenue à 2,36 % en glissement annuel, réserves internationales à 7 milliards de dollars, croissance attendue à 5,8 % en 2025 et 6,2 % en 2026, et un franc congolais qui tiendrait enfin la route.
Des indicateurs rassurants, presque triomphants. Pourtant, ces données présentées restent des approximations techniques qui occultent cruellement la réalité vécue par la grande majorité des Congolais.
Car le paramètre de l ’inflation maîtrisée, sur le papier, ne nourrit personne.
Elle ne paie ni le loyer, ni l’école, ni le sac de manioc qui flambe au marché. Derrière ce taux officiel se cache une pauvreté extrême qui touche 85 % de la population, contrainte de survivre avec moins de 3 dollars par jour. Le chômage massif, le sous-emploi chronique, l’économie informelle qui représente près de 90 % de l’activité : rien de tout cela n’apparaît dans le communiqué triomphal.
La croissance, portée par le secteur minier, reste intensive en capitaux et avare en emplois.
Elle enrichit les multinationales et une poignée d’élites, pendant que des millions de jeunes cherchent en vain un travail décent.
Le revenu par habitant stagne, parfois même en deçà du niveau de 1960.
Les inégalités explosent. Et pendant ce temps, les statistiques officielles, souvent sous-estimées, continuent de masquer l’inflation réelle des biens de première nécessité – toujours volatiles – qui dévore le pouvoir d’achat des plus vulnérables.
L’argument avancé pour justifier les restrictions financières actuelles – notamment l’interdiction progressive des transactions en espèces en devises étrangères à partir d’avril 2027 – est tout aussi approximatif. Le blanchiment d’argent est brandi comme un épouvantail, sans une seule série chiffrée, sans étude publique crédible, sans rapport du GAFI (Groupe d’Action Financière) ou du FMI qui quantifie réellement l’ampleur du phénomène via les flux cash en dollars du quotidien.
Aucun diagnostic empirique sérieux ne vient étayer cette mesure radicale.
Résultat : on impose une dédollarisation brutale qui frappe d’abord l’économie informelle, celle qui fait vivre 85 % des ménages.
On risque de créer un marché noir du dollar encore plus opaque, d’alourdir les coûts pour les petites entreprises, de compliquer les transferts des diasporas, et d’exclure encore davantage ceux qui n’ont déjà accès ni aux banques ni aux outils numériques fiables.
Ces restrictions ne règlent rien aux vrais maux structurels : l’insécurité à l’Est, la dépendance aux minerais, la corruption endémique, l’absence de diversification productive.
Au contraire, elles risquent d’aggraver l’exclusion au lieu de construire une inclusion économique réelle.
Des pays comme le Brésil ou l’Inde ont réussi leur transition monétaire en offrant d’abord des infrastructures de paiement efficaces et accessibles, pas en interdisant complétement par décret l’utilisation de devise, sans oublier le niveau très bas de pénétration bancaire en RDC, avec des taux extrêmement bas d’électrification et de pénétration d’internet, qui rendent la monnaie numérique encore inutilisable.
En vérité, ces chiffres présentés après l’audition sénatoriale racontent une histoire incomplète, presque déconnectée du terrain.
Voilà pourquoi une véritable reforme économique est nécessaire et pas une simple imposition monétaire de la BCC, avec la participation de tous les intervenants institutionnels : commission économique du gouvernement, parlement mais aussi représentants des entrepreneurs, des banques et des consommateurs.
La BCC projette une image de stabilité macroéconomique qui ne correspond pas au quotidien de Kinshasa, Lubumbashi, Gemena ou Matadi.
Tant que la Banque Centrale continuera à privilégier des indicateurs techniques sans intégrer la pauvreté, l’emploi et la confiance des citoyens, la fracture entre les statistiques optimistes de la BCC et la réalité sociale ne fera que s’élargir.
Il est temps de passer d’une politique monétaire de façade à une politique qui serve enfin le peuple.
Une véritable Réforme Monétaire et Economique réfléchie et progressive s’impose : elle n’interdirait pas les devises, mais accompagnerait une transition vers la dédollarisation graduelle de notre économie, sans infliger de chocs brutaux issus de mesures peu réfléchies, surtout à la population la plus démunie qui constitue la majorité des congolais.
Eugène Diomi Ndongala,
Démocratie Chrétienne, DC




