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LA « GARDE MINIERE » : UN COLOSSE AUX PIEDS D’ARGILE QUI ENERVE L’ÉTAT DE DROIT EN RDC

L’Inspection Générale des Mines (IGM) sort le grand jeu : elle annonce la création d’une « Garde minière » de 20.000 hommes, déployée dans les 22 provinces minières du pays.

Budget affiché : 100 millions de dollars, gracieusement injectés par les partenariats stratégiques avec Washington (l’accord du 4 décembre 2025 sur les minerais critiques) et Doha (pour l’or).

Objectif officiel ? Sécuriser les sites, traquer la fraude et garantir la traçabilité. Sur le papier, ça sonne comme la réponse tant attendue à un chaos bien réel : pillage systématique, taxation illégale par des groupes armés et des éléments des forces régulières, et des milliards qui fuient chaque année hors des caisses de l’État.

Sauf que derrière l’effet d’annonce se cache une mécanique institutionnelle pour le moins… baroque.

Car cette « Garde minière » ne règle rien : elle reproduit, en pire, tous les travers qu’elle prétend combattre.

D’abord, elle piétine allègrement la Constitution. L’article 188 et la loi organique de 2011 sur les FARDC sont pourtant clairs : l’armée républicaine est unique, placée sous l’autorité exclusive du Chef de l’État et du gouvernement. Créer une force paramilitaire armée sous la tutelle d’une administration civile (l’IGM, rattachée au ministère des Mines) n’est pas une innovation, c’est un contournement pur et simple.

On invente un corps parallèle sans passer par le Parlement, sans loi organique, sans contrôle.

Ensuite, elle crée un doublon inutile et coûteux.

Le Code minier de 2018 avait déjà prévu une Police des mines, des commissions anti-fraude et des mécanismes de surveillance.

De plus, le Code minier (loi n° 007/2002 du 11 juillet 2002, telle que modifiée et complétée par la loi n° 18/001 du 9 mars 2018) ne crée pas une « Police des mines » comme un nouveau corps autonome ou paramilitaire par un article unique. La Police des Mines et Hydrocarbures (PMH) est une unité spécialisée de la Police Nationale Congolaise (PNC), dont les missions de maintien de l’ordre, de protection des ressources minières et de répression des infractions découlent de l’application du Code.

Au lieu de renforcer et appliquer ce qui est prévu par le code, on l’ ignore et on empile une nouvelle structure qui énerve la Constitution. Résultat : plus de bureaucratie, plus de chevauchements, et toujours la même impuissance sur le terrain.

Le budget, lui, relève de la pure fiction. 100 millions de dollars pour 20.000 agents, soit 5.000 dollars par tête « tout compris » en dotation initiale ? De quoi loger, former, équiper, armer, nourrir, payer et maintenir une force paramilitaire de 20.000 hommes dans la durée ? C’est risible.

On sait déjà que ce montant ne couvrira ni les salaires récurrents à venir, ni l’entretien du matériel.

Qui va payer cette nouvelle armée qui s’intercale aux structures constitutionnelles sécuritaires légales ?

C’est le genre d’enveloppe qui sent le coup de com’ plus que le plan sérieux.

Mais le plus grave reste ailleurs.

Enfin, le financement étranger initiale pose la question de souveraineté la plus gênante.

On passe subtilement d’une sécurité publique à une sécurité « conventionnée », pilotée par les intérêts de Washington et de Doha. Privatisation rampante déguisée en partenariat stratégique.

En somme, face à un problème structurel – l’insécurité et la prédation minière – Kinshasa choisit encore une fois le palliatif le plus risqué : un corps parallèle, financé de façon opaque, hors de tout contrôle parlementaire réel.

C’est la stratégie du contournement plutôt que celle de la réforme.

On ne réforme pas le secteur de la sécurité, on ne renforce pas l’État de droit, on ne crée pas de Fonds transparent pour les Ressources Naturelles. On empile une nouvelle couche de façade.

L’histoire congolaise le répète depuis 2003 : ces solutions « rapides » ne tiennent jamais.

Elles fragmentent un peu plus l’autorité de l’État et nourrissent, à terme, les mêmes cycles de violence et de pillage. Le Groupe d’experts de l’ONU l’avait déjà dit il y a vingt-trois ans : priorité à l’intégration réelle des forces armées et à un Fonds pour les ressources Naturelles qui reverse enfin les revenus miniers à la population.

La recommandation provient du *Rapport final du Panel d’experts de l’ONU sur l’exploitation illégale des ressources naturelles et autres formes de richesse de la République démocratique du Congo, S/2003/1027″ –daté du 23 octobre 2003 :

« Le Groupe d’experts a recommandé […] l’intégration effective des forces armées de la RDC et la création d’un Fonds pour les ressources naturelles qui permettrait de s’assurer que les revenus provenant des mines bénéficieront à la population. »

Cette recommandation n’a pas pris une ride. Elle reste la seule feuille de route sérieuse.

Cette « Garde minière » qui privatise la sécurité, n’est pas une solution, surtout si elle évolue en dehors du code minier et des structures sécuritaires constitutionnelles et legales du pays, qui prévoient autre chose.

C’est un symptôme supplémentaire d’un État qui, au lieu de se reconstruire par le haut, continue de s’inventer des prothèses institutionnelles.

Spectaculaires.

Coûteuses, budgétivores et, surtout, condamnées à craquer.

Eugène DIOMI NDONGALA,

Démocratie Chrétienne, DC,

Ministre Honoraire des Mines