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Analyse de la MPP de l’Accord-Cadre d’Addis-Abeba. Révisionnisme historique, marginalisation des forces vives congolaises et hypertrophie des structures de suivi : encore un processus de paix sans paix pour les congolais ?

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La Majorité Présidentielle Populaire, MPP en sigle,  a pris acte de la signature à Addis-Abeba de l’ « Accord-cadre pour la paix, la sécurité et la coopération pour la République démocratique du Congo et la région » avec l’implication de 11 pays et 4 organisations internationales et sous régionales de l’Afrique Centrale.

Tout en soulignant l’importance pour la RDC de l’attention portée par la communauté internationale sur les graves problèmes de sécurité extérieure et intérieure  ainsi que de légitimation du pouvoir et gouvernance dont souffre le Congo-Kinshasa depuis plus d’une décennie, avec une aggravation depuis novembre 2011, la MPP tient à exprimer  certaines réserves en ce qui concerne la forme et le fond de cet accord – cadre :

 

  1. 1.      De la Procédure d’adoption :

L’Accord-cadre signé à Addis Abeba le 24/02/2013 a été adopté sans aucun débat interne en RDC, ni au niveau des institutions en place ni au niveau des différentes tendances politiques congolaises : cette lacune fait de cet accord un énième cas de « diplomatie du prince ». D’autant plus que cette faiblesse apparait fortement contradictoire de la part d’un Accord – cadre  avec des objectifs politiques déclarés ayant trait à l’avancée du processus de démocratisation manifestement en panne en RDC.

Il aurait été plus logique et cohérent  de prévoir un mécanisme capable d’associer les forces sociales et politique du pays au moins aux discussions préalables.

 

  1. 2.      Du Ménagement des agresseurs et déni de justice internationale :

Un récent rapport des Experts des Nations Unies focalisé sur  la déstabilisation de l’Est de la RDC avait mis en exergue la responsabilité des pays voisins de la RDC dans l’utilisation de rebellions de proxy pour affaiblir la RDC et poursuivre ainsi l’exploitation illégale de ses richesses naturelles.

L’analyse du texte de l’ « Accord-cadre pour la paix, la sécurité et la coopération pour la RDC et la région » semble concentrer son attention exclusivement sur  les problèmes sécuritaires internes de la RDC sans expliciter la responsabilité du Rwanda et de l’Ouganda dans la déstabilisation de l’Est de la RDC. En d’autres termes, le rôle et la responsabilité « historiques » de ces deux pays a été manifestement ménagée  laissant apparaitre en premier plan le caractère interne de la crise sécuritaire qui frappe l’Est de la RDC.

A cause de ce révisionnisme historique,   aucune forme de justice et de réparation pour les millions de morts congolais victimes de l’agression dont la RDC est victime depuis 1996 n’est envisageable.

 

La citation  du Rwanda et de l’Ouganda en tant que pays qui s’engagent à ne pas interférer dans les affaires internes de la RDC a été diplomatiquement noyée dans la liste des très nombreux pays signataires de l’Accord ; cela répond à l’exigence d’éviter   la  mise en à  l’index de ces deux pays et les  convaincre à s’engager dans la signature d’un accord où leur nom est cité dans une liste parmi beaucoup d’autres.

Malheureusement, il faut avouer que ce « révisionnisme historique » est aussi la conséquence néfaste de la politique étrangère balbutiante et de la diplomatie incohérente de l’exécutif kabiliste  qui n’a jamais osé dénoncer formellement l’agression de la RDC.

 

La conséquence, sur le plan diplomatique, a été le renforcement de la thèse Ougando-rwandaise sur le caractère « interne » de la crise sécuritaire de l’Est de la RDC. Les négociations en cours à Kampala s’inscrivent, d’ailleurs, dans la même logique.

D’autant plus que le Rwanda pourra se prevaloir de la signature de cet Accord pour demander le rétablissement des aides budgetaires recemment suspendues par ses partenaires internationaux à la suite de son rôle actif dans la destabilisation de la RDC.

 Voilà pourquoi il aurait été nécessaire et opportun d’associer l’ensemble des forces vives de la RDC dans la discussion préalables à la signature de cet Accord – Cadre, au moins pour combler ces défaillances diplomatiques de l’actuel exécutif dans la défense des intérêts supérieurs du peuple congolais et dans le respect de la réalité historique.

 

  1. 3.      De l’Hypertrophie de la structure de suivi :

L’accord – cadre apparait doté d’une structure de suivi extrêmement complexe pour ne pas dire « éléphantesque » : 11 pays signataires et 4 organisations internationales qui seront chargé du suivi du respect des principes contenus dans ce texte. Ce mécanisme de suivi  est certainement trop lourd et trop complexe au point qu’en cas de violation de l’Accord par un des acteurs- signataires, il sera extrêmement compliqué pour l’ensemble des signataires de condamner la violation.

Cette complexité affaiblit la possibilité réelle d’un suivi de l’Accord-cadre car  l’hypertrophie des structures de suivi se traduit, à notre avis,  dans un affaiblissement de son effectivité et de son respect de la part des signataires: malheureusement, les congolais ont déjà entendu parler de beaucoup de processus de paix, qui n’ont pas été porteurs de paix pour eux.

Cela justifie notre méfiance par rapport à des structures de suivi où le rôle et la responsabilité de chaque acteur est noyée dans une multitude d’organisations internationales censées vérifier sa mise en application.

 

  1. 4.      De la mise en application :

Comme pour tout Accord – Cadre touchant aux  problématiques de  la paix,  de la sécurité et de la démocratisation, ce n’est pas le texte en soi qui peut être jugé comme bon ou mauvais : ce qu’ intéresse l’opinion publique congolaise est aussi et surtout sa mise en application.

Les graves problèmes de légitimation du pouvoir, de gouvernance et de faiblesse du processus de démocratisation, pour ne pas parler de l’absence de réelle décentralisation administrative et de l’intolérance politique devront aussi faire l’objet de suivi de la part de la structure complexe issue de l’Accord – Cadre ; le large spectre de compétence de cet accord pose des évidentes questions de souveraineté derrière lesquelles le pouvoir autocratique actuellement en place à Kinshasa pourra facilement se cacher pour ne pas effectuer les reformes politiques nécessaires en termes de démocratisation.

D’ailleurs, le manque d’un « FEUILLE DE ROUTE » et d’un quelconque chronologie d’application ne peut que laisser perplexe l’opinion publique congolaise.

Certes, la dénomination choisie d’ « Accord-Cadre » présuppose un ensemble d’ « Accords d’Application » qui devront suivre et qui devront  être sanctionnés nécessairement par l’ensemble des forces politiques et sociales congolaises, sous l’égide et la facilitation des acteurs internationaux signataires de l’Accord – Cadre.

 

En effet, sans l’implication réelle des congolais dans le processus de démocratisation en tant qu’ « acteurs » et non simple « spectateurs », il sera difficile de faire la différence entre le document signé à Addis- Abeba le 24/02/2013 et les nombreux accords qui l’ont précédé et qui ont tous engendré des processus de paix sans paix pour le peuple congolais.

 

Vérité et Justice pour le Congo,

Fait à Kinshasa le 24/02/2013

 

Eugène Diomi Ndongala,

Porte-Parole de la Plateforme politique MPP,

 

Président National de la

Démocratie Chrétienne, DC

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* Le texte signé le 24/02/2013 de l’ Accord-cadre pour la paix, la sécurité et la coopération pour la République démocratique du Congo et la région

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