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LE BOOMERANG JUDICIAIRE DE C64 : ILS CHERCHENT UN COUP D’ECLAT JURIDIQUE, ILS RISQUENT LA PRISON

À peine la « ville morte-ville vivante » passée, la coalition dite C64 promet de déposer plainte contre le président de la république, le 9 juin, pour un crime qui n’existe pas. Une initiative cavalière sans aucune base juridique… qui risque fort de leur exploser à la figure, en les exposant à la dénonciation calomnieuse et à l’offense au chef de l’État.

Kinshasa, ce 4 juin 2026. À peine la « journée ville morte/ville vivante » du 3 juin digérée – mi-succès, mi-fiasco selon qu’on écoute les organisateurs ou les Kinois qui ont quand même fini par aller au marché, à l ‘école et au travail – la coalition C64 remet ça.

Et cette fois, ils sortent une apparente artillerie lourde : le 9 juin, ils iront déposer plainte contre le président Félix Tshisekedi pour… « tentative de coup d’État institutionnel ».

On se frotte les yeux. Un tentative de coup d’État institutionnel ? Vraiment? On imagine déjà les avocats de l’opposition, costume trois pièces et mine grave, franchir le seuil du parquet comme des chevaliers blancs venus sauver la Constitution.

Sauf que, dans le droit congolais, cette plainte est l’équivalent judiciaire d’un selfie devant un tribunal : ça fait joli sur les réseaux, mais ça n’a strictement aucun effet.

Car voilà le problème, et il est abyssal : il n’existe aucune juridiction congolaise habilitée à recevoir une telle plainte contre le chef de l’État en exercice.

Aucune. Zéro. Nada.

L’article 166 de la Constitution est clair comme de l’eau de roche : pour parler de haute trahison – la seule infraction qui pourrait vaguement ressembler à ce que C64 qualifie de « tentative de coup d’État institutionnel » –, il faut d’abord que le Congrès (Assemblée nationale + Sénat réunis) vote, à la majorité des deux tiers, la mise en accusation. Pas avant. Pas autrement.

Le parquet ordinaire, le tribunal de grande instance, le procureur général près la Cour constitutionnelle ? Ils peuvent tous ranger leurs tampons. Sans ce vote parlementaire, ils n’ont même pas le droit d’ouvrir une enquête.

Et même si, par miracle, le Congrès se mettait soudain à jouer les opposants à sa propre majorité, il resterait un détail gênant : il n’y a pas d’infraction.

Le Code pénal parle d’attentat contre le régime constitutionnel (article 195) ou de complot (article 196). Pour qu’il y ait tentative, il faut des actes extérieurs, un commencement d’exécution, pas une simple intention ou un projet de révision constitutionnelle discuté au Parlement.

Or la Constitution elle-même prévoit sa propre révision (articles 218 à 220). Déposer un projet de loi n’est pas un coup d’État, c’est… de la politique. L’adoption d’ une loi sur le referendum est bien prévue par l’ art.5 de la Constitution et elle ne fait que combler un vide juridique…

C’est là que l’insulte au droit devient non seulement comique, mais surtout dangereuse pour ceux qui la commettent.

En lançant cette démarche provocatoire, théâtrale et juridiquement vide, C64 ne se contente pas de jouer au procès d’intention : elle s’expose elle-même à des poursuites bien réelles et parfaitement fondées.

D’abord, la dénonciation calomnieuse (article 76 du Code pénal) : quiconque fait à une autorité judiciaire ou à un fonctionnaire public une dénonciation qu’il sait fausse ou inexacte, dans le but de nuire, risque jusqu’à cinq ans de servitude pénale.

Or c’est exactement ce que C64 annonce faire le 9 juin : déposer une plainte qu’elle sait d’avance irrecevable, sans infraction constituée et sans juridiction compétente.

La mauvaise foi saute aux yeux.

Ensuite, l’offense au chef de l’État (ordonnance-loi n° 300 du 16 décembre 1963) : calomnies, diffamations, imputations publiques ridiculisant le Président sont punies de trois mois à deux ans de prison.

Et C64 ne se contente pas d’une plainte discrète : elle l’annonce à grand renfort de conférences de presse, de réseaux sociaux et vidéo partagés (

https://twitter.com/BreakingN_RDC/status/2062579736073683012/video/1).

Accuser publiquement le Président d’être en train de préparer un coup d’État, c’est taillé sur mesure pour cette infraction.

Le scénario le plus probable ?

Le 9 juin, C64 dépose sa plainte fantoche.

Le lendemain ou la semaine suivante, le camp présidentiel (ou le Procureur général lui-même) dépose une contre-plainte.

Et soudain, les responsables de la coalition – Fayulu, Katumbi, Sesanga et consorts – passeraient du rôle de justiciers constitutionnels à celui de prévenus de droit commun.

C’est la beauté cruelle de l’affaire :

en voulant faire un coup d’éclat sans le moindre soubassement juridique, ils ont offert sur un plateau d’argent au pouvoir les outils légaux pour les traîner en justice avec un vrai fondement cette fois.

Ils veulent démarrer un « procès d’intention »… tout en s’offrant eux-mêmes un procès bien concret.

On comprend le calcul, bien sûr. Il ne s’agit pas de gagner un procès – ils savent pertinemment qu’ils n’ont aucune chance.

Il s’agit de faire du bruit, de rester dans le « game » médiatique et de transformer un débat politique légitime en mélodrame judiciaire.

Sauf qu’à force de multiplier les initiatives cavalières, on finit par ressembler à ce qu’on dénonce : des apprentis sorciers qui piétinent le droit pour mieux se donner une stature.

Le 9 juin, on ira donc voir le spectacle.

Les avocats liront leur plainte avec emphase, les journalistes prendront des photos, les réseaux s’enflammeront.

Et le lendemain, le dossier finira gentiment classé sans suite… tandis qu’une autre procédure, beaucoup plus sérieuse, pourrait bien s’ouvrir contre ses auteurs.

C64 aura eu son éphémère moment de gloire.

Le droit, lui, aura encore une fois été pris pour un vulgaire accessoire de scène – mais cette fois, c’est l’opposition qui risque de se retrouver sur le banc des accusés.

Les coups d’éclat judiciaires sans fondement se retournent parfois en effet boomerang.

Eugène Diomi Ndongala,

Démocratie Chrétienne, DC

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