DE RUBAYA A BRUXELLES : LE PILLAGE RWANDAIS DES MINERAIS CONGOLAIS ET LE SILENCE COMPLICE DE L’UE
Ce 10 juin 2026, dans son enquête intitulée « Qui achète le coltan de contrebande du Rwanda ? Le parcours mondial du coltan issu des conflits, de la RDC à l’électronique mondiale », Global Witness révèle comment plus de 120 tonnes de coltan par mois quittent les mines de Rubaya contrôlées par le M23 pour être blanchies au Rwanda avant d’alimenter les chaînes d’approvisionnement mondiales. Un pillage à grande échelle qui expose la complicité passive de l’Europe.

Depuis avril 2024, les mines de coltan les plus riches du monde – environ 15 % de la production mondiale de tantale – sont sous le contrôle direct du M23. Ce groupe armé, soutenu militairement par l’armée rwandaise (les RDF), ne se contente pas d’occuper le terrain : il en extrait méthodiquement la richesse pour financer sa guerre d’expansion.
Selon l’enquête publiée ce 10 juin 2026 par Global Witness, plus de 120 tonnes de coltan quittent chaque mois Rubaya pour le Rwanda. Au minimum 1.400 tonnes la première année. Un flux qui génère, selon les experts de l’ONU, environ 800.000 dollars par mois pour les caisses du M23. Taxes à la mine, taxes sur les routes, pourcentages sur les ventes : tout est organisé, taxé, contrôlé. Des mineurs artisanaux creusent sous la menace, certains battus s’ils résistent. Des glissements de terrain tuent par dizaines ou centaines. Le « sang » coule littéralement avec le minerai.
Les mécanismes d’un pillage organisé

Le système est d’une efficacité glaçante. Du fond des fosses de Rubaya, le coltan – ce minerai noirâtre riche en tantale, indispensable aux condensateurs de smartphones, ordinateurs, voitures électriques et équipements de défense – est chargé sur des motos ou des véhicules. Il remonte vers Goma. Depuis la prise de la ville par le M23, une grande partie transite désormais en plein jour par la frontière rwandaise, sous les yeux des autorités de Kigali.
Une fois au Rwanda, le minerai « de sang » est mélangé à de la production locale, parfois assombri chimiquement pour ressembler au « black coltan » rwandais. Il reçoit ensuite les précieux tags du système de traçabilité ITSCI, qui le transforme miraculeusement en minerai « responsable » et « rwandais ». Sept sociétés rwandaises dominent 85 % des exportations officielles. Au moins cinq d’entre elles – African Panther Resources, Sunrise Metal Company, Boss Mining Solutions, Kanzamin et Philbert Trading Minerals – achètent directement ou indirectement le coltan de Rubaya, selon les témoignages de passeurs recueillis par Global Witness.

Le Rwanda perçoit sa taxe à l’export de 5 %. Le coltan devient sa deuxième source de devises après l’or.
Les exportations officielles rwandaises ont plus que doublé, voire triplé, en quelques années.

La Chine importe des milliers de tonnes. Le minerai repart vers les fonderies (Chine, Kazakhstan), est transformé en tantale pur, puis entre dans les chaînes d’approvisionnement mondiales de l’électronique et de la transition énergétique. Des marques comme Apple, Sony, Microsoft, Amazon, Nvidia ou Toyota peuvent ainsi se retrouver, sans le savoir ou sans vouloir le savoir, avec du tantale originaire des mines contrôlées par le M23.
La RDC, elle, ne touche rien. Ni royalties, ni taxes, ni devises. Son État perd le contrôle de ses propres ressources stratégiques, tandis qu’un voisin plus petit et mieux organisé siphonne la valeur ajoutée.
Le MoU UE-Rwanda : la machine à blanchir institutionnelle
Ce pillage ne serait qu’une affaire régionale s’il ne bénéficiait pas d’un formidable accélérateur international : le Memorandum of Understanding signé le 18 février 2024 entre l’Union européenne et le Rwanda sur les « chaînes de valeur durables de matières premières critiques ».
Officiellement, cet accord vise à sécuriser l’approvisionnement européen en tantale, niobium et autres minerais stratégiques pour la transition écologique et numérique. Dans les faits, il offre au Rwanda un label « partenaire fiable et durable » de l’Europe. Les minerais volés en RDC, mélangés et reconditionnés à Kigali, peuvent ainsi entrer plus facilement dans les circuits européens sous couvert de « traçabilité » et de « partenariat gagnant-gagnant ».
L’hypocrisie est totale.
Alors que le Parlement européen a adopté en avril 2026 une résolution à l’écrasante majorité des ces membres exigeant la révision ou la suspension immédiate de ce MoU face aux preuves accablantes de pillage et de soutien rwandais au M23, la Commission européenne, sous la présidence d’Ursula von der Leyen, s’entête à maintenir l’accord.
Et ce, avec le soutien particulièrement actif de la France, qui voit dans ce partenariat un levier géopolitique et économique en Afrique des Grands Lacs.
Bruxelles invoque la nécessité de diversifier ses sources d’approvisionnement face à la Chine.
Mais à quel prix ? Celui du sang congolais, de la souveraineté violée de la RDC et de la prolongation d’un conflit qui a déjà fait des millions de morts depuis 1996. Double standard éhonté : l’Union sanctionne lourdement l’agression russe en Ukraine au nom du droit international ; elle courtise et légitime le parrain du M23 ( le Rwanda) au nom des faux « minerais verts ».

RECCOMANDATION DE GLOBAL WITNESS A L’ UNION EUROPEENNE
Une géocriminalité récompensée
Ce n’est plus de la simple contrebande. C’est un pillage systématique organisé par un État (le Rwanda), exécuté par un proxy armé (le M23), blanchi par un système de traçabilité défaillant (ITSCI) et désormais institutionnalisé par un accord européen.
Le Rwanda ne se contente pas de profiter du chaos : il l’entretient, le structure et en tire profit économique et stratégique.
Pendant ce temps, à Rubaya, les fosses se creusent toujours plus profondes.Des milliers de corps s’entassent après les glissements de terrain. Les populations fuient. Et à Bruxelles, on parle de « partenariats durables », de « transition juste » ainsi que de valeurs civilisationnels défendus…
L’Europe veut ses minerais propres pour ses voitures électriques et ses data centers. Elle les obtient en partie grâce au pillage organisé d’un pays voisin par un régime allié. Tant que la Commission von der Leyen, soutenue par Paris, refusera de suspendre ce MoU et d’imposer des sanctions ciblées contre les exportateurs rwandais et les commanditaires du M23, elle restera complice objective de ce crime économique et humain à ciel ouvert.
Il est temps que l’Europe accepte d’ouvrir les yeux – ou qu’elle assume publiquement qu’elle préfère le tantale sale au respect du droit international.
Eugène Diomi Ndongala,
Démocratie Chrétienne, DC




