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Vers une guerre de tranchées entre l’ONU et Kabila ? – JJ Wondo /DESK WONDO

Vers une guerre de tranchées entre l’ONU et Kabila ?

Par Jean-Jacques Wondo Omanyundu

JK et Kobler

La « guerre de tranchées » est l’expression appropriée pour décrire les relations tendues entre les Nations Unies et le régime Kabila dans une sorte  d’escalade diplomatique à l’issue incertaine, quoique prévisible pour certains analystes.

Depuis qu’on a exigé au gouvernement congolais de mettre en application ses engagements dans l’accord-cadre d’Addis-Abeba ainsi que les recommandations de la résolution 2098 du Conseil de sécurité de l’ONU, pas grand-chose n’a été concrétisé sur le terrain. La personne censée aider la RDC à mettre en application à l’époque, Mary Robinson, n’y a vu que du feu et a été relevé de ses fonctions au profit de l’algérien Saïd Djinnit, un diplomate chevronné, connaisseur du terrain africain où, à maintes fois, il a joué le rôle de démineur[1].

Pour rappel, l’Accord-cadre signé par le président Kabila, rappelé dans l’annexe B de la résolution 2098 engageait le Gouvernement congolais à :

  • Poursuivre et approfondir la réforme du secteur de la sécurité, en particulier s’agissant de l’ARMÉE et de la police;
  • Consolider l’AUTORITÉ de l’ÉTAT, en particulier dans l’est de la République démocratique du Congo, notamment pour empêcher les groupes armés de déstabiliser les pays voisins;
  • Progresser sur la voie de la décentralisation;
  • Aller de l’avant en matière de développement économique, s’agissant notamment du développement des infrastructures et de la prestation de services sociaux de base;
  • Poursuivre la réforme structurelle des institutions de l’État, notamment la réforme financière; et
  • Promouvoir la réconciliation, la tolérance et la démocratisation.

Si Kabila était amené à apposer sa signature au bas de cet accord, c’est notamment parce que l’autorité de l’Etat en RDC était liquéfiée et que les réformes de l’armée et de la police s’étaient enlisées. En tant qu’accord international, l’article 215 de la Constitution lui confère une autorité supérieure aux lois congolaises. C’est bien le goulot d’étranglement du Gouvernement que nous avons relevé il y a plus d’un an lors de notre analyse de l’Accord-cadre.

Dix-neuf mois après la signature de cet accord, pas grand-chose n’a été accompli sur le terrain congolais. Malgré la victoire des FARDC, aidées par la brigade d’intervention de la MONUSCO, les récents événements au Sud-Kivu avec la présence inexpliquée et injustifiée de l’armée burundaise en promenade de santé à Uvira et les massacres de Mutarule… ; la réactivation des groupes armés (Cheka, Nduma, NDC, ) et les massacres à grande échelle commis par les ADF/NALU à Beni où les FARDC et la police sont aux abonnées absentes au Nord-Kivu ; les Bakata-Katanga qui font la loi à la province cuprifère en occasionnant plus de 500.000 déplacés et réfugiés internes ; la résurgence des Maï-Maï Morgan en Ituri, la situation sécuritaire est assez éloquente pour dire, malgré le discours distrayant du président Kabila à la tribune de l’ONU le 24 septembre 2014, que la RDC sombre à nouveau dans l’instabilité sécuritaire du fait de la déliquescence de l’autorité de l’Etat et de l’absence d’une armée et d’une police incapables de protéger les populations civiles.

En même temps, le régime Kabila se refuse de se conformer au point 14 b) de la résolution 2098 qui « demande au Représentant spécial pour la République démocratique du Congo de s’acquitter, au moyen de ses bons offices à promouvoir un dialogue politique transparent et sans exclusive entre toutes les parties prenantes congolaises en vue de favoriser la réconciliation et la démocratisation et encourager l’organisation d’élections provinciales et locales crédibles et transparentes. A la place, Kabila a cherché de prendre la communauté internationale à contre-pied en se taillant sur mesure ses propres concertations nationales en vue de la cohésion, qui, un an après leur clôture, n’ont produit aucun résultat politique recherché en termes de réconciliation, de démocratisation et de sécurité.

Depuis, isolé sur le plan interne et international, son entourage ne jure que sur la révision/changement de la Constitution pour le pérenniser au pouvoir alors même que ses résultats socioéconomiques, avec un budget minable de 9 milliards de dollars contre 66,6 milliards USD pour son voisin du sud angolais, sont loin de justifier avec dignité les résultats de la croissance macroéconomique conjoncturelle vantée par les médias nationaux et certains internationaux à sa solde.

Quand les Etats-Unis pressent un régime illégitime autiste

Par ailleurs, constatant les limites d’un régime illégitime qu’ils ont soutenu depuis 2001, voire à partir de la guerre de la libération de l’AFDL en 1996, pour sauver leur face, les Etats-Unis pressent Joseph Kabila à respecter la Constitution et à ne plus se représenter en 2016, au terme de ses deux mandats électifs successifs frauduleux. Ainsi, tous ce que les Etats-Unis coptent comme responsables directs, indirects ou officieux de la politique africaine (Le secrétaire d’Etat américain John Kerry, L’Envoyé spécial du président Obama dans les Grands-Lacs Russ Feingold, la Sous-secrétaire américaine aux Affaires africaines Linda Thomas Greenfield, l’ambassadeur des Etats-Unis à Kinshasa James C. Swan…) ont été mis à contribution pour relayer haut et fort la position officielle des Etats-Unis exhortant le président Joseph Kabila à quitter le pouvoir fin 2016, comme prévu par la Constitution.

Il s’agit là d’une prise de position diplomatique, mal digérée par les « flatteurs[2] » autour de Kabila, dont les conséquences mettent en lumière le mal-être et le malaise politiques dans le camp présidentiel, de plus en plus divisé sur le sujet. au point que le porte-parole attitré et omniprésent de Kabila et d’un Gouvernement congolais autiste et anachronique, a perdu à nouveau son latin en répliquant à la dernière sortie médiatique de Linda Thomas Greenfield. Cette dernière, dans une sortie médiatique qui ne peut passer inaperçue dans des cercles sociopolitiques africains, a choisi l’hebdomadaire francophone africain le plus lu, Jeune Afrique, a signé une tribune intitulée « Deux mandats et puis s’en va » parue dans Jeune Afrique » du 5 au 11 octobre 2014, pour marteler et rappeler, une fois de plus, sans expressément les nommer, la position inflexible ( ?) des Etats-Unis vis-à-vis de Kabila et se compères tentés par la stratégie du présidentialisme monarchique.

Comme il fallait s’y attendre, la réponse de celui qui, après avoir évolué dans une rébellion antipatrique congolaise pro-rwandaise et responsable des massacres des milliers et plus de congolais, le RCD-Goma, Lambert Mende, s’auto-proclamant entretemps souverainiste par le simple verbe sans comprendre que la souveraineté d’un Etat se mesure dans sa capacité réelle de disposer du monopole de la violence légitime censée assurer à l’Etat, dont il se dit éminent ministre du Gouvernement, l’intégrité territoriale, ne s’est pas fait attendre en ces mots sonnant comme un tintamarre: « Plutôt que de chercher à importer des schémas institutionnels prêts-à-porter en Afrique, les vrais amis de ce continent feraient donc mieux de prendre en compte la corrélation qui existe entre tout système politique et son environnement socioculturel ».

Là où les Etats-Unis agissent, l’ONU n’est pas loin pour les appuyer

Il serait naïf pour certains observateurs de ne pas se rendre compte que lorsqu’ils veulent agir pour imposer leur politique dans un coin de la planète, les Etats-Unis font recours à l’ONU pour légitimer ses actions diplomatico-militaires dans la nouvelle approche géopolitique des relations internationales qui consacre le principe de « transnationalité » matérialisé la responsabilité de protéger. Il s’agit selon le camerounais Luc Sindjoun, dans son ouvrage : « La Sociologie des relations internationales africaines » ni plus ni moins de légitimer la contestation du monopole étatique des Etats (quasi-)faillis, comme la RDC, dont la souveraineté tiendrait plus de la fiction que de la réalité.

Ainsi, un (quasi ou non-)État, comme l’est aujourd’hui la RDC Congo dirigé par Kabila, décrit de président distrait et dépassé par les événements par Hillary Clinton, ne peut plus invoquer sa souveraineté pour refuser toute ingérence extérieure à l’intérieur de son territoire national. Et qu’il est de la responsabilité de la communauté internationale de protéger une population contre des catastrophes ou des violences lorsque l’État dont elle relève n’est pas disposé à le faire ou en est incapable. C’est le cas actuellement à l’Est de la RDC avec la présence de la Brigade d’intervention de la MONUSCO dont la création avait été naïvement applaudie par le Gouvernement congolais comme une victoire diplomatique qui se retourne aujourd’hui contre lui. C’est sur cette base juridique internationale, que les Nations Unies ont adopté le principe de responsabilité de protéger dans le document final du Sommet mondial de septembre 2005, matérialisé par la résolution 1894 sur la protection des civils dans les conflits armés, votée le 11 novembre 2009, par le Conseil de sécurité (CS) en établissant un lien entre son action en faveur de la protection des civils et sa responsabilité au titre de la responsabilité de protéger.

C’est dans ce cadre juridique international qu’il faut situer l’explication et la justification la postion actuelle des Etats-Unis, sur un ton condescendant, à l’égard de la RDC, un Etat émasculé, instable et dépourvu d’autorité de l’Etat. Même si derrière cette pseudo justification, ce sont les ressources naturelles stratégiques qui intéressent en premier lieu les Américains au Congo et non pas le sort des populations congolaises qu’ils ont laissées mourir par millions entre 1996 et 2002 en soutenant tour à tour l’AFDL, le RCD-Goma et le MLC.

Peut-être que le ministre Mende l’ignore, il peut s’intruire auprès de son collègue des Affaires étrangères, Raymond Tshibanda, que l’idée maitresse du principe de « la responsabilité de protéger » est que si la souveraineté, dont Mende se pavane dans ses diatribes sans en comprendre l’essence, donne le droit à un État de « contrôler » ses affaires intérieures. Elle lui confère également la « responsabilité » principale de protéger sa population à l’intérieur de ses frontières. Au cas contraire, cette responsabilité de protéger les populations devient un DEVOIR de la communauté internationale de faire le travail à la place du Gouvernement congolais défaillant dans l’exercice de ses fonctions régaliennes et sociales; qui laisse par exemple Martin Kobler aller consoler les expulsés de Brazzaville à Kinshasa, visiter les démobilisés à Kotakoli (Equateur) et consoler les familles endeuillées par des  massacres de plus de 80 congolais à Beni, avec la complicité avérée des hauts gradés des FARDC, dans un secteur militaire opérationnel où les rebelles de l’ADF/Nalu ne sont pas signalés, d’après plusieurs sources militaires concordantes à notre disposition.

L'état des militaires FARDC en opération contre le M23 en 2013 L’état des militaires FARDC en opération contre le M23 en 2013

Le Gouvernement congolais doit comprendre que la souveraineté étatique consiste avant tout à assumer deux fonctions constitutives essentielles: à l’intérieur, vis-à-vis de sa population ; internationalement vis-à-vis de la communauté des Etats responsables. Enfin, les questions de souveraineté nationale, de légitimité, de capacité à exercer une autorité régulatrice de l’Etat, de situation de droit et de sécurité sont au cœur de l’organisation et du fonctionnement effectifs de l’État[3]. La souveraineté ne se décrète pas par des déclarations publiques pompeuses mais bien s’exerce sur le terrain intérieur et sur le plan international. Dès lors, comment parler de la souveraineté nationale d’un Etat sous assistanat, voire régence militaire depuis 15 ans,  avec plus de 20.000 soldats et policiers de la communauté internationale venus y faire du baby-sitting? Un régime conscient de la souveraineté de l’Etat qu’il prétend diriger se doit d’abord de bien prendre en charge ses 250.000 militaires et policiers pour ne pas faire de son armée et de ses services de police des repaires des gueux, des violeurs, des brigands,  des assassins, de trafiquants,… de pires espèces. (http://radiookapi.net/actualite/2014/10/24/katanga-la-linapedho-denonce-le-detournement-des-salaires-des-policiers-kabongo/)

L’ignorance dont fait montre la quasi-totalité d’hommes politiques africains et surtout congolais de la notion d’Etat fait que l’Etat africain postcolonial se caractérise le plus souvent par la constance généralisée de sa faiblesse menant au quasi-effondrement d’institutions telles que l’armée; l’administration censée offrir les services sociaux de base aux citoyens. Tout cela pendant que l’Etat lui-même est faiblement connecté à une société civile qui n’a pas encore suffisamment atteint le niveau de maturation d’une culture politique d’une société civile forte, ou un niveau minimum d’approche politique des faits sociopolitiques qui exige « une culture politique étatique mature et développée », pour le bon fonctionnement de l’Etat et l’instauration de la démocratie saine.

Des rapports de l’ONU accablants comme épée de Damoclès visant à mettre le régime Kabila dos au mur

En l’espace de dix mois, alors que les pressions internationales, principalement Anglo-saxonnes, ne cessent de s’exercer sur le régime congolais, on dénombre l’actualisation des trois rapports de l’ONU dont la mise en œuvre pourrait ouvrir la porte de la CPI à certaines hautes personnalités politiques, militaires et sécuritaires de l’entourage direct de Kabila. Une manière non voilée de serrer l’étau autour du raïs qui refuse de se conformer aux injonctions américaines.

1°) La GR, la garde prétorienne de Kabila, visée lors des répressions électorales

Le Bureau conjoint des Nations unies aux droits de l’homme (BCNUDH) a publié le 11 décembre 2013 un rapport sur les violations des droits de l’homme et des libertés fondamentales commises au cours du dernier processus électoral en RDC. Ce rapport signale 345 cas de violations des droits de l’homme liées au processus électoral entre le 1er octobre 2011 et 31 janvier 2012. Le document précise qu’au moins 41 personnes ont été tuées, 168 personnes victimes d’atteintes à l’intégrité physique, ainsi que presque 400 personnes victimes d’atteintes à la liberté et à la sécurité de la personne… [4].

Ce rapport[5] accuse les forces de défense et de sécurité d’être responsables de plus de la moitié des violations documentées. (…) Ce sont des personnes identifiées comme membres ou sympathisants de partis politiques qui auraient été ciblées, principalement par les forces de défense et de sécurité, afin de restreindre leurs activités, lit-on dans le document.

« Dans la plupart des cas, l’impunité a prévalu jusqu’à ce jour à l’égard des auteurs de violations des droits de l’homme ». (…) « Il nous est apparu extrêmement important de publier ce rapport en ce moment pour pouvoir attirer l’attention des autorités congolaises mais aussi de la communauté internationale pour que des mesures judiciaires soient prises pour éviter la répétition de tels événements, pour que les prochaines élections en RDC se déroulent dans la démocratie », avait  expliqué le représentant spécial adjoint du secrétaire général de l’Onu en RDC, Général Abdallah Wafy.

Selon les informations recueillies par le BCNUDH, d’un point de vue quantitatif, les agents de la Police nationale congolaise (PNC) ont été responsables de près de la moitié des violations des droits de l’homme documentées, mais il est à noter, comme mentionné dans un précédent rapport, que des sources crédibles ont rapporté que certains éléments de la Garde républicaine (GR) auraient infiltré la PNC et portaient des uniformes de ce corps lors d’opérations de maintien et rétablissement de l’ordre public pour mener des missions spécifiques, ce qui a rendu difficile l’identification exacte des auteurs des violations commises dans ce cadre. (…)

(…)  Le BCNUDH a enfin noté que des agents de l’Agence nationale de renseignements (ANR) seraient aussi responsables d’au moins 63 violations des droits de l’homme sur l’ensemble du territoire. La plupart seraient des atteintes au droit à la liberté et sécurité de la personne à l’encontre de membres de partis politiques, et plus particulièrement ceux de l’UDPS. (…)

Le BCNUDH a documenté, lors de différents moments du processus électoral, un recours excessif à la force lors de réunions pacifiques entraînant la mort de plusieurs personnes. (…) . Le jour de l’ouverture de la campagne présidentielle, dans la ville de Mbuji-Mayi, province du Kasaï oriental, une manifestation organisée par le Parti travailliste a été dispersée par des agents de la PNC qui ont tiré à balles réelles sur la foule. Une fille de 13 ans qui ne participait pas à la manifestation a été tuée (…)

Les activistes des droits de l’homme ont aussi été les victimes de plusieurs atteintes graves au droit à la vie du seul fait de leurs prises de position sur le respect des droits de l’homme durant la période électorale…

2°) L’ONU exige une enquête sérieuse sur Gabriel Amisi

Après la suspension du général Gabriel Amisi Kumba dit « Tango Four » de ses fonctions à la tête de l’armée de terre en 2012 pour avoir été mis en cause suite dans un rapport des experts de l’ONU, de vente ou de trafic illégal d’armes avec les groupes armés, frappés embargo de l’ONU, les Nations unies ont écrit en février 2013 au gouvernement congolais pour faire part de la nécessité d’initier une enquête judiciaire sur des allégations des violations graves des droits de l’homme et des droit international humanitaire dont le général Amisi aurait été responsable direct ou indirect en ses qualités de commandant ; y compris les violations des droits de l’homme grave commises à Kisangani, province orientale en mai 2002 et qui ont fait l’objet de deux rapports publics adresses au conseil de sécurité en date de juillet 2002 et février 2003 », avait déclaré Scott Campbell, le chef du BCNUDH, devenu la bête noire et persona non grata du régime Kabila.

Mais à la surprise générale, le 31 juillet 2014, le général Amisi a été blanchi par la commission d’enquête du Conseil supérieur de la défense (CSD) par faute de preuves selon cette commission. Cette décision n’était pas du goût de la MONUSCO qui a déclaré « prendre note » de la réhabilitation du général major Gabriel Amisi « Tango Four ». Une expression qui, dans le jargon diplomatique, signifie prendre connaissance mais sans accepter, le verdict du CSM. La MONUSCO, par cette déclaration, n’a pas hésité de fustiger le fait qu’aucune enquête judicaire n’ait été ouverte contre cet officier de l’armée congolaise réhabilité par Kabila. Elle s’est également dit «  préoccupée du fait qu’à la date actuelle, à sa connaissance, aucune enquête de nature judiciaire n’ait été ouverte contre le général Amisi. »

3°) Jamais deux sans trois et c’est la goutte d’eau de trop pour le régime Kabila

Scott Campbell, le chef du Bureau Conjoint des Nations-Unies aux Droits de l’Homme (BCNUDH), a présenté, le 15 octobre 2014 un rapport très accablant sur les violations des droits humains commises par des agents de la Police Nationale Congolaise(PNC) dans le cadre de l’opération « Likofi » (coup de poing), destinée à traquer les jeunes délinquants de Kinshasa appelés communément « Kulunas ». Menée entre le 15 novembre  2013 et le 15 février 2014 sur toute l’entendue de la capitale par des agents de la PNC, l’opération « Likofi » a occasionné au moins 41 victimes de sexe masculin. « Parmi elles, 9 personnes, dont un mineur, ont fait l’objet d’exécutions sommaires dans plusieurs communes de Kinshasa et 32 de disparitions forcées. Ces violations auraient été commises par des agents de la PNC et le nombre total de victimes pourrait être beaucoup plus élevé… », selon Scott Campbell. Ce sont principalement deux bras droits de Kabila dans la capitale, l’Inspecteur provincial de la police de Kinshasa, le général Célestin Kanyama Tshishiku[6], et le commandant de la Légion nationale d’intervention (LENI), formée par la mission européenne de l’EUPOL-RDC, le général Seguin Ngoy Sengelwa, qui ont été indexés dans ce rapport.

« Il ressort de ces cas, que les victimes ont reçu au moins une balle dans le dos et/ou dans l’entrejambe et/ou à l’abdomen et/ou dans la tête. L’âge des victimes serait compris entre 17 et 30 ans … » a précisé Scott Campbell.

Dans ses recommandations, le BCNUDH a notamment exigé, une fois de plus, aux autorités congolaises de mener des enquêtes promptes, indépendantes, crédibles et impartiales sur cette question et, dans l’hypothèse où les éléments constitutifs des crimes sont réunis, de traduire en justice tous les auteurs présumés de ces violations, quel que soit leur rang.

Ce rapport était une exigence de trop pour Kabila et son Gouvernement qui s’est dit déçu du caractère « partial et partisan » de ce document en regrettant que les auteurs de ce rapport n’aient pas tenu compte des observations faites par le Gouvernement. Frustré, le Gouvernement congolais a décidé d’expulser le directeur du BCNUDH, Scott Campbell en le considérant comme une persona non grata en RDC.  Scott Campbell a quitté Kinshasa le vendredi 17 octobre dans la soirée.

Mais c’était sans compter sur l’activisme débordant d’un Martin  Kobler qui, tout en se disant grandement perturbé par la demande du gouvernement congolais requérant le départ  de  Scott  Campbell et en demandant au Gouvernement congolais de reconsidérer sa décision,  a publiquement réitéré sa pleine confiance à Scott Campbell en des termes qui sonnent comme une défiance envers le régime congalais : « J’exprime  ma  plus  grande  confiance à Scott Campbell et dans le travail réalisé  par  toute  son  équipe.  Le  rapport  Likofi  a  été  préparé  en application du  mandat  donné à la MONUSCO par le Conseil de Sécurité et a respecté  la  méthodologie utilisée  par  le Haut-Commissariat des Nations Unies  aux  droits  de  l’Homme.  Je  prends  l’entière  responsabilité des conclusions  et  recommandations  de ce rapport« . Il s’agit là d’un indice supplémentaire du bras de fer que se livre Kabila et Kobler à Kinshasa.

Pour rappel, le 31 mai 2014, le chef de l’Etat congolais avait réuni et, dans un ton menaçant, rappelé à l’ordre les ambassadeurs accrédités en RDC. Il leur a déclaré ne plus supporter l’ingérence des diplomates étrangers dans les affaires internes de son pays.

Selon un analyste juriste congolais de Lubumbashi : « Il y a eu le précédent de l’expulsion de Roberto Garreton, pour protéger l’ami Kagame et empêcher l’enquête sur les massacres des Hutus et des Congolais. Dix-sept ans après, c’est le tour de Scott Campbell. Il y a un recul manifeste, une radicalisation du régime. Et même un regain de l’illettrisme : on se fâche en se prévalant d’observations qui accompagnent le rapport décrié … »

Conclusion

La Résolution 2098 demande à la MONUSCO dans son point15 h) de « prêter bons offices, conseils et concours au Gouvernement en vue de promouvoir les droits de l’homme et la lutte contre l’impunité, notamment grâce à l’application de la « politique de tolérance zéro » du Gouvernement en ce qui concerne la discipline et les violations des droits de l’homme et du droit international humanitaire commises par les éléments des forces de sécurité, en particulier ceux qui ont été nouvellement intégrés ».

A la lumière des trois rapports sus-évoqués et de la réaction irrationnelle du régime congolais d’expulser Scott Campbell, on constate que Kinshasa sort du cadre juridique qui lui a été imposé par l’ONU au travers de la résolution 2098 que Mende et Tshibanda se sont empressé de crier, par ignorance, de victoire diplomatique. Une victoire au goût amer qui tourne peu à peu au vinaigre pour un régime illégitime sur le plan interne dont les marges de manœuvres politique, diplomatique tendent jour après jour vers le zéro pointé et qui ne pourra plus que s’exprimer par la force contre ses populations. Et c’est là que les Etats-Unis et l’ONU l’attendent au tournant pour faire recours à la jurisprudence libyenne dans le but mettre fin au régime Kabila qui finit par agacer ses maîtres qui l’ont sorti du fumier AFDL pour l’imposer à la tête de la RDC.

En analysant la condamnation ferme du Secrétaire général des Nations Unies, Ban Ki-moon, de la décision du gouvernement de la RDC d’expulser Scott Campbell, ainsi que sa grande préoccupation sur les menaces qui pèsent d’autres employés du BCNUDH, la demande exprimée par Ban Ki-moon encourageant le Conseil de sécurité à examiner « les implications d’un tel traitement du personnel onusien sur son travail et ses objectifs, et à envisager d’éventuelles actions » montre que l’escalade diplomatique entre le régime congolais et l’ONU prend une proportion inquiétante. S’il faut ajouter à cela le fait que le chef de l’ONU en RDC, Martin Kobler, préconise le déploiement des militaires américains de l’AFRICOM (Le Commandement des États-Unis pour l’Afrique basé à Frankfurt) en vue de mener des opérations conjointes avec les FARDC et la MONUSCO dans la traque des LRA ougandais. N’est-il pas permis de se poser la question selon laquelle les Etats-Unis, qui tiennent par tous les moyens (diplomatiques et politiques)  à ce que Joseph Kabila quitte le pouvoir en 2016, utilisent la présence de leurs militaires en RDC comme un moyen de pression supplémentaire, au-delà de la traque des LRA, leur permettant de joindre l’acte à leur parole ?

Jean-Jacques Wondo Omanyundu/ Exclusivité DESC

[1] http://desc-wondo.org/vers-un-nouveau-dialogue-en-rdc-apres-le-fiasco-des-concertations-lenvoye-special-said-djinnit-le-demineur-des-grands-lacs-jj-wondo/.

[2] http://desc-wondo.org/la-nuisance-des-flatteurs-pour-le-chef-de-letat-et-pour-la-nation-jb-kongolo/.

[3] Hugon, Philippe, Géopolitique de l’Afrique, Sedes, 2012.

[4] Radiookapi.net: 11 décembre, 2013.

[5] http://www.ohchr.org/Documents/Countries/ZR/UNJHRO_DRC_Oct-Dec2013_FR.pdf

[6] http://desc-wondo.org/whos-who-linspecteur-divisionnaire-adjoint-de-la-pnc-celestin-kanyama-esprit-de-mort/

http://desc-wondo.org/vers-une-guerre-de-tranchees-entre-lonu-et-kabila-jj-wondo/

 

 

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