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Joseph Kabila prépare-t-il une armée séparatiste /DESK WONDO

Joseph Kabila prépare-t-il une armée séparatiste

swahilophone ?

Par Jean-Jacques Wondo Omanyundu

Kabila et Officiers-formés-en-Tanzanie
La swahilisation de l’armée : Une FAZation des FARDC

La question paraît anodine mais à voir de près, on sent que Joseph Kabila consolide la swahilisation de l’armée. La morphologie géopolitique actuelle des FARDC est de plus en plus excentrée à l’est du pays. Certes, cela peut s’expliquer par les multiples processus d’intégrations de plusieurs combattants des groupes rebelles et milices évoluant à l’est. Mais cela ne justifie ni n’excuse le fait que la Loi organique portant organisation et fonctionnement des FARDC plaide en faveur de la mise sur pied d’une arme nationale où l’équilibre géographique des provinces est garanti.

Les nominations des généraux intervenues en juillet 2013 ont mis lumière cette tendance, avec plus des 65% des promus originaires des provinces orientales du Congo[1]. Les récentes nominations à la tête des Grandes Unités des FARDC sont venues consolider cet état des choses[2].

Le Katanga est la province la mieux lotie. Il est à noter par contre une sous-représentation des provinces de l’Equateur, des deux Kasaï, du Bas-Congo et de Kinshasa, qui ont majoritairement voté contre Kabila en 2011. Par ailleurs, depuis 2006, tous les ministres de la Défense (Chikez Diemu, Mwando Simba et Luba Tambo) qui se sont succédé sont Katangais. On assiste à une ‘swahilisation’ des FARDC qui mime l’‘équatorialisation’ des FAZ sous Mobutu.

Un officier congolais nous a rapporté que lors d’un séjour à Kinshasa pour le défilé du 30 juin 2014, il a été en contact avec un groupe de stagiaires militaires congolais venus de la Tanzanie. Ces derniers leur ont fait savoir qu’il leur a été dit par une haute autorité militaire que « toute l’armée doit être commandée en Swahili car ceux qui commandent en lingala ne parviennent pas de gagner les guerres depuis 1997 ». Wikileaks a révélé qu’un des arguments du choix de John Numbi à la tête de l’opération Umoja wetu est que le général Etumba ne parle pas swahili.

Kabila veut faire croire insidieusement à une frange de militaires ethnorégionalement endoctrinés que c’est la partie orientale du Congo qui fournit les militaires les plus vaillants de la RDC. Loin de nous de laisser l’opinion s’enfermer par ces fausses idées reçues planifiées depuis Kigali et Kampala, nous voulons ici nous porter en faux contre ce glissement séparatiste très dangereux que Kabila et son entourage veut amener les FARDC auxquelles DESC appelle à la prudence.

Deux exemples suffisent pour démonter cette théorie proche du « nationalisme tribal » autrefois modélisé sous le Zaïre par le professeur Célestin Kabuya Lumuna, actuellement aux côtés de Kabila. Le professeur Kabuya Lumuna est connu pour avoir été l’idéologue et l’inspirateur du très controversé actuel président du parlement provincial et ex-gouverneur du Katanga sous Mobutu, Gabriel Kyungu Wa Kumwanza.

1°) Un argument fallacieux car la victoire contre le M23 est principalement l’œuvre des militaires ressortissants de l’ouest du pays suite à la réorganisation opérée par Olenga et Bahuma. Ils ont écarté du front une majorité des soldats swahilophones, originaires des provinces orientales du Congo. Les résultats ne se sont pas faits attendre, malgré le coup fourré de Amisi en novembre 2012 à Goma. Bahuma s’est inspiré de la stratégie appliquée par le feu Général Mbuza Mabe en 2004 à Bukavu. Lequel général qui, à la tête des unités composées dans leur majorité des ressortissants de la partie occidentale et centrale du pays, ont mis en déroute les troupes du CNDP de Jules Mutebusi.

2°) Dans le tout récent rapport (novembre 2014) de la mission parlementaire d’information mené à Beni et environs sur les tueries du 02 au 21 octobre 2014, les parlementaires recommandent  le « remplacement des éléments des FARDC, de la PNC, des autres services de sécurité et leurs chaînes de commandement par des ressortissants d’autres provinces que le Nord-Kivu » .

Ces deux exemples en disent long. C’est l’occasion pour DESC de rappeler que la RDC n’a jamais été plus forte que lorsqu’elle a été unie. Cette unité doit également se manifester dans les rangs. Par ces idées faussement inculqués à ces militaires formés entre autre en swahili en Tanzanie, nous assistons là dans un processus d’instrumentalisation et de conditionnement de ces soldats sur la base du concept ethnorégional autrefois appliqué par l’ordre colonial pour diviser les Congolais.

En effet, jadis, l’EIC tendait à chercher ses recrues parmi les tribus les plus guerrières, que l’on estimait être les Bangala, les Tetela, les Nkutshu ou Kusu et les Azande. On se disait que le Nord, c’est la forêt, que de là vient l’armée et que le Sud, c’est de la savane qui va fournir les auxiliaires de l’administration. Les grandes mutineries montrèrent le danger de pareille politique. Et l’on fit alors des levées de troupe dans tout le territoire tout en renforçant les mutations et le mélange des militaires de plusieurs ethnies à tous les échelons de l’armée. C’est ainsi que, en 1960, l’armée était, plus encore que le corps de fonctionnaires, un reflet exact de la population congolaise.

C’est cet esprit qui a conduit le législateur de la transition 1+4 puis de 2006 à élaborer la loi organique portant organisation et fonctionnement des FARDC dont l’article 2 stipule que : « l’armée nationale comme étant celle dont les effectifs à tous les niveaux sont composés de manière à assurer une participation équitable et équilibrée de toutes les provinces. Cet équilibre se trouve à tous les niveaux de l’armée, en tenant compte de la représentation des tribus, d’ethnies et des femmes, sans distinction de religion ou de langue. »

L’article 7 de la loi portant statut du militaire va plus loin en précisant que « les effectifs à TOUS les niveaux les fonctions de commandement en tout temps et en toute circonstance, doivent tenir compte des critères objectifs liés à l’aptitude physique, à l’instruction suffisante, à une moralité éprouvée ainsi qu’à une représentation équitable des provinces. »

Très récemment, DESC a fait état de la situation des dizaines d’officiers élèves sortis de la 26è Promotion de l’académie militaire de Kananga étaient abandonnés à leur sort et que leurs jeunes frères d’armes de la 28ème Promotion sont restés impayés pendant 9 mois. Les publications de DESC ont permis la régularisation des uns avec des primes mensuelles de 50$ et le paiement d’un mois sur neuf des autres de la 28ème Promotion.

Deux poids deux mesures

C’est le ressentiment que plusieurs officiers FARDC nous ont laissé transparaitre. Pour eux, Joseph Kabila ne porte pas à cœur, non seulement des officiers originaires des provinces de l’ouest du pays, mais il manifeste une attitude différenciée entre ceux formés par l’Académie militaire de Kananga par rapport au groupe d’officiers et sous-officiers formés récemment en Tanzanie.

Le 18 octobre 2014, la presse nationale privatisée par la présidence de la république et plusieurs médias privés présidentiels ont largement diffusé la cérémonie marquant la fin de formation des 414 sous-officiers et officiers congolais à la Tanzania Military Academy (TMA) à Arusha. Le président Kabila et une forte délégation politique et militaire s’est rendue sur place pour honorer ces jeunes militaires.

Kabila à Kitona pour les officiers formés en Tanzanie mais jamais à Kananga

Cérémonie de remise de brevet à l'AcaMil Kananga Cérémonie de remise des brevets à l’AcaMil Kananga en l’absence de Kabila, du Gen Etumba et du Min Défense

Après plus de 15 ans de fermeture de l’école de formation des officiers de Kananga, il a fallu une extrême pression de la communauté internationale pour que le président Kabila, 10 ans après son accession au pouvoir en RDC en 2011, accepte l’offre de la mission européenne d’assistance à la réforme de l’armée, l’EUSEC, de rouvrir cette académie, jadis fleuron de l’Afrique Médiane et occidentale.

Pas plus étonnant que la réouverture de cette académie, censée formée le gros des officiers congolais, n’incite le commandant suprême des armées en RDC, à accorder une importance et une attention particulières à cette académie. A la place, c’est l’indifférence totale au point qu’un officier supérieur du Groupement des Ecoles Militaires nous a fait savoir ceci : « Depuis que toutes les écoles militaires ont été réouvertes à Kananga, à Kitona et à Mbanza Ngungu avec l’aide de l’EUSEC, le président n’a jamais pris la peine d’aller même assister à une cérémonie de prise d’armes[3]. »

« Nous sommes étonnés de voir le président, après s’être rendu en forte délégation à Arusha en Tanzanie, se rendre de nouveau pour la première fois à Kitona pour présider ce vendredi 28 novembre la cérémonie de reconnaissance de grades de 364 officiers et sous-officiers qui viennent de terminer leur formation à l’académie militaire d’Arusha en Tanzanie en compagnie du ministre de la Défense nationale, du Chef d’état-major général de l’armée et de plusieurs hauts officiers  des FARDC et de la PNC.  Alors que des centaines de jeunes sortis de notre propre académie militaire qui doit faire davantage notre fierté nationale, n’ont jamais eu droit à cette attention particulière de sa part. Il n’y a JAMAIS mis ses pieds. C’est un signal de découragement qu’il lance à nos jeunes qui ne resteront pas insensibles à ce traitement inéquitable qui ne peut que diviser les troupes.»

L’Académie militaire de Kananga bientôt en ruine ?

C’est la crainte manifestée par plusieurs officiers militaires qui craignent que la réduction du dispositif d’appui technique de l’EUSEC à Kananga entraine l’abandon total de cette institution militaire congolaise. On y signale déjà la pénurie d’eau potable et le délestage quasi-total en fourniture de l’électricité. Les élèves officiers ne savent plus étudier la nuit où l’obscurité est totale et quasi continue alors que récemment, durant la présence de l’EUSEC, les fournitures en eau et en électricité étaient très régulières. Un observateur nous dit que « les blancs » ont laissé des bâtiments retapés impeccables mais on craint que dans un futur proche que tout soit délabré, faute d’entretien.

Pire encore, on nous signale qu’un groupe de 8 à 9 jeunes officiers de la 26ème Promotion retenus comme instructeurs, dont nous avons déjà relayé la situation, n’a pas encore touché leurs frais d’affectation et d’installation promis depuis juillet 2014. Leurs autres collègues partis aux écoles d’application ont reçu 200$ chacun en plus des primes mensuelles de 50$[4]. Il s’agit là tout simplement d’une injustice et d’un traitement inéquitable des militaires qui ne peut que polariser la frustration au sein de l’armée.

Surtout qu’il s’agit d’un groupe, retenu par les instructeurs belges, pour devenir les futurs instructeurs de l’armée dans le cadre de la mise en œuvre du concept « Train the Trainers » (Former les formateurs) dans l’optique d’une appropriation de la formation par les congolais. Des nouvelles qui nous viennent de Kananga font écho d’une très grande satisfaction des instructeurs belges qui ne cessent de louer les mérites, le dévouement et la motivation de ce groupe et regrettent que la hiérarchie militaire ne s’occupe pas suffisamment d’eux. Or, la l’instruction reste la base de la formation d’une armée professionnelle.

Après leur séjour à Kinshasa pour le défilé militaire du 30 juin 2014, nous dit une source de l’Ecole Logistique, la hiérarchie a promis à ces jeunes de retourner à Kananga pour commencer leur formation Bivouac de chef de peloton avec les instructeurs belges et que leurs frais d’installation et d’affection suivront. A ce jour rien ne semble fait. Il s’agit ‘un montant individuel de 1.500.000 Francs Congolais. A l’instar de leurs collègues de promotion abandonnés à Kinshasa récemment, tout indique qu’il y a eu détournement de ces frais soit au niveau de l’état-major général ou au niveau du Ministère de la Défense nationale car les autorités en charge de ce dossier se renvoient mutuellement la balle. Or sans frais d’installation, ces jeunes officiers manquent des ustensiles de base pour vivre et travailler dans des conditions de vie conformes à la dignité humaine. C’est dans cet état d’esprit qu’ils seront appelés de former plus tard leurs collègues. Pour leur inculquer quoi ou en faire quoi.

Cette situation de quasi démission des autorités congolaises face à leur responsabilité vis-à-vis de l’AcaMil de Kananga concerne environ 500 élèves-officiers qui y suivent actuellement leur formation.

Actuellement  au sein des FARDC, le vécu des militaires ne fait que se dégrader du fait de l’indifférence de la haute hiérarchie militaire. De plus, tout porte à croire qu’en privilégiant des militaires sur base de critère linguistique, Joseph Kabila lancent des signaux évidents d’une préparation de la sécession de l’armée si ses plans de se maintenir au pouvoir en 2016 échouent. Les germes de l’opposition des militaires swahiliphones contre leurs frères d’armes lingalaphones sont bien plantées. Mais DESC est d’avis que Kabila connait très mal le Congo ainsi que les Congoais qui résistent à la balkanisation depuis 1960. Si la Sécession économique Katangaise soutenue par la Belgique, les guerres prédatrices et balkanisatrices imposées au Congo par les Anglosaxons et néolibéraux n’ont pas permis de morceler le Congo.

Au contraire, elles ont renforcé le sentiment national des Congolais d’appartenance à une Nation forte et indivisible le Congo. Ce n’est pas le dernier baroud d’honneur désespéré de Kabila avec ses alliés du Rwanda et de l’Ouganda, déjà actifs au Grand-Nord dans le Kivu par le général Akili Mohindo Mundos interposé, qui parviendra à opposer les congolais de l’Est avec ceux de l’Ouest par une stratégie de la terre brûlée.

Dans son livre synthèse de sa carrière de chercheur en sociologie politique en Afrique, ‘The Postcolonial State in Africa, Fifty years of Independance 1960-2010, paru en 2012, le professeur émérite américain, Crowford Young, que nous avons rencontré et avec qui nous avons eu quelques échanges en 2013 par la suite, rapporte les conclusions d’une large enquête menée par le spécialiste du Congo, Herbert Weiss et son équipe sur l’identification des TOUS les Congolais, où qu’ils se trouvent à la Nation congolaise en ces termes :

« The identification of the congolese with the Congolse nation over the last fortyyears has become stronger ; despite predatory leaders, years of war and political fragmentation, devasting poverty, ethnic and linguistic diversity, and the virtual collapse of state services[5].” This conclusion is buttressed by survey data collected in 2002 in five cities scattered around the country (Kinshasa, Kikwit, Gemena, Goma and Lubumbashi). Overwhelming majorities agreed with the statement that “the Congo must remain unified, even if the use of force is necessary to achieve this” and that “the unity of the Congo is more important than the interests of any particular group or ethnicity[6]”.  Pour Young, « most Congolese believe that the long and the predatory rule of Mobutu Sese Seko, however destructive to state institutions and economic wellbeing, had a merit: its nation-building effect. »

Jean-Jacques Wondo Omanyundu / Exclusivité DESC

[1] http://desc-wondo.org/flash-reforme-de-larmee-kabila-envoie-un-signal-fort-note-de-jean-jacques-wondo/.

[2] http://desc-wondo.org/exclusif-les-commandants-des-regions-militaires-en-rdc-la-fazation-des-fardc-jean-jacques-wondo/.

[3] Il s’agit d’une parade (ou défilé) militaire réalisée lors de la collation des grades militaires, prises de fonctions ou entrée en formation des militaires.

[4] http://desc-wondo.org/vers-la-regularisation-de-la-situation-des-officiers-de-la-26-eme-prom-acamil-desc/.

[5] Herbert F. Weiss and Tatiana Carayannis, “The enduring Idea of the Congo”, in Borders, Nationalism, and the African State, 2005.

[6] Ibid.

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