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ENTRE REVOLTE ET DESESPOIR: CES CONGOLAIS QUI SE DONNENT LA MORT

MARTIN MWAMBA

La température monte, la tension devient plus forte en R.D.Congo.

Aussitôt, de toutes les soupapes des organisations internationales,
fusent, comme des jets sifflants de vapeur, les appels au « dialogue ».
Immolation du chauffeur Martin Mwamba Mudimbo .
Une Ambiance à « pèter les plombs »
L’ambiance très spéciale du moment ressort de l’éditorial du Phare, paru le 4 novembre
et intitulé « Troublants messages des Congolais qui se donnent la mort »
« Un jeune universitaire congolais, condamné à un chômage prolongé dans la ville de
Lubumbashi, a cru avoir trouvé un palliatif à sa survie au quotidien en embrassant le métier
de taximan. Mais, cette filière professionnelle de « transition » s’est transformée en enfer pour
lui, à cause des rançonnements à répétition des agents de la Police de Circulation Routière
(CPR). Pour exprimer son ras le bol, il n’a pas trouvé mieux que de mettre le feu à sa voiture,
après avoir verrouillé les portières, avec à bord lui-même ainsi que son bourreau.
Où a-t-il puisé le courage de se donner la mort et d’entraîner dans l’au-delà celui qui
l’empêchait de mener une vie tranquille de taximan ? Quelle lecture les autorités congolaises,
provinciales et nationales, ont-elles faite de l’acte à la fois de désespoir et de révolte posé par
le malheureux compatriote disparu ?
Au-delà d’un banal fait divers, la mort volontaire du jeune universitaire-taximan ne
représente qu’un échantillon d’abus de pouvoir de tous ordres dont sont victimes des milliers
de concitoyens sur les routes, les fleuves, les lacs, les ports, les aéroports, les gares de trains,
etc. Il traduit la situation de précarité sociale dans laquelle sont plongés aussi bien des
pratiquants de petits métiers que des éléments de l’armée et de la police, des agents des services
des renseignements, des fonctionnaires de l’Etat, des maîtres d’écoles, des infirmiers, obligés
de vivre de la corruption au quotidien.
L’immolation volontaire du jeune « lushois » devrait interpeller ceux qui gèrent la «Cité ».

Plutôt que de pousser des laissés pour comptes à commettre des actes extrémistes, il
ferait mieux de travailler réellement à la promotion du bonheur collectif. L’impunité de ceux
qui représentent la puissance publique trouble l’existence de paisibles citoyens, même si ceux ci
sont loin d’être des modèles d’honnêteté.

Les injustices sociales ont atteint un degré tel en République Démocratique du Congo
qu’à force de se résigner en mettant volontairement fin à leurs jours, des concitoyens sans
perspective d’avenir pourraient, à la longue, penser à autre chose, par exemple à une réaction violente contre ceux qu’ils considèrent comme les responsables de leur déchéance sociale.

On se souvient qu’il y a quelques années, un « chailleur » (vendeur à la criée), s’était
ouvert le ventre à l’aide de son canif, au centre-ville de Kinshasa, dans la commune de la
Gombe, non loin de l’Hôtel Memling, pour protester contre la saisie de ses « marchandises »
par des policiers.

Conduit par de bonnes volontés à l’Hôpital Général de Référence de
Kinshasa (ex-Mama Yemo), il avait dû être opéré en urgence. C’est ce qui l’avait sauvé d’une mort certaine.
Quelques années plus tôt, un agent de l’ex-Onatra (aujourd’hui SCTP) s’était jeté du
haut de l’immeuble du siège, non loin du boulevard du 30 juin, car traqué par ses débiteurs.

Il nous faut aussi signaler le suicide d’un comptable public de la commune de Kalamu, las de
 traîner des casseroles encombrantes dans ses états financiers.
Le printemps arabe, rappelle-t-on, était parti de l’immolation publique d’un jeune
débrouillard tunisien victime des tracasseries des forces de l’ordre.

4 janvier 1959

A-t-on oublié que le 4
janvier 1959, la mèche de la révolte des Congolais contre le pouvoir colonial belge avait été
allumée au sortir du stade Roi Baudouin (actuellement Tata Raphaël) de Kinshasa, après une
défaite de V.Club face à Mikado, attribuée à un arbitrage complaisant d’un blanc, associée au
mécontentement des militants de l’Abako de Kasa-Vubu, dont le meeting venait d’être interdit
quelques heures plus tôt par l’administration coloniale belge ?

Moralité : ces Congolais qui se donnent la mort envoient aux gouvernants des messages qui devraient les inciter à améliorer réellement le social des masses déshéritées, au risque de se trouver un jour devant une
implosion sociale aux conséquences catastrophiques pour les institutions de la république ».

Laissons à l’auteur de ces lignes la responsabilité du choix des anecdotes qu’il a
enchaînées à la manière d’un collier un peu macabre. Admettons aussi que des suicides comme
celui de Martin Mwamba Mudimbo tiennent avant tout à une situation de détresse personnelle
devenue insupportable et ne sont que secondairement des actes de protestation politique.
Mais prenons aussi en considération le fait que les Congolais ont toujours été convaincus
que la cause première de la misère est la propension des politiciens à s’absorber dans les jeux
formels du pouvoir et dans l’enrichissement personnel beaucoup plus qu’à se préoccuper du
bien-être de leurs compatriotes.

Ils sont également convaincus que si l’on ferme les yeux sur les passe-droits de la police,
dont les rackets des « roulages » sont une belle illustration, c’est que l’on peut avoir besoin
d’eux pour des tâches de répression, notamment lors de manifestations liées aux magouilles
électorales.

Une chose est certaine : tout pavé tombant dans une mare va projeter des éclaboussures,
mais quand les gens en sont arrivés à chercher la mort, ce seront des éclaboussures d’eau
bouillante !
Or, un tel pavé va tomber.
Cela s’est le 04/11/2015…

Mais il y a eu des gestes encore plus significatifs du niveau de desespoir et revolte politique comme celui de Cedrik Nianza, à Boma, Kongo Central, en 2012.

Le 10 décembre 2011 à  Boma (région du Bas-Congo) en République Démocratique du Congo, un jeune homme  répondant au nom de Cédrick Nianza, s’est  immolé en s’aspergeant d’essence et en allumant le feu par lui même.
Selon les témoins de la scène, ce dernier criait « Congo na nga, congo nanga » (mon Congo, mon Congo) lorsque les flammes le consumaient.
Il succombera à ses graves brûlures le 15 décembre 2011 à l’hôpital Mama Yemo, de Kinshasa.
Il s’agit là d’un acte totalement inédit dans la culture Bantu, reçu comme un électrochoc dans la communauté congolaise en RDC et dans la diaspora.

cedrick nianza

Qui était Cédrick Nianza?
Orphelin de père et aîné de deux enfants, le jeune homme de 25 ans originaire de Boma (Bas-Congo),  avait immigré en Angola afin de trouver des conditions de vie et d’avenir meilleures.
Il était de retour en RDC pour remplir son devoir civique en participant au vote du 28 novembre 2011 dans la ville de Boma.
Son choix se portait sur le candidat Étienne Tshisekedi.

Pourquoi s’est-il immolé?
Si cet acte de désespoir était consécutif à la publication des résultats de l’élection présidentielle en RDC, datant du 9 décembre 2011, ce triste événement que l’on peut qualifier de sacrifice s’inscrit de facto dans une dimension plus profonde que toutes questions d’ordre politique ou partisane.

En effet, comme ce fut le cas pour Mohamed Bouazizi qui s’était immolé en Tunisie, le sacrifice du jeune Cédrick Nianza semble donner la mesure de la profondeur du malaise qui est à l’origine du soulèvement du peuple congolais en RDC et dans la diaspora.
Face à la tragédie que vivent des millions de congolais et congolaises (misère, viols de masse, génocide, pillage des ressources naturelles, invasions étrangères etc.) depuis des années, le jeune Cedrick semble avoir choisit la voie du martyr pour s’exprimer au nom de toute une génération.

Si le printemps arabe a débuté (du moins dans les médias) avec le sacrifice de Mohamed Bouazizi, l’hiver africain se poursuit avec celui de Cédrick Nianza. Un acte dont la portée symbolique risque de  s’étendre au-delà du  Congo. « C’en était trop, il fallait que je leur montre un événement… ça ne s’arrête pas qu’au Congo » disait Cédrick sur son lit d’hôpital.

congoforum/DC/Ingeta

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