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RECUEIL DE RÉFLEXIONS SUR LA « THÉOLOGIE DE LA LIBÉRATION« , « LA THÉOLOGIE DU PEUPLE » ET LA « THÉOLOGIE POLITIQUE DE L’EGLISE CATHOLIQUE EN REPUBLIQUE DEMOCRATIQUE DU CONGO »Pour mieux comprendre l’origine de l’engagement politique de l’Eglise Catholique en R.D.Congo, à coté du peuple opprimé

monsengwo2.jpgRECUEIL DE RÉFLEXIONS SUR LA « THÉOLOGIE DE LA LIBÉRATION« , « LA THÉOLOGIE DU PEUPLE » ET LA « THÉOLOGIE POLITIQUE DE L’EGLISE CATHOLIQUE EN REPUBLIQUE DEMOCRATIQUE DU CONGO »

Pour mieux comprendre l’origine  de l’engagement politique de l’Eglise Catholique en R.D.Congo, à coté du peuple opprimé

La théologie de la libération est un courant de pensée théologique chrétienne venu d’Amérique latine, suivi d’un mouvement sociopolitique, visant à rendre dignité et espoir aux pauvres et aux exclus et les libérant d’intolérables conditions de vie. Enracinée dans l’expérience biblique du peuple juif guidé par Dieu au-delà de la mer Rouge et à travers le désert — d’une terre d’esclavage (Égypte) à la Terre promise (Exode, ch. 12 et suivants) — elle est un « cri » prophétique pour plus de justice et pour un engagement en faveur d’un « Règne de Dieu » commençant déjà sur terre.
L’expression « théologie de la libération » fut utilisée une première fois par le prêtre péruvien Gustavo Gutiérrez lors du congrès de Medellín du Conseil épiscopal latino-américain (CELAM), en 1968. Il développa et articula sa pensée dans un livre Théologie de la libération paru en 1972 qui est largement considéré comme le point de départ du courant théologique.
Elle prône la libération des peuples et entend ainsi renouer avec la tradition chrétienne de solidarité. Parmi ses représentants les plus célèbres, on compte les archevêques Hélder Câmara et Oscar Romero ou encore le théologien Leonardo Boff.

Dans son encyclique « Sollicitudo rei socialis » de 1987, Jean-Paul II fait largement appel au concept de « libération ».

Le Magistère de l’Église et la théologie de la libération

L’Église catholique étant très centralisée, ses autorités regardent avec attention le développement de nouvelles théologies mais n’interviennent qu’avec prudence, voire avec réserves explicites.

Ainsi, le document du synode (assemblée des évêques) de 1971 « Justice dans le monde » était déjà marqué par la théologie de la libération. Mais ses échos devinrent vraiment importants en 1974, au synode sur « L’évangélisation du monde moderne ». L’année suivante, Paul VI consacrait quinze paragraphes de son exhortation apostolique Evangelii nuntiandi (elle traite de l’évangélisation, et affirme le rôle de tout chrétien – pas seulement des prêtres – dans la diffusion de la religion catholique) aux liens entre évangélisation et libération, les plaçant au centre du document. On y lit des références directes à la situation latino-américaine : « On sait en quels termes en ont parlé, au récent Synode, de nombreux évêques de tous les continents, surtout les évêques du Tiers-Monde, avec un accent pastoral où vibrait la voix de millions de fils de L’Église qui forment ces peuples. Peuples engagés, avec toute leur énergie, dans l’effort et le combat de dépassement de tout ce qui les condamne à rester en marge de la vie : famines, maladies chroniques, analphabétisme, paupérisme, injustices dans les rapports internationaux et spécialement dans les échanges commerciaux, situations de néo-colonialisme économique et culturel parfois aussi cruel que l’ancien colonialisme politique. L’Église, ont répété les évêques, a le devoir d’annoncer la libération de millions d’êtres humains, beaucoup d’entre eux étant ses propres enfants ; le devoir d’aider cette libération à naître, de témoigner pour elle, de faire qu’elle soit totale. Cela n’est pas étranger à l’évangélisation ».

Une « théologie noire de la libération »

La théologie de la libération influença aussi la Black theology (« Théologie noire ») qui prônait, notamment aux États-Unis et en Afrique du Sud, l’émancipation des Noirs et une lecture parfois afrocentriste de la Bible. Ainsi, James Cone, membre de l’Église épiscopale africaine méthodiste, publie en 1970 A Black theology of Liberation (« Une théologie noire de la libération »). Aux États-Unis, la théologie de la libération se posait notamment en adversaire de l’aile conservatrice de l’église protestante la plus influente dans le Sud, la Convention baptiste du Sud (SBC), qui justifiait l’esclavage à l’aide de la Bible. Bien que les membres progressistes de la SBC aient soutenu le mouvement des droits civiques après 1964, la hiérarchie n’a fait une « déclaration de repentance » qu’en 1995.

Sous l’apartheid, la théologie de la libération et la Black theology ont été des sources influentes du « Mouvement de conscience noire » (Mouvement de Conscience noire). Ainsi, Desmond Tutu, le futur Prix Nobel de la paix, qui prêcha lors des funérailles de Steve Biko en 1977, figure historique du Black Consciousness Movement, était et demeure proche de ces théologies.

La théologie du peuple, chère au pape François I, est-elle une excroissance de la théologie de la libération?

La «théologie du peuple», que l’on a beaucoup citée lors du récent voyage du pape en Amérique latine, émane de la théologie de la libération (elle est née dans son sillage mais se présente comme «autonome») en ce sens qu’elle recherche, selon les mots de Bergoglio en 2012, «les chemins de la libération intégrale de notre peuple, en mettent en avant la nouveauté évangélique, sans tomber dans les réductions idéologiques».
Alors que les théologiens de la libération identifient le Peuple de Dieu au peuple comme classe, la théologie du peuple entend le «Peuple de Dieu» comme les peuples de la terre, chacun avec sa culture propre et son enracinement. En Amérique latine, les garants de la culture et des valeurs de chaque peuple sont avant tout les pauvres. Ce sont eux qui maintiennent vivante la notion de peuple, qui sont le plus attachés à leur culture. D’où une sollicitude et une attention supplémentaires aux pauvres. D’où l’importance, pour la théologie du peuple que prône le pape, de l’évangélisation de la culture, et de l’inculturation de l’Évangile, en plus de la justice sociale et de la lutte évangélique pour le respect des plus humbles.

Ce mouvement de pensée s’est développé en Argentine. Il est proche de la théologie de la libération plus connue outre-Atlantique. Ces deux écoles théologiques ont en commun, entre autres, la priorité pour les questions sociales et l’option préférentielle pour les pauvres.
La Théologie du peuple insiste sur l’importance de la piété populaire, une des caractéristiques qui revalorise cette forme de catholicisme, la qualifiant de «spiritualité populaire» et de «mystique populaire». «Une culture populaire évangélisée contient des valeurs de foi et de solidarité qui peuvent provoquer le développement d’une société plus juste et croyante, et possède une sagesse propre»

LA THEOLOGIE POLITIQUE EN AFRIQUE

Une analyse rigoureuse des expressions théologiques majeures en Afrique — les engagements et les textes des évêques, les déclarations écrites des conférences épiscopales, les coalitions des Églises chrétiennes, les œuvres de certains théologiens africains — révèle qu’il existe bel et bien une théologie politique en Afrique. Celle-ci s’articule d’une part, en forme de critique sociopolitique des systèmes injustes et d’autre part, en forme de proposition d’une vision alternative de l’humanité et de la société qui découle de la foi en Dieu Trinité. Cela dit, dans le contexte actuel de reconstruction, cette réflexion théologique pourrait être prolongée en intégrant une nouvelle perspective, celle de combat sociopolitique à mener par l’Église qui considère la communauté politique non comme un ennemi mais comme un partenaire pour la construction ou la reconstruction sociale.

Qu’est-ce qu’une théologie politique ?

Quand on parle de « théologie politique », on pense évidemment à Johann Baptist Metz. Ce dernier envisage la théologie politique, dans le contexte occidental, comme « un correctif opposé à une propension masquée de la théologie contemporaine à n’envisager, dans l’être humain, que l’aspect relevant du domaine privé ».

En effet, la théologie contemporaine était tentée de réduire la vie de la foi à l’option individuelle de tout un chacun indépendamment du monde ambiant.

Vue sous un angle négatif, la théologie politique s’oppose à cette privatisation de la foi et de la religion. Elle prend acte du fait que la théologie métaphysique « échoue totalement lorsqu’ il s’agit d’exposer les implications politico sociales de la doctrine chrétienne ».

Cela demande de « déterminer un nouveau genre de rapport entre la religion et la société, entre l’Église et la réalité politique, entre la foi eschatologique et la pratique sociale ».

Envisager une telle critique, c’est comprendre l’Église « comme une institution de critique sociale » située ni à côté ni au-dessus de la réalité sociale mais en son sein.

Théologies politiques des prélats africains : engagements et écrits
Engagements

Les évêques d’Afrique, toutes confessions confondues, ont joué des rôles considérables dans l’émergence des processus démocratiques de leurs divers pays. Il convient de nommer en premier lieu l’engagement remarqué de Mgr Desmond Tutu, évêque anglican de Johannesburg et prix Nobel de la paix. Il a été la cheville ouvrière du démantèlement de l’apartheid en Afrique du Sud et du processus de réconciliation qui s’en est suivi. Il livre sa théologie politique dans son testament, Il n’y a pas d’avenir sans pardon.

Comment oublier les bons offices de Mgr Isidore De Souza au Bénin, de Mgr Laurent Monsengwo au Zaïre et de Mgr Ernest Combo au Congo Brazzaville, qui ont dû, à un moment donné, assumer la plus haute fonction de Président du Conseil National pour assurer la période de transition démocratique de leurs pays.

Ces engagements directs laissent-ils à l’Église la possibilité de servir en tant qu’institution critique de la société ?

Notons, comme le souligne J.B. Metz, que la critique sociale « ne signifie nullement que les chrétiens aient à se retirer absolument de l’administration du pouvoir politique. Ce retrait de principe serait le cas échéant un acte contraire à la charité chrétienne à l’égard du prochain ».

Évoquons aussi les interventions indirectes mais tout aussi éloquentes des prélats qui n’ont pas manqué en diverses occasions de critiquer des institutions politiques injustes dans leurs pays. On a connu dans les années 1980-1990 les démêlés de Mgr Peter K. Sarpong, l’archevêque de Kumasi avec la dictature de Jerry Rawlings au Ghana. Comment oublier les indignations répétées du cardinal Tumi au Cameroun ? Soulignons aussi les interventions vigoureuses du cardinal Anthony Okogie, archevêque de Lagos et de Mgr John Onaiyekan, l’archevêque d’Abuja. Ces deux prélats ont maintenu une critique constante des dictatures que le Nigeria a connues pendant trente ans et ne désarment pas vis-à-vis de la corruption à la base du présent régime civil.

Le SCEAM (Symposium des Conférences Épiscopales d’Afrique et de Madagascar) a aussi publié des documents qui témoignent d’une théologie politique constante et réfléchie. Lors de son assemblée de Kinshasa, sous la présidence du cardinal Malula, du 15 au 22 juillet 1984, le SCEAM publie « L’Église et la promotion humaine en Afrique aujourd’hui ». Ce texte se place dans le sillage de la première assemblée du SCEAM, à Kampala en 1969, qui lançait un cri d’angoisse :

« Le problème prioritaire des temps actuels est la lutte pour le développement des peuples et pour la paix. L’Épiscopat d’Afrique et de Madagascar ne saurait ignorer, sans manquer gravement à sa mission, la misère, la faim, la maladie, l’ignorance, les atteintes à la liberté, les conséquences tragiques de la discrimination raciale, les ravages de guerres ou d’oppressions qui accablent tant d’êtres humains du Tiers-Monde ».

Ce document se fait aussi l’écho de multiples déclarations du SCEAM, notamment sur la violation des droits de l’homme en 1978 et sur la promotion de la vie humaine en 1981. Dans tous ces documents, les évêques critiquent la politique d’exploitation de l’homme et appellent au travail commun pour la paix et la justice en Afrique et dans le monde. Ils encouragent les chrétiens à s’engager dans la politique au service des hommes et pour la transformation du monde.
Si les chrétiens veulent être pris au sérieux comme partenaires pour la construction de la paix dans les sociétés actuelles, ils devront s’interroger sur leurs manières de vivre entre eux et avec d’autres.

Prières

La liturgie en Afrique a toujours été un lieu de contestation politique de manière subtile. Les dictatures ont toujours redouté la force subversive de la liturgie chrétienne. Le Président Mobutu Sese Sekou du Zaïre se méfiait de la fête du Christ-Roi qui laissait entendre que les Zaïrois reconnaîtraient un roi en dehors de lui. C’est pourquoi il s’est efforcé de s’approprier des symboles de l’Église pour le prestige de son propre pouvoir.
Il faudrait rassembler et analyser diverses prières composées par des évêques et par des théologiens africains à divers moments critiques des pays respectifs. Nous nous contentons de donner la traduction d’une prière de la Conférence Épiscopale du Nigeria.

Pendant la dictature de Sani Abacha, dans les années 1990, la Conférence Épiscopale du Nigeria a proposé cette prière à tous les chrétiens. Dans les assemblées eucharistiques, elle est dite en choeur après la communion.

« Prière pour le Nigeria en détresse.
Père, Tout Puissant et Miséricordieux, Tu es le Dieu de Justice, d’Amour et de Paix. Tu gouvernes toutes les nations de la terre. Le pouvoir et la force sont entre tes mains et personne ne peut te les ravir.
Nous te présentons notre Pays, le Nigeria. Nous te louons et te bénissons, car tu es la Source de ce que nous sommes et de tout ce que nous avons. Nous demandons pardon pour tous nos péchés et pour tous nos manquements. Dans ton pardon aimant, épargne-nous les punitions que nous méritons.
Seigneur, non seulement nous peinons sous le poids des incertitudes, mais aussi, nous portons le poids de nos problèmes moraux, économiques et politiques.
Écoute les cris de ton peuple qui se tourne vers toi avec confiance.
Dieu d’infinie bonté, notre force dans l’adversité, notre santé dans la pauvreté, notre confort dans la peine, sois miséricordieux à notre égard, nous ton peuple.
Garde cette nation nigériane du chaos, de l’anarchie et de l’abîme.
Accorde-nous ton royaume de Justice, d’Amour et de Paix.
Nous te le demandons par Jésus-Christ notre Seigneur » .

Remarquons tout simplement, que les évêques ne se sont pas contentés de publier des déclarations contre un gouvernement qui réellement conduisait le Nigeria vers le chaos, ils ont voulu mobiliser tous les chrétiens. L’arme de la prière était la plus appropriée, car, au fur et à mesure que cette prière était dite, dans tout le pays s’élevaient des plaintes et des révoltes contre un gouvernement indigne. Il était plus facile pour le dictateur d’arrêter des activistes que d’empêcher les chrétiens de réciter une prière qu’ils connaissaient par cœur.

Bilan

Y a-t-il une théologie politique dans les engagements, les documents et les prières des évêques africains de toutes confessions ?
La réponse est « oui ». Cette théologie politique s’articule en forme de critique sociopolitique des systèmes injustes et aussi en forme de propositions positives pour l’émergence d’institutions justes en vue de la construction de la Paix et de la Justice.

On peut à juste titre critiquer la naïveté de quelques prélats quant à la complexité du jeu politique (cas de l‘Accord politique de la Saint Sylvestre, où les évêques congolais se sont fait abuser par le despote Kabila). Mais on ne peut pas leur reprocher leur courage au moment où leurs pays est à la dérive.
La question est toujours de savoir ajuster une prise de position nécessaire de la part de l’Église ou de ses représentants en matière politique et une prise de distance tout aussi nécessaire par rapport à la politique partisane. Interrogé sur ses prises de position, Mgr Onaiyekan (Archevêque d’Abuja, Nigeria), explique qu’en tant qu’archevêque, il a le droit de faire savoir sa position, non seulement comme citoyen, mais surtout comme leader de référence dans la société. De plus, l’Église se doit de prendre une position claire quant à certains principes non négociables — la bonne gouvernance, la démocratie, la justice —, qui sont constamment réaffirmés dans la doctrine sociale de l’Église.

Les textes

Les interventions directes ou indirectes des prélats africains dans le domaine politique s’accompagnent de textes structurés et réfléchis de leurs conférences épiscopales. Contentons-nous d’en citer quelques-uns, les plus significatifs.

Il convient de commencer par le « Document Kairos » des Églises chrétiennes d’Afrique du Sud. Ce document est une critique acerbe de la théologie de l’État sous le régime de l’apartheid. Il critique les modèles théologiques qui se mettent au service de l’État. Il propose un modèle biblique et théologique alternatif en vue de redonner l’espérance à un pays abîmé. La théologie de l’État utilisait Rm 13,1-7 « pour donner à l’État une autorité absolue divine ».

Ensuite, la théologie de l’État employait l’idée de « l’ordre public » pour définir et contrôler la liberté des gens.

Enfin, la théologie de l’État utilise le mot « communiste » pour stigmatiser quiconque rejette la théologie de l’État. Tout cela est encadré par la domestication de Dieu au service de l’État injuste et oppresseur. Kairos plaide pour le respect du texte biblique et de la liberté radicale de Dieu. Il plaide pour une religion de la liberté de Dieu contre une religion statique et étatique.

Le SCEAM (Symposium des Conférences Épiscopales d’Afrique et de Madagascar) a aussi publié des documents qui témoignent d’une théologie politique constante et réfléchie. Lors de son assemblée de Kinshasa, sous la présidence du cardinal Malula, du 15 au 22 juillet 1984, le SCEAM publie « L’Église et la promotion humaine en Afrique aujourd’hui ». Ce texte se place dans le sillage de la première assemblée du SCEAM, à Kampala en 1969, qui lançait un cri d’angoisse :

« Le problème prioritaire des temps actuels est la lutte pour le développement des peuples et pour la paix. L’Épiscopat d’Afrique et de Madagascar ne saurait ignorer, sans manquer gravement à sa mission, la misère, la faim, la maladie, l’ignorance, les atteintes à la liberté, les conséquences tragiques de la discrimination raciale, les ravages de guerres ou d’oppressions qui accablent tant d’êtres humains du Tiers-Monde » .

 

Théologies politiques des théologiens africains
La théologie de la libération en Afrique

La théologie africaine de la libération désigne, dans notre réflexion, le courant théologique qui a émergé en Afrique dans les années 1970 et qui donne la priorité à l’action en faveur des pauvres sur la revendication de l’identité culturelle africaine, cristallisée jusque-là dans la théologie de l’adaptation et de l’inculturation.

Cette théologie se situe dans le sillage de deux autres théologies de la libération : la Black Theology d’Afrique du Sud et d’Amérique du Nord et la théologie latino-américaine de la libération. D’un côté comme de l’autre, la théologie de la libération découle de la mise en place d’une relecture de la Bible à partir du contexte d’oppression. Le message de la Bible est compris alors comme un message de libération adressé tout particulièrement aux opprimés.

Il importe de souligner le rôle joué par l’EATWOT (Ecumenical Association of Third World Theologians), ou pour les francophones, ASETT (Association oecuménique des théologiens du Tiers-Monde), dans la fédération de tous ces courants théologiques. C’est lors de son premier congrès à Dar Es-Salaam (Tanzanie) en 1976, que ces courants théologiques se sont fixé une ligne commune :

« En vérité, pour être fidèles à l’Évangile et à nos peuples, nous devons réfléchir sur les réalités de nos propres situations et interpréter la parole de Dieu en relation avec ces réalités. Nous rejetons comme insignifiant un type académique de théologie séparée de l’action. Nous sommes prêts pour une radicale rupture épistémologique qui fasse de l’engagement un premier acte théologique introduisant dans une réflexion critique sur la praxis historique du Tiers-Monde » .

Ainsi trouve-t-on dans ces théologies les traits suivants : une critique à l’égard de la théologie européenne classique, une affirmation de la primauté de l’action (praxis) sur la théorie (l’engagement radical en faveur des pauvres et des opprimés comme lieu de connaissance de Dieu, de Jésus-Christ, de la vérité), une concentration sur la croix du Christ comme fondement de toute connaissance.

C’est dans le sillage de ces théologies que la théologie africaine de la libération affirme que le pauvre déshumanisé et dépossédé est un lieu théologique et cherche à accentuer le motif du « Dieu qui libère » dans le discours théologique.

La pauvreté anthropologique

Il s’agit de reconnaître la déshumanisation subie par les Africains à travers les expériences douloureuses de l’histoire, surtout celles de l’esclavage et de la colonisation. Celles-ci ont détruit les cultures africaines et ont sapé la créativité africaine.
Comment redevenir homme après que l’on ait été dépouillé de ses capacités créatrices ?
Il faut alors retrouver le pouvoir de créativité culturelle. Tout le travail de créativité culturelle du théologien camerounais Engelbert Mveng annonçait le même message.

La libération économique et politique

D’autres théologiens de la libération demandent d’aller plus loin, pour s’interroger sur la pertinence du christianisme dans une société qui se structure dans la pauvreté et dans l’oppression. Il importe de s’arrêter sur la pensée de Jean-Marc Ela qui est reconnu comme un grand tenant de la théologie de la libération en Afrique.

Pour cet auteur, l’idéologie de l’authenticité tend à occulter la situation de la domination qui rend illusoire toute affirmation de l’identité culturelle. Or quand il s’agit d’aborder les thèmes majeurs de la foi, dans une perspective d’incarnation, on ne peut passer sous silence la condition d’homme assumée par Jésus de Nazareth.
L’homme en question vit dans l’histoire.
Il cherche à mieux vivre, dans un contexte où s’affrontent les peuples dominants et les dominés, où la majorité de la population est exclue de la croissance économique. « Car non seulement un fossé se creuse entre la ville et la campagne, mais au sein de la société globale, des distorsions s’aggravent entre les couches sociales différenciées ». Les jeunes vivent dans l’incertitude, sans emploi, sans projet d’avenir. Les projets de développement ne font que rendre l’Africain dépendant vis-à-vis de l’extérieur. La solution ne se trouve pas dans la rhétorique cléricale sur l’indigénisation, ni dans les cathédrales et les grosses structures. « Il nous faut donc nous orienter vers une expérience de la foi dans une situation historique, dans le concret de la situation de l’homme d’Afrique ».

Le libérateur c’est le Christ, visage du Dieu d’Israël. C’est celui qui a fait siens les combats des prophètes contre les fausses répartitions des biens et contre l’inégalité des droits dans la société de leur temps. C’est celui qui a annoncé le Règne de Dieu, la fin de la souffrance des pauvres et la libération des opprimés.

Enfin souligne Jean-Marc Ela, « si la gloire de Dieu ne demande jamais une mutilation de l’homme, il s’agit pour les chrétiens de découvrir et de manifester une foi au Christ qui ne dispense pas l’homme d’être un sujet libre et responsable ». Ainsi sera mise en relief, l’originalité du christianisme qui n’est pas une doctrine mais un mouvement transformateur de l’homme et de l’histoire.

Sans être un parti politique, l’Église doit être au cœur des luttes pour la démocratie. Porteuse de la Parole de Dieu, l’Église doit inviter les gens à dépasser les frontières tribales et nationales pour construire des États pluralistes. Le front économique ensuite. Il s’agit d’aller au-delà de l’institution de charité pour vivre l’Église comme « mouvement de production de richesses ». Une Église capable de mettre sur pied des structures d’investissement et de production à grande échelle. Sur le front social, l’Église doit aider à structurer les sociétés autour des valeurs telles que la solidarité, le travail, la liberté, la justice, la vérité. Sur le front culturel enfin, l’Église doit faire retentir cette parole de Dieu : « Voici que je fais toutes choses nouvelles ». Il s’agit de réveiller le sens de la créativité pour que l’Africain ne s’enferme pas dans des cultures fossilisées. Le destinataire de la Bonne Nouvelle de Jésus-Christ c’est l’ensemble du continent africain dans l’aujourd’hui de ses souffrances et de ses espérances.

Sur l’Église politique en Afrique

Enfin, l’Église de la reconstruction est une Église tendue vers le combat politique, la production économique et la créativité culturelle.
Quelle est la différence entre l’Église de la reconstruction et une organisation non gouvernementale qui a pour visée de faire advenir l’humain dans la société ? On aurait aimé savoir où cette Église puise ses forces. L’Église peut-elle témoigner de l’humain, donné en Jésus-Christ, sans faire mémoire de lui dans la liturgie ? L’éthique sans liturgie risque de se dessécher et de perdre son identité comme mission reçue de Dieu.

De plus, le travail de reconstruction ne peut s’accomplir sans la libération mentale en vue d’une humanisation qui passera nécessairement par la démocratisation. Rappelons que les grandes tragédies récentes qu’a connues l’Afrique notamment, le génocide au Rwanda, la guerre des Grands Lacs et ses millions de morts se sont toutes produites après l’annonce des temps de reconstruction. Autant dire que le travail à faire sur l’esprit africain en est encore à ses débuts et que ce travail doit constituer un encrage pour la reconstruction.

Une théologie du peuple en République Démocratique du Congo est donc la fille légitime de la théologie de la libération telle que vue et re-interprétée par la théologie du peuple du Pape François I.

Le Cardinal Monsengwo ne fait qu’assumer son rôle, car l’originalité du christianisme est celle de ne pas être une doctrine figée mais un mouvement transformateur de l’homme et de l’histoire.

La tache prophétique de l’ Eglise Catholique congolaise passe par la libération mentale de l’homme congolais en vue d’une humanisation qui passera nécessairement par la démocratisation du Congo.

Elle fait sien le « cri » prophétique pour plus de justice et pour un engagement en faveur d’un « Règne de Dieu » commençant déjà sur terre, car l’Église catholique congolaise, comme ont répété les évêques, a le devoir d’annoncer la libération de millions d’êtres humains, beaucoup d’entre eux étant ses propres enfants ; le devoir d’aider cette libération à naître, de témoigner pour elle, de faire en sorte qu’elle soit totale. Et cela car cette action de libération du peuple congolais n’est pas étranger à l’évangélisation».

Elle applique la vision de la théologie de la libération qui découle de la relecture de la Bible dans un contexte d’oppression totale.

Le message de la Bible est compris alors comme un message de libération adressé tout particulièrement aux opprimés, qui sont tous les congolais privés de leurs droits civils et politiques par un régime violent et médiocres qui les paupérise en masse.

La réaction violente du régime Kabila est une expression typique de la volonté d’étouffer le potentiel de libération de la parole et de la liturgie ( les messes, les prières, les processions) de l’Eglise catholique congolaise, que le dictateur voudrait réduire à sa sphère privée et à la théologie d’Etat ( historiquement liée au système de l‘apartheid en Afrique du Sud).
La Conférence Épiscopale Nationale du Congo, CENCO, ne peut que rejeter cette volonté de limitation de sont action et de sa parole, qui est contraire à l’évolution de la doctrine sociale de l’Eglise, particulièrement en Afrique.

La liturgie en Afrique a toujours été un lieu de contestation politique de manière subtile, comme nous avons vu à l‘époque de Mobutu. Les dictatures ont toujours redouté la force subversive de la liturgie chrétienne. Joseph Kabila ne fait pas exception mais il ne pourra jamais domestiquer le potentiel libérateur de la parole et la violence contre le chrétiens ne fera qu’accroître le rejet de son régime et de sa personne dans la société congolaise.

Son éminence le Cardinal Monsengwo a le droit de faire savoir sa position, non seulement comme citoyen, mais surtout comme leader de référence dans la société. D’autant plus que l’Église a le devoir de prendre une position claire quant à certains principes non négociables — la bonne gouvernance, la démocratie, la justice —, qui sont constamment réaffirmés dans la doctrine sociale de l’Église.

Le régime de M. Kabila veut étouffer l’esprit créatif du peuple congolais, sa capacité de trouver des solutions pacifiques aux problèmes politiques  qui se posent en RDC.

Mais il ignore que Jésus Christ s’est incarné dans l’histoire et qu’il est le libérateur.

Eugène Diomi Ndongala,
Président National de la Démocratie Chrétienne

 

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