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LA RECONNAISSANCE D’UNE COBELLIGERANCE : CE QUE CHANGE L’AVEU DU RWANDA

Une note diplomatique de fin 2025, transmise dans le cadre de la mise en œuvre des Accords de Washington, révèle la fin du déni rwandais sur son rôle militaire en RDC, confirmant l’agression de la RDCongo.


Le document ici en annexe analysé est une « note diplomatique officielle» émanant de l’Ambassade de la République du Rwanda à Washington, DC, inscrite dans le cadre de la mise en œuvre des Accords de Washington relatifs à la sécurité régionale dans les Grands Lacs. Présenté comme un exposé de doctrine sécuritaire et de transparence stratégique, ce texte constitue en réalité un « acte politique majeur »: il reconnaît formellement l’existence d’une « coordination sécuritaire entre le Rwanda et l’AFC/M23 », groupe armé opérant en République démocratique du Congo.


Par cette reconnaissance écrite, explicite et assumée, Kigali rompt pour la première fois avec des décennies de déni officiel concernant son rôle dans le conflit congolais.


La fin du déni et l’aveu de cobelligérance


Sous couvert de justification défensive, le Rwanda admet une « implication directe et structurée » dans le théâtre congolais. La terminologie choisie – « coordination sécuritaire » – ne masque pas la réalité stratégique : coopérer militairement avec un groupe armé engagé dans des combats contre une armée nationale équivaut à une « cobelligérance de fait ».


Ce texte met ainsi un terme à un mensonge systématique qui a longtemps servi de pilier à la diplomatie rwandaise face aux accusations répétées de l’ONU- dont le dernier rapport des experts sur a RDC qui remonte à janvier 2026), des États-Unis et de la RDC.


Le document s’inscrit dans une narration désormais familière, mais jusqu’ici jamais assumée aussi clairement. Kigali invoque la persistance des FDLR, héritage armé du génocide de 1994, et accuse les autorités congolaises successives de les avoir protégées, intégrées et utilisées comme forces supplétives au sein des FARDC.


Dans ce cadre, l’AFC/M23 est décrit comme un acteur congolais indépendant, porteur de griefs légitimes liés aux violences, à la discrimination et à l’exclusion politique des Tutsis congolais. Le Rwanda affirme ne pas chercher à façonner les équilibres politiques internes de la RDC, mais reconnaît un intérêt commun avec ce groupe dans la lutte contre les FDLR et les milices soutenues par Kinshasa.
Cette reconnaissance consacre la fin de la fiction selon laquelle le Rwanda serait un acteur extérieur, passif et uniquement menacé.


L’implication rwandaise est présentée comme conditionnelle, temporaire et proportionnée, indexée à la mise en œuvre du Concept d’Opérations (CONOPS) des Accords de Washington. Kigali s’engage à un retrait progressif et vérifié de cette coordination à mesure que la RDC neutralisera effectivement les FDLR. Cette conditionnalité, loin d’atténuer la portée de l’aveu, confirme que le soutien au M23 était « stratégique, assumé et calibré », et non une dérive ponctuelle ou non contrôlée.

Conclusion – Conséquences diplomatiques et politiques de l’admission


L’admission rwandaise constitue une rupture diplomatique majeure. Elle reconfigure définitivement la lecture du conflit en RDC en validant, a posteriori, les conclusions des rapports onusiens faisant état d’un contrôle ou d’un soutien déterminant de Kigali au M23. Elle affaiblit durablement la crédibilité internationale du Rwanda, qui a longtemps disqualifié ces accusations comme mensongères ou politiquement motivées.


Sur le plan politique, cette reconnaissance expose Kigali à une redevabilité accrue. Désormais, toute avancée militaire du M23, toute violation des cessez-le-feu ou tout échec des Accords de Washington engage directement la responsabilité politique et diplomatique du Rwanda. Le conflit ne peut plus être imputé à des dynamiques internes congolaises ou à des acteurs non contrôlés.
Enfin, cette admission ferme l’espace du déni et ouvre celui de la contrainte diplomatique.
Elle oblige les partenaires internationaux, en particulier les États-Unis et les mécanismes multilatéraux, à ajuster leur posture : soit en transformant cette transparence tardive en levier de désescalade vérifiable, soit en assumant les conséquences normatives d’une cobelligérance reconnue. La paix en RDC ne pourra plus se construire sur l’ambiguïté.


Elle devra désormais s’appuyer sur cette vérité formalisée, qui redéfinit les responsabilités, les rapports de force et les conditions mêmes de toute solution politique durable.


Eugène Diomi Ndongala,
Démocratie Chrétienne.

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