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Un an après l’accord de la Saint Sylvestre, les chrétiens du Congo passeront des églises à la rue /LE SOIR – COLETTE BRAECKMAN

Un an après l’accord de la Saint Sylvestre, les chrétiens du Congo passeront des églises à la rue

©Reuters

Combien seront-ils à marcher dans les rues de Kinshasa ? Est-ce le fameux « plan B » que l’Église catholique menaçait de mettre en œuvre si les accords de la Saint-Sylvestre 2016 n’étaient pas appliqués ? Ce dimanche, un an après la conclusion d’un accord entre la majorité présidentielle et l’opposition, qui prévoyait des élections en 2017, tous les croyants de l’archidiocèse de Kinshasa, curés et religieux en tête, sont invités par le Comité de Coordination des laïcs catholiques (CLC) à sortir des églises après la messe du matin en entonnant des cantiques. Leurs armes seront des chapelets, des bibles, des crucifix. Des bannières blanches flotteront et les rameaux de paix seront brandis.

Depuis des jours, le CLC, qui espère qu’une véritable marée humaine, digne et pacifique, envahira la ville, invite la population à refuser toute forme de violence : pas de pneus brûlés, pas de barricades, pas de propos violents ou d’injures, pas de jets de pierre ou d’actes de vandalisme. Pas de division non plus au sein du « peuple de Dieu » : « Les policiers congolais, les militaires, sont aussi des citoyens congolais, ils souffrent comme nous et ne doivent pas être considérés comme des ennemis », répètent les organisateurs, invitant les forces de sécurité à encadrer les manifestants le long de leur parcours et à ne pas les réprimer. Les autres cultes – protestants, kimbanguistes, membres des Églises de réveil – ont également été invités à se joindre à cette marche citoyenne. Dans d’autres grandes villes du pays, les chrétiens se préparent à des marches similaires, également soutenues par les mouvements citoyens comme Lucha et Filimbi.

Appels à la non-violence

À la veille de cette grande manifestation, qui pourrait envoyer deux millions de personnes dans les rues de la capitale, les appels à la non-violence se multiplient, reflétant une inquiétude largement partagée. Le risque de voir des casseurs, des provocateurs tenter de faire dérailler les manifestations est bien réel et chacun garde en mémoire la marche des chrétiens organisée le 16 janvier 1992.

Chacun sait aussi que deux épisodes de pillages, en 1991 et 1993, avaient ravagé la capitale, provoqué l’exode des expatriés et détruit pour longtemps le tissu économique. « Le but que nous poursuivons, nous explique l’historien Isidore Ndaywel, l’un des organisateurs de la marche avec le théologien Thierry Nlandu, ce n’est pas l’affrontement mais la paix, l’application des mesures de décrispation afin, que d’ici les élections, de garantir un climat apaisé. Du reste aucune de nos pancartes n’affichera de slogan politique ». Contrairement à l’opposition qui exige le départ du président Kabila hors mandat depuis le 19 décembre 2017, et laquelle multiplie sans beaucoup de succès les opérations Ville Morte, les catholiques affichent une exigence plus simple. Ils demandent la libération des prisonniers politiques et la fin des poursuites contre certains opposants, dont Moïse Katumbi, l’ancien gouverneur du Katanga toujours contraint à l’exil.

L’an dernier en effet, l’accord conclu grâce à la médiation de la conférence épiscopale avait prévu que des prisonniers politiques dits « emblématiques » comme Eugène Diomi Ndongala, fondateur du parti Démocratie Chrétienne, ou le défenseur des droits de l’homme Firmin Yangambi soient remis en liberté, de même que le très respecté directeur de cabinet de Moïse Katumbi, le professeur Huit Mulongo, toujours détenu à Lubumbashi ainsi que l’opposant Jean-Claude Muyambo. Ainsi que le souligne Léonie Kandolo, membre du CLC, :« Certains prisonniers ont déjà été amnistiés mais sont toujours en prison, et il y a tous ceux qui sont en exil et ne peuvent rentrer… »

Rejoignant l’analyse du Rassemblement de l’opposition, les laïcs catholiques mettent en cause la bonne foi du régime. Celui-ci est loin d’avoir décrispé l’atmosphère, alors que la nouvelle date des élections a été fixée au 23 décembre 2018, ce qui donnera au chef d’État sortant une sorte de bonus de deux années supplémentaires. La loi électorale qui vient d’être promulguée est également critiquée, car elle prévoit un « seuil de représentativité » qui limite le nombre de petits partis, exige que les candidats versent des cautions importantes, tandis que la mise en œuvre d’une « machine à voter » alimente les soupçons de fraude…

Autrement dit, à la veille d’une année qui devrait être électorale, la confiance ne règne pas, même si la communauté internationale, qu’il s’agisse des États-Unis ou de l’Union européenne qui maintient la pression des sanctions ciblées, a accepté le calendrier présenté par Kinshasa en soulignant qu’il s’agissait bien d’un « dernier délai ».

Limitant ses exigences aux mesures de décrispation, l’Église catholique, dont la position varie d’un diocèse à l’autre, se montre moins radicale, moins sceptique que l’opposition politique. Cette dernière peine à se relever de la disparition d’Étienne Tshisekedi, le seul leader qui aurait pu tenir tête au régime, et dont le décès a accéléré les manœuvres de division et de dédoublement des partis politiques. En outre, le message des chrétiens se veut profondément pacifique, alors que les douze mois écoulés ont été marqués par une extension de la violence : toutes les manifestations se sont heurtées à une répression sévère et des zones du pays jusqu’à présent épargnées comme le Kasaï ont vécu de véritables tragédies.

La méfiance des partis d’opposition inspire leur revendication d’une « transition sans Kabila », par laquelle le président actuel céderait la place à une autorité provisoire chargée d’organiser le scrutin dans des conditions acceptées par tous. Pour diriger cette éventuelle « transition sans Kabila », plusieurs noms sont cités, dont celui de l’archevêque de Kinshasa Mgr Monsengwo, ou du docteur Mukwege, mais aucun ne fait l’unanimité. Cependant, même contesté par une population qui subit de plein fouet la chute de son pouvoir d’achat (le franc congolais est passé de 900 à 1.600 pour un dollar) et les salaires des fonctionnaires ne sont plus payés depuis des mois, Joseph Kabila semble encore loin de la « case départ », et il n’a même pas encore fait connaître le nom de son éventuel dauphin. En l’état actuel des choses, dans ce pays verrouillé par les services de sécurité et des unités spéciales de l’armée (peut-être renforcées par des soldats « non Congolais ») seuls un coup de force ou des développements inattendus pourraient faire basculer le régime…

http://plus.lesoir.be/131760/article/2017-12-31/un-apres-laccord-de-la-saint-sylvestre-les-chretiens-du-congo-passeront-des

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