L’opération « Likofi » lancée il y a quelques mois par la Police nationale congolaise (PNC) pour traquer les « kuluna » tend à devenir un porte-malheur pour la RDC. La Grande-Bretagne a décidé de suspendre son aide à la réforme de la PNC. Les EtatsUnis promettent d’abonder dans le même sens. Tout comme la France.

Décidément, une nouvelle troïka se met en place pour prendre en sandwich la RD. Congo.

Alors que les rapports restent encore tendus entre la RDC et les Nations unies à la suite de l’expulsion du chef du Bureau de coordination des Nations unies pour les droits de l’Homme, Scott Campbell, l’Occident revient à la charge avec de nouvelles exigences assorties de restrictions sur des programmes en pleine exécution.

La première, la Grande-Bretagne a annoncé les couleurs en décidant de retirer son assistance à la réforme de la Police nationale congolaise (PNC). Cette décision des autorités britanniques fait suite à un rapport des Nations unies dévoilé le 15 octobre dernier, qui accusait des policiers d’avoir assassiné ou fait disparaître plusieurs dizaines des personnes lors de l’opération Likofi, menée à Kinshasa pour lutter contre une forme nouvelle de banditisme urbain, communément appelé kuluna. Il s’agit de la première mesure de rétorsion de Londres, commente RFI, après la publication de deux rapports très critiqués sur la police congolaise : l’un des Nations unies publié le 15 octobre l’autre et l’ONG Human Rights Watch (HRW), paru le 17 novembre. Les deux rapports accusent des policiers d’avoir assassiné ou fait disparaitre une quarantaine de personnes lors de l’opération Likofi, une opération anti-banditisme menée à Kinshasa de novembre 2013 à février 2014.

Dans les milieux diplomatiques il nous revient que les Etats-Unis se préparent à emboiter le pas à la Grande-Bretagne. Pendant. Ce temps, la France piaffe d’impatience et est à l’affut de la moindre opportunité pour bondir à son tour. Selon certaines indiscrétions. L’Hexagone serait en train d’imaginer un moyen de retirer son appui aux différents programmes de sécurité et défense engagés en RDC.

Quid ? Les différents arguments présentés par la RDC pour se défendre par rapport à l’opération Likofi n’ont pas apparemment convaincu le monde occidental. Le dernier rapport de Human Rights Watch sur le même sujet a fini par jeter de l’huile sur le feu. D’autant que les Nations unies et tous les partenaires occidentaux de la RDC n’ont pas digéré l’expulsion de Scott Campbell. Bien plus, ils ont déclaré n’avoir rien à redire sur le travail réalisé par ce dernier, de même ils ne cessent d’apprécier son expertise avérée en la matière.

Comme dans les années 1990

Dans les milieux spécialisés, l’on prédit déjà le pire pour la RDC. Selon ces derniers la présente décision ne serait qu’un ballon d’essai pour d’autres mesures contraignantes qui, à terme, visent l’isolément de Kinshasa sur la scène internationale. Et, tout se passe comme au début des années 1990 où la mise à l’écart du régime Mobutu a commencé avec un événement mineur de massacre des étudiants à l’Université de Lubumbashi. A l’époque, la communauté internationale en a fait un problème jusqu’à clouer le régime de la 2ème République.

L’histoire serait-elle en train de se répéter? L’opération Likofi pourrait en être l’élément déclencheur. Il n’y a plus d’ombre d’un doute sur la hargne de la communauté internationale.

Dans les milieux diplomatiques, l’on rapporte que la décision de la Grande-Bretagne s’appuie sur le rapport de l’ONU, selon lequel des éléments de la police congolaise se sont rendus coupables de violations des droits de l’Homme. Les Nations unies accusent les forces de l’ordre d’avoir exécuté neuf personnes et d’en avoir fait disparaître 33 autres. L’ONG américaine Human Rights Watch va plus loin que le Bureau conjoint des Nations unies pour les droits de l’Homme en RDC, en affirmant que des policiers ont tué au moins 51 jeunes hommes et adolescents entre novembre 2013 et février 2014.

C’est depuis plus de deux semaines, indiquent les mêmes sources, que l’ambassadeur de la Grande-Bretagne en RDC avait communiqué cette décision aux autorités congolaises, lors d’une réunion avec le ministre de l’Intérieur, Richard Muyej, alors que les ambassadeurs étaient venus s’enquérir des mesures prises par les autorités pour punir ces bavures. Pour lever leur décision, les Britanniques exigent des autorités congolaises toute la lumière sur « l’opération Likofi », notamment en apportant des explications claires et nettes sur les révélations contenues dans le rapport aussi bien des Nations unies que celui de Human Rights Watch.

Dans le fond, Londres attend de Kinshasa l’ouverture d’une véritable enquête au terme de la quelle devaient être condamnés les auteurs de ces bavures qui ont entouré l’opération Likofi ». Bien plus la Grande-Bretagne a également demandé aux autorités congolaises de lui fournir la preuve des policiers qui ont été déjà condamnés au regard des irrégularités dont ils se sont rendus coupables dans «  l’opération Likofi.

La décision est lourde de conséquences pour la RDC, dans la mesure où la Grande-Bretagne est l’un des principaux bailleurs pour la réforme de la PNC. Cette mesure de rétorsion est donc importante même si le programme de coopération britannique avec la RDC, débuté en 2009 avec un budget de 76 million d’euros est censé se terminer l’année Prochaine.

Kinshasa embarrasse, Washington emboite le pas

A Kinshasa, la décision de la Grande-Bretagne a eu l’effet dune bombe. Le porte-parole du gouvernement, Lambert Mende, cité par RFI, a déclaré regretter cette décision. Il a affirmé ne pas comprendre qu’un programme de coopération puisse être base sur ce genre d’exigences.

Les Etats-Unis ont presqu’abondé dans le même sens que les Britanniques. Pour les mêmes raisons que la Grande-Bretagne, les Etats-Unis ont annoncé qu’ils suspendraient un projet de coopération policière dont le démarrage était prévu pour l’année 2015. La France n’est pas en reste. Une option de son retrait dans les programmes liés à la réforme de la PNC serait dans le pipeline.

C’est dire aussi qu’a l’échelle internationale, les bavures de la PNC dans l’opération « Likofi » sont prises au sérieux alors que Kinshasa les minimise. Ainsi, le décor se plante pour un isolément en règle de la RDC. Un nouvel axe s’est crée dans la prise en compte du dossier de la RDC, à savoir Washington -Londres – Paris. Il est pris en charge par cette nouvelle troïka qui ne démord pas d’imprimer sa marque par rapport à l’avenir de la RDC.

Et, la Belgique dans tout ça ? Longtemps dubitative sur le dossier congolais, la Belgique ancienne puissance colonie, n’aura qu’un rôle mineur. Qu’on le veuille ou pas c’est entre Washington, Londres et Paris que se décidera désormais le sort de la RDC.

Le Potentiel