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Articles de la catégorie ‘FIZI BOMBARDEE PAR L AVIATION RWANDAISE’

À FIZI, LA MORT TOMBE DU CIEL : DIX-HUIT CIVILS TUES SOUS LES DRONES ET LES AVIONS RWANDAIS

Territoire de Fizi, Sud-Kivu — 4 juillet 2026.

Il était encore tôt, le matin du vendredi 3 juillet, quand le ciel de Mulima s’est ouvert. En quelques minutes, ce village des moyens plateaux du territoire de Fizi, dans le Sud-Kivu, est devenu un champ de deuil. Au moins dix-huit personnes y ont été tuées et de nombreuses autres blessées, fauchées par des bombardements de drones attribués à la coalition rebelle et à ses parrains. Parmi les morts : des femmes, des hommes, et des enfants.

Le bilan, communiqué par l’administrateur du territoire de Fizi, Samy Badibanga, dit l’ampleur du carnage sans détour. Des victimes de tous âges. Des pertes de bétail, qui privent des familles entières de leur seul patrimoine. Et surtout, des infrastructures de vie réduites en cendres : des centres de santé détruits, des écoles anéanties dans les villages de Mulima, de Kangouli et leurs environs. Là où des enfants apprenaient à lire, il ne reste que des murs éventrés.

FRAPPER CEUX QUI AVAIENT DEJA TOUT PERDU ET PAS LES COMBATTANTS

La cruauté de cette attaque tient à un détail qui aggrave tout le reste. La majorité des morts de Mulima étaient des villageois : c’étaient des déplacés de guerre. Des familles que les combats avaient déjà chassées de chez elles, réfugiées dans les moyens et hauts plateaux de Fizi, et que des humanitaires tentaient d’assister. Des gens qui avaient déjà fui la mort une première fois, et qui l’ont retrouvée là où on leur avait dit qu’ils seraient en sécurité.

C’est la logique même de cette guerre aérienne : elle ne connaît pas de sanctuaire. Les blessés se comptent en dizaines, beaucoup sans prise en charge médicale adéquate, dans une zone où les structures sanitaires ont précisément été visées et détruites.

UN NOUVEL EXODE, SANS PROTECTION

Comme à chaque frappe, la population est forcée à l’exode. Depuis vendredi, des mouvements massifs de civils sont observés vers les centres de Baraka, Kananda, Mukera, Kichoula et Lumania. Des colonnes d’hommes, de femmes et d’enfants qui marchent, encore, vers un ailleurs qu’ils espèrent moins meurtrier — sans protection adéquate, sans certitude d’être épargnés à l’arrivée.

Ce déplacement n’est pas nouveau à Fizi. Mulima, frappée vendredi, se trouve précisément sur cette ligne de progression long de l’axe Point Zéro–Mulima–Mukera vers l’intérieur du territoire. La population y est prise au piège, coincée entre les combats au sol et la menace permanente du ciel.

LE CIEL EST DEVENU L’ARME PRINCIPALE

Les autorités du territoire de Fizi ont condamné avec la plus grande fermeté les violations répétées du territoire national par des avions rwandais.

LE MOT EST LACHE : AVIONS.

Car ce qui se joue à Fizi n’est plus seulement une affaire de drones. C’est le déploiement d’une puissance aérienne qui frappe des villages congolais, des écoles congolaises, des déplacés congolais.

Cette bascule vers la guerre du ciel est le fait marquant du conflit ces derniers mois. Là où les lignes de front stagnaient, les frappes aériennes et de drones se sont multipliées, transformant l’espace aérien du Sud-Kivu en zone de mise à mort. Les drones ne distinguent pas le combattant du déplacé, une école primaire détruite, de la caserne. À Mulima, ils n’ont distingué personne.

UNE ARMEE RWANDAISE SANS RETENUE NI LIMITE

Ces bombardements ne tombent pas de nulle part. Ils s’inscrivent dans une réalité que la communauté internationale ne peut plus feindre d’ignorer. Le tout dernier rapport du Groupe d’experts des Nations unies sur la RDC, transmis au Conseil de sécurité le 30 juin 2026, établit qu’entre 14.000 et 18.000 soldats rwandais étaient déployés dans les provinces du Nord-Kivu et du Sud-Kivu à la fin de l’année 2025 — et qu’aucun retrait significatif n’a été observé depuis, les mouvements constatés relevant de simples rotations de troupes.

DIX-HUIT MILLE HOMMES. CE N’EST PLUS UN SOUTIEN DISCRET A UNE REBELLION : C’EST UNE ARMEE D’OCCUPATION.

Et le rapport onusien va plus loin encore. Il documente une chaîne de commandement structurée reliant Kigali au terrain, décrit des forces spéciales rwandaises engagées dans les opérations de première ligne à haut risque, et affirme que le gouvernement rwandais continue de dicter les territoires à conquérir, à contrôler ou à évacuer — preuve d’un contrôle opérationnel centralisé.

Les opérations aériennes qui frappent Mulima s’inscrivent dans une stratégie décidée ailleurs, exécutée par une coalition placée sous commandement rwandais. Le franchissement de tous les seuils- l’engagement massif de troupes, puis de l’aviation et des drones contre des populations civiles – dessine une implication qui ne se cache même plus, décomplexés, la tristement célèbres « killing machine » dont se vante souvent James Kabarebe, d’ailleurs cité par le GeO comme un des responsables au commandement des troupes rwandaises déployées au Kivu

CE QUI RESTE, APRES LES BOMBES

Il faut, pour finir, revenir à hauteur d’homme. À Mulima, il y a des familles qui enterrent leurs enfants. Des déplacés qui repartent sur les routes avec ce qu’ils peuvent porter. Des blessés qui attendent des soins qui ne viendront peut-être pas, parce que le dispensaire n’existe plus. Des écoliers qui n’ont plus d’école.

NOMMER LE RESPONSABLE, EXIGER LA FIN DE L’IMPUNITE

Il faut, à présent, cesser les euphémismes. Les morts de Mulima ne sont pas les victimes d’un « conflit » abstrait aux torts partagés, symétrique, ni d’affrontements sans visage. Ils sont tombés sous les frappes d’une coalition que les Nations unies elles-mêmes placent sous commandement rwandais. Quand une puissance étrangère déploie jusqu’à dix-huit mille soldats sur le sol d’un pays voisin, en dicte les territoires à conquérir, et fait pleuvoir drones et bombes sur des villages de déplacés, cela porte un nom en droit international : une agression. Le Rwanda doit être condamné pour ce qu’il fait — sans détour, sans « appels à la retenue » renvoyant hypocritement dos à dos l’agresseur et l’agressé.

Dès le 21 février 2025, la résolution 2773 du Conseil de sécurité des Nations unies exigeait la cessation de tout soutien de l’armée rwandaise au M23 et son retrait immédiat et sans condition du territoire congolais. Plus d’un an plus tard, aucun retrait n’a été opéré. Les bombes de Mulima sont la preuve la plus crue que ce texte contraignant a été piétiné, et que les déclarations d’intention, à elles seules, ne protègent pas un seul enfant de Fizi.

CE QU’EXIGE UNE VERITABLE SOLUTION

Une paix réelle ne se mesurera pas au nombre de communiqués, mais à un seul critère : le silence des armes au-dessus des villages. Elle passe par des exigences précises et vérifiables.

D’abord, le retrait effectif et contrôlé des troupes rwandaises du sol congolais, conformément à la résolution 2773 – non pas des « rotations», mais un départ réel, constaté sur le terrain par des observateurs indépendants disposant d’un accès sans entrave, y compris dans les zones sous contrôle rebelle.

Ensuite, la fin immédiate des frappes aériennes et de drones contre les zones habitées et sur les déplacés de guerre. Aucun objectif militaire ne justifie l’anéantissement d’une école ou l’incendie d’un camp de déplacés. Ces attaques doivent cesser, et celles déjà commises être documentées comme des crimes de guerre.

Enfin, des conséquences réelles pour ceux qui les ordonnent. L’impunité est le carburant de cette guerre. Tant que les responsables — nommément identifiés dans les rapports onusiens — pourront agir sans risquer sanctions, poursuites et isolement diplomatique, aucune médiation ne tiendra. La justice n’est pas l’ennemie de la paix : elle en est la condition.

Tant que ce ciel restera une arme, et que son commanditaire restera impuni, le décompte continuera – et la honte, elle, sera collective.

Eugène Diomi Ndongala,

Démocratie Chrétienne, DC

Sources : administration du territoire de Fizi ; Radio Okapi ; rapport du Groupe d’experts des Nations unies sur la RDC (30 juin 2026).